‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 3)Chapitre 19 sur 54 · VL · texte numérisé non relu

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jet de ses nombreuses recherches. Nous 2llens le suivre pas à pas, au moins en tant que ses

principes sont en opposition avec les nôtres. Homogéenéité, unilé du système nerveux.

« Suivez, dit M. Serres, p. xvij, l'esprit humain et la nature dans l’ordre physique et moral : partout vous verrez l'homme qui divise dans sa pensée, et la nature qui réunit dans son action. »

La philosophie de la nature, et M. Serres, font tout le contraire de ce que fait la nature. Celle-ci opère partout dans les individualités ; chaque effet différent est le résultat d’une cause différente. Les philosophes transcendans opèrent dans les abstractions; « ils forment de toutes leurs expériences un seul et unique fait, ot de toutes les vérités une seule et grande verite. À Vaspect des formes variées que nous offrent les êtres organisés , à l'aspect des modifications sans nombre que nous présentent leurs organes, l'esprit sarrêle , écrasé pour ainsi dire sous le poids de tant de détails ; et après des Jongues années de méditation, il proclame lumité de composition organique, p. XXL: » D'apres cela, est-ce l’homme ou la nature qui divise et

qui réuni ?

P. liv., M. Serres dit sans aucune preuve précédente : « Voilà donc lencéphale de toutes les classes ramené à une identité de composition qui ne permet pas de méconnaître l’homogénéité de ses élémens : mais par les progrès de son développement, cette identité s’efface; des dissemblances s’établissent dans toutes les parties, ou seulement dans quelques-unes. Plus on s'élève vers les animaux supérieurs, plus ces dissemblances sont nombreuses , plus elles sont fortement prononcées; plus on descend vers les animaux inférieurs, plus elles s’affaiblissent, plus elles diminuent, plus l’encéphale conserve sa prenuêre physionomie. » Cette identité ne peut s'effacer que pour les formes, puisque, selon M. Serres, les élémens sont toujours les mêmes. Car ces élémens changeant de forme et de position, chacun subissant dans chaque classe des transformations nouvelles, l’ensemble de l’encéphale en est modifié au point de n'être plus reconnaissable d’une classe à l’autre. N'importe à M. Serres ; il n’y a pas moins unité parfaite.

Apres avoir parlé des modifications que les diverses parties cérébrales subissent dansles poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammiftres, il fait l’application de sa logique aux hémisphèéres cérébraux. « Certainement, dit-il, P- Ixj, si on voulait, de prime abord; ramener

les hémisphères cérébraux des singes aux lobes cérébraux des poissons, on échouerait dans cette entreprise. On verrait, d’une part, des organes très simples, de l’autre des organes très compliqués, wayant aucun rapport extérieur ni dans leur forme, ni dans leur configuration, n1 dans leur structure. Tous ces caractères, qui servent aux anatomistes pour reconnaitre l’homogénéité des organes, manquant, on serait porté à croire que ces parties sont tont-à-fait dissemblables, et n’ont entre elles aucune analogie. »

« Mais remontons très haut dans la vie utérine des mammiféres; vous apercevez d’abord les hémispheres cérébraux roulés comme chez les poissons, en deux vésicules isolées lune de l'autre. Plus tard vous leur verrez affecter la configuration des hémisphères cérébraux des reptiles; plus tard encore ils vous présenteront les formes de ceux des oiseaux; enfin ils n’acquerront qu’à l’époque de la naissance, et quelquefois plus tard, Îles formes permanentes que précente l'adulte chez les mammiferes. »

« Là, par la pensée, nous réduisons à quatre périodes l’ensemble de toutes ces évolutions ; nous verrons, de la premiére, naître les lobes cérébraux des poissons, et leur homogéneéité dans toutes les classes; la seconde nous donnera

les hémispheres des repules ; la troisième pro-

DU CERVEAU: 203 duira ceux des oiseaux, et la quatrième enfin donnera naissance aux hémisphéres si complexes des mammiferes. »

À cette démonstration analytique, M. Serres joint celle par la synthese :

« Soit un singe considéré à sa naissance :

vous trouverez dans son encéphale toutes Îles partes qui distinguent les mammiféres des autres vertébrés. Remontez dans la vie utérine, vous voyez d’abord disparaitre certains lobes des hémisphéres cérébraux, les hémisphères du cervelet, le corps calleux et la protubérance annulaire. Ce qui reste correspond à l'encéphale des oiseaux. Examinez un embryon plus jeune ; la voûte disparaît, les hémisphéres se contractent en arrière, les tubercules quadrijumeaux sont à découvert sur la face supérieure du cerveau; ce sont alors deux lobes jumeaux, comme chez les reptiles, dont cet eucéphale vous reproduit le type. Enfin remontez plus haut encore dans la vie utérine, vous trouvez cet encéphale formé par des lobes alignés symétriquement l’un a côté de l’autre; vous trouvez un cervelet formé de deux parties, l’une droite, l’autre gauche, ou d’une lame mince recouvrant en partie le quatrième ventricule ; vous avez enfin l’ensemble de Vencéphale des poissons. Ainsi en remontant, dans l'échelle animale, des poissons aux singes,

vous voyez l’encéphale se compliquer graduellement, comme en descendant des mammiferes adultes à leurs différentes époques de formation embryonnaire, vous apercevez cet organe se décomposer successivement. Vous arrivez par ces deux voies au méme résultat, à l’unité de leur formation et de leur composition. »

Ou il faut réduire cette conséquence àa une pure déclamation que M. Serres veut partager avec les philosophes transcendans de l’Allemagne, ou le sort des écrivains est bien triste. En prouvant la pluralité des organes cérébraux, je me suis appuyé sur les mêmes faits qui font conclure M. Serres à l'unité de formation et de composition. Admetlons, ce qui n’est pas vrai, et ce que M. Serres a mal copié des Allemands, que les cerveaux des mammifères, dans les premiers temps de la vie utérine, ressemblent aux cerveaux des poissons, des reptiles, des OISEAUX ; il n’est pas moins vrai que les cerveaux des mammifères sont, plus tard, selon les différentes espèces , plus ou moins composés; qu’à telle espèce il manque telle partie, dont une autre espèce est pourvue. « En remontant des classes inférieures aux supérieures, on voit cet organe , si simple d’abord, s'élever graduellement , chez les reptiles et les oiseaux, jusqu’à cette organisation admirable que nous lui connaissons chez les mani-

mifères ; et à cette structure, plus admirable encore, qu'il nous présente chez l'homme. » D'aprés ces propres paroles de M. Serres, comment peut-il poser en axiome que « l’encéphale des animaux vertébrés est construit sur un type uniforme et avec Les mêmes elemens ? »

Le cerveau d’un animal aveugle, le cerveau d’un animal sourd , le cerveau d’un animal privé de l'odorat, sont-ils composés des mêmes élémens que les cerveaux des animaux clairvoyans, et doués de l’ouïe et de lodorat? Et par la même raison les cerveaux du lapin et du repard, du tigre et dé l'éléphant, du pigeon et du faucon, peuvent-ils être composés des mêmes élémens? Oui; il se trouve partout la substance fibreuse et la substance non fibreuse, le cervelet, les tubercules, les hémispheres, etc., etc. ; mais d’abord ces parties sont plus ou moins simples, plus ou moins compliquées; en second lieu, c’est une supposition absolument gratuite, que de dire que les parties constituantes des organes analogues sont identiques dans les diverses espèces d'animaux. Tous Îles arbres ont des fibres ligneuses et une écorce, entre lesquelles se dépose le cambium; ces fibres hgneuses, ces écorces, ces cambiums sout-ils pour cela homogènes ? Tous les animaux ont un estomac, mais

il n'y a pas encore eu de physiologiste assez In-

sensé pour soutenir que l'estomac qui ne digere que des végétaux est identique avec l’estomac qui ne digère que la chair. Nous partageons les cinq sens avec le plus srand nombre des mammiféres, mais notre goût est-1l identiquement le même que celui dela chèvre, qui mange avec avidité l’euphorbium ? Tant d’émanations qui sont les plus forts excitans pour certains animaux , restent inaperçues pour nous, ec. J'ai déja si souvent réfuté l'unité et l'identité des diverses parties du système nerveux (1), que j'ai honte de devoir dire à mes lecteurs qu'il existe encore, dans ce moment, des partisans de cetle absurde fiction.

« La substance nerveuse, disent-ils, Archives générales de Médecine, Y. IV, janvier 1824, p. 27, est partout identique. Elle n'est partout qu'un alignement de globules uniformes. Elle a partout les mêmes propriétés, celles de sentir et de mouvoir. La diversité de ses fonctions n’est qu'apparente. Cette diversité résulte d’un différent arrangement de la même matière homogene. Pour cette raison , les organes les plus variés pour la forme et la position

ES

(1) Voyez, dans le tome Ï du grand ouvrage, mon traité sur la différence des nerfs et sur les fonctions des

sens.

DU CERVEAU. : 207 peuvent avoir les mêmes fonctions. Il w’y a pas de différence sensible dans les globules du nerf olfactif et ceux du nerf visuel, des nerfs de la face antérieure et postérieure de la moelle éffniére. »

Ainsi, puisqu'il n’y a pas de différence sensible pour nous dans les prétendus globules des différens nerfs , il en faut conelure qu’il n'existe réellement aucune différence! C’est avec un pareil raisonnement qu’on a fait consister tout l’univers en des mollécules identiques, dont lParrangement différent fait l’essence de tous les êtres organiques et inorganiques, morts et vivans:hypothèse très commode pour les esprits faciles à salisfaire!

« Chez les mammiferes, dit M. Serres, p. 1x, toutes les parties de l'encéphale sont, à peu de chose pres, la répétition les unes des autres. Les familles apportent bien quelques changemens dans leurs proportions et dans leurs rapports; mais avec un peu d'attention il est facile de les ramener au type classique, dont ils ne sont qu’une légère modification. Chez les oiseaux cet organe est plus fixe encore que chez les mammifères ; toutes les familles de cette classe sont remarquables par la composition identique de leur cerveau. Des” plus petits oiseaux aux plus

ra)

grands, c'est la répétition des mêmes élémens,

conservant toujours et leurs mêmes formes et leurs mêmes connexions. »

Arrétons-nous un moment à ces passages remarquables par autant de fausseté que de hardiesse. Sans nous appesantir encore une fois sur les différens élémeus qui doivent nécessairement entrer dans la composition des parties analoques des cerveaux des diverses espèces d’animaux, comparez leurs cerveaux seulement sous le rapport des formes qui tombent sous les sens, et sous le rapport des parties dont les hémisphères du cervelet et du cerveau sont comp9sés. On prétend trouver une ressemblance frappante entre le cerveau de lorang-outang et celui de l’homme. Mais la différence de leur volume est d'abord de cinq à un; leurs circonvolutions différent beaucoup pour le nombre et la structure; les lobes antérieurs surtout sout rétrécis en cône, aplalis du haut, excavés par en bas, elc.; la différence est encore bien plus sensible pour les autres espèces de singes. Même d’une espece de guenon à une aulre, vous rencontrez des hémisphères composés d’un nombre different, et d’une structure différente de CircOnvOlutions. Le manque total des parties essentielles, peut-on l'appeler une simple modification , une modification seulement des proportions des diverses parties cérébrales ? Mamtenant comparez

DU CERVEAU: 299 les cerveaux de la plupart des mammifères soit avec celui de l'homme, soit entr’eux, et chaque espèce vous offrira des différences essentielles. Comparez les lobes moyens des frugivores avec ceux des carnivores, comparez le cerveau du lièvre avec celui du chat, le cerveau du chien avec celui du mouton, le cerveau de la chèvre avec celui du cochon, le cerveau de la taupe avec celui dulemming, le cerveau du cochond'Inde avec celui de la belette, le cerveau de la masaraigne avec celui du rat. N'oubliez pas en méme temps que toutes ces différences sont en rapport direct avec la différence des instincts et des facultés de ces animaux, et la voie vous sera tracée sur laquelle vous devez découvrir Îles fonctions des diverses parties cérébrales. Sans doute , dans tous ces cerveaux les parties fonda mentales ont recu les mêmes noms; mais le chêne et le lierre ont-ils une même organisation pour la raison que tous les deux sont nés d’une scmence , que tous les deux ont une tige qui produit des ramifications, des feuilles, des fleurs , du fruit ?

Jetez le même coup-d'oœil investigateur sur les cerveaux des diverses espèces d’oiscaux : comparez le cerveau du coq à celui d'un aigle, le cerveau de la cigogne à celui du cygne, le

cerveau du moinçeau à celui du chardonneret,

celui du gros-bec à celui du cardinal, le cerveau du pigeon à celui du coucou, le cerveau du hibou à celui du perroquet; pensez en même temps à la différence et aux modifications de leurs inetincts, et jugez sil est pardonnable d'admettre l’homogénéité d’élémens et de composition.

Vous voyez vous-mêmes ; vous faites dessiner ces différences ; vous reconnaissez la grande différence qui règne dans les cerveaux des repules et des poissons. À quoi bon, à quel but toutes ces différences ? sont-elles un jeu oisif de la nature, ou sont-elles les conditions matérielles de la diversité de leurs facultés ? Mais tout ce langage, si clair, si déterminé de la nature, nest pas compris par desphysiologistes engoués de l’idée de centralisation , et d’unité de conformation; par des physiologistes qui se flattent d’une haute conception en regardant le cervelet pour un cerveau renversé, le cerveau pour la répétition de la moelle épinicre, et les parties du cerveau les plus distinctes pour la simple répélilion des mêmes parles homogènes; par des physiologistes qui ont Pair d'ignorer que quand la nature répète les appareils, elle répète aussi la fonction, et que quand ellea pour but des fonctions essentiellement différentes, elle crée

aussi des appareils essentiellement differeus.

DU CERVEAU. 3ot

N’est-ce pas un pitoyable travers de nos physiologistes, de faire des recherches aussi incertaines que minutieuses sur des milliers de cerveaux de reptiles, de poissons, etc., des mœurs desquels ils ont à peine la plus superficielle connaissance, pour dire avec plus ou moins de probabilité quelle partie est le nerf olfactif, le nerf visuel, le nerf auditif, le cervelet, le cerveau, les tubercules, etc.?

N'est-il pas ridicule de traiter ces matitres, qui échappent en plus grande partie à nos sens et sur lesquelles les anatomistes les plus exercés ne sont jamais d’accord, conime des objets de la plus haute importance, tandis qu'ils n’osent jamais diriger leur attention ni vers la différence de l’organisation cérébrale des animaux analogues à l’homme, ni vers la diversité des aputudes industrielles, des instincts , des penchans, des facultés qui accompagnent constamment cette variété d'organisation. Le physiologiste est toujours hors de la question lorsqu'il raisonne en métaphysicien; il n’y a qu’une bonne philosophie sur la nature morale et intellectuelle de Thomme et des animaux, qui puisse le guider sûrement das ses recherches et dans ses inductions.

Revenons à l'homogénéité de toutes les par-

lies du systéme nerveux, et exXAMINONS SI chaque

partie est aple à toutes les fonctions, ou, en d’autres mots, si la fonction d’an nerf, d’une partie, peut être transférée sur tout autre nerf ou sur toute autre partie de la masse cérébrale ?

Les idées de centralisation, d’unité, d'homogénéité du système nerveux, sont, comme je lai déjà dit, des rêveries de la philosophie transcendante de l'Allemagne. Elles ont été accueillies très chaudement , 1°. parce qu’on les croit propres à combattre la pluralité des organes cérébraux ; 20. parce qu’elles favorisent les jongleries du magnétisme animal.

Voici encore une preuve de la force d'induclion de M. Serres: comme conclusion il répéte, page D07 : |

« L/axe cérébro-spinal forme un organe unique; les deux substances qui le composent se continuent de la colonne vertébrale dans le crâne, chez tous les animaux vertébrés. Cette continuation n’est pasunsimple rapport de contiguité. Les faisceaux médullaires qui composent l’une et Vautre partie, se correspondent de l’encéphale à la partie supérieure de la moelle épinière, ou de celle-ci à l'encéphale, d'une manière admirable.

» Cette correspondance va compléter toutes les preuves que nous avons données de lidendité des principaux élémens de l'encéphale dans les quatre classes.

» Si vous considérez les pyramides, vous les voyez se mettre en rapport dans toutes Les classes avec les hémisphèéres cérébraux. Quelle que soit la différence de forme et de volume de ces derniers, ils sont toujours en connexion avec le faisceau antérieur de la moelle épinière, ainsi que l’on peut le voir chez les poissons, les reptiles , les oiseaux , les mammiferes.

» Si vous considérez le cervelet, vous observerez constamment ses rapports avec le cordon postérieur de la moelle épinière, chez les mammiféres , les oiseaux, les reptiles et les poissons.

» Si vous examinez enfin les tubercules quadrijumeaux ou les lobes optiques, vous suivez constamment leurs connexions avec les faisceaux moyens de la moelle épinière ou les corps olivaires, »

« Ce dernier rapport est tres important à considérer chez les poissons, les reptiles, les mammifères et les oiseaux, parce qu'il complète tout ce que nous avons dit sur les analogies de ces parties fondamentales de lencéphale dans toutes les classes des vertébres. ss

D'abord M. Serres confond les faisceaux moyens avec les corps olivaires. Ces faisceaux existent chez les embryons avant apparition des corps olivaires; ils existent dans les poissons,

les oiseaux et les amphibies, qui cependant

sont privés des corps olivaires. Alors quel rapyort peuvent avoir avec le cerveau ou avec la détermination des parties cérébraies, dans les poissons, les reptiles , les oiseaux , les amphibies, des parties qui n’y existent pas?

Au reste, si toutes ces connexions prouvalent l'unité d’organe de l'axe cérébro-spinal, tout animal et toutes ses parties ne constitueraient qu’un seul organe, puisqu'il y à connexion entre toutes. Comment M. Serres et les partisans de cette unité conçoivent-ils l'identité de la moelle épinière, de la moelle allongée, du cerveau et du cervelet, vu qu'il y a augmentation toujours de plus en plus de deux substances dans ces différentes parties, vu que leurs fonctions sont EVIdemment et essentiellement différentes ?

P. xx de son discours préliminaire, M. Serres trouve l'idée de M. Duméril sublime et classique. Ce savant disait que le crâne des animaux west qu'une vertébre , et le cerveau que Ja moelle épinière renflée. Le cervelet , plus tard , a été transformé en un cerveau renversé. À tempora, o professores!

La fonction d'un sens ou d’un organe peulelle étre transmise à un autre sens où a un autre organe ?

Aprés avoir parlé du développement different des diverses parties cérébrales dans les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammiferes , M. Serres, imitant M, Carus, dit, p. xxx] : « Nous trouverons enfin que les faculiés peuvent étre transportées d’un élément qui est dominé, sur l’élément voisin, qui devient dominateur.ss On lit dans les Ærchives générales de Médecine, T. IL, octobre 1823, p. 235 :

« Îl est même vraisemblable que dans Pétat de somnambulisme , des nerfs abandonnent leur sphere, et peuvent produire des sensations semblables a celles qui sont le produit des nerfs sensorlaux propres dans l’état sain et naturel. »

M. Carus avait déja dit, avec mille autresphysiologistes mélaphysiciens et crédules de PAllemagne , p. 30 , que toute la masse cérébrale est partout homogene, et que rien n'empêche que la fonction d’une partie puisse étre transmise à une autre parie, et qu'il n’y a rien de contradictoire si, apres la destruction totale des hémisphéres, les facultés intellectuelles ou la conscience sube

sistent, Suivant ces suppositions , la moelle Épl< VI. 20

nière, tout autre nerf, les nerfs des sens , les plexus et les ganglions des nerfs sympathiques, peuvent exercer indifféremment et réciproquement toutes les fonctions quelconques du sysième nerveux. Rien n'empêche qu'un bœuf et un cheval soient égaux , quant à l'intelligence, au moins au moment de l'influence magnétique, , Platon, à Locke, à Kant, puisque la masse nerveuse, identique et prépondérante de leurs sens, de leur moelle épinière, de leurs nerfs sympathiques ; suppléera amplement à la masse moins considérable de leurs cerveaux.

Qu'on reproche encore aux Francais qu'ils dédaignent les producuons du sol allemand! À ces calomniateurs nous opposerons l'histoire du magriétisme animal, de la philosophie transcendante, du spiritualisme absolu , de la centralisation du cerveau de l’homme, de l’homogénéité et de unité de toutes les parties du système nerveux. Pourrait - on exiger des concessions plus généreuses et plus sublimes, pour enchainer la marche des connaissances positives et pour étouffer tout esprit d'observation ?

« Une des lois physiques, dit M. Serres, p.407, de la nature organisée, c’est que des organes dissimilaires peuvent remplir une même fonction. Ainsi la peau et les poumons peuvent concourir à la respiration; celte fonction peut

être exécutée par des bronchies chez les poissons , et des trachées chez les insectes, organes éminemment différens des ‘poumons des mammiléres et des oiseaux. La peau et les organes urivaires peuvent se suppléer en certaines circonstances. La locomotion peut être transportée des membres qui l’exécutent chez les mammifères et les oiseaux sur lappareil coccygien : ce qui se voit effectivement chez les poissons, ainsi que l’a si heureusement observé l'auteur de la pailosophie anatomique. Le sens de l’odorat peut être transporté d’un nerf sur un autre, selon l’ingénieuse remarque de M. le professeur Duméril. D’après les observations de Scarpa, de Carus, de Jacobson et de Tréviranus, le sens de louie peut être confié en partie à la cinquième paire. D’après mes recherches sur la taupe, le chrysochlore, le rai-taupe , le zemni, le protée, etc., ces animaux peuvent voir par l’intermêde d’un autre nerf que le nerf optique. Pourquoi le ganglion de la cinquième paire ne pourrail-1l pas devenir chez les invertébrés le siége et le point de réunion de leurs diverses sensations? N'est-ce pas des faits semblables qu'avait en vue M. le baron Cuvier lorsqu'il a émis sa loi générale d'action du système nerveux ? »

P. 385, M. Serres nous fait connaître cette loi générale émise par M. le baron Cuvier, sa-

voir : que la différence des fonctions des nerfs dépend plutôt de l'organisation différente des parues auxquelles ils se distribuent, que de leur essence propre.

M. Serres a donc oublié ce qu’il aurait pu lire dans mon traité sur la différence des nerfs, T. I, p. 127, édit. in 4°., que M. le baron Cuvier a désavoué dans son Anatomie comparée , p. 192, cette loi générale, émise page 99. La il dit: « Les parties analogues reçoivent constamment leurs nerfs de la même paire dans tous les animaux , quelle que soit la position de ces parties, quels que soient les détours que celte paire est obligée de faire pour sy rendre. Les nerfs analogues ont toujours une distribution semblable; ils se rendent toujours aux mêmes parties. Même les petites paires, celles dont la distribution est la plus bornée, ou qui pourraient être le plus aisément suppléées par les paires voisines, comme la quatrième et la sixième, conservent leur existence et leur emploi. »

Comme M. Serres veut, à loute force, faire honneur à M. le baron Cuvier, d’une loi générale d'action du système nerveux, laquelle fautil adopter, celle de la page g>, ou celle postérieure à celle-ci, plus circonstanciée, plus précise, de la page 192 ?

M. Serres, sentant très bien qu'une opinion

Le

aussi paradoxale a besoin d’être appuyée sur des faits, cite ses recherches sur la taupe, le chrysochlore, le rat-taupe , le zemni, le prothée , d'après lesquelles ces animaux voient par lintermède dun autre nerf que le nerf optique. Je n’ai jamais disséqué le chrysochlore , ni le prothée , ni le rat-taupe , ni le zemni; mais J'ai examiné l'organe de la vision de la taupe, et je lui ai trouvé le nerf optique, il est vrai, extrêmement fin, comme à toutes les autres espèces de rats, de souris, ou de petits mammiféres.

M. Bailly a ensuite confirmé mon observation, ct Va démontrée à MM. Geoffroi de Saint- Hilaire et le baron Cuvier. J'en conclus qu'il en est exactement ainsi pour les autres animaux dont la recherche est un peu difficile, à cause de la petitesse des yeux et de leurs nerfs visuels. Déjà , pag. 129, vol. E., édit. in-40., Jai réfuté cette erreur de M. Tréviranus, par Tapport au nerf auditif, qu'il dit être simplement une branche de la cinquième paire, et par rapport au nerf optique, qu'il fait sorur avec le nerf du museau d’une même racine. Quelle confiance méritent les anatomistes qui, comme Tréviranus, soutieenent, Biologie der Lebender Natur, B.E., pag. 459, que les circonvolutions du cerveau manquent entièrement dans plusieurs espèces de la famille des chiens; que les animaux

mammifères n’ont point de corps pyramidaux, et que leur cervelet consistant presque uni:

quement dans le processus vermiforme , n’offre point de noyau de substance grise ou ganglion. J'aurai occasion de prouver que M. Serres aussi se trompe très souvent dans des objets beaucoup plus sensibles que n’est le nerf optique chez la taupe, etc. Quand on se méprend st grossièrement sur de grands animaux et sur l’homme , comment peut-on se fier à des recherches infiniment plus délicates, surtout lorsque leurs résultats sont en contradiction avec les lois constantes de la nature? Où serait donc ici le type uniforme dont on fait tant de cas dans toute autre occasion ?

Quant à l'opinion que M. le professeur Duméril a émise à l’occasion, non du sens de l’odorat des poissons, comme prétend M. Sérres ; mais à l’occasion du sens du goût , qu’il a banni de la bouche des poissons , pour le transporter à l'organe de l’odorat, Mémoire sur lOdorat des Poissons , lu a l’Institut, en 1808 , je lai également combattue, T.I, p.154, «mais, dit M. Serres par des assertions qui restent sans effet sur des hommes qui se livrent sans partialité à la recherche de la vérité. »

Voici ces assertions: « En supposant, comme le prétend M, Duméril, que les poissons n’ont

pas le nerf hypoglosse, celui-ci ne sert qu'au mouvement , et des branches de la cinquième paire. qu’ils possèdent, se ramifient dans les dif- {érentes papilles de leur langue et de leur bouche. Suivant M. Duméril, c’est la pression continuelle de l’eau , qui émousse le goût des poissons ; mais pourquoi cette même pression n'C—mousse-t-elle pas aussi leur odorat? Pourquoi, malgré l'habitude de marcher , la plante de nos pieds conserve-t-elle une. si grande sensibihié u Au reste, la langue de la plupart des poissons est mobile ; elle est garnie , dans sa partie antérieure , d’une peau souple et fine, etc. Il serait superflu de m'arrêter plus long-temps a réfuter une opinion qui accuserait la nature d’avoir crée, en pure perte , un appareil tont particulier. »

Voici encore d’autres assertions extraites. de mon 7'raité sur la différence des Nerfs, et qui tendent à prouver la nullité de l'opinion de MM. Duméril , Serres, Tréviranus, elc.

La différence des nerfs n’existe pas seulement dans Les appareils extérieurs, mais bien distinctement aussi dans les appareils intérieurs. Les lieux de leur départ, les nombres de leurs ganglions de renfort , leur consistance , leur couleur, leurs commissures , toutes leurs manieres d’être, varient d’un nerf à Vautre. Ils se développent à des épées diverses. Chez l’homme, la moelle épinière, les nerfs des muscles de lœ2l

et les nerfs trijumeaux sont déja fermes et fbreux ; le nerf olfacuf est grand et offre des filets distincts, tandis que le cerveau, le cervelet ont encore une apparence pulpeuse ; que les nerfs optique et acoustique semblent wêtre encore composés en entier que de substance grise. Il y a une différence frappante entre les nerfs mous, rouges et blanchâtres du système sympathique, et les nerfs durs et blancs de la moelle épiniére; d’un autre côté , les fibres nerveuses, délicates du cerveau et du cervelet se distinguent des nerfs de la co- Îonne vertébrale, non-seulement par leur mollesse, mais encore par leur blancheur. Tous les nerfs différent entr’eux par la variété de leur configuration. Les nerfs des sens ne se ressemblent nuliement dans leur couleur , leur consistance, leur forme et leur texture. Souvent même les divers filamens du même nerf sont trés visiblement dissemblables. Non-seulement les différens nerfs, mais aussi les filets du même nerf sortent des différens ganglions, et placés dans différens endroïts. Toutes les particularités restent les mêmes dans les mêmes nerfs : elles doivent donc avoir pour cause une différence

primitive dans la structure intérieure . et être

5) d'une nécessité essentielle pour la diversité des fonctions. (est pourquoi il semblait assez natu-

rel à AI. Je baron Cuvier, d’en conclure «que

DU CERVEAU. 319 les nerfs ne sont pas entiérement semblables enteux , et ne conduisent pas partout un fluide absolument identique , comme le font, par exemple, les artères; mais quil y a, dans la structure de chacun d’eux, dans leur manière d'agir, quelque particularité relative aux fonctions et à la nature de l'organe qu'ils vont animer.» Page 192.

Les principes physiologiques viennent encore à l'appui des principes anatomiques qui servent à prouver la différence des nerfs. On convient que les appareils extérieurs communiquent aux nerfs des irritations ou des impressions differentes ; mais si tous les nerfs sont de même nature, comment se fait-il que ces différentes impressions de leur extrémité périphérique soient transmises au cerveau sans altération ? Les 1mpressions du nerf optique ne doivent-elles pas être transportées autrement que celles du nerf auditif ou du nerf olfactif ? Quele mode de communication soit le même , mais seulement plus fort pour un sens, et plus faible pour un autre; alors,comme le dit pl bien M. Sœmmerring, les perceptions des impressions seraient les mêmes dans le cerveau; elles seraient seulement plus fortes ou plus faibles, conséquemment elles ne différeraient pas de leur essence. La différence dans le mode de la propagation en nécessite donc un€

dans la structure intérieure des nerfs. La même régle doit s'appliquer à tous les nerfs , à quelques fonctions qu'ils appartiennent , des qu'ils sont destinés à propager des impressions déterminées ou spécifiques.

La structure intérieure des nerfs doit aussi différer lorsqu'ils doivent agir différemment sux des parties diverses. La sécrétion de la salive , du suc gastrique , de la bile, de la semence, des larmes, et les différentes irritabilités de toutes les parües exigent absolument des actions différentes, et par conséquent des nerfs diffe- FEns.

C’est ce qui fait que même les nerfs des sens peuvent exercer leurs fonctions spéciales par les seules irritations intérieures , et sans le concours du monde extérieur. Les sensations que nous avons dans les songes , sontles mêmes que celles qui sont produites par les objets extérieurs. Un homme qui a perdu la vue, rêve qu'il voit; on croit encore ressentir de la douleur dans ur membre amputé ; l’affluence du sang vers l'œil, fait naître des flammes etdes objets brillans; vers loreille, elle y excite des tintemens et des bourdonnemens ; sur la surface de la peau, elle nous fait rêver que nous sommes dans un bain tiède ; un coup sur l'œil, le contact de deux métaux différens , dont on applique lun sur la lèvre su-

périeure , el l’autre sous la langue, occasionnent un éclair; enfin, les illusions des sens dans les maladies , dérivent toutes des causes intérieures. Pourquoi admettez-vous d’autres nerfs pour le mouvement, et d’autres pour la sensation ? Plusieurs nerfs, que l’on regarde habituellement comme simples ont, dès leur origine, reçu des filamens de différens points; la cinquième paire, par exemple, naît de trois endroits différens, avec trois racines principales entiérement différentes. Les nerfs olfatique et optique, dans les mammifères, reçoivent leurs fibres successivement dans un trajet plus ou moins long. La troisième paire naît en partie dans la subtance noirâtre de la bifurcation des pédoncules du cerveau , en partie de la substance grise placée sur des faisceaux un peu plus extérieurs, etc.; et c’est ainsi que tous les nerfs naissent dans une étendue plus ou moins grande; c’est apparemment ce qui explique les nombreuses modifications qu'un même nerf peut recevoir. Nous voyons plus d’une couleur et nous entendons plus d’un son; on re voit pas telle couleur ou tel rayon, on n'entend pas tel son. Dans tel antmal, les filamens nerveux sont sensibles à certaines particules odoriférantes; dans un autre, ils sont destinés à en recevoir d’autres. À quoi serviraitil qu'un nerf eût constam:

ment la même origine, le même cours, en gcnéral la même organisation ? Pourquoi un appareil extérieur ne recoit-il pas ses filets nerveux tantôt d’une branche nerveuse voisine, tantôt d'une autre? Pourquoi cette exactitude, cette constance minutieuse de la nature ? À quoi bon des appareils si nombreux, dès que la nature, toujours économe , eût pu atteindre son but avec un seul? Pourquoi un sens entier est-il anéanti, lorsque le seul nerf optique ou le seul nerf audiif est détruit? La nature n’aurait-elle pas pu prévenir cette perte par les nombreuses communications des différens filets nerveux , de même qu’elle remédie, par de semblables anastomoses des vaisseaux, à la stagnation de la circulation du sang , etc.

Si de pareilles assertions restent sans effet contre l’homogénéité et l’unité du système nerveux , sur les hommes qui se livrent sans partialité à la recherche de la vérité, je serais tenté de présumer que limparüalité de M. Serres attend des effets plus avantageux de l’encens qu’il donne à tort et à travers à ses idoles protectrices.

La localisation de certaines parues cérébrales , par exemple des tubercules quadrijumeaux ; sert, comme de juste, à M. Serres , de base à la détermination des autres parties de Pencéphale. 4

Mais comment déterminerait-1l jamais ou une partie quelconque , ou sa fonction , si cette localisation n'était pas constante , si telle partie cérébrale pouvait occuper tantôt telle place, tanit telle autre , ou si toutes les parties jouissaient indifféremment des mêmes fonctions? Et dans ce cas, à quoi bon de vouloir déterminer les parties d’après leur localisation ?

Æncore une discussion sur la question , savour : St la substance non fibreuse du système nerveux donne naissance à la substance blanche

Jibreuse ?

Que la substance grise non fibreuse n’est pas la première formée, et ne peut pas donner naissance à la substance blanche fibreuse ;

Que le système nerveux, comme tout l’organisme , ne se forme pas du centre à la périphérie, mais de la périphérie au centre:

Voila les deux propositions sur lesquelles M. Serres revient presque à chaque page de son ouvrage. Elles y sont tellement confondues ou entrelacées l’une dans l’autre , qu'il est tres difficile de les isoler. Cependant je tâcherai d'y mettre plus de clarté, et de traiter chacune, aulant que possible , séparément.

« L'hypothèse de MM. Gall et Spurzheim ,

dit M. Serres, p. xlvüj, est tellement enla-

ce dans les faits, qu’elle fait presque corps avec eux; et on ne peut prévoir où elle nous aurait déjà conduits, si, par son mémorable rapport à l'Académie des Sciences, M. Cuvier n’en avait paralysé les effets. »

Ce mémorable rapport, ainsi que tous les écrits de mes adversaires , sera toujours pour moi la plus précieuse garantie, combien, dans ce temps-la , les connaissances anatomiques et physiologiques du système nerveux étaient encore arrièrées , et combien la science me doit à cet égard! Sans rappeler à M. Serres que depuis, presque tous les points encore contestés dans ce rapport, ont été généralement reconnus et avoués même par M. Cuvier; qu'il lise; dans ce mémorable rapport, que, parmi les dix-huit articles reconnus par MM. les commissaires, il en est un exprimé dans ces termes : « Que la substance grise est l’origine et l'aliment de toutes les fibres nerveuses, et que cest par son moyen qu’elles se renforcent et se multiplient. » Ayant trouvé cette découverte trop belle, on s’est même efforcé de prouver, par toute sorte de raisonnemens entortillés ; qu’elle était l'expression d’une opinion généralement recue ; ce que nous avons réfuté dans notre réponse à ce rapport , p. 70 et suivantes.

M. Serres continue : « L'hypothèse de Gall

est fondée sur le développement central du système nerveux. Elle suppose que la moelle épineuse et l’encéphale se forment du centre à la circonférence Or, la matière grise occupant le centre de l'axe cérébro-spinal, elle est censée préexister à la matière blanche qui en occupe la périphérie ; aux nerfs qui s’y implantent , aux ganglions intervertébraux qui sont plus excentriques encore ; enfin aux radiations nerveuses qui ,de ces ganglions, rayonnent dans toutes les parties de l'animal. Cette opinion est donc conséquente aux idées qu’on avait imaginées sur le développement de ce système. »

« Mais si sa formation est excentriqueetsi, dans leur apparition, toutes cés parties suivent un ordre inverse; si les nerfs se forment d’abord dans les organes; si, plus tard, les ganglions intervertébraux se développent avant l’existence de la moelle épiniere; si cet axe lui - même se développe de la circonférence au centre, on voit que cette hypothèse est entièrement opposée aux faits. »

“« On voit que les ganglions intervertébraux ne sont point la matière des nerfs qui en rayonnent en dehors, puisque ces nerfs existent avant eux. »

« On voit que la moelle épinière n’est point et ne saurait être la matière des cordons qui vont

320 SUR LES FONCTIONS s'y implanter, puisque ces cordons sont pritittivement sans communication avec elle, et que

souvent même ils existent sans elle. »

« On voit enfin que la matière grise de cet axe spinal ne saurait être organe de nutr ition de la matière blanche, puisque la matière blanche se forme constamment la première , puisque chez certains animaux , comme dans le genre astérie, le système nerveux est exclusivement formé par la matière blanche, et que, chez d’autres, comme chez certains poissons, à peine trouve-t-on quelques vestiges de la matière grise dans le centre de la moelle épinière. »

Outre que tous ces passages sont autant d’assertions fausses , le lecteur doit être frappé de ce que M. Serres n’a plus trouvé d’autre expédient contre ma proposition que d’épouser encore une fois une autre extravagance de la philosophie raturelle , et de renverser le mode d’organisation des animaux.

Admettons pour un instant et en faveur de mes compatrioles , que les nerfs arrivent d’ une manière miraculeuse de la circonférence au cenire, c’est-à-dire des parties également formées avant le centre ; admettons qu il existe des nerfs sans cerveau, sans moelle épinière, ce que des faits irrécusables attestent; s'ensuit-1L que ces

DU CERVEAU. 32r

nerfs n’ont pas tiré leur origine de la substance non fibreuse ?

Déja, dans notre mémoire à l’Institut, nous avons établi une comparaison de la substance corticale grise, non fibreuse , avec le corps muqueux qui enduit la peau, tous ses prolongemens intérieurs, les interstices des fibres musculaires , etc. Vicq-d’Azyr a déjà dit que cette substance muqueuse était analogue à l'écorce du cerveau et du cervelet. Elle forme avec les terminaisons nerveuses des appareils variés, aussi bien dans le cerveau que dans les entrailles et les sens extérieurs, tels que la rétine dans l'œil, le tissu gélatineux dans le limacon du rocher , les papilles dans la langne. Haller aussi a déjà classé les diverses terminaisons périphériques des nerfs sous une seule catégorie, en disant que les nerfs de la peau, dont les troncs sont si durs, se ramoilissent à mesure qu'ils perdent du tissu cellulaire, et qu'ils deviennent enfin pulpeux dans les papilles de la peau.

« Quoique ces papilles, ajoute-t-il, ne soient jamais dégagées de la dure-mére ni de la cellulosité , elles sont très molles dans la langue, dans la peau, dans les mamelles , etc., et pareillement toujours pénétrées par les vaisseaux sanguins. C’est la même chose pour l'expansion des nerfs dans les muscles et dans le cœur. x La

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