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XV. Sens du langage de parole ; talent delà philologie , etc.. ( Sprach-Forschungs-sinn . )
Le traité sur cette faculté offrira des remarques importantes de plus d’un genre. Je m’occuperai d’abord de la partie matérielle et expérimentale, et je finirai par les considérations philosophiques.
Lorsque la plus grande partie de la portion moyenne des circonvolutions inférieures-antérieures placées sur le plancher supérieur de l’orbite ou sur la voûte, est très développée, cette paroi est non - seulement aplatie, mais meme déprimée. Il en résulte une position particulière des yeux. Dans ce cas, les veux sont à-la-fois à fleur de tète et déprimés vers les joues, de façon qu’il se trouve un certain intervalle entre le bulbe et l’arcade supérieure. Le bulbe ainsi déprimé agit sur l’arcade inférieure et en augmente l’échancrure. Cette forte échancrure produit chez le sujet vivant, lorsqu’il a les paupières ouvertes , l’apparence d’unepetite poche remplie d’eau, de-là le nom d’yeux poche-tés. Voyez les PI. LXXX11, fig.3, fig.6 ; Pi. LX XXIII, fig.4; PI. LXXXIV, fig. i , fig. j. , fig. 5, fig.6 j PI. LXXXV , fig. i.
Les personnes (pii ont les yeux ainsi cou formés possèdent non-seulement une mémoire des mots
nu cf. u vf- A u.
excellente , "mais elles se sentent une disposition particulière pour l'élude des langues , pour la critique , en général pour tout ce qui a rapport à la littérature. Elles rédigent des dictionnaires, écrivent l’hisloiro; elles sont très propres aux fonctions de bibliothécaire et de conservateur ; ellesrassemblent les richesses éparses de tous les siècles ; elles compilent de savans volumes; elles approfondissent les antiquités , et pour peu qu’elles aient d’autres facultés encore, elles fout l’admiration de tout le monde par leur vaste érudition.
Quelquefois cette faculté est déjà très active dès l’enfance. A l’âge de six ans , Baratier , Pl.LXXXIV, fîg.G, savait déjà plus de six langues - dans un âge si tendre , il traduisit les auteurs grecs et corrigea les traductions de ses devanciers. On voit que ce jeune savant avait une conformation du crâne très heureuse et de grands yeux pochetés. Louis Dufour de Longuerue était , dès l’âge de quatre ans , un prodige de mémoire. Les langues mortes et vivantes, l’histoire , la théologie , la philosophie ancienne cl moderne, les antiquités, les belles-lettres , la chronologie, la géographie, lui étaient familières; il dicta une description historique de la France , absolument de mémoire, sans consulter aucun livre. INous avons vu le fils de M. le docteur
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Perking , âge seulement de onze ans ; il s’occupait des langues toute la journée ; il sait le latin, le grec, l’arabe, et plusieurs langues vivantes. Ses yeux sont conformés comme ceux de Baratier.
Je n’ai pas besoin de dire qu’une pareille organisation agit très différemment, suivant qu’elle coïncide avec le développement plus ou moins considérable d’autres organes. Lorsqu’elle se joint à des facultés supérieures éminentes, elle produit les génies universels qui embrassent toute la sphère d’activité de l’intelligence humaine , PI. LXXXII , Galilée, fig. 3; Bacon , fig. G ; PI. LXXXIII , Rabelais , fig. 4; PI. LXXXIV , Voltaire, fig. 4-
Je vais donner la liste d’un certain nombre d’hommes remarquables , doués de cette organisation, sans tenir compte de leurs autres facultés , et sans m’astreindre à l’ordre chronologique.
L’ouvrage de Dominicus Custos , imprimé à Augsbourg en 1G12 , contient les gravures des personnes dont il donne la biographie. Nous n’avons pas été peu étonnés de voir que l’organisation dont je viens de parler se trouve chez tous les savans dontil y est fait mention cornmepliilologucs. Tels sontpar exemple Just.V. Mathiolus, qui avait aussi une collection de plantes,* Occo,
nU CERVEAU.
médecin , qui possédait une collection de médailles j Aldovrandus , naturaliste; Jérôme Wolf, philologue; David Hoischel, philologue; Grypli, philologue; Nicolas Glanardus , philologue; William Canter, philologue; François Pogge , philologue.
Pic de la Mirandole avait une mémoire si grande, qu'il lui suffisait d’entendre trois fois la lecture d’un livre pour en réciter deux à trois pages de suite, ou meme pour répéter tons les mots de ces deux ou trois pages dans un ordre rétrograde. On rapporte qu’à l’àge de dix-lmit ans il savait vingt-deux langues. Milton, PI. LXXXIV, fig. 2, était doué de la plus vigoureuse mémoire, de sorte que toutes les études de sa jeunesse étaient présentes à sa pensée; son histoire de l’Angleterre suppose la connaissance et la comparaison de tous les écrivains contemporains, et meme de ceux qui ont mis en œuvre les premiers matériaux. Sortie de la main d’un aveugle, c’était un prodige aussi étonnant que le poëme du Paradis perdu. Il fut auteur de principes de grammaire, de dictionnaires, et savait le latin, l’hébreu, le grec, le syriaque, etc. La position et la conformation de ses yeux annoncent cette mémoire prodigieuse de la manière la plus distincte.
Rabelais, PI. LXXXTII , fig. 4, savait les
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langues anciennes et modernes, la grammaire, la poésie, la philosophie , l’astronomie, la jurisprudence, la médecine. Il avait orné sa mémoire de toutes les richesses de son temps. Mais que l’on lasse attention aussi au développement considérable des parties frontales, tant supérieures qu'inférieures. Que l’on considère encore l’organisation admirable de Leibnitz , de Haller, etc. Que l’on jette les yeux sur le portrait d’Edmond Castell, PI. LXXXV, lig. i , qui se trouve à la tète de son Lexicon lieptaglosson , ouvrage qui sera encore pendant des siècles la ressource de tous les philologues. Quelle ressemblance dans l’organisation de tous ces hommes distingués!
Pelloutier, philologue; Perrault, architecte et littérateur ; Perron, qui étudia de lui-même le grec, l’hébreu , la philosophie et les poètes, littérateur prodige de mémoire; Rollin; Renaudot, qui savait dix-sept langues et 1 histoire , avaient tous de grands yeux pochetés; ainsi que Crébillon, PI. LXXXIV, fig. o, qui n'écrivait jamais scs pièces que lorsqu'il fallait les donner au théâtre. Quand il présenta aux comédiens sa tragédie de Catilina, il la leur récita tout entière de mémoire; jamais il n’a rien oublié de ce qu’il avait appris.
Que l’on considère les yeux de Slrabon, de
nu cerveau.
l'Are tin (Léonard), historien polygraphe et traducteur; de Sarpi, auteur de l’histoire du Concile de Trente; de Gibbon, de Jean Muller, auteur de l’histoire de la Suisse; tous ont les yeux très saillans et déprimés vers la joue.
Que l’on considère le portrait de M. Adelung à Brunswick, et celui de sa lille, qui a hérité du génie de son père pour les langues; ceux de MM. Bottigcr, de Dresde; Heyne, de Gollingue; Schlosser, Birkenstock, de Vienne; Saxe, d’Utrecht; Murr, de Nuremberg; Harles et Meusel, l’un et l’autre de Erlangen; Krans, de Kœnisberg; Rasdorfer , de Schweinfurt ; Wolf, de Berlin; Wolke, de Leipsick; Binger, de Manlieim ; ce dernier est devenu aveugle à force de lire. Qu’on admire enfin le signe extérieur de celte belle faculté, dans nos deux célèbres professeurs de la faculté de Paris, MM. Desgenettes et Percy.
Je fatiguerais le lecteur en multipliant les citations. Partout où je regarde le portrait d’un homme qui s’est fait un nom dans une partie qui suppose ce genre de mémoire, je trouve de grands yeux déprimés. Comment après cela pourrais-je douter encore que celte faculté ne soit une faculté fondamentale propre, et que l’organe n’ait son siège au-dessus du plancher orbitaire?
S un LES FONCTIONS
Les C.iits prouvent jusqu’à l’évidence que cette organisation produit toujours la même tournure d’esprit. A quelle force fondamentale peul-on ramener les fondions tic cet organe? Est-ce à raison de cet organe que l’espèce humaine s’est créé un langage parlé? Cet organe a-t-il tracé aux peuples les règles immuables d’une grammaire générale? Voilà des questions auxquelles on ne pourra répondre un jour qu’après avoir fait encore un très grand nombre d’observations. En voici q-uelques-unes qui pourraient faire présumer qu’on doit y répondre affirmativement.
Sens des langues dans l’état de maladie.
Une femme avait assez de facultés intellectuelles pour faire son ménage et pour soigner ses en fans. Quoiqu’elle eut l’ouïe bonne, elle ne put jamais apprendre à parler. Dans son crâne, les planchers orbitaires supérieurs sont fortement voûtés en sphère, preuve certaine que les parties cérébrales placées au-dessus étaient très faiblement développées. Dans le crâne d’un individu complètement imbécile , les planchers orbitaires supérieurs s’élèvent également beaucoup en sphère dans la cavité crânienne.