‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 3)Chapitre 26 sur 54 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

le secours qu'ils se prêtent, rend la chasse plus facile et plus sûre. S’il est question d’attaquer un troupeau , la louve va se présenter au chien, qu’elle éloigne en se faisant poursuivre, pendant que le mâle insulte le parc et emporte un mouton que le chien n’est plus à portée de défendre. S’il faut attaquer quelque bête fauve, les rôles se partagent en raison des forces : le loup se met au guet, attaque lanimal, le poursuit et le met hors d’haleine, lorsque la louve, qui d'avance s'était placée à quelque endroit, le reprend avec des forces fraîches , et rend en peu de temps le combat trop inégal.

Il est facile de faire tomber dans le piége un jeune renard sans expérience ; mais sitôt qu’il est instruit , les mêmes moyens deviennent inutiles. l west point d’appât qui puisse faire braver alors au renard le danger qu'il reconnait ou qu'il soupçonne. Il évente le fer du piége ; et cette sensation, devenue terrible pour lui, lemporte sur toute autre impression. S'il aperçoit que les embüûches soient multipliées autour de lui , il quitte le pays pour en chercher un plus sûr. Quelquefois cependant, enhardi par des approches graduelles et réitérées, guidé par le sentiment de son nez, il trouvera le moyen de dérober légérement et sans s’exposer , un appât de dessus un piége. L’homme avec toute son

DU CERVEAU. Aa

intelligence , a besoin lui-même de beaucoup d'expérience pour n'être pas mis en défaut par la prudence et les ruses du renard.

Lorsque le cerf a été plusieurs fois inquiété dans son asile , il met à le cacher un art quine peut être que le fruit des vues les plus fines et des réflexions les plus compliquées. Souvent il change de buisson en raison du vent, pour être à portée de sentir et d'entendre ce qui peut venir le menacer de dehors. Souvent au licu de rentrer d’assurance et d’aller droit se mettre à la reposée, il fait de faux rembüchemens , 1] entre dans le bois , il en sort, 1l va el revient sur ses voies à plusieurs reprises. Sans avoir d'objet présent d'inquiétude , il fait les

à la poursuite des chiens s'il se sentait chassé par eux.

mêmes ruses qu'il ferait pour se dérober

Jai parlé ailleurs des moyens que les cerfs et les hévres mettent en usage pour se soustraire à la poursuite des chasseurs et des chiens. Du reste, 1l n’est pas de chasseur qui ignore combien 1l est facile de surprendre ces animaux dans les contrées où 1ls ne sont point imquiétés d'ordinaire; mais du moment ou l'expérience les a instruits des dangers qui les menacent, le chasseur a besoin de multiplier et de varier ses

moyens. Nous sommes journellement à méme

de juger la différence qu'il ÿ a entre un cheval dressé et un cheval qui ne l’est pas, les changemens que l’éducation apporte aux mœurs des chiens. Quiconque a un peu observé Îles animaux doit leur accorder un certain degré de perfectibilité , dont j'ai cité grand nombre d'exemples dans cet ouvrage. On ne saurait nier qu'ils conservent le souvenir de faits antérieurs, qu'ils en tirent parti dans la suite pour se déterminer dans leurs âctes; qu'ils comparent, qu'ils réfléchissent, qu'ils jugent; que dans des cas imprévus ils prennent des déterminauions tres bien adaptées à la circonstance. Tout cela ne peut point être l'impulsion d’un instinct aveugle ; il faut donc convenir que, jusqu'à un certain point, ils sont doués d’entendement. Mais comme cet entendement n’est que la faculté de modifier la manifestation de leurs instincts naturels d’après des circonstances accidentelles, il s'ensuit qu'il y a une dose d’entendement propre à chaque espèce, et en vertu de cette loi chaque espèce reste confinée dans le cercle que la nature a originairement tracé autour d'elle. Mais il est toujours certain que les animaux exercent leurs facultés avec plus où moins d'intelligence, d’entendement.

Examinons maintenant les questions, savoir :

L'homme aussi agit-il par l'impulsion de Fins-

DU CERVEAU. 425 tinct, ou obéit-il uniquement à sa raison ? Est-il Vauteur de ses penchans, ou ceux-ci sont-ils aussi involontaires à l’homme qu’à animal ?

Je ne parle pas de ces mouvemens automaliques, que quelques auteurs confondent avec l'instinct , et que l'homme et l'animal font à leur insu , avant qu'aucune préméditalion ait pu y concourir ; par exemple, que nous reculons subitement à l'aspect d’un danger ; et qu’en tombant nous étendons les bras, ou pour tomber sur les mains, ou pour soutenir l’équilibre. Je parle des penchans instinctifs, des vrais ins- Uuncts.

J'ai prouvé dans la section sur les dispositions innées ,eten traitant des qualités et des facultés fondamentales, que l’homme minvente ni ne crée ses penchans et ses facultés. Je ne sais sur quel degré d’ignorance se fondent les assertions de cette philosophie orgueilleuse qui prétend soustraire l'homme à toutes les lois qui régissent le règne animal. Lorsque lhomme ressent l'amour physique, et qu'il cherche une compagne; lorsqu'il aime ses enfans et leur donne des soins; lorsqu'il se défend lui et Îles siens contre sesenvemis; lorsqu'ilestorgueilleux , vain, bienveillant, cruel, avare, rusé, circonspect; qui ne sait que tout cela a lieu sans sa parlicipalion ,

et sans qu'il r'éagisse sur lui-même? Qui ne

conçoit que tous ces sentimens sont des mouvemens , des penchans indépendans de la ré:

flexion ?

Ils ne sont rien moins que le résultat de lattenüon, des pensées délibérées, de la préméditation , des déterminations constituant des actes de volonté. Ils sont de véritables instincts.

Il en est de même des facultés intellectuelles ; aussi celles-ci s’exercent dans beaucoup de cas, par pur instinct ou purement instinctivement. Toutes les fois que les organes de ses facultés ont acquis un degré de développement considérable, ou qu'ils ont recu une incitation au moyen d’un stimulus quelconque, ils agissent involontairement, sans réflexion, sans jugement. L'enfant découpe et bâtit, fait de la musique ou des vers, recherche dans les souris et dans les chats la cause des phénomènes de la vie, etc., etc., ct tout cela par une aveugle impulsionintérieure.

Ces individus sont s1 éloignés d’avoir la conscience de leurs facultés, que plus tard , lorsqu'on les y rend attentifs, ils sont tout étonnés de se trouver des qualités ou des facultés si extraordinaires.

Cette action instinctive continue chez la plupart des hommes à avoir lieu plus ou moins exclusivement durant leur vie tout entière. Il

n'y a que pcu de personnes qui parviennent à

DU CERVEAU. 42ù

acquérir une conscience claire de leurs penchans et de leurs facultés. Plus l’action de lorgane est violente, plusla passion est impérieuse; plus le génie est brillant, plus lacuvite de l'organe est instinctve, au moins dans les premieres périodes de sa manifestation. Aussi je suis frappé d’admiration en lisant les lignessuivantes que Voltaire, qui lui-même a fait tant de choses par instinct, écrit à Diderot, sous la date du 20 avril 1773 :

« Tous les philosophes, fondus ensemble, n'auraient pu parvenir à faire l’Armide de Quinault, ni les Animaux malades de la peste, que fit La Fontaine, sans savoir même ce qu'il faisait. Il faut avouer que dans les actes du génie tout est l'ouvrage de l'instinct. Corneille fit la scène d'Horace et de Cornélie comme un oiseau fait un nid , à cela prés qu'un oiseau fait toujours bien , et qu’il n’en est pas de même de nous. »

Ce n’est que lorsque homme porte son attention sur ses forces intérieures innées, lorsqu'il les compare avec les forces des autres , lorsqu'il apprend à connaître leur usage, et qu'il apprend à les employer selon la diversité des circonstances extérieures, lorsqu'il devient pour luimême un sujet de réflexion, que ses instincts acquièrent peu à peu le caractere de l'intellect ou de l'entendement. Être doué d’intellect ou

426 SUR LES FONCTIONS avoir de l'intelligence, c’est donc, en d’autres termes, avoir une conscience claire de ses penchans et de ses facultés, les ressentir et les exercer avec attention. Il ya donc autant de différentes espèces d’intellect qu’il y a de qualités et de facultés distinctes. Tel individu qui à beaucoup d’intellect ou d’entendement, relativement à une force fondamentale, peut être tres borné relativement à telle autre. L'homme, à raison d'organes plus nombreux et plusnobles, est beaucoup plus capable que la brute d’acquérir une conscience claire de ses penchans et deses facultés; et, par cette prérogative, 1l est doué d’intellect, non pas exclusivement, mais à un plus baut degré qu'aucun autre animal.

Accorder aux animaux ce que le Créateur leur a donné en partage, ce n’est certainement pas ravaler notre espèce.

Il résulte encore de tout ce que je viens de dire , qu'un organe de l’intellect ou de l’enten-

dement est tout aussi inadmissible qu’un organe de linstinct.

De la raison , de la volonté et du libre arbitre.

La raison, la vo lonté et le libre arbitre ont-ils des

LR organes particuliers !

Laraison est pour l’intellect ou l’entendement ce que la volonté est pour les penchans. Je m'explique.

Dans la section sur les dispositions innées, j'aiexpliqué la différence qui existe entre penchant, volonté et liberté(:). Désir, penchant, passion , sont les différens degrés d'activité de chaque force fondamentale. Souvent l’homme n’est pas le maître d'empêcher que lun de ses organes n’agisse avec violence ; dans ce cas, le désir, le penchant, la passion, qui résultent ce cette action, sont involontaires; c’est de là que naissent pour l’homme les tentations; ce sont là les premières conditions du vice et de la vertu. Je dis que les désirs, les penchans et les passions, sont les premières conditions du vice et de la vertu; car tant que nous ne faisons que désirer, nous ne méritons ni châtiment ni récompense, La plupart du temps, les animaux

ea or msn ats isa éenmareneeriéréeepeseesertpreérineretenern tenter ere eRr

(1) Vol. IE, p. 97, de la Liberté morale,

n'ont que des désirs sans volonté. L'homme se trouve dans le même cas lorsqu'il est idiot ou maniaque, ou lorsque ses organes ont une activité extraordinaire. Ce n’est que lorsqu'il y a volonté que nos actions revêtent le caractère d'acions moralement libres; qu'il y a mérite ou culpabilité.

Ce n’est point l'impulsion résultant de l'activité d’un seul organe, ou, comme disent les auteurs, le sentiment du désir, qui constitue la volonté. Afin que l’homme ne se borne pas à désirer ; pour qu'il veuille, il faut le coucours deFaction de plusicurs facultés intellectuelles supérieures ; il faut que les motifs soient pesés, comparés et jugés. La décision résultant de cette opération s'appelle la vo/onéé.

TU y a autant d’espèces de désirs, de penchans et de passions qu’ilexiste deforces fondamentales. La volonté est une. Les désirs, les penchans et Jes passions sont le résultat de l’action desforces fondamentales isolées; la volonté est le résultat de l’action simultanée des forces intellectuelles supérieures; elle suppose l'attention, la réflexion, la comparaison et le jugement. La volonté est souvent en opposition directe avec les désirs, les penchans et les passions. Circonstances d'ailleurs égales , les désirs et les passions auront le dessus dans l'homme grossier; la volonté

triomphera dans l’homme cultivé. La brute, l’homme violemment agité, lidiot, le maniaque, ont’ des désirs et des passions ardentes, et presque pas de volonté. Les actions de l’individu qui n’écoute que ses désirs et ses passions, sont faciles à prévoir et à calculer, pour peu que l’on connaisse son organisation. Les déterminationsde la volonté, au contraire, ne peuvent être prévues avec quelque vraisemblance que par l'examen approfondi de la somme et de la nature des motifs que fournissent en partie l'organisation et en partie le monde extérieur, les convenances, la morale, la religion, la législation, Pordre social et le bien de la société.

Ces observations sufliront pour établir la diflérence qui existe entre les désirs, les penchans, les passions et la volonté, ou la liberté; et pour faire comprendre au lecteur qu’il ne peut pas exister d’organe particulier de la volonté ou du libre arbitre.

Il peut exister tout aussi peu un organe particulier de la raison. Toute faculté fondamentale accompagnée d’une notion claire de son existence, de réftexion, est intellect ou intelligence. Chaque intelligence individuelle à donc son organe propre; mais la raison suppose une aclion concertée des facultés supérieures. C'est le jugement prononcé par les facultés in-

tellectuelles supérieures. Une faculté intellectuelle supérieure seule ne constituerait pas non plus la raison. La raison est le complément, le résultat de l’action simultanée de toutes les facultés intellectuelles. C’est par la raison que l'homme se distingue de la brute; lintellect lui est souvent commun jusqu’à un certain point. Il y a beaucoup d’hommes intellisens, il n y en a que peu de raisonnables. La nature produit l’homme intelligent; une organisation heureuse, cultivée par l'expérience et la réflexion, forment l’homme raisonnable.

Comme la volonté et la raison supposent l'existence des forces fondamentales, et comme ces dernières se fondent sur l’organisation, il est clair par-là, comme je l'ai déjà prouvé par d’autres argumens dans la section sur les dispositions innées, que la volonté et la raison elles-mêmes ne sont point des forces indéfinies et independantes de lorganisme, et que par conséquent il ne peut pas exister de liberté illimitée et absolue. Il est clair aussi que l’homme, vu son organisation plus noble, est susceptible de motifs moraux, lesquels il est capable de peser et de comparer, de juger; que la comparaison faite, le jugement porté, il lui est loisible de se déterminer en conséquence, c’est-a-dire, en d’autres termes, qu'il est doué de liberte

DU CERVEAU. A3 morale; que ses aclions , par conséquent, sont méritoires ou déméritoires , c’est-à-dire que ses actions peuvent être morales ou immorales.

Peut-on chercher des organes pour les affections ?

La plupart des auteurs confondent les affectons avec les passions. J'appelle passion le plus haut degré d’activité volontaire ou involontaire d’une force fondamentale quelconque. Chaque passion suppose donc un organe parüculier, mais cet organe ne produit la passion de sa fonction que dans le maximum de son activité.

Il en est tout autrement des affections. Dans les passions, les organes sont actfs,, exaltés dans leur fonction fondamentale ; dansles affections, au contraire, les organes sont passifs, ils sont modifiés, 1l sont saisis d’une manière particulitre, agréable ou désagréable, La pudeur, la frayeur, l'angoisse, la tristesse, le désespoir, la jalousie, la colère, la joie, l’extase, etc., sont des sensations involontaires, des saisissemens passiis, soit d’un seul système nerveux, d’un seul organe, soit de l’ensemble du cerveau.

Il ne peut donc pas exister d’organe propre, ni pour la joie, ni pour la tristesse, ni pour le

432 SUR LES FONCTIONS désespoir ou le découragement, ni pour l'espérance, ni pour quelque affection que ce soit. Admettre un organe propre pour une affection quelconque, c’est admettre un nerf propre pour la douleur et un nerf propre pour les sensations agréables. Chaque nerf peut être indistinctement le siége de la douleur et du plaisir. Si on voulait admettre un organe unique pour toutes les affections, il faudrait que tout animal susceptible d’une affection , le fût de toutes, et cet organe une fois mis en activité, toutes les affections, quelque disparates ou quelque opposées même qu’elles soient, devraient à-la-fois assaillir lhomme ou l'animal.

Conclusion.

Ces considérations sur les qualités et les facultés de l’homme ne sont nullement Îe fruit de rsisonnemens subtils. Elles ne portent point l'empreinte du siècle dans lequel elles sont nées, et ne vieilliront point avec lui. Elles sont le résultat d'innombrables observations; elles resteront immuables et éternelles, comme les faits observés et les forces fondamentales que ces faits nous forcent impérieusement d'admettre. Elles sont fondées non-seulement sur des principes déduits de faits individuels, mais elles

sont confirmées par chaque fait individuel en particulier, et par conséquent, dans tous les temps, elles sortiront victorieuses de toutes les épreuves auxquelles on pourra les soumettre, soit par la voie analytique, soit par la voie synthétique. Si un jour l’on renonce aux raisonnemens des métaphysiciens, cette philosophie des qualités et des facultés de l’homime deviendra la base de toute philosophie pour les temps à venir.

Division des qualités morales et des Jacultes intellectuelles.

.. Selon que l’on considère les qualités morales et les facultés intellectuelles sous un autre point de vue, on peut les diviser autrement. On peut les diviser en sentimens, penchans, talens, facultés intellectuelles; la fierté, par exemple, la vanité, seraient des sentimens; l’instinct de la propagation, de l'amour dela progéniture, seraient des penchans ; la musique, la mécanique, seraient des talens ; la perspicacité comparalive ferait partie des facultés intellectuelles. Mais on est souvent embarrassé de fixer rigoureusement les bornes de chaque division. Les facultés intellectuelles et ies talens, lorsque leurs organes ont une grande activité, se manifestent avec désirs,

avec penchans etavec passions; el les sentimens et les penchans ont aussi leur jugement, leur goût, leur imaginalion, leur souvenir et leur mémoire. | .

La division , en qualités et facultés communes à l'homme et aux brutes, et en qualités et facultés qui sont exclusivement l'apanage de l’'homme,a,je l’avove, un grand prix sous le point de vue philosophique. Mais lorsqu'il ÿ a des naturalistes qui croient apercevoir dans quelques animaux, par exemple dans certames espèces de singes, l’idée du juste et de Pinjuste, et même un sentiment de l'existence de Dieu ; lorsque l'observateur le plus modéré n'ose pas décider où les facultés de la brute cessent, et où

celles de l’homme commencent, 1l faut avouer

que cette division ne serait guère généralement satisfaisante.

La meilleure division me parait celle en qualités et facultés fondamentales, et en attributs généraux de ces mêmes qualités et facultés. Dans celte division, on conserve les fruits des travaux de mes devanciers , eton en tire parti, en même temps qu’on établit la vraie théorie des instincts,

des qualités et des facultés primitives et fonda- :

mentales de l’homme et des animaux.

Ces deux divisions viennent d’être discutées.

Pour compléter mon ouvrage, Je vais offrir à

mes lecteurs quelques propositions de la plus haute importance, et dont la solution découle immédiatement de la physiologie du cerveau.

Quels sont les motifs de nos actions ?

Tant que le philosophe, le moraliste, le juge et le législateur manqueront d’une connaissance détaillée des mobiles de nos actions, leurs interprétations, leurs imputations, leurs jugemens et leurs lois porteront toujours à faux. Jusqu'à présent presque tous les auteurs ont accusé l’amour-propre ou l'intérêt comme seul motif de nos désirs, etla volonté corame seule détermipation de nos actions. Il est pourtant évident qu’il doit y avoir autant de motifs qui nous font agir, qu'il y a de qualités et de facultés primitives. , |

Ici encore la comparaison de l’homme avec les animaux sera d’une grande utilité. Les actes des animaux sont simples, francs, exempts de toute interprétation équivoque. Ceux des hommes , au contraire, sont presque toujours plus ou moins compliqués, de manière que l'individu lui-même, bien souvent, ne saurait s’en, rendre raison; leurs motifs sont incerlains, et jamais à Vabri de captieux subterfuges.

Les mobiles les plus impérieux des actes des

animaux sont les instincts de la propagation, de l'amour de la progéniture, de l’attachement, de la propre défense, du sentiment de propriété, etc. Très souvent leurs actions sont déterminées par l'envie, la jalousie, la haine, la colère, par la cruauté, par la bienveillance. Certes aucun philosophe ne prétendrait avoir indiqué les motifs des actions des animaux en les attribuant à l'intérêt, à leur amour-propre, au seul désir de leur propre conservation.

Or, l'homme étant doué et dominé par les mêmes désirs, les mêmes penchans, les mêmes passions et les mêmes affections, ses actes doivent aussi être amenés par les mêmes motifs.

Nos institutions sociales, civiles et religieuses, sont dues en grande partie à l'instinct de la propagation, à l'amour de la progéniture, à la propre défense, au sentiment de propriété, à la vanité , à Pambition, au désir d'indépendance et de domination.

Qu’on se rappelle ce que j'ai dit à l’occasion de chaque organe, de la sphère de son activité, et l’on aura l'aperçu général de toute l'histoire naturelle de l’homme moral. J’y ai consigné les raisons pourquoi tel homme s'applique aux arts et aux sciences, landis que tel autre trouve son bonheur‘ dans l'inertie et dans lignorance; pourquoi du Bramin jusqu'à l'anthropophage,

de lesclave jusqu’au despote, .du crédule le plus superstitieux jnsqu’à l’incrédule le plus arrogant, chacun se croit en possession d’excellens motifs de sa croyance.et de sa conduite. Faites agir les qualités et les facultés fondamentales de l’homme avec énergie, et vous connaitrez les motifs de toutes les extravagances des passions, de toutes les merveilles du génie, de tous les efforts de la vertu et de la scélératesse.

Variez l’âge, le sexe, le tempérament, la santé,

la nourriture, et vous variez l’action des organes cérébraux; par conséquent ses désirs , ses penchans, ses passions, et, en dernier ressort, les motifs de ses déterminations.

Jusque-la les actions des hommes ue sont guère moins instinctives que celles des animaux. Avec les qualités et les facultés, et le degré de leur activité, les motifs sont connus; les actions elles-mêmes ne sont plus difficiles à deviner. Le modeste artiste mille fois humilié par Populence, continuera à cultiver les arts: le bienveillant , mille fois aflligé par l’ingratitude, sera toujours entraîné vers les actes de bienfaisance le téméraire, criblé de blessures, se précipiteca toujours dre le combat. Ainsi |’ fai a, dans la plupart des cas, moins de part à ses actions que la nature.

Mais rendez-lui toutes ses prérogatives; faites:

le agir avec raison et avec volonté, dès ce moment il se présente comrne un agent moralement libre, Quiconque voudra prévoir ou juger ses actions, devra connaître non-seulement ses dispositions naturelles , mais aussi tous Les élémens extérieurs qui concourent à ses déterminations ; les actes de la raison et de la volonté sont souvent diamétralement opposés aux instigations des désirs , des besoins et des passions.

Il s'ensuit, comme je lai dit ailleurs, quil faut cultiver les qualités et les facultés intérieures; multiplier, ennoblir et renforcer les motifs extérieurs, si toutefois l’on veut obtenir des actes raisonnables et volontaires. Il s'ensuit, en dernier ressort, que les vertus ei les crimes des hommes peuvent être aussi bien imputés à ceux qui sont chargés de leur éducation et de leur gouvernement , qu’à ceux qui se montrent vertueux ou criminels.

Objectera-t-on encore que toutes les qualités et toutes les facultés constituent le mot de l'homme; que toute satisfaction d’un désir, d’un penchant, d’une passion quelconque, se rattache à son interêt et à son amour-propre, etque, par conséquent, tous les motifs de ses actions se réduisent à l'intérêt et à Pamour-propre? Jerépondrai que la manie des philosophes,

d’abstraire et de généraliser, a aussi enfanté la

DU CERVEAU. 439 fausse théorie qui regarde toutes les qualités morales et toutes les facultés intellectuelles comme de simples nuances d’un seul et unique principe, de la sensibilité; de même que la sensibilité seule ne suffit point pour expliquer le mouvement volontaire, les diverses fonctions des &inq sens, les diverses qualités morales et facultés intellectuelles, de même l'intérêt et l’amourpropre, comme seuls motifs de nos actions, ne suffisent poiut pour réndré raison, ni des actes instinctifs, ni des déterminations voleutaires et Se Li des horimes.

De l'origine des arts-et des sciences et des difjèrens etats.

Presque tout le monde attribue Porigine des arts, des sciences et des différens états, ou au hasard , ou aux besoins , ou à la réflexion. L’on fait naître de ces sources mêmes les premières occupations indispensables des hommes. La chasse et la pêche, dit-on, ont été inventées parce que les fruits que la terre produit sans culture , se trouvérent insuffisans pour nourrir les familles; lorsque les familles, continue-t-on, se sont augmentées au point de former des hordes et des peuplades, celles-ci ont été obligées d’avoir recours à l’agriculture ; les femmes et les enfans

ve, trouvant plus une nourriture suffisante, l’homme.est forcé de s'attacher particulièrement à une seule femme, et de partager avec elle les soins domestiques. C’est là Ja premiére origine du mariage et de la société, qui devient de plus en plus nombreuse. Maintenant naissent tous les besoins; l’on veut se garantir contre linclémence de l'air, et l’on invente l’art de faire des habits et de bâtir des maisons et des palais. Dés-lors naissent aussi les besoins factices, tous les désirs, toutes les passions, fruit de l'inégalité des conditions, la vanité, Pamour des distinctions et de la gloire, l’ambiüon, l'avarice, la guerre, le luxe avec les excès auxquels 1l sert d’aliment, les lois, une police, la religion, le goût des émotions vives, la musique, l’éloquence, la poésie, les spectacles.

Si des causes accidentelles extérieures sont la source de toutes ces inventions, pourquoi les mêmes causes ne produisent-elles pas les mêmes effets chez les animaux ? Pourquoi le chien ne construit-il pas de cabane pour se garantir de linclémence des saisons ? Pourquoi la perdrix et le corbeau périssent-ils de froid plutôt que d’émigrer comme l’hirondelle ? Comment se fait-il que chaque animal satisfait ses besoins d'une maniére à lui particulière ? que méme chaque individu humain a d’autres be-

DU CERVEAU. 4x

soins, quoique les circonstances extérieures soient à-peu-prés les mêmes pour tous ?

En traitant des forces fondamentales de l’homme et des brutes, jai répondu à ces questions de la maniére la plus satisfaisante. La vérilable source de nos arts et de nos sciences, ce sont nos instincts, nos penchans, nos facultés innées, nos besoins intérieurs.

Qui est-ce qui a inventé la toile de l’araignée, la cabane du castor, le nid de la penduline, les cellules de Pabeille, le chant du rossignol ? Qui est-ce qui a donné l’idée de la république des fourmis, de la tactique des singes, des sentinelles des chamois, des voyages des cigognes, de la chasse des loups, des provisions du hamster, du mariage de presque tous les oiseaux, et d’une grande partie des mammiféres ? Tout le monde fail dépendre toutes ces choses d’un instinct, d’une impulsion intérieure, et nullement de circoustances extérieures. La cause de cesinventons git donc dans les organes, où, en d’autres termes, les animaux ont reçu de la nature, au moyen des organes, certaines forces, certains penchans, certaines aptitudes industrielles. certaines facultés déterminees, dont résultent leurs habitudes , quiont si souvent l'apparence d’actions spontanées et réfléchies.

Il en est précisément de même de l’homme :

tout ce qu’il fait, tout ce qu'il sait, tout ce qu'il peutfaire, tout ce qu’il peut apprendre, il le doit à l’auteur de son organisation : Dieu en est la source; les organes cérébraux sont les instrumens intermédiaires dont il se sert. Le même organe qui, dans le rossignol, produit le chant, dans le castor, la faculté debâtir, dans le hamster, le penchant à faire des provisions, produit dans l’homme la musique, l'architecture, l’amour de la propriété. Le poète, l’orateur, le législateur ; le ministre de la religion, etc., sont l'ouvrage de Dieu.

Le hasard peut fournir à une faculté existante l’occasion de déployer son activité; mais 1l est perdu toutes les fois que la faculté n'existe pas. Pythagore, en passant devant l'atelier d'un forgeron, fut surpris de la gradation des divers sons des marteaux; il les examina avec attention, fit une des plus belles découvertes sur Les

sons, et qui contribua beaucoup à perfectionner

la musique. La chute d’une pomme de l'arbre devint pour Newton l’occasion de découvrir les lois de la gravitation. Combien de fois avait-on entendu le bruit des marteaux, combien de fois avait-on vu tomber les pommes des arbres, sans le moindre pressentiment que ces phéno-

iménes ont lieu en vertu de certaines lois de la nature ?

En traitant de chaque force fondamentale en particuher, j'ai fait voir que souvent les premiers essais instinctifs du génie sont des chefsd'œuvre. Ce n’est qu'après avoir, pendant des siècles, construit des machines et des demeures; parlé le langage, soit articulé , soit des signes ; exercé la peinture, la sculpture, la musique, la poésie, l'éloquence, que l'homme eut l’idée de s'occuper de la recherche des règles de ces arts et d’en fixer les lois. L'homme, pendant des siècles, a raisonné Juste sans s’'enquérir des règles de la logique; il comparait et jugeait, sans se douter que la marche de ses idées füt astreinte À un enchaïnement nécessaire. IL était logicien long-ternps avant d’avoir une logique. C'est ainsi qu’il jageait ce qui est juste el ce qui est injuste, long-temps avant d'avoir une jurisprudence.

Que l’on ne m'objecte pas des inventions où ‘des découvertes qui effectivement sont le fruit de circonstances accidentelles et de Jaction simultanée de plusieurs facultés intellectuelles, de la combinaison, de l'analyse, de l’abstraction , par exemple, telle branche de l’histoire naturelle , comme l’organologie. n’y apas d'organe particulier pour ces découvertes ; ellessont le résultat de l’observation , de la faculté de reconnaître ce qu'il y a de commun dans les phc-

nomenes individuels , de reconnaître les lois des phénomènes et d’en appliquer la connaissance à un but déterminé.

Que lon n’attribue pas le perfectionnement progressif des inventions et des découvertes à une force particulière. Le perfectionnement est le fruit de l'application et de l'expérience; la première invention est l’œuvre du génie.

Que lon ne m'objecte pas non plus que, d’après mes principes , chaque individu humain, supposé qu'il vécüt dans des circonstances favorables pour cela, eût dü inventer tous les arts, toutes les sciences. L’homme médiocre (et partout la grande majorité est formée par les hommes médiocres ) n’invente rien; il ne crée rien de lui-même. Ses facultés ne suffisent qu'a saisir ce qui est déjà inventé. Il n’y a que des organes éminemment développés, dont l'activité se porte au - dehors, qui transmettent au monde extérieur leur empreinte intérieure, qui créent. |

Faites disparaître de la terre la musique, la poésie, la-peinture, la sculpture, l'architecture, tous les arts et toutes les sciences ; rendeznous lesiH omére, les Raphaël, les Michel-Ange, les Gluck, les Cauova, etc. ,etc.; faites naitre des hommes de génie de toute espece, et la poésie, la musique, la peinture , l'architecture,

la sculpture , et tous Les arts et toutes les sciences brilleront de nouveau dans tout leur éclat. Deux fois, dans l’espace des temps historiques, le genre humain a parcouru le grand cercle de son entière destinée; et deux fois la rudesse barbare a été suivie par le plus haut degré de raffinement,

On a donc grand tort de supposer qu'un peuple est issu de l’autre, parce que l’on trouve chez eux conformité de mœurs, d’usages, d’arts. L’hirondelle fait son nid à Paris comme à Vienne. Les hirondelles de Paris sont-elles pour cela issues de celles de Vienne ? Mêmes causes , mêmes effets; même organisation, manifestation des mêmes forces.

Férguson a parfaitement raison de dire:

« Les lettres, aussi bien que lesarts mécaniques, étant un produit naturel de lPesprit humain, doivent naître d’eux-mêmes partout où les hommes se trouvent dans une situation heureuse... On suppose, en général, que les siècles ont emprunté de ceux qui les ont précédés, et que les nations ont tiré d’ailleurs ce qu'elles possédent d’art et de savoir; on prétend que les Romains ont tout appris des Grecs, et les modernes d'Europe, des Grecs et des Romains, Les Grecs avaient copié les Égyptiens, et les Égyptiens , quoique nous ayons, perdu le

modèle sur lequel ils s'étaient formés, ne furent eux-mêmes que des imitateurs..….. Pourquoi chercher ailleurs lorigine des arts, puisque toute société en renferme en elle-même les germes, et qu'elle n'a besoin que d'occasion pour les mettre au jour (1)?»

« La peinture, la sculpture et tous les arts d'imitation sont aussi anciens que le genre humain; ils sont nés partout où il y a eu des hommes rassemblés; il n’a été donné à aucun homme en particulier d’en avoir été précisément l'inventeur (2). »

Ainsi, partout Dieu est l'artiste, et l'homme

n’est que l'instrument.

L'espèce humaine est-elle indefiniment* per-

fectible 2.

Cette proposition renferme deux points de vue tout-à-fait différens. On peut demander si l'espèce humaine peut perdre ou acquérir une qualité ou une faculté quelconque ? L'espèce humaine peut-elle perfectionner toujours pro-

ER RSR NC en tn Né Gé PE

(1) Essai sur l'Histoire de la Société civile, T. IL, p. 485.

(2) Lbid., p.99.

gressivement et indéfiniment les qualités et les facultés inhérentes à son organisation ?

Le lecteur doit bien se garder de confondre ces deux questions. L’organologierépond à l’une et a l’autre.

L'espèce humaine peut-elle perdre ou acquérir une qualité ou une faculte quelconque À

L'homme ne saurait manifester d’autres qualités ou facultés que celles dont la manifestation lui a été rendue possible au moyen d’instrumens matériels. Or, lenombre de ces instrumens matériels est arrêté. Tant que la création actuelle subsistera , le nombre des organes du cerveau ne sera ni augmenté, ni diminué: donc, l’espece humaine ne peut ni acquérir, ni perdre une qualité ou faculté quelconque , soit bonne , soit mauvaise.

Si certains philosophes vantent le perfectionnement indéfini de l’espèce humaine; et si d’un autre côté les moralistes en déplorent la corruption toujours croissante, il faut attribuer ces rêves à l'hypothèse erronée, que l’homme moral n’est qu’un résultat du hasard et des influences extérieures, qu'il est un être modifiable à l'infini, sans être soumis à aucune loi de la nature. Depuis la création du monde , la forme

des cristaux et des végétaux n’a jamais varié et elle ne variera jamais; de même l’orgamisation du genre humain est invariable ; par conséquent son caractère moral et intellectuel ne peut subir aucun changement essentiel.

J'ai réfuté dans plusieurs endroits de cet ouvrage toutce que l’on dit concernant la prétendue influence de la vie sociale sur lPorigine des qualités et des facultés factices. Il ne peut exister dans l’homme ni qualité, n1 faculté artificielle. Il est destiné, en vertu de son organisation, comme plusieurs espèces d’animaux, à vivre en société. J1 devait par conséquent être muni de toutes les qualités et de toutes Les facultés necessaires au maintien de la réunion sociale. La communauté des hommes est le résultat et non la cause de leurs qualités morales et de leurs facultés intellectuelles. Dira-t-on que la république des fourmis, des abeilles, des castors ait engendré les instincts de ces êtres ? Ou trouvera-t-on plus conforme à la raison que leurs instincts innés les aient rassemblés en république ? Sicette dernière opinion vous répugne, réunissez les renards, les tigres, les vautours en troupeaux , et montrez-nous une qualité ou une faculté quelconque artificielle que leur association aurait fait naître.

Est-il un vice, est-1l un crime qui aientsouillé

DR CPE OA WP 449

la mémoire de nos premiers pêres, et qui ne fassent plus lopprobre de notre histoire? Estil une vertu qui ait illustré les prémiers siècles du monde, et qui ne soit plus lorgueil de nos temps? Lisez lest anciens moralites , les historiens : les hommes d’Homére, d'Horace, de Lucain, de Tite-Live, de Socrate, etc., sont encore les hommes de Montaigne, de La Bruyère. de Voltaire, de Bossuet, de La Rochefoucault, etc. SoMtenir qu'une vertu quelconque a rue de dessus la surface de la terre; que nos jours offrent moins d'exemples d’un pardon généreux , de sacrifices faits à l'amitié, de courage héroïque , de fidélité conjugale, d’amour maternel, d'amour de la patrie, qu’à l’époque de la guerre de Troie , c’est soutenir que le soleil a cessé d'échauffer la terre , et que Ja rosée ne rafraichit plus nos prairies ; soutenir que les atroces vengeances, les Tâches perfidies , la calomnie, l'envie, les faux témoignages, les viles adulations , l'hypocrisie, le parjure, la délation, l’espionnage, l’ingralitude , les vols, les assassinals, la luxure, les guerres, le-despotisme, désolent moins la société que du temps de Josue et de Néron, c’est soutenir que les iremblemens de terre, les inondations, les ouragans, les tempêtes ne dévastent plus nos champs.

Quelles sont enfin ces qualités et ces facultés

VE Le

que l'on voudrait faire dériver de l’état de civilisation ? Est-ce la propriété? J'ai prouvé que le sentiment de propriété est inné non-seulement à l'espèce humaine , mais aussi aux animaux. J'ai prouvé, aumême endroit, que de tout temps les sauvages et les barbares ont eu leurs propriétés. Est-ce l'ambition, l’orgueil, la vanité, l'amour du gain ? Sont-ce certains talens ? Mais le sauvage et le barbare sont vains et orgueilleux ; leurs soins principaux sont la parure et les plaisirs. Ils partagent tous nos vices jJusqu'au milieu des forêts, et ils le disputent en extravagances aux habitans des villes. Les,.jeux , même ceux de hasard, appartiennent aussi aUX temps les plus reculés. Le sauvage porle à une table de jeu ses fourrures, ses ustensiles, ses colliers. Là il trouve le mouvement, les agitations, qu'un ennuyeux travail ne peut donner. Tandis même que le sort est encore indécis , ül arrache les cheveux, se frappe la poitrine avec la rage du joueur le plus accompli. Souvent il quitte la parte, nu et dépouillé de tout ce qu'il possédait; et dans les pays où la servitude est en usage, il meten jeu sa liberté, afin d’avoir une chance de plus pour regagner ce qu'il a perdu. Ceci n'est-il pas le tableau fidèle de nos habitués des maisons de jeu ? Souvent les sauvages et les barbares nous surpassent en

DU CERVEAU. “45 talens. Ils ont souvent une pénétration, une force d'imagination ét même d’élocution, une chaleur d’âme, un courage, une constance dans leurs affections , auxquels les arts, l'éducation et la politesse des nations les plus cultivées n’auraientrien à ajouter. S'agit-il de pénétrer les peusées et les intentions de ceux avec qui ils ont à traiter , leur coup-d’œil est perçant et sûr ; lorsqu'ils ont dessein de tromper, ils savent s’envelopper avec tant d'art, qu'il est difficile à l’homme le plus subtil de leur échapper. Dans leurs conseils publics, ils ont une éloquence figurée, nerveuse, remplie de chaleur , ét dans la négociation des traités , ils montrent le plus parfait discernement de léurs intérêts nationaux. Dans les intervalles de la paix, le commerce des hommes entre eux est amical, même dans l’état le plus grossier; ils sont affectueux les uns énvers les autres. L’individu jouit de la plus grande sécurité, et par rapport à sa personne et par rapport à ses propriétés. Les principes d’honneur , de générosité et de justice s’exercent avec autant d'enthousiasme et de valeur, que dans d’autres momens la vengeance et la cruanté s'exercent avec violence.

Ainsi toutes les qualités et toutes les facultés prétendues factices sont l'apanage originel de l'espèce humaine, et non des effets subséquens

de l'invention et dés découvertes. C’est dans les dispositions des hommes sans culture , dans les dispositions des sauvages et des barbares, qu'il faut étudier les dispositions naturelles des nations civilisées. Déjà Thucydide, malgré le préjugé de son pays contre tout ce qui portait le nom de barbare, comprit que c'était dans les usages de ces, peuples qu'il devait étudier les mœurs de l’ancienne Grèce. Ou bien faites linverse : étudiez les penchans et les facultés des hommes civilisés , et vous connaîtrez les penchans et les facultés des sauvages et des barbares. Les germes de tout ce que jamais les hommes ont fait et feront jamais, même les germes des formes politiques , sont renfermés dans l’organisation de l’homme ; le temps, les circonstances les développent et les mürissent successivement. Tout n'est que modification,

l'essentiel est et sera partout et toujours le même.

Jusqu'à quel point l'espèce humaine est-elle

perfectible ?

Ne demandons plus si lespèce humaine peut perdre ou acquérir une qualité ou une faculté quelconque ; demandons si les qualités et les facultés inhérentes à son organisation sont suscepübles d’un perfectionnement toujours progressif, ou s1 la nature même a posé des bornes a Îeur perfectibihité.

Il est doux et glorieux de se bercer de lespoir d’un perfectionnement toujours croissant de notre espèce. Mais , hélast les lois de lorganisation et les fastes de l’histoire détruisent aussi les illusions des métaphysiciens. L’éléphant et la baleine, quoiqu'infiniment plus volumineux que le ciron; le cédre et le chêne, quoiqu'infiniment plus élevés que la mousse, ont cependant leurs dimensions prescrites. Et vous. prétendez , dans voire présomptueuse arrogance, que les organes de votre cerveau ne rencontrent aucune borne, ni dans leur développement, ni dans leur activité !

En vain m’opposez-vous la distance qui existe entre l'homme brut et l'homme instruit, entre les peuples sauvages et les peuples civilisés. Nous avons vu que cette distance n’est marquée

par aucune différence essentielle. Jetons un coup-d’œil observateur sur les diverses conditions du genre humain, même civilisé , et voyons avec une égale bonne foi et sa petitésse et sa grandeur.

Les hommes entourés d'hommes cultivés et de savans , attribuent volontiers à la généralité des hommes les progres et Les perfections qui n’appartiennent qu'à unepetit nombré d'individus. De toute la durée connue de la race hu-

maine, la généralité des hommes a toujours été assujettie à l'ignorance , à l'erreur, au préjugé et à la superstition. L’esclavage, la brutalité, les jouissances bruyantes et grossières des sens, ont toujours été son partage. Les chasseurs, les pêcheurs , les cultivateurs, possèdent à peine les connaissances nécessaires à leurs occupations. Tout est exéculé mécaniquement. S’écarter de la routine, innover, améliorer, est une extravagance, un ridicule, un crime chez eux.

Les artisans sont a-peu-près dans le même cas, La plupart ressemblent plutôt à des automates qu'a des êtres intelligens. Les journaliers, en un raot, tous les hommes qui sont forcés d’employer la plus grande partie de leur temps à ce qui est nécessaire à la vie, ou ne pensent point, ou n'ont que le petit nombre d'idées relatives à la satisfaction de leurs besoins. À peine

ces hommes, quoiqu’entourés des merveilles de la nature, sont-ils touchés par l'harmonie du chant des oiseaux , par des couleurs éclatantes des fleurs ; la succession des saisons, les météores si variés et souvent si imposans, même le majestueux spectacle des astres, ne piquent point leur curiosité, et ne réveillent presque jamais leur esprit de son indifférence et de son assoupissement. à Passons aux classes supérieures. L'influence

des chefs des gouvernemens sur la prospérité ou la décadence des arts et des sciences, est, 1l est vrai, incalculable. Ils savent qu’en encourageant les talens, c’est leur propré mémoire qu'ils illustrent; ils savent que, si les conquêtes éton nent le monde, l'industrie favorisée leur attire les bénédictions des siècles. Mais Pimmen : sité de leurs charges et la tyrannie de l'étiquette leur permettent à peine de consacrer quelques momens à des soins plus doux. Trop souvent la jalousie et l'ignorance des favoris leur inspirent de la méfiance contre les hommes qui attaquent avec des forces supérieures les abus et les faiblesses de leur temps; et les efforts les plus généreux , les plus bienveillans du géme , au lieu d'être accueillis , se trouvent, sinon entiérement étouffés , au moins comprimés et ralenlis.

Ceux qui végètent dans une oisiveté opu=

lente, briguent les places, les honneurs, se chamarrent de plaqueset de cordons, dissipent leur existence à la recherche des plaisirs des sens. Leur fortune et leur influence les dispensent de la nécessité de la réflexion , et favorisent le penchant si naturel de presque tous les hommes à la paresse. C’est ainsi que le faste et l'ignorance sont aussi inséparables que la dissipation et la miscre. De-là la triste vérité , que la classe des hommes qui, de leur Dent imaginaire, regardent avec dédain la populace, est pourtant, quant aux lumières, au méme niveau qu’elle.

Même indifférence , même prévention et même aversion pour les aie vérités; même ténacité dans le respect pour les lle erreurs, même crédulité, même superstition. Le vol fatidique des oïseaux, les chênes fatidiques de la forêt de Dodone, les sorciers de Thessalie, les mages de Égypte, les oracles de Delphes sont remplacés par les tireurs de cartes ou les diseurs de bonne-aventure, par les prophéties, les interprètes des songes, les pressentimens et les inspirations, par les lutins, les revenans , les Jours et les nombres fatals. Nous vivons encore avec des Romains et des Spartiates qui cherchent à connaître l'avenir dans le mouvement du bec des oiseaux et dans les entrailles d’un animal; nous avons encore nos Mithridate et

nos Alexandre qui se font expliquer leurs

songes par des sorcières. Aujourd’hui, comme autrefois, ni la pénétration, ni la prudence, ni les plus grands talens politiques et militaires, ni le plus haut degré de civilisation, ne sauraient garantir l'ignorance contre les pratiques les plus puériles, les plus absurdes et les plus superstitieuses.

Et les hommes que l’énergie de leurs facultés entraîne à la réflexion et à la recherche de la vérité, peuvent-ils prémunir leur esprit contre l’erreur ? Peuvent-ils se soustraire aux égaremens les plus extravagans? Le fatalisme de Zévon, et la liberté absolue et infinie d’Ancillon ; l’immortalité des âmes des brutes, des [roquois, et les animaux machines de Descartes; la doctrine de Parménide, selon laquelle Dieu renferme toutes les idées, et celle de Mallebranche, selon laquelle nous voyons tout en Dieu; la transmigration des âmes d'Empédocle; les nombres de Pythagore, qui servirent de direction à l'intelligence suprême dans la création du monde; les tablesrases d’Helvétius ; la formation des mondes par les mouvemens des atômes, d’aprés Lucrece; la non-existence de la matiere de Berkley; les molécules de Buffon; les monades de Leibnitz; les atômes et le vide de Leucippe et de Démocrite; l’approbation du sutcide et le

mépris de-tous les biens d’Antisthénes et de Diogène; les souffrances et les abstinences volontaires d’Épictète; la joyeuse philosophie d'Arisuppe et d’Épicure, etc., elc., voilà quelques échantillons des efforts des philosophes, dont plusieurs ont fait l'admiration de leur siecle!

Ne parlons point des controverses interminables et si souveut sanglautes de théologie, dela vacillation éternelle des formes de gouvernement, de l’enfance de la législation criminelle , de la fluctuation des principes du droit des gens, de la contestation des droits des nations, toujours appuyée par la force et par la violence; portons nos regards sur des objets où l'on serait le plus autorisé de s'attendre à un perfectionnement indéfini. Que lon compare aux ouvrages modernes de l’art le temple de Denderah en Égypte, le Panthéon à Rome, le temple de Nimes en France, le vaste temple qui existe à Héliopolis en Syrie, aujourd'hui Bolbec, le cirque immense à Rome, les arènes dans la ville de Nimes, le théâtre de Marcellus a Rome, Ja colonne Trajane, la colonne Antonine, un temple très vaste à Pestum, les temples de Pole en Jstrie, les ruines de ‘Fhèbes, de Sienne, d'Antinoé, de Persépolis, et les ruines les plus

étonnantes de toutes, celles de Palmyre, les

thermes de Tite et de Caracalla, les fouilles d'Herculanum et de Pompeïa ,'etc.

Que l’on compare les poètes, les peintres et les orateurs de nos jours aux Homère, aux Virgile, aux Horace, aux Ovide, aux Tasse, aux Cicéron, aux Michel - Ange, aux Raphaël, et que l’on soutieune encore que les productions de notre esprit se perfectionnent toujours progressivement!

Tout ce que l’homme peut atteindre immédiatement par l'énergie de ses facultés et de ses qualités, tout ce qui est du ressort du génie, 1l l’a atteint et il l’atteindra toutes les fois que le développement de ses organes a été ou sera favorisé à un trés haut degré de la part de la nature. Mais, ou les progrès des arts et des sciences demandent un concours particulier de circonstances heureuses, de combinaisons particuhéres , il n’est plus possible de fixer un terme aux connaissances et aux découvertes. Les arts et les sciences positifs, la géométrie, l’astronomie, la physique expérimentale, la navigation, la chimie, l’anatomie, la chirurgie, la médecine, l'agriculture, l'histoire naturelle, etc., ne se ressemblent plus, comparés à leur état antérieur. Cependant, comme nos capacilés sont toujours bornées, nous perdons nécessairement des con-

naissances anciennes ce que nous acquérons des, nouvelles. Et quand même la masse de la société aurait été enrichie d’une infinité de découvertes, les individus n’en seraient pas plus étonnans. Chacun est forcé de se renfermer dans une sphère particulière, pour rester tant soit peu au courant de ses attributions. Et à peine a-t-on. commencé à planer sur la hauteur de son domaine, qu'on est précipité dans l’abime du néant.

On voit bien des nations rester pendant des nulliers d'années stationnaires dans la médiocrité; mais aucune ne saurait s'élever long-temps de plus en plus vers la perfection morale et inellectuelle. Athènes et Rome sont retombées dans la barbarie; partout le flux et le reflux de l’Océan présenteront l’histoire des affaires humaines.

Les philosophes se sont toujours prévalus de l’uniformité des actions des animaux pour prouver la perfectibilité indéfinie de notre espece. Mais aussi l’ensemble des dispositions, et par conséquent des actions principales des hommes, se ressemble partout. Les peuples les plus séparés par la distance des siècles et des lieux, se réuvissent dans leurs intérêts et dans leurs institutions. On se fait illusion lorsqu'on regarde

nos maximes d'aujourd'hui comme des résultats

DU CERVEAU. 46 d’une réflexion et d’une expérience nouvelles. La morale de Pythagore, celle de Socrate et celle du fondateur du christianisme, sont également fondées sur Le sentiment de la bienveillance et le bien de la société. Les nations sauvages nous ont offert même de parfaits modèles de nos institutions civiles et politiques. Au temps des premiers établissemens des Européens dans l'Amérique, six des nations de l'Amérique sep: tentrionale s'étaient liguées; elles avaient leurs états-généraux. La stabilité de leur union et la sagesse de leur conduite leur avaient acquis l’ascendant sur tout ce qui habite depuis l’embouchure du fleuve Saint-Laurent jusqu’à celle du Mississipi. Elles firent voir qu’elles entendaient aussi bien les intérêts de la confédération que les intérêts des nations séparées; elles s’étudierent à maintenir entr'elles un équilibre. Le représentant d’une contrée épiait les desseins et les démarches des autres ; et ne manquait aucune occasion d'augmenter l'influence de sa tri bu. Elles avaient des alliances, des traités, et comme les nations européennes, elles les respecaient ou les violaient par la raison d’état; le sentiment de la nécessité ou les considérations d’uülité les maintenaient en paix; la jalousie ou tout autre sujet de rupture, leur faisait reprendre les armes. Ainsi, sans autre forme fixe de

gouvernement, et par un effet auquel l'instinct a plus de part que la raison, elles se conduisaient selon les mêmes maximes que nos gouvernemens modernes. Il en résulte, ce que tous les observateurs du genre humain ont reconnu, que l’histoire de toutes les nations, depuis leur état sauvage jusqu’au plus haut degré de civilisation, est absolument la même.

Lorsqu'enfin je vois que le plus grand nombre des peuples dédaignent les arts et Les sciences, et qu'avec toute l'arrogance de l’ostentalion et du pouvoir, toutes leurs facultés s’usent dans l'industrie commerciale et dans les jouissances sensuelles; lorsque j’observe que la pente des hommes vers la paresse et vers les idées matérielles est générale, et que leur aversion pour toute contention d'esprit, pour toute innovation est invinciblé; lorsqu’en traversant les peuples soi-disant les plus civilisés, je rencontre à tout moment des provinces entières encore plongées dans la barbarie, et que je vois que ces mêmes hommes ne supportent pas seulement avec indifférence la condition la plus vile de leur existence, mais que même ils se révoltent contre quiconque leur fait entrevoir un sort plus digne de lhumanité; lorsque l’histoire nous apprend que bientôt les nations les plus élevées se lassent de leurs efforts, et qu'après quelques siècles de

DU CERVEAU. 405 lumieres, soit par leur propre inertie, soit par Ja jalousie de leurs voisins, elles se trouvent replongées dans l'ignorance et la barbarie : qui , apres de pareilles réflexions, m’empéchera de soutenir que la perfectibilité morale de l'espèce humaine est confinée dans les limites de son organisation.

Quel est le monde de l'homme et des diverses espèces d'animaux ? ù

L'histoire naturelle des instincts, des aptitudes industrielles, des penchans et des facultés, et la démonstration de leurs organes , entraînent nécessairement la conséquence que le monde moral et intellectuel de homme et des animaux commence là ou le cerveau commence, et quil finit la où le cerveau finit. Les considérations suivantes éléveront cette assertion au rang d’une vérité incontestable.

Les corps inanimés ne sont avertis par rien de leur existence. Ils n’ont pas de Mot ; rien ne leur dit qu'ils sont des individus indépendans des autres êtres; eux seuls, multipliés à l’infini, ne constitueraient qu’une nature absolument morte.

La vie, le moi, l’existence sentie du monde, commence avec la sensation, avec des apyareils

nerveux. Dés-lors l'être vivant s'aperçoit qu'il est distinct des choses qui l’environnent; il a son moi. Ce moi sera plus resserré ou plus étendu selon que les sensations seront varices et intenses , selon, par conséquent, que les organes de la sensibilité intérieure et des relations extérieures seront plus nombreux et plus énergiques. j

Plus sera grand le nombre d'organes mis en contact avec les objets extérieurs, plus lé monde de cet animal aura d’étendue. Ajoutez à Ja sensation générale, vague, indéterminée, des sensations déterminées , essentiellement distinctes les unes des autres, vous modifiez, vous agrandissez par degrés son monde. Chaque sens, chaque organe devient une nouvelle révélation. Le goût, l'odorat , louïe , la vue, le toucher, chacun de ces sens fait connaître des existences, des rapports différens du monde , et réunis tous ou en partie, ou isolés, l'aspect de ce monde doit essentiellement varier.

Faisons l'application de ces préliminaires aux organes des qualités morales et de facultés intellectuelles.

Les organes du cerveau sont également au= tant de points de contact avec le monde extérieur , autant de sources de nouveaux genres de sensations, de sentimens, d’instincts, de

DU CERVEAU: 4065 penchans , de facultés; mais nous avons vu qu'ils sont aussi inégalement répartis parmi les diverses espèces d'animaux. Leur monde intérieur et extérreur doit donc aussi varier à l’infini, diminuer ou s’accroitre dans la même pro= portion que le nombre de ces organes diminue ou s’accroit.

Quelle différence entre deux êtres, dont l’un, à peine retranché du rég ne végétal, se régénére, sans aucune conscience, de ses débris; et l’autre, auquel la propagation de son espèce est commandée par les désirs les plus ardens et accomplie avec extase ? Donnez à éts êtres l’amour de leur progéniture , et cet organe devient une source intarissable des sentimens les plus doux, des soins les plus chers, des inquiétudes les plus alarmantes. Dés ce moment . toute l’existence de l’homme et de la femme, du mâle et de la femelle « semble être calculée sur ces deux puissans instincts. Pussiez-vous laisser subsister tout le reste, l’intérêt et le charme de la vie sont détruits dés que vous détruisez ces deux organes.

Les délices du mariage, les douceurs de l’amitié et de la vie sociale, nous les devons à une partie cérébrale, |

C'est moyennant un organe particulier que le Créateur nous a inspiré le droit et le de-

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