‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 40 sur 54 · SUR LES F O N C T I O N S · texte numérisé non relu

SUR LES F O N C T I O N S

plus fertile pour l’imagination, et une source intarissable d’allusions poétiques. Nous leur devons les romans de chevalerie , et les modèles d’un style plus raisonnable qui leur ont succédé, où l’imagination trouve à s’enflammer , l’âme à s’exalter, et l’esprit à s’éclairer.

Le Nord a été plus fécond dans les productions d’industrie , et c’est là que les sciences ont reçu leurs plus solides accroissemens : les efforts de l’imagination et du sentiment ont été plus heureux et plus communs dans le Sud. Tandis que les bords de la Belgique s’illustraient par les travaux de Copernic, do*Tycho-Brahé, de Kepler, ceux de la Méditerranée produisaient (les hommes de génie dans tous les genres, et abondaient en poètes, en historiens, aussi bien qu’en sa va ns.

Dans le Nord , le savoir est encore borné aux seuls genres qui sont du ressort du jugement et de la mémoire. Des détads fidèles sur les événemens publics, sans beaucoup de discernement, touchant leur importance respective ; les traités et les prétentions des nations, les généalogies des souverains, les dates de leur naissance : voilà les grands objets que la littérature du Nord s’est attachée à conserver religieusement, tandis qu’elle laisse éteindre dans l’oubli les lumières de l’esprit et les sentimens de l’âme. L'histoire

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du cœur humain, les mémoires inléressans que nous transmettent les procèdes francs et naturels de la vie privée, aussi bien que les fonctions éclatantes des grandes places; le sel de la plaisanterie, les traits perçans du ridicule, tous les genres de l'éloquence, chez les anciens et chez les modernes, se trouvent confinés presque sans exception sous les mêmes latitudes que la figue et le raisin.

Les désirs dévorans, les passions brûlantes qui, dans un climat, s’allument entre les deux sexes, ne sont, dans un autre climat, qu’une froide considération ou une indulgence mutuelle pour des dégoûts réciproques. On est frappé de celte différence en croisant la Méditerranée, en remontant le Mississipi, en traversant les montagnes du Caucase, en passant des Alpes et des Py rénées aux rivages de la mer Baltique.

Sur les lrontières de la Louisiane le sexe féminin. domine par le double ascendant de la superstition et de la passion. Chez les naturels du Canada, il est esclave, et n’est considéré que par ses travaux, par le service domestique qui est son partage.

Les fureurs de l’amour , les tortures de la jalousie qui ont régné si long-temps dans les sérails et les harems d’Asie et d’Afrique, et qui, dans le Midi de l’Europe, ont à peine donné

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lieu à quelque différence dans la religion el dans les élablissemens civils , avec quelque diminution de chaleur dans le climat, à une certaine latitude, ces passions terribles se changent aisément en une passion momentanée, qui s’empare de l’âme sans l’affaiblir, et qui la porte à des faits romanesques; plus vers le Nord , c’est un esprit de galanterie qui occupe l’esprit et l’imagination plus que le cœur , qui préfère l’intrigue à la jouissance, et met l’affectation et la vanité à la place des désirs et du sentiment. A mesure que l’on s’éloigne du soleil, cette passion dégénère de plus en plus en une habitude de liaisons domestiques, et se refroidit jusqu’à un point d’insensibilité tel, que si les deux sexes avaient la liberté du choix, à peine préféreraient-ils cette espèce de société (i). »

L’histoire du genre humain forme une masse inépuisable à de pareilles réflexions. Les recherches de celte nature seront plus multipliées et gagneront plus d’importance, à proportion qu’on sera plus convaincu que les opérations intellectuelles dépendent de Létal de Inorganisation animale.

Quant à l’examen des têtes en particulier, je

(t) Ferguson , Essai sur l’Histoire de la société civile, T. 1 , p. 3 1 5 et suiv.

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crois devoir recommander les précautions suivantes :

L’on croit d’ordinaire qu’il suffit d’avoir sous les veux un petit nombre de crânes , pour être à meme d’en tirer des inductions; il en serait efïectivement ainsi, si le caractère moral et intellectuel de tous les individus composant une nation, était le même. Selon mes observations et celles de M. Spurzheim , il y a à cet égard la plus grande différence d’individu à individu, même chez les peuples auxquels on a' v^bue avec raison un caractère national prononcé. M. Spurzheim vit à Londres douze Chinois, et il les trouva tout aussi différons 1 un de l’autre que le sont entre eux les Européens. La ressemblance de 1 un avec 1 autre n avait heu que pour la figure, et surtout pour la position des veux. M. Diard m’a donné deux crânes trouvés à Coulpi, surles bords du Gange. Si j’excepte les organes de 1 amour de la progéniture et du sentiment de propriété qui ont acquis un degré égal de développement, tous les autres offrent des différences frappantes. Nous voyons les mêmes différences chez les Nègres, quoiqu’ils se ressemblent toujours par la bouche et par le nez, surtout lorsqu’ils sont de la même contrée. Au nombre de trois Nègres que M. Spurzheim vit à Londres dans 1 etablissement pour l’enseignement mu-

luel , se trouvait un jeune homme de dix-huit ans, cloué de talens peu ordinaires et d’une figure très agréable ; j’ai vu moi-même plusieurs Nègres, de l’un et de l’autre sexe, dont les traits n ont rien que d’agréable. Je vois les mêmes formes chez les individus de différentes nations, de manière qu’il serait impossible de distinguer, par cela seul , si un homme est Fi ançais, Allemand , Italien , Espagnol ou Anglais. C’est précisément parcelle raison que l'on trouve des individus de tonies les nations qui ont le même caractère moral ou intellectuel. L’on porte donc des jugernens précipités, toutes les fois que l’on croit pouvoir déchiffrer le caractère général d’une nation dans un petit nombre de crânes.

Il faut, pour découvrir ce caractère général, être à même d’étudier un grand nombre d’individus, des régimens entiers, toute la nation autant que possible. Avec de semblables facilités, il serait aisé à l’organologiste de découvrir , dans la structure de la tète, la cause matérielle du caractère propre d’un peuple. Il est vrai que, généralement, le Nègre est inférieur à l'Européen pour les facultés intellectuelles; aussi, généralement parlant , les Nègres ont la tète plus petite, et une masse cérébrale moins considérable que les h ibitans de l’Europe. 11 est vrai, généralement, (pic les Anglais et les Français ont

moins île dispositions pour la musique que les Italiens et les Allemands,- aussi, généralement parlant , l’organe des tons csl-il moins développé chez les premiers que chez les derniers. L’on peut expliquer encore, en comparant les formes des têtes , pourquoi, généralement, les Anglais et les Allemands sont disposés à rechercher la liaison entre la cause et reflet, tandis que, généralement , les Français s’en tiennent aux faits individuels, et méprisent les abstractions et les généralisations, etc.

C’est sous ce rapport que l’étude des formes de têtes nationales peut être utile à l’organologie; et dès à présent l’on pourrait faire sur cette matière un traité fort intéressant. Peu importe au physiologiste que le caractère général d’une nation dépende de rinfluence du climat, du genre de vie et des occupations habituelles, de la nourriture, delà forme du gouvernement, delà religion ou de la souche originaire; car, dans la plupart des cas, la question pourrait bien être insoluble. Souvent il sera facile de nier que le climat exerce une influence très majeure. L’hisloire de tous les temps et de toutes les nations nous apprend que partout les contrastes les plus frappans, tant sous le rapport de la beauté physique, que sous celui des facultés intellectuelles, se trouvent placés tout près l’un de l’autre. Tel

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peuple vit pendant des milliers d’années, dans un pays , sans prendre ni la civilisation , ni le caractère des indigènes. D’un autre coté, l’on serait quelquefois tenté de dire que le changement de la forme du gouvernement et de la religion a changé aussi le caractère d’une nation; tandis que, dans le fait, son caractère n’est point changé; qu’il n’est que comprimé ou qu’il n’a fait que prendre temporairement un autre pli. Si vous voyez un peuple saisi aujourd’hui du fanatisme religieux , demain en proie à la passion des conquêtes , et après-demain exalté par le désir de la liberté, enfin, dans tous les temps, varier d’un moment à l’autre dans ses jugemens et dans ses désirs; si le même peuple, qui autrefois fut le berceau des arts et des sciences, croupit aujourd’hui dans la paresse et la sensualité, gardezvous de dire que son organisation et son caractère aient été changés. Il paraît qu’il est dans le plan de la nature que tantôt tel organe, tantôt tel autre exerce, chez les mêmes nations, un pouvoir suprême.

J’ajoute des observations sur les têtes des Papous, extraites d’un mémoire lu à l’Académie royale des sciences, par M. Gaimard, médecinnaturaliste de l’Expédition île découvertes autour du monde, commandée par M. le capitaine Freycinet, et l’un des rédacteurs de la zoologie

nu CERVEAU.

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Ju grand ouvrage que* l’on publie en ce moment sur celle expédition.

« Nousavons rapporté, dit-il, del’ile de Rawak six télés de Papous que nous trouvâmes sur le seuildu tombeau d’un chef. A notre arrivée à Paris , ayant soumis ces crânes à l’examen de M. le docteur Gaîl , nous avons maintenant la satisfaction d’offrir, avec plus de confiance, celles de nos observations qui pourront venir à l’appui de la doctrine de ce célèbre physiologiste. Au premier examen des crânes, M. Gall remarqua dans tous u ne inégalité qu’il nomma déformation rachitique, et d âpres laquelle il supposa que les hommes a qui ils appartenaient habitaient des lieux bas et humides. Ce fut avec surprise, nous devons le dire, que nous confirmâmes la précision d un aperçu aussi délicat. En effet, la plupart des habitans de cet archipel laisant leur principale nourriture de poissons et de coquillages, ne laissent presque jamais les bords de la mer, qui, dans cette contrée, sont tellement marécageux, que l’on peut naviguer en quelque sorte dans les forets. Les indigènes, qu’une impérieuse nécessité force de demeurer dans des endroits aussi malsains, tâchent de se soustraire à leur funeste influence en élevant leurs maisons sur des pieux. Ils ont probablement appris , par expérience, que des lieux constamment submer-

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ge's sont moins dangereux que ceux qui ne le sont que par intervalle, d’où l’usage qu’ils suivent de bâtir au-dessus des eaux de la mer.

» Les têtes dePapous présentent un aplatissement des parties antérieures et postérieures, en même temps qu’un élargissement de la face.

» Le sommet de la tête est élevé, les bosses pariétales sont proéminentes , les temporaux très convexes, et le coronal, à l’endroit de la ligne demi-circulaire des tempes , offre une saillie remarquable.

» Les os du nez, presque verticaux, aplatis d’avant en arrière, ont peu de saillie; ils sont rétrécis à leur partie moyenne et élargis en haut et en bas. La forme du nez correspond à cette

disposition, qu’augmente encore le plus de largeur

des apophyses montantes des os maxillaires supérieurs, dirigées en avant. Ces os eux-mêmes sont beaucoup plus larges que dans la race européenne, ce qui dépendant surtout du développement de l’apophyse malaire , donne a la lace la largeur que bon remarque dans tous ces peuples.

» L’ouverture antérieure des fosses nasales est très évasée à sa partie inférieure; cet évasement est plus considérable même que chez les Nègres.

» Les os malaires soûl plus dirigés en avant et

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