VI
Expériences sur le système nerveux de l’homme et des animaux, publiées en Italie en 1819 (1), et répétées en France en 1822 (2); par Cosrer, D. M. de la faculté de Turin.
Dans Île troisième volume, j'ai exposé mes réflexions sur le rapport de M. le baron Cuvier, concernant les expériences de M. Flourens.
M. Coster, en traduisant l'ouvrage de M. Rolando, a répondu à mes observations. Dans ce temps-là je ne connaissais pas encore la disseration de M. Rolando nile mémoire de M. Flourens. Depuis, j'ai étudié leurs travaux, et les fréquentes contradictions des résultats que chacun a obtenus dans les mêmes expériences, ont de nouveau confirmé que les mutilauons sont le plus mauvais moyen pour connaitre les fonctions du système nerveux.
M. Coster s'applique d’abord à faire honneur
(x) Saggio sopra la vera struttura del cervello del uomoe degl animali, e sopra le funzioni del systema
nervoso. Di Luigi Rolando , 1809.
(a) Archives générales de Médecine , tome I*., mars . 1823.
DU CERVEAU: 150 des nouvelles découvertes dans l’anatomie et la physiologie du cerveau à son ancien professeur. Ii suppose que M. Cloquet, dans son anatomie descriptive, a emprunté la description du cerveau à M. Rolando. Pour sauver à celui-ci la priorité de ces découvertes, il croit devoir établir Le fait suivant : « La marche des fibres médullaires qui s’épanouissent pour aller former les hémisphères du cerveau et du cervelet, découverte par Rolando , ne diffère pas essentiellement de lexplication qu’en ont donnée les docteurs Gall et Spurzheim. » « On pourrait croire, dit aussi M. Rolando, que j'ai eu quelque connaissance de la manière exacte de ces ingénieux anaiomustes (1). » J’ajoute que je confiai à la même époque au professeur Palloni, secrétaire-général de l'académie italienne, un mémoire contenant lexplication des fonctions du système nerveux chez tous les êtres vivans, fondée sur leur organisation et sur des expériences qui démontrent l'usage des diverses parties de la masse cérébrale. Bien plus, dans mes lecons de médecine théorélico-pratique , non-seulement j'ai classifié depuis long-temps les maladies du système ner:
(x) Memoria sulle cause da cui dipénde la vita degli esseri organizzati ( Firenze, 1807 ).
veux en affections des hémisphéres, du cervelet, dela moelle allongée et du nerf intercostal , mais j'ai encore enseigné, toujours appuyésur des expériences et des observations, qu’il n’y avait pas un symptôme, pas un phénomène qui. ne trouvât une explication facile, tandis que dans les meilleurs traités sur ces maladies, tout est désordre, obscurité et confusion. »
« Il me semble que l’on n'aura pas de peine à conclure de tout ceci que je connaissais la structure du cerveau, telle que je lai décrite, bien avant que les médecins de Vienne eussent publié leurs observations anatomiques, puisque c'est à l’aide de cette structure que j'ai expliqué les fonctions de l’encéphale avant cette époque, ainsiquelesaltérations morbides les plus difficiles à comprendre (1).» « Je suis bien loin, continue M. Coster, de vouloir insinuer par celte citation que MM. Gall et Spurzheim aient profitédes recherches anatomiques de Rolando;jesais au contraire qu’à l’époque où ces deux célébres anatomistes publièrent leurs premiers travaux, 1l était impossible qu’ils eussent connaissance de louvrage dont nous nous entretenons. Ce m'est pas la première fois que des hommes de génie se sont
(x) Saggio sulla vera Struttura, etc., p. 6g.
DU CERVEAU. 181 trouvés daccord sur un même point de doctrine, à l'insu les uns des autres. »
Si M. Rolando est bien sûr de pouvoir expliquer, à l'aide de la structure du cerveau découverte par lui, les fonctions de ce noble organe, l'est certainement le plus heureux des mortels. Mais laissons là ectte grande bagatelle, et voyonsen attendant s’il a bien plaidé sa cause pour le mérite de la priorité de ses prétendues découvertes.
Cest donc en 1807 qu’il a annoncé une nouvelle structure du cerveau, entièrement diverse de tout ce qu’avaient dit avant ce temps les plus célébres anatomistes, Le premier volume de mon grand ouvrage, qui contient l'anatomie du systéme nerveux , el surtout celle du cerveau et du cervelet, n’a paru qu’en 1909;mais plusieurs années avant mes voyages, j'ai constamment fait à Vienne la démonstration du cerveau d'aprés es découvertes à un grand nombre de specla leurs detoutesles nations. Je suis partideVienne Je 5 mars 1805, et immédiatement aprés el pendant toute cette année etles années 1806 et 1807, nous avons fait la méme démonstration du cerveau ;, toujours en présence des professeurs , des élèves, et d’an grand nombre de personnages les plus élevés, à Berlin, à Halle, à Loipzig, à léna, à Dresde, à Gottingue, à Copenhague, à
Leïde, à Amsterdam, a Heidelberg, à Stuttgard , à Carlsruhe, à Brunswick, à Hambourg , à Munick; à Francfort, à Zurich, à Berne, à Bâle, à Paris, etc. , etc. Pendant mes voyage plusieurs de mes auditeurs ont publié mes cours, sans parler de tous les journaux qui en rendaient compte comme d’un objet d’une vive curiosité et d’un intérêt général.
Les ouvrages de Froriep, de Bischoff, d’Ackermann, de Walter, professeur à Berlin; de Walther, professeur à Bonne; de Blæœde, de Muller, de Meyer, à Naples ; de Demangeon,etc., ont tous paru avant l'an 1807. Il en a paru dans les mêmes années, en langues italienne, française, danoise, suédoise, hollandaise, etc. Le 14 mai 1808, nous avons présenté à lInstitut de France un mémoire où se trouvaient consignées nos découvertes anatomiques. Le rapport de MM. Tenon, Sabatier, Portal, Pinel et Cuvier, a été envoyé partout. Et M. Rolando ne connaissait de ma doctrine anatomique et physiologique, qu’une opinion absurde rélutée par Malacarnel L’on m'a fait soutenir que le cerveau n'était autre chose qu'un amas de ussus cellulaires. Cette espiéglerie n’est parvenue à mà connaissance que par ce passage de M. Rolando.
Uné preuve bien plus évidente que M. Rolando ne s’est pas approprié mes découvertes ,
c'est son exposition de la structure du cerveau. La marche des fibrilles nerveuses qui contribuent à former les hémisphéres, est très grossiérement indiquée dans ses plan ches quoique long-temps avant elle ait été beaucoup mieux dessinée par Vieussens et par Vicq-d’Azyr. Il n’est guidé par aucun principe physiologique, par exemple, tel que serait le perfectionnement successif des animaux ; il avoue qu'il n’a eu que trois cer veaux à sa disposition. Il faut bien mal connaître cette partie pour se flatter d’y faire des découvertes sans pouvoir multiplier, répéter, recüfier et confirmer ses recherches. De-là vient que le passage des pyramides par la protubérance annulaire, par les couches optiques et par les corps striés, est très inexactement décrit. D’après lui, les faisceaux nerveux des corps striés contribuent, comme d’après l'avis de ses devanciers, à former la grande commissure et ses dépendances; ainsi il n’a pas reconnu Îa direcüuon toute différente des faisceaux divergens et des faisceaux couvergens. Il ne connait les corps striés que tels qu’ils ont toujours été connus de tout le monde ; leur partie extérieure, qui surpasse de beaucoup celle qu’on voit dans les ventricules , a tout-à-fait échappé à ses yeux. IL fait encore naître, comme tous les anatomistes avant lui, le nerf optique des couches optiques ;
et, comme plusieurs anatomistes avant lui, :l fait naître le nerf olfactif de la commissure antérieure; il ne se doute pas même de la maniere dont celte commissure est formée par des faisceaux nerveux qui sortent du bout antérieur intérieur des lobes moyens ; comment alors auraitil pu se douter de la formation de la eloison transparente? Dans les oiseaux, il prend les éminences d'où naissent les nerfs optiques, comme tout le monde avant nous, pour les mêmes parties que les soi-disant couches optiques dans les mammifères. De même, dans les oiseaux, il prend le simple renflement de la moelle allongée pour la protubérance annulaire. Ne connaissant aucune loi de l’organisation du système nerveux, il n’a pas pu voir que les oiseaux , les reptiles et les poissons sont privés de cette protubérance, qui n’est autre chose que la réunion des faisceaux nerveux des lobes latéraux du cervelet ; or ces animaux n'ayant pas ces lobes latéraux, ils ne peuvent pas en avoir la réunion. Ainsi 1l n’a pas la moindre idée de Îa formation de cette protubérance ou de cette commuissure du cervelet, de son passage entre- Jacé avec les faisceaux longitudinaux des pyramides. La structure tout enticre du cervelet est un grand mystere pour M. Rolando. M: Altüni avait d’abord imaginé y voir une pile galvanique,
des couches de substance grise et des couches de substance blanche, placées alternativement les unes sur les autres; d’autres anatomistes , tels que Reil et Rolando, ont trouvé cette fiction trés plausible et l’ontadoptée. Ils ne savaient pas que le cervelet est organisé d'après la même loi comme les hémisphères ; qu’en cas d’hydropisie du cervelet, ses plis se développent comme les circonvolutions des hémisphères du cerveau, et que même assez souvent ce développement se laisse faire artificiellement.
Le professeur Rolando nie aussi que la substance grise fournit les filamens nerveux , mais il admet qu’elle contribue à leur nutrition: en général , ses idées sur cette substance sont vacillantes; dans le cervelet , cette même substance grise aide à former la pile galvanique; d’ailleurs il adopte l'opinion de Malacarne sur l’usage de ces feuillets, et les fait contribuer à la perfection de l'intelligence. [ne sait pas plus que moi comment Malacarne a compté les feuillets du cervelet, et quoiqu'il n’ait examiné que trois cervelets, il croit pourtant avoir trouvé le moyen de confirmer l’observation de ce savant; il a donc vu que le cervelet d’un imbécile n’est composé que de trois cent vingt-quatre feuillets; celui d’un homme intelligent de sept cents!
M, Rolando avance que chez les animaux le
cervelet est plus gros que chez Jhomme. Nulle part il ne manifeste le plus léger soupçon pourquoi les couches optiques, les corps striés, la protubérance annulaire , etc., sont plus peuts chez les animaux, tels que le cheval , le taureau , que chez l’homme; pourquoi, au contraire, les tubercules quadrijumeaux, etc. la moelle allongée, etc., sont plus gros chez les animaux que chez l’homme; toujours résultat du manque de principes physiologiques.
Enfin M. Rolando , à force de faire des recherches si multipliées sur les cerveaux de l’homme et des animaux, n’y trouve d’autres différences que pour le volume !
M. Rolando, pour épargner à ses lecteurs les détails de la descripuüon du cerveau, les renvoye aux ouvrages de M. Cuvier. M. Coster a donc agi très prudemment , de ne pas avoir voulu spécifier les immenses découvertes de son ancien professeur, qu'il appelle un professeur modeste, puisqu'il n’a pas dit cequ'il ne savait pas. Ainsi cette annonce si pompeuse de la nouvelle. doctrine du cerveau, entièrement diverse de tout ce qu'avaient dit, avant ce temps, les plus célèbres anatomistes , se réduit à ce queM. Rolando n’a pas évité une seule erreur reçue jusqu’à son temps, et qu'il wa pas fait la plus mince découverte dans l'anatomie du cerveau. Jamais
je n'aurais cru ce surprenant résultat, si je n'avais pas lu moi-même louvrage original en italien, de M. Rolando.
J'avais d’abord préparé un travail qui opposait les résultats des expériences du professeur Rolando, à ceux obtenus dans les mêmes expériences par M. Flourens, toujours dans lintention de prouver que les lésions des parties cérébrales ne peuvent jamais devenir un moyen pour connaitre les diverses fonctions de ces partes. Mais depuis, M. Flourens lui-même a cru devoir substituer une autre méthode d’expérimenter à celle de M. Rolando, ce qui lui explique pourquoi ils ont obtenu des résultats si différens.
J’opposerai donc d’abord les raisons de M. Flourens et les miennes , à MM, Rolando et Coster; plus tard, nous verrons si la meilleure méthode de M. Flourens a , pour effet, des résultats plus constans et plus concluans.
M.Rolando est d’abord en contradiction avec Fontana : « Je connaissais, dit:l, depuis longtemps les expériences du célébre Fontana, d'apres lesquelles une tortue à qui on avait enlevé Le cerveau, vivaitencore pendant six mois, et marchait comme auparavant. En vain j'ai . répété la même expérience; toutes les fois que
J'avais retranché le cerveau derrière le cervelet,
188 SUR LES FONCTIONS l'animal mourut subitement dela même manière qu'un autre à qui on avait coupé la tête.
» J’eus occasion de n'entretenir avecM.Fonana , et je lui demandai la raison de la différence de ce résultat. Il m’assura qu'il avait constamment obtenu les mêmes résultats, même aprés avoir entièrement vidé le crâne. J’ai donc répété la même opération avec le plus graud soin , et avec une trés petite perte de sang. Chaque fois que la moelle allongée venait d'être griévement blessée, la mort s’ensuivait immédiatement , et dans l’espace de vingt-quatre ou quarante-huit heures le galvanisme ne ponvait plus provoquer le moindre signe de sensibilité.»
Écoutons M. Rolando surses propresexpériences: « J'ai fait, dit-il, pag. 366, des expériences innombrables sur des chevreaux , des agneaux , des cochons, des daims , des chiens , des chats et des cochons-d’inde, pour voir les résultats des lésions faites sur les tubercules bijumeaux et sur les parties voisines des couches optiques; mais j'ai rarement obtenu des effets constans : ce qui ne doit pas surprendre, si l’on réfléchit à l’entrelacement particulier des nombreux filets médullaires qui se rencontrent dans ces parles ; car, comme il est extrêmement difficile de connaître quels faisceaux de filets ont été enlamés dans ces opéralons , on ne peut
pas tirer des conclusions claires et précises quand il y a quelque différence dans les résultats. » C'est précisément ce que j'ai toujours opposé à ce genre de recherches,
Voici le jugement de M. Flourens sur M. Rolando : « Pour obtenir des résultats déterminés et constans , dit-il, pag. 317, dans mes recherches expérimentales , il m'a fallu isoler, avec le plus grand soin, les divers organes cérébraux les uns des autres ; découvrir en entier ces organes, afin de suivre et de guider l'instrument par l'œil : ne les enlever que par couches régulitres et ménagées, afin de ne dépasser jamais les limites qui les joignent ou les séparent. Toutes ces précautions ‘étaient indispensables pour les obtenir avant de les connaître ; aujourd’hui même qu'on les connaît, le défaut d’une seule suffirait pour empêcher de les reproduire, On peut donc avertir ici M. Rolando, qu'en opérant, comme il a toujours opéré, c'est-à-dire sans isoler, sans découvrir, sans voir, sans savoir n1 jusqu'où il va, ni où il s'arrête , il ne les produira sûrement jamais. »
€ M. Rolando na donc jamais observé que des phénomènes complexes ; il n’en a jamais déduit que des conséquences vagues ou contradictoires; il s’est constamment borné à repéler les expériences de Haller, de Lorry, de Ziun. n
Plus tard , j'examinerai encore une fois si cet isolement des parties cérébrales est praticable. En attendant, confrontons les expériences
de MM. Rolando et Flourens.
Expériences sur le cerveau des mammiféres.
Dans l'intention d'observer quelseffets produirait un courant defluide galvanique dirigé du cerveau vers les différentes parties du corps, Rolando trépana le crâne d’un cochon, ensuite il introduisit un conducteur de la pile voltaïque dans les hémisphères, en ayant soin de toucher tantôt un point, tantôt un autre , tandis que l’autre fil était appliqué sur diverses parties du corps. À yant répété ces expériences sur divers quadrupèdes, il nobunt que des contractions vi0= lentes, et il observa qu’elles étaient beaucoup plus fortes lorsque le conducteur métallique pénétrait dans le cervelet.
M. Flourens, qui ne croit pas, d'apres ses expériences , que les lobes cérébraux et le cervelet produisent directement des contractions musculaires, présume que le fluide galvanique est conduit jusqu'aux parties immédiates de la contraction, c’est-à-dire jusqu'aux tubercules, la moelle allongée , la moelle épiniere. Rolando croit que les ‘fibres des hémisphères sont destinées à produire des mouvemens particu-
liers. M. Flourens dit que ses expériences établissent que les hémisphères du cerveau ne produisent directement aucun mouvement.
Les résultats obtenus par M. Rolando, furent que toutes Les fois qu’un grand nombre de fibres qui traversent les corps striés étaient coupées ou déchirées, que les corps calleux ou la voûüteétaient intéressés, 1l s’ensuivait un état de léthargie et d’assoupissement; après une lésion faite sur les couches optiques, des effets tantôt toniques, tantôt cloniques, catalepsie, convulsions. M. Flourens croit queRolando confondici les effets delalésion descouches optiques avec ceuxde lalésiondes tubercules bijumeaux, puisque, selon lui, la lésion des couches optiques ne produit pas de convulsions.
À l'observation de Rolando , que la présence des alimens et un bruit assez fort ‘ne faisaient pas exécuter le moindre mouvement à un chevreau , M. Flourens fait observer que cela n’est pas étonnant , puisque , d’après ses expériences, l'animal privé de lobes cérébraux , n ‘entend , ni ne voit, ni n’odore, etc. Obs ce même chévreau resta ferme sur ses pieds , et il changeait de situation lorsqu’on le choquait violemment. D’après M. Flourens , sans lobes cérébraux a-t-on encore de la volonté, de la sensation ? Il reproche encore à Rés qu'il a produit tantôt l’assoupissement ou la téthtioill
tantôt des convulsions, selon que celui-ci doit avoir blessé tour-à-tour, ou tout-à-la-fois , les tubercules bijumeaux , les couches optiques , le corps calleux, la voûte et ses appendices. Lorsque M. Rolando , aprés avoir déchiré tantôt les tubercules bijameaux , tantôt une portion des couches optüques, attribue lPirrégularité du mouvement où une certaine ivresse à la lésion de ces parties, M. Flourens veut que ce soit le cervelet qui ait été Elessé à l'insu de M. Rolando.
Expériences sur le cerveau des ciseaux.
M. Rolando emporta à une poule les deux tiers des lobes cérébraux , sans blesser ni l’expension médullaire qui se trouve dans la face interne des hémisphères , nila portion oblongue que l’on rencontre vers la base. L'animal paraissait souffrir un peu dès le principe ; mais aprés une vingtaine de minutes il commençait à marcher, à boire et à manger ; il était néanmoins un peu étourdi et comme dans un état d'ivresse.
M. Flourens dit qu’il est constant , d’après ses expériences , que l'animal ne sent pas même les lésions des lobes cérébraux; et 1l ne veut pas que l'ivresse soit encore ici attribuée à la lésion des lobes cérébraux; il est pourtant difficile de soutenir que, dans cette expérience, M. Rolando ait blessé d’autres parties que les
lobes , comme le présume M. Flourens; car le cervelet est assez loin derrière les lobes cérébraux. k M. Rolando emporta de la méme manière une grande quantité de la substance des hé mispheres ; 11 déchira en outre non-seulement la susdite expansion médullaire , mais encore celle qui occupe la base des héimisphéres. À mesure qu'il attaquait plus profondément les hémisphéres, l'animal devenait stupideet restait plus calme. Il n'était donc pas calme ici , non plus au commencement de lopération. A la fin il s’assoupit, secoucha pendant quelque temps ; une heure aprés il se releva, restant immobile sur ses pieds ; ni bruit, ni aliment, n1 eau, ni piqûre n’ont pu lui faire faire le plus pet mouvement. Cependant par un coup de pied on pouvait lui faire faire quelques pas. Ou pénétra dans les couches optiques, sur chacune desquelles on fit trois ou quatre incisions , ce qui ne donna aucun résultat nouveau, sinon que les yeux restaient ouverts, les pupilles dilatées sans qu’il fut possible de les faire fermer par l'approche d’un corps étranger quelconque. Sans prendre aucun aliment d'elle-même, la poule avala quelques pelotes de pain qu’on lui introduisit dans le gosier. M. Rolando fit cette expérience sur des
poulets, des faucons et des canards , et presque *
toujours avec le même succés, Ayant touché involontairement chez un corbeau sur lequel il avait fait la même expérience , le point placé audessus de la protubérance annulaire , le corbeau fut saisi de hoquets très fréquens , de convulsions, et expira au bout d'une demi-heure.
Ayant à peine touché les parties voisines de la protubérance annulaire sur plusieurs poulets, il lui arriva deux fois de produire le hoquet (ainsi pas toujours ), mais ils furent toujours suivis de convulsions et de la mort.
M. Flourens fait ici la remarque ,comme Je lai dit au commencement, que M. Rolando prend les tubercules quadrijumeaux pour les couches optiques; et que M. Rolando ne s'est jamais douté des fonctions réelles des lobes cérébraux, puisqu'il n’a reconnu ni la perte de la vue, ni la perte de laudition, ni la perte des facultés intellectuelles par l'effet de leur ablation. Cependant , à un bruittrés fort, le corbeau ouvrit les yeux; il entendit, quoique M. Flourens avoue que Ja lésion des hémisphères füt profonde, ce qui lui explique la stnpeur et la léthargie complète. Dans cette même expérience sur le coq, M. Rolando fit trois ou quatre incisions sur les tubercules quadrjumeaux ; sans que cela donnät un résultat nouveau, sinon la même stupeur , le même assoupissement. Pour-
DU CERVEAU. * 199 quoi M. Flourens ne relève-t-il pas cette circonstance si contraire à ses expériences, d’après lesquelles la lésion des tubercules doit produire des convulsions? M. Rolando se trompe encore, quand , chez les oiseaux, il parle de la protubérance annulaire ; car les oiseaux n’ayant point les lobes du cervelet, n’ont pas non plus la protubérance annulaire.
Expériences sur Le cerveau des reptiles et des poissons.
M. Rolando enleva les deux hémisphères du
cerveau sur une trés grosse tortue de mer, L'ayant reraise à l’eau, elle nagea pendant quelque temps , puis elle alla au fond , et elle resta tranquille pendant des heures entières, se tournant seulement quelquefois tantôt d’un côté, tantôt de Pautre, Quand on la soulevait avec la corde , elle nageait un peu, et se laissait ensuite aller au fond de l’eau.
. I enleva les deux hémisphères du cerveau chez le squalus catulus L. , et l'ayant remis dans l'eau, il s'enfuit avec la plus grande prestesse ; il se cacha derrière une pierre, où il resta immobile, à moins qu’il ne füt agacé. On répéta de mille manières ces expériences sur les torlues , et le résultat a toujours été le même,
Comment M. Flourens concçoit-il ici encore des déterminations de volonté , la fuite précipitée , même assez d'intelligence pour se cacher derrière une pierre, et la sensibilité réveillée par l’'agacement ? car, selon lui, les hémisphéres sont le siége de la volonté, de l'intelligence et des mouvemens intentionnés.
Lxperiences sur le cervelet des mammiferes.
Voici d’abord origine des prétendues découvertes sur la fonction du cervelet :
« La structure du cervelet, dit M. Rolando, les découvertes importantes faites par le professeur de Padoue sur le grand nombre de feuillets dont 1l est composé, firent naître en moi plusieurs soupcons sur le véritable usage de cet organe, Je crus qu’il était destiné à la locomoton. Et pour confirmer cette opinion, il entreprit les expériences suivantes sur le cervelet : il enleva, à plusieurs reprises , tout ce qu'il put sur un des côtes du cervelet d’un cochon et d’un mouton. Mais à peine la lésion s’étendait-elle au-delà du côté trépané, que l’animal était frappé d'hémiplégie , et il périssait bientôtau milieu de spasmes convulsifs et de l’hémorragie.
Il est démontré, réplique M. Flourens, par mes expériences, que la lésion du cervelet ne
produit jamais de convulsions, et que toutes les fois qu'on a cru en produire par lui, c’est que la moelle allongée avait été blessée sans qu’on s’en aperçüt. » Tout cela est bon à dire; mais M. Rolando reconnaitra-t-il que son procédé n’a pas été exact ?
La forme d’ane pile voltaïque pourrait tout au plus faire naître l’idée que le cervelet peut être destiné à produire des commotions, mais nullement le mouvement de translation. N°y aurait-1l pas plutôt ici quelque influence de l’ancienne théorie en vogue avant et après Willis, que le cervelet secrète les esprits vitaux, le fluide nerveux , dont l’action sur les muscles devait produire le mouvement? Depuis bien des années, les physiologistes allemands appelaient le cervelet l'organe de la locomotion. ( Sinn der ræumlichen Bewegung.) Quoi qu'il en soit, toujours M. Rolando a-1-il été prévenu, et ici, comme dans d’autres occasions , 1l a découvert ce qu'il savait, ou ce qu'il présumait d'avance, comme par exemple la cécité après la lésion des couches optiques chez les mammifères, etc.
Il coupa en différens sens le cervelet à un de ces animaux ; l'animal ne put plus se soutenir sur Îles jambes, comme s’il eût été paralytique , et, aprés vingt-quatre heures, il mourut dans
les convulsions. M. Rolando dit avoir constamment observé que la diminution des mouveimens était en raison directe de la lésion du cervelet ; c’est pourquoi l'animal était tantôt entièrement paralytique , tantôt d’un côté seulement ; d’autres fois les extrémités extérieures et postérieures seules restaient sans mouvement , suivant que le cervelet était détruit en tout ou en partie.
M. Flourens fait la remarque, que si M. Rolando entend parler de la perie du mouvement par la perte du cervelet., sa conclusion est enticrement démentie par les faits. Ainsi toujours résultats différens , toujours opposition parmi
ces deux expérimentateurs !
Expériences sur le cervelet des oiseaux.
M. Rolando euleva à-peu-prés la moitié du côté droit du cervelet d’un coq ; à Pinstant Panimal fui frappé de paralysie, eLtomba du même côlé sans pouvoir se servir en aucune maniere de Ja jambe droite, ni exécuter avec cette jambe ie moindre mouvement. À la fin la paralysie s'étendit aux deux côtés. M. Rolando convient néanmoins que ce coq agilait quelquefois les ailes , et qu’il faisait aussi mouvoir les extrémites inférieures. Pour échapper à cette contradiction,
M. Rolando attribue ces mouvemens à la seule mobilité de la fibre musculaire, où à un petit reste du cervelet.
Cette perte du mouvement est contraire à M. Flourens, puisqu'il a montré que tous les mouvemens persistent aprés l’ablation du cervelet. Et pour prouver que jusqu'ici l’acuon du cervelet a été un mystère, il cite trois observations de Sancerotte : d’une lésion du cervelet ji résultait une convulsion universelle, une sorte de secouement mêlé de tremblement ; un chien se renversait de temps en temps, se roulait, faisait le tour de la chambre, et avait toujours les pattes en action. Un soldat chez lequel on trouva, après une chute, un dépôt consicérable sur la tranche du cervelet du côté droit , se tournait et retourpait à tout moment dans son lit, et s’agitait tellement que quand on voulait le remettre en place, il se démenait et se roïdissait. Une balle avait traversé la partie gauche du cervelet, et pénétrait jusque dans’le lobe postérieur de l'hémisphère du cerveau. Pendant les quarante-huit heures que ce soldat vécut, son jugement était quelquefois bon, mais le plus souvent il délirait ; 1 était toujours en agitation, se tournant dans son lit d’un côté et de lautre, remuant sans cesse les bras et les jambes. (Foyez: aussi Tome IT, page 409.)
Dans tous ces cas, le cervelet a été lésé; il sensuivit irrégularité des mouvemens , et point de paralysie.
Expériences sur le cervelet des reptiles et des poissons.
Une tortue dont M. Rolando sépara le cervelet de la moelle allongée, resta entièrement paralysée, et vécut pendant dix ou douze jours sans faire le plus petit mouvement. Une autre tortue vécut deux mois, sensible aux plus petites offenses, mais immobile au point de ne pouvoir s'éloigner du lieu où elle était inquiétée: Il en est arrivé de même à un lézard et à deux serpens. Deux poissons perdirent également la faculté de se mouvoir.
N. Rolando observa que les lésions faites sur le cervelet se guérirent promptement,et-qu’alors les poulets ,les tortues recouvrérentleurancienne aputude au mouvement. La. première tortue, dont il n'avait que déchiré et divisé le cervelet , resta paralysée pendant plusieurs heures; mais bientôt après elle acquit une facilité surprenante de se mouvoir , si bien qu’elle marchait avec une rapidité quadruple de ce qu’elle avait coutume de faire auparavant. M. Rolando fut curieux d'examiner le cervelet, qui était seulement cou-
vert de sang coagulé; illui parut cicatrisé et considérablement augmenté de volume. Serait-il possible , ajoute-tl , que le cervelet ayant acquis, par le moyen de la cicatrice, un plus grand développement, pût ainsi contribuer à cette agilité insolite ?
Enfin M. Rolando nous donne l'explication promise des fonctions du cerveau et du cervelet ; et les altérations morbides les plus difficiles à comprendre, et tout cela à l’aide de la nouvelle structure du cerveau , telle qu’il l’a décrite :
« En considérant les hémisphères du cerveau comme un amas de fibres qui, d’abord réunies en faisceaux dans leurs jambes , divergent ensuile et se ramifient pour former le corps calleux, la voûte, les corps striés, les couches optiques, etc. , on trouve la plus grande analogie pour établir que ces parties doivent jouir d’une mobilité exquise , laquelle venant à être détruite, diminuée ou augmentée, on peut | expliquer les divers états morbides, dont on a bien toujours cru que le siége était dans la masse cérébrale, sans oser imaginer quelle était la vé- ritable altération de cet organe.
» Maintenant, continue M. Rolando, n'est-il Pas vrai que si, en déchirant, broyant ou détruisant les hémisphéres, on produit lassoupissement, la démence, fa stupeur, toutes les fois
qu’on observe un état pareil, par suite d’une cause morbide, comme dans l’apoplexie ou dans la léthargie, on doit nécessairement supposer que l'énergie des fibres des hémisphères est plus ou moins profondément altérée? Au contraire, si l’activité des fibres cérébrales est augmentée, on verra s’augmenter aussi les opérations qui sont produites ou modifiées par les organes cérébraux, comme on l’observe dans les différentes espèces de manie. »
Passe jusqu'ici, quoique je ne comprenne nullement comment un mouvement quelconque peut produire une autre fonction que celle de communiquer ce mouvement à d’autres parties.
Mas suivons la file des hypothèses.
« Mais comment, se demande M. Rolando, le cervelet pourra-t-il être l'organe des mouvemens quiont lieu dans les muscles, de telle facon que s’il vient à être altéré, ces mouvemens deviennent incertains et vagues, et qu’ils cessent entièrement lorsque l’organe est complètement enlevé ? J'avais d’abord soupçonné que les corps striés étaient destinés à cet usage, mais un examen plus attentif de la structure des hémisphères du cerveau, et la ressemblance de quelques appareils de la torpille avec le cervelet des oiseaux, me convainquirent que cette partie de lencéphale était un véritable électromoteur dans le-
quel se secrète un fluide analogue au fluide galvanique , qui, étant ensuite transporté par les nerfs qui lui servent de conducteurs, allait stumuler les muscles à la locomotion. »
« En effet, si un appareil composé de diverses substances non métalliques, telles que Le schiste, le charbon, la chair musculaire, la substance cérébrale; si l'organe électrique de la torpille, du silurus, du gymnotas, composé d’une substance albumino-célatinoso -cartilaginense , et d’autres semblables, sont propres a préparer et à développer une trés grande quantité de fluide électrique capable de donner de violentes secousses, pourquoi un principe semblable, tel que le fluide nerveux, ne serait-il pas formé par les feuillets nombreux de substance jaunäire et cendrée du cervelet? Que pourrait-on trouver de plus évident pour établir que le cervelet est un organe dont la structure est entiérement semblable à l’appareil de Volta? Quelle autre preuve pourrait-on désirer pour démontrer que ce viscére prépare un fluide analogue à celui que développe linstrument en question ? Quelle conséquence plus directe pourrait-on ürer, si le cervelet étant lésé on détruit, on voit cesser toute influence du fluide nerveux sur les muscles de la locomotion? Il me paraît que personne n'a insisté sur la nécessité d'admettre un méca-
nisme parUculier, au moyen duquel le fluide préparé dans lélectromoteur cérébral puisse être transmis à l’extrémité centrale du nerf, que l’on peut regarder comme un conducteur qu'il doit parcourir pour aller irriter les muscles qui doivent étre mis en mouvement... »
« Les hémisphères du cerveau sont donc le siége principal de la cause prochaine du sommeil, de la démence, de l’assoupissement, de lapoplexie, de la mélancolie et de la manie.
Les vices du cervelet, de la moelle allongée, ou de quelques branches nerveuses, donneront naissance aux diverses espèces de paralysie, tandis que la cause des épilepsies et de toutes les affections spasmodiques, provient d’une irritation produite ou transmise à l’origine de tous les nerfs conducteurs, e’est-à-dire de la moelle allongée et aux parties voisines. »
Malheureusement pour ces ingénieuses explications , M. Flourens nie, d’après ses expériences, que le cervelet préside au mouvement ;il en fait seulement le régulateur des mouvemens ; en second lieu, est-il bien vrai que le cervelet soit un électromoteur? Toujours les nouvelles découvertes en physique et en chimie sont devenues le cheval de bataille des physiologistes. J’ai déja prouvé que le cervelet ne peut pas être comparé à la pile gaivanique ou à un appareil
de Volta. Il est, comme les hémisphéres du cerveau, une membrane nerveuse, fibreuse et blanche dans sa surface intérieure , recouverte de substance non fibreuse, grisâtre dans sa surface extérieure. Cette membrane est plissée, non toujours en lamelles parallèles, mais dans divers sens. Par leffet de cette plissure , il ya chaque fois entre deux prétendus feuillets deux couches de substance non fibreuse, et ces deux couches sont en contact immédiat avec la membrane vasculaire, qui existe, comme dans les anfractuosités des circonvolutions des hémisphéres, dans tous les plis, ou, pour mieux dire, qui enveloppe et pénètre toute la surface de la substance non fibreuse du cervelet.
Il en est donc des explications des fonctions du système nerveux, et de leur application à la connaissance des causes morbides, comme des découvertes que M. Rolando a faites sur la nouvelle structure du cerveau.
À la fin des expériences du professeur de Turin , M. Coster aessayé de prouver que les résultats obtenus par M. Flourens sont semblables aux résultats obtenus par M. Rolando. « Je défe, dit-il, après avoir copié certains passages de Flourens, l'esprit le plus subtil de trouver la moindre différence entre les résultats énoncés. dans ce passage , et ceux que rapporte M. Ro-
lando, sinon que le sujet des expériences de l'un était une poule, et celui de M. Flourens un pigeon. » Où il est dit dans le rapport de lAcadés mie : «Et certainement personne ne s'était douté que le cervelet fût en quelque sorte le balancier, le régulateur des mouvemens de translation de Vanimal. » M. Coster réplique : « J'en demande mille pardons à l'Académie ; mais c’est une des premières choses que j'aie dù apprendre en commençant mes études de médecine. Cette découverte est tellement familière dans l’école de Turin et daps celles de l'ile de Sardaigne, qu’elle est un des principaux sujets de discussion parmi les élèves commençans. »
M. Coster a mis un grand zèle de reconnaissance pour revendiquer la propriété de son ancien professeur sur l'empiétement de M. Flourens. Dans la crainte, dit-il, d’être taxé d’injustice et de mauvaise foi envers le physiologiste, français, dont les travaux sont postérieurs de treize ans à ceux de Rolando, j'extrairai textuellement de l'ouvrage cité de Rolando les expériences qui y sont consignées, el je les mettrai en purallèle avec les résultats de celles dont le célèbre Cuvier a été le rapporteur. On verra que ces expériences et ces résultats ont un tel air de parenté, qu'il re faut rien moins que l’habi-
leté reconnue du jeune expérimentateur francais > 7
pour croire que ce n’est que par hasard qu’il se rencontre sur la même route que le professeur de Turin. » Comme M. Flourens a tenu la même marche, le même ordre dans ses recherches en commençant par le cerveau des mammifères, leur cervelet, et finissant par le cervelet des reptiles et des poissons; comme il parle aussi du galvanisme; comme il termine son ouvrage par des recherches sur l’action des nerfs, exactement comme M. Rolando ; comme je crois apercevoir par-c1 par-là des symptômes d’un pareil hasard ; et comme ce n’est pas de Ja bonne philosophie de croire au hasard, j'en conclus que depuis quelques années une nouvelle constellation plane avec une égale influence sur nos jeunes éxpérimentateurs.
Le lecteur se rappellera que dans le troisième volume j'ai fait mes observations contre les expériences de M. Flourens ; il en résulte, selon M. Coster, que j’attaque en même temps , quoiqu’à mon insu , les expériences de M. Rolando : ; il croit donc meule me répondre.
10, Il veut prouver que l'ablation est un bon moyen pour connaître la fonction spéciale d’une partie du cerveau : « Si l'ablation , dit-il ; n’est pas dans tous les cas un moyen nécessaire pour arriver à la connaissance de la fonction
spéciale d’un organe, il faut convenir que ce moyen est au moins un des plus certains dans un grand nombre de circonstances. Jesuppose qu'un homme , frappé pour la première fois par lim pression de la lumière , ignore quel est l'organe, quel est l'instrument extérieur au moyen duquel cette impression insolite lui est commnniquée ; après avoir essayé successivement de se priver de l'usage des oreilles, de la bouche , du nez, il arrive aux yeux, illes ferme , et aussitôt il cesse de voir:ne conclura-t-il pas alors que les yeux sont les instrumens qui lui transmettent les impressions dela lumière ? La privation, ou , si l’on veut; l’ablation , n’est-elle pas un moyen sûr pour juger de la fonction spéciale de ces organes ? Appliquons ce raisonnement au siége de la perception de la lumière. D'abord on découvre qu’il ne peut être que dans l’encéphale; mais dans quelle partie? Pour le savoir, on retranche successivement les couches supérieures des lobes cérébraux, l'animal continue de voir; on détruit les tubercules quadrijumeaux, aussitôt il est frappé de cécité; d’où Jon conclut que les lobes cérébraux ne sont pas l'organe de la vision, puisqu'elle existe encore malgré qu'ils soient détruits; mais bien les tubercules quadrijumeaux, et que c’est là une de
leurs fonctions spéciales. Il est donc faux que
lablation ne soit pas un bon moÿen de reconnaître la fonction spéciale d’un organe. y»
Les expériences de MM. Rolando et Flourens ont démontré qu’aussitôt que les hémispheres sont enlevés, l'animal cesse de voir et d'entendre, quoique l'œil, l'oreille et les tuber= cules quadrijameaux existent intacts. Les hé misphères sont donc l'organe de deux fonctions spéciales , de l’ouïe et de la vue !
Il existe, du reste, une grande différence entre un sens tout-a-fait isolé, et les diverses parties cérébrales si intimement liées les unes aux autres. Êt quand j'ai dit que l’ablation ne fait pas connaître la fonction spéciale d’un organe , 1l était question des organes cérébraux. Je défie qui que ce soit de découvrir une fonction spéciale quelconque par l’ablation, à moins que cette fonction ne soit déjà connue d’avance. On avait bien d’autres preuves que les hémisphéres sont l'organe de la volonté et de Pintel= ligence; que les corps quadrijumeaux sont un ganglion pour le nerf visuel; il y a long-temps que dans le cervelet on faisait secréter le fluide nerveux pour le mouvement. Vous avez enlevé la glande pinéale : quelle est sa fonction? Enlevez les corps mamillaires; enlevez linfandibulam , la cloison transparente, la voûte, la commissure antérieure, elc., elc., el failes-moi çonnaître
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leurs fonctions spéciales! et encore une fois , en lésant une partie, êtes-vous assez savant pour borner cette lésion exactement sur cette partie ? connaissez-vous les limites d’une partie cérébrale qui constitueun ofgane? pourquoi a-t-on cherché silong-temps l'organe de la vision dans les couches optiques ? et pourquoi Rudolphi, Rolando, etc., l'y trouvent-ils encore, même dans les lésions et dans les expériences dé mutilations ? etc. , etc.
M. Coster continue : 4 Supposons , dit M. Gall, que M. Flourens veuille vérifier par l'ablation du cervelet, si cette parte est ou n’est pas l'organe de l'instinct de la propagation , comment ferat-il vivre l’animal assez long-temps pour pouvoir dire que l'animal possède ou a perdu cet instinct ?
Si l’on sé rappelle que les expériences de Roländo démontrent que les tortues vivent encoré plusieurs mois malgré l’ablation du cerveau et ducervelet, cetemps doit paraître suffisantpour faire, sur l’un et l’autre de ces organes, lesobservations que l’on désire, et de s’assurer de la naturede leurs fonctions spéciales. »
Après avoir enlevé les hémisphères , l'animal ne voit plus, n’entend plus, ne sent plus, n’a plus ni volonté ni intelligence, avec quoi voulez-vous qu’il ressente l’instinet de la géneration ? Après avoir enlevé le cervelet, l'animal
ou est tout-à-fait paralysé, ou n’a que des mouvemens irréguliers, comment voulez-vous qu’il s’'accouple ? Du reste, citez-mei un exemple d’un acte semblable d’un animal privé de son cervelet ? Faites souffrir un animel d’une maniére quelconque, privez-le de la liberté .
Ôtez-lui sa nourriture accoutumée, et voyez quelle difficulté vous aurez pour lui faire désirer l’accouplement.
M. Coster n’admet pas comme autorité les resultats différens que mes amis et moi nous avons obtenus. Et moi , jai trop d’expérience pour m’en rapporter aux jugemens des commissions de l’Académie. Il n’est guère pe” sible que les académies, en s’érigeant en Juge de toute nouveauté, puissent éviter de se compromettre. Preuve, entr’autres, le rapport sur notre Mémoire , celui des expériences contradictoires de Legallois , etc. , etc. , etc. Preuve M. Coster lui-même, qui dit, contre M. Fiourens et son rapporteur , que le cervelet n’est ni le balancier ni le régulateur des mouvemens commoteurs; que le cervelet n’est que le centre d’où partent les irr itatiôns que les nerfs conducteurs transmettent aux muscles; que le véritable régulateur est le cerveau; et que le cervelet influe sur l'intensité des mouvemens, mais non point sur leur régularité.
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M. Coster observe encore que si le cervelet n’a d’autre fonction spéciale que celle d’exciter l’acte vénérien , lorsque cet organe agit seul, les lobes cérébraux étant détruits, 1l doit spécialement déterminer lélat des organes génilaux, puisque, toutes choses égales d’ailleurs, un organe cérébral fait d'autant plus irrésistiblement sa fonction que son actiou est moins contrebalancée par celle d’autres organes. Cet admirable raisonnement me fait penser que si un jour M. Coster a besoin d'une volonté plus énergique et d’un jugement plus juste, il faudra lui enlever le cervelet, l'estomac, etc. Comparez ce que j'ai dit sur ce sujet, T. III, p.407 — 419 , et vous verrez que M. Cosier , pour donner un peu d'apparence à sa cause, a aussi eu besoin de mutiler au moins de deux tiers mes objections.
Recherches expérimentales sur les propriétés el les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés, par P. FLOURENS, 1824.
Il à été dit dans quelques journaux, que les travaux de M. Flourens n'étaient qu'une répétition de ceux de M. Rolando , publiés en 1800, Pour faire apprécier cette assertion, M. Flourens a d’abord publié, pag. 273 et suiv., latraduction littérale des expériences de M. Rolando. Maintenant 1} s’agit d’examiner si par-là M Flourens a réussi de sauver non précisément des modifications , mais la nouveauté, l'originalité de ses expériences et de ses résultats. « Je n’ai point parlé, dit-il, dans le préambule de mon mémoire, de l'ouvrage de M. Rolando, parce qu’il m'était tout-à-fait inconnu. Dans tous les cas, au reste, j'aurais eu d'autant moins de motifs pour ne le pas citer, que cet auvrage, à mOn avis, n’ajoute absolument aucune précision aux résultats déjà connus par les tra vaux de Haller , de Lorry, de Ziun, etc. »
« Haller, Lorry, Ziun, Fontana, vingt autres, devaient nécessairement produire, dans leurs expériences, tous les phénomènes que j'ai produits dans les miennes, puisque les par tics sur lesqueïles ils espérimentaient n’étaient
antres que les parties sur lesquelles j'ai opéré moi-même; mais, 1°. 1ls u’apercevaient ces phénomènes qu’en gros, et tous les résuliats de détail leur échappaieni; 2. les résultats même qu’ils oblenalent, ils ne savaient à quel organe les rapporter , parce qu’ils n’étaient jamais sûrs de l'organe qu’ils avaient blessé ; 3°. n’isolant point les organes, ils n’isolaient point les phénomèênes ; aussi n’élaient-ils jamais Îles maitres de provoquer les uns à l'exclusion des autres. En un mot, ils avaient observé la plupart des phénomènes , ils avaient expérimenté sur la plupart des organes ; mais ils ne savaient à quel organe en particulier appartenait tel ou tel phé- | nomène déterminé; et cette localisation des phénomènes par la localisation des organes, était précisément le but qu'il fallait atteindre. »
Le mérite de M. Flourens serait donc d’avoir localisé et les organes et les résultats. Il admet cinq départitions différentes dans le systeme nerveux : les hémisphères, le cervelet, les corps quadrijumeaux, la moelle allongée et la moelle épinière. Il me paraît que , surtout dans les animaux, et encore particulièrement dans les classes inférieures, ces parties sont tellement éloignées les unes des autres, le cervelet et les tubercules quadrijumeaux , la moelle allongée et la moelle épinière, si peu cachés sous les
hémispheres, que les expérimentateurs trouvaient une localisation naturelle des organes de M. Flourens , etque , par conséquent , au moins la plupart de leurs résultats devaient être également localisés. |
Après avoir blâmé la méthode de M. Rolando, M. Flourens nie les résultats chaque fois qu'ils ne s'accordent pas avec les siens.
Dans une des expériences de M. Rolando, dit-il, l'ivresse dérive de couches optiques et de tubercules bijumeaux; elle dérive des hémisphères cérébraux dans l'autre. Dans lune, la mutilation des hémisphères cérébraux produit lassoupissement et l’immobilité ; dans l'autre, elle produit l'ivresse, c’est-à-dire, la disharmonie , la fougne des mouvemens ; dans l’une, l'animal est stupide et calme durant la mulilation, et il paraît souffrir dans l’autre; dans lune, enfin, ni le bruit, ni les alimens, ni l'eau n’émeuvent l'animal; dans l’autre, Panunal boit et mange. Ainsi, tantôt, selon M, Rolando, les lobes cérébraux produisent l’assoupissement, et tantôt ils produisent livresse ; quelquefois Vanimal est stupide et calme; quelquefois il souffre, et puis il boit et mange. Enfin, c'est tantôt des couches optiques , tantôt des tubercules biiumeaux, tantôt des lobes cérébraux que les phénomènes d'ivresse dérivent. M. Rolando
confond donc tousles phénomènes, commeil confond aussi tous les organes d’où ces phénomènes dérivent, et cela parce que sa méthode n’isole rien. Avec une méthode isolatrice, il eût vu que lassoupiss ement venait des lobes cérébraux, l'excitation des tubercules quadrijumeaux, l'ivresse du cervelet. »
Cette confusion des phénomènes aura éternellement licu , ce que expérience a démontré, depuis que les physiologistes ont imaginé de découvrir les fonctions du système nerveux , surtout celles des parties cérébrales, par le moyen des mutilations. Et j’ai prouvé et je prouverai encore qu'avec aucune méthode on ne peut éviter ce désordre. M. Rolando dit expressément : « Les hémisphéres du cerveau sont donc le siége principal de la cause prochaine du sommeil , de la démence, de l’assoupissement, de lapoplexie, de la mélancolie et de la manie.
Les vices du cervelet, de la moelle allongée, donneront naïssance aux diverses espèces de paralysie, tandis que la cause de l’épilepsie, ete. , provient d’une irritation produite ou transmise à l’origine de tous les nerfs conducteurs, c’est-àdire à la moelle allongée, etc. » Il a done isolé les organes et les résultats.
« Mais, continue M. Flourens, cequ'ilimporte surtout de fre remarquer ici, c’est que M. Ro+
lando ne parle nulle part expressément de la perte des facultésintellectuelles et sensitives par Pablation des lobes cérébraux. Il s'est même si peu douté de cette perte, qu’il dit d’une poule à lobes cérébraux mutilés, qu’elle boit et mange; et d’un corbeau, selon lui, dans le méme élat, qu’à la vue d’un chien où d’une poule d’eau, ses plus mortels ennemis , il ne se mettait plus en colére. Rolando n’a donc nulle part établi ce fait capital, que dans les lobes cérébraux résident exclusivement toutes les facultés intellectuelles et sensilives.
M. Rolando, d’après M. Flourens, n’a fait que mutiler les parties sur lesquelles il a opéré; et selon le même M. Fiourens, une us même .trés limitée de lobes cérébraux suffit à l'exercice de leurs fonctions, p. 310. Par conséquent , sa poule à lobes mutilés pouvait encore manger el boire. Mais c’est M. Flourens qui est Je vrai coupable, puisqu’une fois 1l fait des lobes cérébraux le siége des facultés intellectuelles et sensitives, et une autre fois il fait manger, boire, marcher (qualités, selon l'énoncé de M. Flourens, intellectuelles et sensitives) une poule à qui il avait enlevé entièrement les lobes cérébraux. Je lis avec étonnement, pag. 87, la
biographie martyrologe d’une belle et vigoureuse poule:
« Gette poule, privée de ses deux lobes, a vécu dix mois entiers dans la plus parfaite santé, et vivrait sûrement encore, si, au moment de mon retour à Paris, je n'avais été obligé de l’abandonner. |
» Durant tout ce temps, je ne l'ai pas perdue un seul jour de vue; j'ai passé chaque jour bien des heures à l’observer; je l’ai étudiée dans toutes ses habitudes; je l'ai suivie dans toutes ses démarches; jai nolé toutes ses allures , et voici le résumé des observations que na fournies cette longue étude. »
Cette importante étude d’une poule privée de toutes ses facultés intellectuelles et sensitves !!
« À peine eus-je enlevé les deux lobes cérébraux , que la vue fut soudain perdue des deux yeux. L'animal n’entendait plus, ne donnait plus aucun signe de volonté; mais 1l se tenait parfaitement d’aplomb sur ses jambes; il marchaït quand on lirritait ou qu’on le poussait ; quand on Île jetait en Pair, il volait; 1l avalait l’eau qu’on lui versait dans le bec. »
Croyez m’en, mon bénévole lecteur ; se temr d’aplomb, marcher, voler, avaler, ne sont pas le moindre signe de volonté!
« Du reste 1l ne bougeait plus dés qu’on ne Pirritait plus. Quand on le mettait sur ses pattes
il restait sur ses pattes; quand on le couchait sur le ventre, à la manière des poules qui dorment ou qui reposent, il restait couché sur le ventre; constamment il était plongé dans une sorte d’assonpissement que ni le bruit, n1 la lumière, mais les seules irritations immédiates, telles que le pincement, les coups, les piqüres, pouvaient interrompre. »
Ces piqüres, ces pincemens, ces coups, ont produit des déterminations dans animal sans qu’il les ait sentis ! Geci parut trop fort, même à M. le baron Cuvier.
« Six heures après l'opération, la poule prend l'attitude d’un sommeil plein et profond, c’esta-dire qu’elle détourne son cou, le porte en arrière, et cache sa tête sous les plumes du bord supérieur de son aile, comme font les animaux de son espèce qui vont dormir.
» Je la laisse à-peu-près un demi- quart d'heure dans cet état ; je lirrite alors brusquement, et elle s’éveille comme en sursaut; mais à peine est-elle éveillée qu’elle retombe encore dans un sommeil profond. »
Tout cela prouve à M. Flourens que Île siége des facultés intellectuelles et sensitives est dans les lobes cérébraux !
« Onze heures après l'opération , je fais man-
ger ma poule en lui ouvrant le bec, et y enfonçant de la nourriture qu’elle avale tres bien.
» Le lendemain, la poule sort peu du sommeil où elle est plongée, et quand elle en sort, c'est avec toutes les allures d’une poule qui se réveille. |
» Elle secoue sa tête, agite ses plumes, quelquefois même les aiguise et les nettoye avec le bec, et quelquefois elle change de pate, car souvent elle ne dort que sur une seule , comme dorment assez communément les oiseaux. »
Preuves encore plus évidentes que la poule n’a plus ni instinct, ni intelligence, ni volonté, ni sensation !
«€ Dans tous ces cas, on dirait un homme endormi, qui, sans s’éveiller tout-à-fait, et a demiendormi encore, change de place, se repose en une autre de la fatigue occasionnée par la précédente, en prend une plus commode, souvent s'étend , allonge ses membres , bäille, se secoue un peu et se rendort , ou reste ainsi assoupl. »
Ainsi un homme à demi-éveillé est un homme privé complétement de volonté, de mémoire, de sensation, etc.!
« Le troisième jour, la poule n’est plus aussi çalme qu’à l'ordinaire. Elle va et vient, mais sans motif et sans but; et si elle rencontre un obstacle sur son chemin, elle ne sait mi léviter
ni s’en détourner. Ses caroncules sont rouges de feu, sa peau brülante, une fièvre aigué la dévore. Je me borne à la gorger d’eau.
» Du reste, nul signe de convulsion, nulle disharmonie dans les mouvemens; et deux jours après il n’y a plus ni agitation ni fièvre ; la poule redevient calme et assoupie comme à l’ordinaire.
» Je saute maintenant plusieurs articles de mon journal, et j'arrive tout d’un coup au deuxième mois de l’opération.
» La poule jouit d’une santé parfaite; comme je la nourris avec beaucoup de soin , elle a beaucoup engraissé. Elle dort toujours beaucoup, et quand elle ne dort pas pleinement, elle est assoupie.
» Depuis plusieurs jours les fragmens osseux du cräne , exposés à l'air, s’exfolient et tombent. La cicatrice fait des progrés rapides.
» Cinq mois aprés l'opération, je n’ai jamais vu de poule plus grasse ni plus fraiche que celle-ci. La plaie du crâne est entièrement cicatrisée; une peau fine, blanche et lisse en revét toute la surface ; et au-dessous de cette peau se forme une nouvelle couche osseuse qui, quoiqu'encore mince, est pourtant solide.
» J’ai laissé jeuner cette poule à plusieurs reprises jusqu’à trois jours entiers ; puis j'ai porté
de la nourriture sous ses narines ; j’aienfoncé son bee dans le grain; je lui ai mis du grain dans le bout du bec; j'ai plongé son bec dans l'eau; je l'ai placée sur des tas de blé:ellen’a pointodoré, elle n’apointavalé, elle n’apoint bu; elle est restée immobile sur ce tas de blé, et y serait assurément morte de faim si je neusse pris le parti de revenir à la faire manger moi-même.
» Vingt fois, au lieu de grain, j'ai mis des cailloux dans le fond de son bec; elle a avalé ces cailloux comme elle eût avalé du grain.
» Enfin quand cette poule rencontre un obstacle sur ses pas, elle se heurte, et ce choc l’arrète et l'ébranle; mais choquer un corps n'est pas le toucher. Jamais la poule ne palpe, ne tâtonne ; n'hésite dans sa marche; elle est choquée et choque , mais ne touche pas.
» Ainsi donc la poule sans lobes a réellement perdu, avec la vue et l’ouie, l’odorat, le goût et le tact. Cependant nul de ces sens, ou, pour mieux dire, nul organe de ces sens n’a été directement atteint. L’œil est parfaitement clair , net, et son iris mobile. Il ma été touché ni à l'organe de l’ouie, ni à celui du goût, ni à celui du tact. Chose admirable! il n’y a plus de sensation , bien que tous les organes des sens subsistent. Ce n’est donc pas dans ces organes que réside la sensation.
» Finalement la poule sans lobes a donc perdu tous ses sens, car elle ne voit, ni n'entend, ni n'odore, ni ne goûte, ni ne touche absolument rien.
» Elle a perdu tous ses instincts, car elle ne mange plus d’elle-même à quelque jeûne qu’on la soumette; elle ne sé remue plus, à quelqu'intempérie qu'on lexpose; jamais elle ne se défend contre les autres poules; elle ne sait plus ni fuir , ni combattre; il n’y a plus d’attraits pour la génération ; les caresses du mâle sont ou indifférentes ou inaperçues.
» Elle a perdu toute intelligence; car elle ne veut, ni ne se souvient, m ne juge plus.
» Les lobes cérébraux sont donc le réceptacle unique des sensations, des. instincts, de l'intelligence. »
Nous voilà arrivés à une conclusion qui doit étonner tous les physiologistes par sa nouveauté! | ;
Ici finit la narration précieuse de la vie de notre héroïne. Quand M. Flourens et son rapporteur m'auront bien démontré que se tenir debout, marcher, se déterminer d’apres des 1rritations extraordinaires, voler , avaler, détouruër le cou, cacher la tête sous l’aile, secouer la tête, agiter ses plumes, les aiguiser et les nettoyer avec le bec, changer de patte pour se re-
poser de la fatigue, s'étendre et s’allonger, sé secouer, et reprendre l’équilibre, se relever, résister aux efforts qu’on faisait pour ouvrir le bec, comme a fait le pigeon également mutilé de deux lobes, p. 30; remuer aprés avoir été pincée aux narines, comme le pigeon, p. 3, etc., sont des preuves irrécusables d'absence de sensation, de volonté, etc., j'admettrai les conclusions de M. Flourens.
Il ya quelques semaines que j'ai trouvé dans mon jardin un choucas par terre; il se laissait prendre; entouré de poules et de morneaux, il restait parfaitement tranquille. Je le porte dans mon appartement , je trouve qu’il a la cuisse cassée. Je le mets dans une cage; il ne remue pas, ne mange pas, ne boit pas, ne fuit pas; je lui enfonce dans le fond du bec de la nourriture, 1l la rejette ; deux jours plus tard, il avale; plus tard il mange, il boit, il devient farouche, 1} s'envole, el revient maintenant tous les jours, la cuisse pendante, chercher sa nourriture. Je veux seulement dire par-là, qu'il faut beaucoup moins que l’ablation des lobes cérébraux pour suspendre, tant que l’animal souffre, l'exercice de ses facultés.
Comme la poule de M. Flourens manifestait évidemment de la sensation et de la volonté sans lobes cérébraux , M. Rolando , an mois,
DU CERVEAU, 295 ia pas établi une conclusion hasardée. 1] parle souvent d’ fsoupissemènt, de stupidité , ce qui est à-peu-près équivalent à Ja perte des facultés intellectuelles et sensitives. Et si M. Rolando n'a pas dit expressément que dans les lobes cérébraux résident exclusivement toutes les facultés intellectuelles et sensitives, M. Coster, son élève, ya suppléé. Avant Finpresion des recherches expérimentales, 1824, et avant ce reproche de M. Flourens, M. Coster a déja dit, Archives generales de Me mars 1823 ; pag. 376 :
« Les expériences queje viens deciter portérent M. Rolando à en déduire des conséquences tres simples, qui se présentent d elles-mêmes à 'esprit du lecteur. En effet, si la lésion , la Compression , la destruction où l’ablation des hémisphéres du cerveau est constamment suivie de Valtération ou de Ja privation complète des fonctions intellectuelles , on est bien forcé de conclure que les hémisphères sont l’ organe qui préside à ces fonctions, et que quand elles sont interrompues par une cause morbide, C est encore dans les hémisphères qu'il faut En :
le siése des altérations qui produisent de sem- DL. effets. »
Finalement, qu'y. a-t-1! de nouveau dans la conclusion de M. Flourens, depuis mes travaux?
et les résultats obtenus dans une grenouille;