‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 2)Chapitre 6 sur 54 · DU CE R V K AU. 2.‘S · texte numérisé non relu

DU CE R V K AU. 2.‘S

moins considérables du bulbe lui-même cuirassent ici en ligne de compte; mais il ne faut pas oublier que les dimensions du bulbe soûl en proportion avec celles de l’orbite, et que la forme et la grandeur de l’orbite sont déterminées en grande partie par le cerveau.

J’ai ilit que la masse cérébrale affectée au sens des mots pouvait agir dans tous les sens. Je désirerais connaître des cas plus précis, pour être à même de déterminer dans quelle circonstance le développement considérable de ces parties cérébrales a asri dans une direction ou dans une

autre. Le diamètre plus grand ou plus petit de la tête d’une tempe à l’autre doit nécessairement servir d’un importantindice.Un grand diamètre, dans ce sens , est toujours d’un augure favorable pour la mémoire des mots. Aussi les yeux sont-ils tantôt plus, tantôt moins distans, de façon que la racine du riez est tantôt plus large, tantôt plus étroite; ce qui indique également qu’il existe dans celte région une masse cérébrale plus ou moins considérable. J ai vu des personnes qui avec une conformation ordinaire des yeux, apprenaient cependant par cœur avec une grande facilité. Mais dans ces cas, le diamètre d’une tempe à l’autre est ordinairement très considérable, et quelquefois même la partie inférieure des tempes est bombée;

S U Ü LES FO N C 'I' IONS

ce qui alleste uu grand développement des parties cérébrales adjacentes.

On me parle souvent d’yeux creux, là où je vois de grands yeux à fleur de tête. Ceci se rencontre lorsque la partie inférieure du front est très saillante; une telle saillie fait paraître les yeux enfoncés, quoiqu’ils soient placés dans des orbites qui n’ont pas une grande profondeur dans le crâne. Un front qui avance dans sa partie inférieure indique un grand prolongement de la partie cérébrale placée sur le plancher orbitaire. Les yeux dont j’entends parler, sont bien fendus, bien ouverts, et le bulbe avance en demi-sphère hors la partie inférieure de l’orbite. Les yeux enfoncés, au contraire, sont plutôt petits, et ne dépassentpas le bord de l’arcade inférieure de l’orbite. Que l’on compare les yeux de Racine, PI. LXXX1Y. fig. 1; de Milton, fig. 2, avec ceux de Rousseau, fig. 3.

Milton me fatigue par la foule de noms qu’il prodigue partout. Dans le premier chant du Paradis perdu , il y a une énumération de noms qui prend plusieurs pages. Dans tout son poème, il donne des noms à tous les objets dont il parle, de quelque nature qu’ils puissent être. C’est encore là l'empreinte de l’organisation de l’écri-

vain.

Racine, dit-on, n’oubliait jamais rien. J. -J. Rousseau , au contraire, se plaint sans cesse de sa mauvaise mémoire.

« To us les matins, vers les dix heures, dit-il, j’allais me promenerau Luxembourg, un Virgile bu un Rousseau dans ma poche; et là, jusqu’à l'heure du dîner, je remémorais, tantôt une ode sacrée, et tantôt une bucolique, sans me rebuter de ce qu’en repassant celle du jour, je ne manquais pas d’oublier celle de la veille (i). »

Deux femmes de ma maison avaient l’une et l’autre de petits yeux enfoncés. Après plus de huit ans, elles n’avaient pas pu parvenir encore à retenir les noms dés personnes auxquelles je donnais habituellement des soins.

u;q . 00 in , m,- ;J<fi j r., .

De la mémoire des noms et des mots dans l'état de maladie .

Un officier fut blessé d’un coup de pointe immédiatement au-dessus de l’œil. Il me dit que depuis ce moment il a beaucoup de peine à se rappeler les noms de scs meilleurs amis; il

(i) Confessions. Liv. Vil.

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n’avait absolument aucune connaissance de ma doctrine. Il ne s’aperçoit d’aucun affaiblissement de ses autres facultés.

A Ma rseille, un autre jeune homme reçut audessus du sourcil un coup de fleuret qui lui fit perdre totalement la mémoire des noms; il ne pouvait pas se rappeler ceux de ses amis les plus iutimes, même celui de son père. J’ai cité d’autres faits semblables en plusieurs endroits de cet ouvrage.

M. le baron Larrey a eu la complaisance de

m’amener un de ses malades dont voici fins-

toire :

M. Edouard de Ilampan , âgé de vingt-six ans, reçut avec un fleuret, dont la pointe avait été rompue sur le plastron , un coup à la partie moyenne de la région canine gauche, près de l’aile du nez, dans une direction oblique île bas en haut, et un peu de dehors en dedans. L’instrument pénétra à la profondeur de trois pouces et demi environ, à travers la fosse nasale gauche, traversa la lame criblée de l’etbmoïde près de l’insertion de la faux du cerveau, et parait avoir pénétré, dans une direction verticale et un peu oblique d’avant en arrière, à la profondeur de cinq à six lignes dans la partieinlernc postérieure du lobe antérieur gauche du cerveau, de manière

à se rapprocher île la partie antérieure du inésolobe.

Le malade éprouva une hémorragie très considérable dans l'instant meme de la blessure, et il est sorti une très grande quantité d’esquilles par le nez et par la bouche.

Tous ies organes des sens ont été paralysés à l’instant même, mais ils ont repris peu à peu leurs fonctions, et il 11e reste plus maintenant que les altérations suivantes :

La vue a été perdue totalement de l’œil gauche pendant un mois; elle est rétablie aujourd’hui, mais le malade voit les objets doubles. t L odorat était totalement éteint; il est rétabli à présent, et le malade peut distinguer les liqueurs alcooliques odorantes des liqueurs inodores.

Le goût élait également aboli; il s’est rétabli peu à peu sur le côté droit de la langue, de manière que la moitié droite de cet organe perçoit très bien les saveurs, tandis que le côté gauche est privé de cette faculté; la totalité de cet organe est entraînée à droite, par opposition à l’hémiplégie qui existe du côté droit, la bouche étant déjetée à gauche.

L’ouïe, abolie d’abord dans l’oreille du côté de la blessure, s’est rétablie par la suite, et il ne reste plus qu’un bourdonnement.

La voix qui s’était perdue également s’est rétablie de même, et il ne reste plus qu’un léger bégaiement.

La force des organes générateurs est conservée entièrement. Il survint une hémiplégie de tout le coté droit; il ne reste plus aujourd’hui qu’une paralysie du membre thoracique et abdominal de ce meme côté, pour la locomotion seulement, la sensibilité y existant intacte.

La mémoire des noms a été totalement éteinte, etnese produit aujourd’hui que très difficilement, tandis que la mémoire des images, et de tout ce qui est susceptible de démonstration, est dans l’intégrité la plus parfaite. ^

L’aberration mentale qui a existé dans les premiers temps dans les organes de l’intellect , a cessé aujourd’hui; mais tout ce qui a rapport a son amour-propre , à ses succès militaires, etc. , le jette dans un état d’aliénation et de mélancolie profondes, tandis que les conversations qui ont rapport à sa famille, à ses proches, à ses amis, lui rendent ses facultés.

Le malade se rappelait très bien la personne , la figure et les traits de M. le baron Larrey; il l’aurait reconnu sans aucune difficulté; il le voyait toujours devant ses yeux (expressions du malade) , eL cependant il ne se rappelait pas son nom, et le désignait par celui de M. Chose.

J'ai vu ce malade , et je inc suis convaincu que son état est tel qu’on vient de le décrire.

Si la mémoire des mois est souvent abolie dans l'état de maladie, il arrive aussi quelquefois que celte faculté acquiert un plus grand degré d’activité. Eu voici un exemple.

« Un aliéné, dit M. Pinel, guéri par le docteur Willis, a fait ainsi l’histoire des accès qu'il avait éprouvés : J'attendais, dit-il, toujours avec impatience l’accès d’agitation qui durait dix ou douze heures, plus ou moins, parce que je jouissais pendant sa durée d’une sorte de béatitude. Tout me semblait facile, aucun obstacle ne m’arrêtait en théorie ni même en réalité; ma mémoire acquérait tout-à-coup une perfection singulière; je me rappelais de longs passages des auteurs latins (i). »

Je pense que les difficultés que nous avons rencontrées dans ce traité de l’organe des mots, disparaîtront à mesure que nous avancerons dans le traité de l’organe du langage de parole qui va suivre.

(i) Traité de l’Aliénation mentale, deuxième édition, pages 89 et 90.

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