CONCLUSION
J'ai donc fait connaître et J'ai réfuté toutes les objections les plus importantes que les physiologistes et les anatomistes modernes ont cru pouvoir élever contre la réalité de mes découvertes anatomiques et physiologiques.
J'ai prouvé,
Que le sort de la physiologie du cerveau est indépendant de mes assertions vraies ou fausses sur les lois de l’organisation du système nerveux en général et du cerveau en particulier, de même que la connaissance des fonctions des
sens est indépendante de la connaissance de la structure de leurs appareils;
Que la substance pulpeuse, non fibreuse, grise, corlicale, est antérieure à la substance blanche fibreuse, et que cette derniere tire son origine de la premiere ;
Que les divers appareils nerveux et les diverses parties du cerveau sont affectées chacune a une foncüon particulière spécifique ;
? ; : 7 L L'ART Qu'un nerf ou qu’une partie cérébrale ne saurait jamais remplacer un autre nerf, ou une autre partie cérébrale;
Qu'il est absurde, etcontre les indices les plus évidens de la nature, de soutenir qu'une très pelite partie quelconque du cerveau ou du systène nerveux soit suffisante pour les diverses fonctons départies aux divers nerfs eaux diverses parties cérébrales ; :
Qu'il est impossible que les diverses parties qui constituent successivement les cerveaux des animaux, forment dans le cerveau de l'homme, avecses parles cérébrales propres, un seul organe , une centralisation de tous les organes en un organe unique, indivisible et jouissant, dans toute sa masse, de foncuons les plus variées et essentiellement différentes ; ex
Que les idées d'unité et d'homogéneité de toutes les parties du système nerveux ont éle enfantées par Ja philosophie spéculative de lAlleinagnes.
Que les partisans de cette chimère, tout en proclamant cette unité et cette homogénéité , prouvent eux-mêmes partout l'isolement, l’indépendance, la différence spécifique des diverses parties du système nerveux, et la spécialité de leurs fonctions ;
Que. les, physiologistes expérimentateurs exigent conime condition iudispensable, pour obteair des résultats purs et exacts, d’isoler les par-
dies sur lesquelles ils expérimentent, el qu’en même temps qu'ils professent l'unité et Phomogénéilé de toutes les parties, ils regardent Pisolement de lésion et de mutilation, et par conséquent aussi de résultat, comme impossible à puisque d'apres leurs propres termes, une partie 1rritée ou lésée irrite ou lése toutes les autres, elc.;
Qu'il est effectivement impossible d’empécher l'influence réciproque des diverses parties du système nerveux, ou d'isoler les irrilations, les lésions et les mutilations, et d'obtenir des
résultats isolés, spécifiques ;
Qu'il esi impossible de faire, une seconde fois, exactement la même opération, la même expérience, et que nécessairement non-seulement chaque autre expérimentateur, mais aussi le même dans chaque nouvelle expérience , doit obtenir des résultats différens ;
Que c'est une prétention absurde de vouloir appliquer aux facultés morales et intellectuelles de l'homme, les résultats vagues, arbitraires et inconstans, tant bien que mal observés dans les poules, les pigeons, les lapins, etc.;
Qu'il répugue aux lois de l'organisme , d’établir comme loi générale la formation du système nerveux de la périphérie au centre, et que cette
extravagance est encore un enfant abâtardi de la philosophie spéculative du sol mystique del Allemagne;
Fitc., etc., etc.
Dans toutes mes démonstrations et dans toutes mes réfutations , je ne me suis pas tant appuyé sur mes propres réflexions que sur les aveux opposés et sur les imprudens démentis dont les
ouvrages de mes adversaires fourmillent.
Mémoires du docteur F. AxToMmARCH:, où les
derniers momens de Napoleon, V, IT, p.29.
Voici encore quelques passages dirigés contre mes découvertes, et qui offrent plutôt de lin- 4 A j L Varie PUR térét par la source d’où ils dérivent, que par la force de leur valeur.
« Milady Holland avait fait un envoi de livres dans lesquels se trouvaitune cassette renfermant un buste en plâtre, dont la tête était couverte de divisions, de chiffres qui se rapportaient au sysième crämiologique de Gall : « Voilà, docteur, » qui est de votre domaine; prenez, étudiez » cela, vous n’en rendrez compte. Je serais » bien aise de savoir ce que dirait Gall s’il me » tätait la tête. » Je me mis à l’œuvre; mais les divisions étaient inexactes, les chiffres mal placés ; Je ne les avais pas rétablisque Napoléon me fitappeler. J’allai, je le trouvai, au milieu d’un amas de volumes épars, qui lisait Polybe. Il ne me dit rien d’abord, continua de parcourir ouvrage qu'il avait dans les mains, le jeta, vint à moi, me regarda fixement, et me prenant par les oreilles : «Eh bien ! dottoraccio di capo » Corso, vous ayez vu la cassette? — Oui, Sire.
» — Médité le système de Gall? — A-peu-près.
Saisi ? — Je le crois. — Vous êtes à méme d’en rendre compte ? — Votre majesté en jugera. — De connaitre mes goûts, d’ pan er
mes facultés en palpant ma tête? — Et même sans la toucher. ( Il se mit à rire.) — Vous êles au courant. — Oui, Sire. — Eh bien!
nous en caüserons ue tard quand nous n’aurons rien de mieux à faire. Cest un pisaller qui en vaut bien un autre; on s'amuse quelquefois à à considérer jusqu’ où peut aller
la sottise. » Ilse prorhena, fit un tour et re-
pril: « Que pensait Mascagni de ces réveries
germaniques ? Allons, franchement, comme si vous vous.eñtretehiez avec un de vos confrères. — Mascagni aimait beaucoup la manière dont Gall et Spurzheim développent et rendent sensibles les diverses parties de la cervelle ; il avait lui-même adopté cette méthode; 1l a jugeait éminemment propre à faire bien connaître ce viscèré intéressant. Quant à la pretention de juger sur les protubérances, des vices, des goûts et des vertus des hommes, il la regarda't comme une fable ingénieuse qui pouvait séduire les gens du monde, et ne soutenait pas l’exaimen de l’anatomiste. —Voila un homme sage; un homme qui sait apprécier le mérite d’une concepuon, l'isoler du faut
dont la surcharge le éharlatanisme : jeregrelté
DU CERVEAU: 333 de ne l'avoir pas connu. Corvisart était grand partisan de Gall; il le vantait, le protégeait, fit l'impossible pour le pousser jusqu’à MOI ; mais il n'y avait pas sympatlite entre nous. La-
väter, Cagliostro, Mesmer, n’ont jamäis élé
mon faits j'éprouvais je ne sais quelle espece
d'aversion pour eux, je n'avais garde d’admettre celui qui les continuait parfni NOUS»
Tous ces messieurs sont adroits, parlent bien; exploitent ce besoin du merveilleux qu’éprouve Le commuur des hommes; et donnent l'apparence du vrai aux théories les plus fausses. La nature ue se trahit pas par ses formes extérieures, Elle cache, elle ne livre pas ses secrets. Vouloir saisir, pénétrer lès hommes par des indices aussi légers, est d’une dupe ou d’un imposteur; ce qu'est au reste toute celte tourbe à inspirations merveilleuses, qui pullule au sein des grandes capitales. Le seut moyen de connaître ses semblables est de les voir, de les hanter, de les soumettre à des épreuves. Il faut Les étudier long-tenips si on ne veut pas se méprendre. Il faut les juger par leurs actions; encore cette règle w’est-eile pas infaillible, et a-t-elle besoin de se restreindre au moment où ils agissent, car nous w'obéissons presque jamais à notre caractère,
nous cédons au trausport, nous sommes en-
portés par la passion; voila ce que c’est, Les vices et les vertus, la perversité et lhéroïsme. Telle est mon opinion, tel a été long-temps mon guide. Ce n’est pas que je prétende exclure l'influence du naturel et de l'éducation ; je pense au contraire qu’elle est immense ; mais hors de là tout est systéme, tout est sottise. »
Déjà, dans le Mémorial de Sainte-Hélène,
par le comte de Las-Cases, il y avait le passage suivant :
« J'ai beaucoup contribné à perdre Gall. Corvisart était son grand sectateur: lui et ses semblables ont un grand penchant pour le matérialisme : il accroîtrait leur science et leur domaine. Mais la nature n’est pas si pauvre. Si elle était si grossière que de s’annoncer par des formes extérieures, nous 1irions plus vite en besogne et nous serions plus savans. Ses secrets sont plus fins et plus délicats, plus fugifs. Jusqu'ici ils échappent à tout. Un petit bossu se trouve un grand génie; un grand bel homme n’est qu’un sot. Une large tête à grosse cervelle n’a parfois pas une idée, tandis qu'un petit cerveau se trouvera d’une vaste intelligence. Et voyez limbécillité de
bU CERVEAU. 3 385
» Gall :1l attribue à certaines bosses des pen- » chanset des crimes qui ne sont pas dans Ja n1- » ture, qui ne viennent que de la société et de » la convention des homines : que deviendrait » Ja bosse du vol s'il n’y avait pas de propric-
» tés? la bosse de l’ivrognerie s "il n'existait pas » de liqueurs fermentées ? celle de lambition » s'il n'existait pas de société? »
Les souverains sont toujours trompés lorsqu'ils demandent avis aux 19nOTans , AUX Jai Joux , aux flagorneurs , aux lâches , où à cenx qui ne sont plus d'âge a être accessibles aux tanovations. Napoléon a pris ses premiers rehseignémens sur la valcur de mes découvertes dans son prepner voyage en Allemagne. Un certain jurisconsulte métaphysicien, E.., à Leipzig, lui à dit que les COS de Pâme étaient trop çachées pour qu'on püt en découvrir des traces. Déjà, dans une réponse au rapport de PEustitut, J'avais cette idée en vue en termiränt le passage cité dans ce volume, pag. 35, pat cette phrase : «Etle métaphysicien ne peut plus dire , pour avoir le droit de se perdre dans le
gue des spéculations, que les opérations dé js âme sont trop cachées pour qu il soit possible d'en découvrir les organes ou les conditions matérielles. » À son retour à Paris, 1l tança vertcment ceux des membres de l'Insütut qui sé-
taient montrés enthousiasmés de mes démonstrations nouvelles. Ce fut la foudre de Jupiter qui terrassa les pygmées. À l'instant mes découvertes ne furent plus que des vieilleries, du charlatanisme , des absurdités ; les journaux servirent d’instrumens à jeter du ridicule, arme toute puissante en France, sur les soi-disant bosses. On fit accroire à Napoléon que limbécillité de Gall avait imaginé une bosse ou un organe pour l'ivrognerie , et dans ce cas j'aurais mérité cette laconique épithète. Z{ attribuëé à cértaines bosses des penchans et des crimes qui ne sont pas dans la nature, qui ne viennent que de la société et de la convention des hommes. Et d’où vient la société ? Si Napoléon avait lu tout ce que j'ai dit dans cet ouvrage sur Ja société, sur la vie sociale de l’homme et des animaux, et sur les prétendues qualités et facultés artificielles , il y aurait puisé des notions plus profondes sur tous ces objets. À l'égard de ma doctrine, les idées et les préjugés de Napoléon ne diffèrent en rien de ceux du vulgaire. Que deviendrait la bosse du vol, s’iln'y avait pas de propriété ? celle de l'ambition, S'il n'existait point de société? Que deviendrait l'œil s'il n'existait pas de la lumière ? mais la lumiere existe; que deviendraient le goût et 'odorat, s’il n'existait pas des parties savoureuses et des éma-
nations ? mais les parties savoureuses et les émanations existent ; que deviendrait le penchant a la propagation , si les deux sexes n’existaient pas? mais les deux sexes existent; que deviendrait l’amour des petits et des enfans, si les petits et les enfans n’existaient pas ? mais les petits et les enfans existent;que deviendrait Pinstinct carnassier, s’il n'existait pas des animaux à dévorer ? mais ces animaux existent. C’est ainsi que la propriété et que la société existent dans la nature, comme je l'ai prouvé quandil a été question de ces deux objets. J’en conclus que ni Napoléon, ni ses conseils n'avaient assez pénétré dans la nature des choses pour reconnaitre que l’organisation de lhomme et des animaux est calculée sur les choses du monde extérieur ; que nous n'avons de contact avec les choses extérieures qu’au-
tant que nous avons reçu des organes qui sont,
en rapport, en harmonie avec ces mêmes choses ; et que, chaque fois qu'un tel organe manque, la chose en rapport avec cet organe wa aucune existence pour un tel individu.
Si Napoléon voulait détruire le penchant au matérialisme, comme lui l’entendait , 1l devait commencer par défendre l'étude no:-seulement de la physiologie et de Panatomie du cerveau, mais aussi celle de la physique, de l’histoire naiurelle , de l'influence dela nourriture, de la
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saison, du climat, du tempérament, sur le caractère de l’homme, etc., etc. Et après avoir ordonné qu’on n’enseignât que pour voir et pour entendre l’on w’a besoin ni des yeux, n1 des oreilles; que pour penser et pour vouloir, on peut se passer de cerveau, il aurait dû employer trois cent mille baïonnettes et autant de canons pour rendre les fonctions de l'âme absolument indépendantes de l'organisme. Cette victoire promulguée et reconnue, il aurait perdu Vanatomie et la physiologie enseignées par un faible petit fils d'Esculape. Mais l'on prend du café, lon mange des pommes de terre, l'on vaccine malgré les cr'ailieries des médecins et des profanes ; le sang circule malgré les opposilions de G:ssendi ; la terre tourne, maloré l’anathème du pape; les animaux ne sont plus des automates malgré les arrêts de la Sorbonne ; lanatomie et la physiolegie du cerveau du docteur allemand subsistent et subsisteront malgré les efforts de Napoléon et de ses imitateurs , et de sa nombreuse troupe auxiliaire.
M. Aniommarchi n'avait que des idées trés mesquines et superficielles de la physiologie du cerveau, et n’était nullement assez préparé pour recliGer les préventions de son auguste malade. À la manière des dames curieuses , on envoya à Napoléon, comme un joujou d'enfant, un buste
DU CERVEAU. 389 en plâtre, sur lequel les organes étaient marqués. Mais cela aurait déjà été au-dessus de la conception ordinaire, de lui envoyer mon ouvrage et de l’eng:ger à faire connaissance avec mes propres idées. Ainsi l’empereur et son médecin, tout en s'amusant, conlinuaient toujours d'ignorer les principes et la tendance de la physiologie du cerveau. M. Antommarchi amuse ses lecteurs avec l’énumération vague des organes dont il trouva les signes. Il trouva l’organe de la dissimulation, des conquétes, qui est apparemment mon organe de l'instinct carnassier ; l'organe de la bienveillance, lorgane de l'imagination , que mes lecteurs n’auront trouvé nulle part dans mes ouvrages ; l’organe de l'ambition , de l’individualité, d’après la dénoinination de M. Spurzheim ; l’organe des rapports de l’espace, l'organe du celcul , organe de la comparaison et celui de la causalité, de l'esprit d’induction.
Exposons maintenant le dernier résultat de mes observations, la véritable théorie des qualités morales et des facultés intellectuelles de
l’homme.
CONSIDÉRATIONS PHILOSOPITIQUES