VI
466 sUR LES FONCTIONS voir de défendre, contre nos ennenñris, nousmêmes , notre compagne , nos enfans, nos aimis , nos propriétés , notre patrie. Sans cet organe et sans celui dé l'instinct carnassier , l'économie dés bommés et des animaux se trouverait totalement changée. Quel mouvement maintenant , ici, pour égorger sa proie; la, pour échapper à Ja dent meurtriére! Cest surtout l’usage dé la güerre qui donne un objet et une forme aux réunions sociales. La nécessité d’une défense “publique rassemble Les hommes les plus aliénés, et fournit la carrière la plus vaste aux forces morales etPhtellectuelles. Quélles scènes, dans fa vié des individus, comme dans l'histoire des peuples, ces deux organes ont-ils produites et produiront-ils à chaque instant ?
La ruse , l'astuce , la finesse, le savoir-faire ; la prudence, tantôt sauve-garde du faible, tantôt instrument du fort , doivent leurs manœuvres et leurs intrigues au même organe auquel le renard doit l'henréuse issue de ses expéditions nocturnes.
Eliminez une autre partié cérébrale , et vous délivréz les hommes du penchant au vol; mais vous détruisez en même temps une grande parie des institutions sociales. En nous rendant indifférens pour là propriété, vous Ôtez un des motifs Les plus puissans de nos actions ; les arts
et les talens seront bientôt sacrifiés à la paresse et à l’insouciance. mit: où
S'il n'existait pas d’organe qui assigne à chaque espèce d’animal le lieu qu'il lui convient d'habiter, quelle confusion il y aurait ? C’est cet organe qui établit l'équilibre dans la distribution du règne animal, qui peuple et les plaines et les montages, les champs et les forêts, Pair et les eaux.
Si l'homme est pénétré du prix qu'il met à lui-même ; s’il s'élève au-dessus de ses semblables ; sil secoue les chaînes de Pesclavage; sil s’arroge l'autorité suprême , et st c'est ainsi que naissent les souvernemens, ne croyez point:que ce soit là lœuvré de l’homme. C’est l’auteur de toutes choses qui, moyennant un organe particuliér, à soumis à un pareil ordre lespèce humaine. |
Le plaisir que vous trouvez à vos prétendues distinctions , les douces chiméres dont vous berceut les honneurs , ce ressort si grand d’une activité infatisable , c’est encore à une partie cérébrale que vous le devez. Quelle somme de jouissances et d’inquiétudes de moins; quelle source abondante de folies et de hauts-faits tarie où cet organe a cesse ses fonctions |
Sans l'organe de la circonspection , n1 l’hom-
me, ni les animaux ne sauraient se garantir contre les dangers de l’inconsidération et de la précipitation; Jamais ils ne porteraient leurs regards dans l'avenir ; jamais ils n'apercevralent les obstacles ou les périls d’une entreprise.
Quelle force rend l'homme et l'animal attentifs aux événemens qui se passent autour d’eux ? Quelle force leur apprend à ürer parti de leurs penchans et de leurs facultés selon les circons— tances ? Otez l'organe de l'éducabilité, et les animaux cesseront d’être utiles aux hommes; l'agriculture et la civilisation deviendront impossibles ; toutes nos facultés et tous nos penchans seront resserrés dans une sphère étroite et déterminée d'action, et l'homme sera , ainsi que la brute, esclave de ses penchans et de ses talens.
L’organe da sens des localités préserve, tous les ans, moyennant l’'émigration , la moitié du geure animal d'une mort inévitable. L'homme, poussé par l'action de cet organe , parcourt les terres, les mers et l’espace infini des mondes. Sans cet organe quelles connaissances, quelles ressources, quels objets d’adnuration de moins!
Faites abstraction, pour un moment , des organes de la peinture, de la musique, de l’arch1tecluxe, da dessin, de la sculpture, et ils
n’existent plus ces chefs-d’œuvre de Raph:ël , de Mozart , de Michel-Ange, de Canova, d'Homére, etc.
L'homme superficiel ne s’est jamais douté qu'il doit aussi la faculté de communiquer ses sentimens, de transmettre ses idées par un langage articulé, à un organe particulier du cerveau.
Vous vous félicitez d’être parüsan de la justice; votre sens, moral vous inspire une haute conception de vous-même; votre bienveillance vous charme. Eh bien! sans un organe partüculier, toute votre gloire , toutes ces belles émotions de votre âme seraient absolument impossibles.
Voulez-vous savoir pourquoi l'animal ne s’élève point au-dessus des choses terrestres; pourquoi il ne saisit point la liaison de. cause et d’effet; pourquoi il n’adore point, pourquoi il ne connaît point l'intelligence suprême? Apprenez comment Dieu forma l’homme. Suivez pas à pas les lois éternelles de la gradation de la nature. Point de force sans organe. Nouveaux organes, nouvelles forces. Maintenant placezvous en face de l’homme, contemy lez son front élevé.et saillants comparez ce front majestueux
avec le front déprimé des autres créatures, et il
vous sera dit pourquoi l’homme est l’homme.
C'est contre ce front que sont placés les organes qui laiimpriment le caractère de l’humanité, au moyen desquels lu est départie la faculté de pénétrer les rapports des causes et des effets, au moyen desquels il est capable de volonté et de raison. Posez votre main sur le devant du haut de la té "10 et vous y irouverez le sigue de VPal- Hance que son Créateur a conclue avec lui. Cest là lorgane auquel il a été commandéde révéler à toutes les nations l’iatelligence suprême; Vorsave qui, du trône de l’organisation la plus noble de la terre, a de tout temps exercé et exercera éternellement la suprématie sur tous les autres intérêts humains.
Le monde de chaque espèce d'animal, et celui de l'homme, est donc la somme égale de leurs organes cérébraux; c’est la somme des rapports, des points de contact établis entre les choses extérieures et les organes intérieurs. Il ne peut plus y avoir de rapport, de révélation où 1} n’y a plus d’organe. Jamais la tortue ne paurra s'élever aux instincts de l'éléphant; jamais l’éléphantne pourra concevoir l'intelligence de lhomme; et l’homme wayant pas reçu plus d’organe pour concevoir le fini et l'infini des mondes, la
durée éternelle ou le commencement des choses,
DU CERVE AU: ", 474 que pour approfondir l'essence de Dieu, est condamné à l'ignorance absolue de ces mys< téres.
Et ces hommes qui ont la présomption de s'assimiler , pour ainsi dire, à la Divinité, de saisir et d'expliquer les lois qui gouvernent lu nivers; et ces hommes qui, avec une elorieuse jactance, croient pouvoir se dispenser d’admettre la nécessité d’une intelligence suprême et indépendante :que ces hommes se rappellent que, toutes les conditions matérielles de leurs con-' naissances et de leurs conceptions sont resserrées, dans une circonférence de tout au plus vingtdeux pouces. à
D'un autre côté, qu'on récapitule les aptitudes industrielles, les instincts, les penchans, Îles sentimens et les facultés qui, depuis l’insecte jusqu'à l’homme, caractérisent et diversifient Jimmense mulutude des êtres sensibles, et lon se proslernera, pénétré d’adoration, devant le Créateur qui a su transformer si peu d’étoffe en instrumens de puissances sl nombreuses ét s1 sublimes ! Faudra-t-il alors jeter la pierre au physiologiste qui, dans son étonnement , s'écrie : Dieu et cerveau, rien que Dieu et cerveau !
Précepte moral résultant de la Physiologie du cerveau.
Le monde, autant que la connaissance en est acquise par les sens extérieurs, doit nécessairement être modifié de manières aussi nombreuses que sont modifiés les sens eux-mêmes. Le loup Îlaire autrement que le mouton; les yeux dushibou sont autrement frappés de la lumière que les yeux de Paigle. Que le loup, le mouton, le hibou et l'aigle portent un jugement sur la nature des émanations et de la lumière, leurs jugemens, quoique trés différens, seront également vrais, puisqu'ils seront tous conformes à la sensation produite dans chacun par la lumière et par les émanations. |
Mais les sens et leurs fonctions non-seulement sont autrement modifiés dans une espèce quedans l'autre; dans la même espèce, ils sont autrement modifiés dans un individu que dans l'autre. Le mets. qui est une friandise pour vous, répugne à mon palais. Votre pot-pourri est une horreur pour moi. Cependant personfe ne se croit autorisé de blâmer l’un ou l’autre pour cause de différence de nos goûts.
Il ÿ a bien plus de raisons de nous pardonner la diversité et souvent l'opposition de nos pen-
chans, de nos sentimens et de nos facultés.
Quelle immense variété dans le développement, dans l’excitabilité, dans les proportions réciproques de nos organes cérébraux! Chaque individu considéré en lui-même, c’est-à-dire indépendamment des influences extérieures, est donc empreint d’un caractère propre, moral et intellectuel; et mis en contact avec le monde extérieur , il en reçoit des impressions, des sensations propres. Par conséquent les penchans de chaque individu, ses sentimens, ses jugemens et les actions qui en résultent, doivent différer des penchans, des sentimens, des jugemens et des actions d’un autre individu. C’est pourquoi tout le monde trouve, avec raison; la critique des autres injuste; et l’on exerce une violence contre le droit naturel, en exigeant que les penchans, les facultés, les jugemens et les actions des autres s'accordent avec notre manicre de voir. Chacun a le droit de son moi; et une tolérance illimitée pour tout ce qui ne trouble point l'ordre de la société, etc. ,etc., est le premier devoir, le plus sacré, le plus philosophique.
Voilà donc encore une preuve que celui qui découvre et professe de nouvelles vérités physiques , ne doit pas craindre de tomber en contradiction avec les vérités morales.
Conclusion et revue sommaire.
Hl est donc enfin terminé cetouvrage que, depuis quinze ans, le public savant attendait avec impatience. J'aurais voulu différer encore plus long-temps pour donner plus de malurité aux fruits de mes recherches ; mais le dernier terme approche, et il fallait bien me résigner à laisser ce premier essai d’une physiologie du cerveau beaucoup moins parfait qu'il ne pourra l être cinquante ans plus tard. Déjà, dans plusieurs endroits, j'ai IhQné de combien de moyens j'ai été privé jusqu’ a présent pour démontrer d’une manière péremptoire les résultats de mes travaux. Il faut infiniment plus de matériaux pour entraîner la conviction des autres, presque toujours peu familiarisés avec l'observation de palure, qu il n’en faut pour sa propre COnVICtion.
Pour mettre mes successeurs sur la voie du perfectionnement de ma doctrine, j'avais formé une longue liste de questions qui restent à résoudre, et j'avais l'intention de consacrer un chapitre particulier sur. des choses indispensables à savoir , que cependant on ignore, Mais je crains d’effrayer les jeunes naturalistes. On aborde avec courage et on leve successivement
DU CERVEAU. 475 un obstacle aprés l'autre; on recule au con- -traire devant une masse trop imposante de difüicultés.
Un regret qui m’a toujours poursuivi, et qui me poursuit encore, c’est de ne pas osér me flatter que jamais mon entreprise soit continuée dans tous ses détails, que jamais mes peines sojent appréciées. Quiconque n’est pas poussé par un instinct inné d'observation; quiconque trouve trop difficile l'abnégation de ses opinions et de son savoir puisé dans l'instruction antérieure; quiconque tient plus à la confection de sa fortune qu’à l'exploitation des trésors de la nature; quiconque n’est pas muni d’une patience inébranlable contre les interprétations de l’envie, de la jalousie, de l'hypocrisie, de l'ignorance, de l’apathie et de l’indifférence; quiconque a une trop haute idée de la force et de {a justesse de ses raisonnemens pour se croire obligé de les soumettre à une expérience mille et mille fois répétée, ne perfectionnera jamais la physiologie du cerveau. Cependant ce sont les - seuls moyens de vérifier mes découvertes, et les seuls propres à les rectifier ou à les réfuter. Le lecteur me pardonnera si, indépendamment des preuves que jai fournies pour l’organologie, en traitant les forces fondamentales particulières , je n’appuie encore sur des expériences faites en
présence d’un grand nombre de personnes qui nous accompagnérent dans les prisons, etc. Je ne voudrais rien négliger de ce qui peut encou rager les savans à étudier les fonctions des différentes parties cérébrales.
Voici la traduction d'une notice authentique de ma visite des prisons de Berlin et de Spandau, telle qu’elle a été insérée au mois de mai 1805, dans les nos, 97 et 98 du Freymüthige. M. Demangeon l'avait déjà rapportée dans sa Phystologie intellectuelle. Paris, 1800.
« Le docteur Gall avait manifesté le désir de visiter les prisons de Berlin, tant pour prendre connaissance de leur intérieur que pour ajouter à ses expériences par des observations sur les iêtes des prisonniers. On lui proposa en conséquence de lui faire voir les prisons de Berlin, ta maison de correction et la forteresse de Spandau. |
» C’est par les prisons de Berlin que lon commença, le 17 avril 1805, en présence des commissaires-directeurs et des employés supérieurs de cet établissement, des inquisiteurs de la députation criminelle, des conseillers de Fhürnagel et Schmidt, des assesseurs Mühlbcrg et Wünder, du conseiller supéricur de
linspection médicale , Welper, du docteur Flemming, du professeur Wildenow et de plusieurs autres.
» Lorsque le docteur Gall fut instruit des dispositions et des réglemens de cet établissement, on se rendit aux prisons criminelles et aux salles de travail, où il trouva environ deux cents prisonmiers qu’on lui laissa examiner, sans rien lui dire de leurs crimes n1 de léur caraciére.
» T1 faut observer, en général, que la plupart des détenus dans les prisons criminelles sont des voleurs, et qu’ainsi il était à présumer, d’aprés la doctrine de Gall, que l'organe du vol prédominerait chez ces individus, et c’est cequi arriva en effet. Les têtes de tous ces voleurs se ressemblaient plus ou moins quant à la forme, s’élargissant un peu plus haut que les sourcils, sur les côtés de la partie chevelue, en tirant en arriére; on y observait un enfoncement audessus des sourcils ( manque de générosité ou avarice (1); le front était peu saillant , et le crâne aplatisupérieurement { manque d'organes
(1) L'organe de la générosité serait placé au-dessus de celui de la chromatique , vis-à-vis le milieu de l’arcade sourcillère, entre les organes de la cosmognose en dedans, et de la musique au dehors, Quoique Gall n’en
pour les facultés sublimes de.Pesprit ). Cela #42 percevait au premier coup- -d’oeil, mais le toucher rendait encore bien plus frappante la différence entre la forme du crâne des voleurs et celle du crane de ceux qui étaient détenus pour d’autres causes. Laforme qu'affecte en général la tête des voleurs étonna encore davantage les assistans lorsqu'on en eut rangé plusieurs de file; mais elle ne fut jamais d’une évidence plus frappante que lorsqu’à la demande de Gall, l'on eut rassemblé tous les enfans de douze à quinze ans arrêtés pour vol; leurs têtes rentraient tellement dans la “même forme, qu’on eût pu les prendre tous ie les descendans d’une même souche, C'était avec beaucoup de facilité que Gall adbouait les voleurs décidés de ceux qui
2 om
pers plus en public dans ses cours actuels, je sais qu’ en particulier il Y tient encore, et que ce serait lu prêter des idées qu’il n’a pas, que de le lui faire reje- *er absolument, comme font quelques personnes qui, ‘faute de meilleurs argumens, lui reprochent l’admission antérieure de cet organe comme une erreur dont il serait revenu lui-même. Si cela était, ce serait au moins une preuve de sa bonne foi.
Il paraît qu'il suspend ou qu'il tait seulement son jugement à cet égard, comme à l'égard de plusieurs autres régions du cerveau dont il croit ne devoir pas encore parler, faute de données suffisantes.
DU CERVEAU: Âù £laient moins dangereux, et ilse trouvait chaque Fois exactement d'accord avec ce qu'avait produit Tinterrogatoire. Les têtes où lorgane du vol sè trouva le plus prononcé, furent celle de Coloimbas, et, parmi les enfans, celle du petit H., que Gall conseilla de tenir enfermé toute sa vie, comme un garnement incorrigible. D’après linlerrogatoire, ils ont aussi tous deux un penchant extraordinaire au vol.
» En entrant dans une prison ôuù il ne sè trouvait que des femmes qui avaient toutes lorgane du vol, excepté l’inspectrice des travaux , occupée alors à tricoter comme les autres, ét habillée absolument dela même maniere, Gail demanda, dés qu’il pouvait à peine lavoir aperque, pourquoi cette personne se trouvait là, vu que sa tête avait une forme qui ne laissait pas présumer qu'elle fût voleuse. C’est de la même maniere qu'il distingua, dans plusieurs autres cas , les criminels arrêtés pour toute autre cause que le vol.
» Il se présenta plusieurs occasions de voir l'organe du vol réuni à d’autres organes. Chez un prisonnier il se trouvait réuni à celui de la douceur et de la théosophie, avec prédominance de ce dernier. Le prisonnier fut mis à l'épreuve, ét montra dans tous ses discours de l’horreur pour les vols accompagnés de violence, et du
489 | SUR LÉS FONCTIONS penchant pour la religion; on lui demanda ce qu’il croyait le plus mal, de faire le malheur d’un pauvre ouvrier , en lui prenant tout ce qu'il possédait, ou de voler une église, action qui ne faisait tort à personne ? il répondit qu'il était trop révoltant de voler une église, et que jamais il ne pourrait s’y résoudre.
» On recommanda particulièrement à l’examen de Gall les têtes des prisonniers impliqués dans le meurtre d’une juive, arrivé l’année dernière. Il trouva chez le principal meurtrier, Marcus-Hirsch , un crâne qui, en annonçant un esprit dépravé, ne présentait rien de remarquable que l’organe de la persévérance qui s ÿ trouvait très développé. Sa complice, Jeannette Marcus, avait une couformation de cräne extrémement vicieuse, l'organe du vol très développé, et celui du meurtre très sensible. Il trouva” chez les servantes Benkendorf et Babette la plus grande légèreté, et chèz la femme Marcus- Hirsch, une forme de tête insignifiante. Tout cela s’accordait parfaitement avec les pièces du procès sur le caractère de ces détenus.
» On lui présenta le prisonnier Fritze, soupconné d’avoir tué sa femme, et vraisemblablement coupable de ce crime, quoiqu'il persiste dans la dénégation de tous les indices. Gall lui trouva de la ruse et de la fermeté, qualités que
son interrogateur Jui avait reconnues au pius haut degré.
» Dans le tailleur Maschke, arrété pour avoir fabriqué de la fausse monnaie, et dont le génie pour les arts mécaniques s'est dévoilé dans l’exéculon de son crime, Gall trouva, sans savoir de quoi 11 était question, l'organe de l’industrie tres développé, et une tête si bien organisée, qu'il déplora plusieurs fois le sort de cet homme. La vérité estque ce Maschke a été reconnu pour être en effet trés adroit et avoir en même temps beaucoup de bonhomie.
» Des les premiers pas que fit Gall dans une autre prison, il reconnut également l'organe de industrie chez un prisonnier nommé Troppe ; cest un cordonnier qui, sans apprentissage, s'est mis à faire des montres et d’autres objets industrieux qui le font vivre. En le regardant de plus pres, 1l Jui trouva aussi l'organe de la pantomime, propre aux comédiens, assez développé : observation juste, puisque le crime de Troppe est d'avoir extorqué une somme considérable d’argent en jouant le rôle d’un officier de police. Gall lui fit observer qu'il avait sûrement aimé à plaisanter dans sa jeunesse, ce dont il convint, Comme Gall disait aux assistans : « 91 cet homme s'était trouvé en relation avec des comédiens, ilse serait fait acteur,» Troppe,
4Sa SUR LES FONCTIONS
tou’ étonné de l'exactitude avec laquelle Gall déméiait ses penchans, dit qu'en effet 1l avait été quelque temps (six mois) comédien dans une troupe ambulante, circonstance de sa vie qui avait échappé à Pinterrogatoire.
» Gall trouva la téte du malheureux Heisig, qui dans l'ivresse poignarda sou ami, bien couformée, n’y remarquant que absence de l'orsane de la cisconspection , c’est-à-dire une grande légèreté; il remarqua chez plusieurs autres prisonniers les organes de la glossomathie , de la chromatique, des mathématiques, ce qui se trouva conforme à la vérité; car, dans le premier cas, les prisonniers parlaient plusieurs Jangues; dans le second, ils recherchaient les habits de couleur, les fleurs, les tableaux; et dans le troisième, ils calculaient de mémoire.
» Le samedi 20 avril, on se rendit à Spandau avec le docteur Gall. Il y avait dans la société qui l'accompagnait, le conseiller intime Hufeland , le conseiller de la chambre de justice, Albrecht; le consciller intime Kols, le professeur Reich, le docteur Mever, et plusieurs autres. Les observations se firent à la maison de correction, sur deux cent soixantedixtées, ct à la forteresse , sur deux cents. Le plus grand nombre de ces détenus étaient aussi
des voleurs chez qui l’on retrouva plus ou moins
exactement la même forme de tête dont les prisons de Berlin avaient offert le modéle. Tout compté, les prisons, tant de Berlin que de Spanduu, avaient donc offert aux recherches de Gall une somme d’environ cinq cents voleurs, la plupart coupables de récidives; et l'on put vérifier chez tous la forme de crâne indiquée par Gall, comme indice de ce malheureux penchant; l'on se convainquit également par les discours de la plus grande partie d’entr’eux, qu'ils avaient aucun remords de leurs crimes, et qu'ils en parlaient, au contraire, avec une sorte de satisfaction intérieure.
n La matinée se passa à examiner la maison de correction et les détenus, dont les plus marquans furent soumis, dans la chambre de conférence, à l'observation parlicalicre de Gall, tantôt seuls et tantôt réunis en un certain nombre. On eut aussi occasion ici de trouver d’autres organes réunis à celui du vol, |
» Chez Kuanisch, voleur insigne, qui s’était établi maitre menuisier à Berlin, et qui, de con-cerl avec plusieurs complices, avait commis un grand nombre de vols avec effraction , pour lesquels il se trouvait renfermé jusqu'a ce qu’on lui fit grâce, Güll trouva au premier coup-d’œil l'organe des mathématiques trés prononcé, conjoimtement avec celui de industrie, et une
forme de tête avantageuse, en remarquant cependant que lorgane du vol y était fortement exprimé ; il dit en lapercevant : « Voici un artiste, un mathématicien et une bonne tête ; c’est dommage que ce sujet soit ici; » observation de la plus grande justesse, car Kumisch est réellement très habile dans tous les ouvrages mécaniques , au point qu'on la nommé inspecteur des machines à filer, et qu’on lui en a confié la réparation. Gall demanda à Kunisch sl savait le calcul; à quoi celui-ci répondit en souriant: « Est-ce que je pourrais monter et dresser un ouvrage, Sans en avoir bien calculé auparavant tous les détails? »
» La tête d’une vieille voleuse, en détention pour la seconde fois, présenta à l'examen les organes du vol, de la théosophie et de la philogénésie: ce dernier très développé. Lorsqu'on lui demanda quel était le sujet de sa détention, elle dit qu’elle avait volé, mais que tous les jours elle se mettait à genoux pour remercier le Créateur de lui avoir fait la grâce d’entrer dans cette maison; qu’en ceci on voyait clairement combien les voies de la Providence sont miraculeuses: car elle n'avait rien tant à cœur que ses enfans, qu'il lui avait été impossible d'élever convenablement; que depuis son emprisonnement ils étaient entrés à la maison des Orphelins, où
ils recevaient une bonne éducation, qu'elle n'avait pas eu les moyens de leur donner.
» La légèreté se trouvait fréquemment rEunie à l'organe du vol. Ce fut principalement le cas, chez la femme Müller, née Sulzberg, dont le crâne présentait aussi d’une manière res marquée l’organe de l'ambition, qui, selon Gall, dégénére en vauité chez les individus dont les facultés sont bornées. Elle ne voulut point convenir, sur les questions qu’on lui fit, qu’elle aimait àse parer, pensant que cela ne convenait pas à sa position naturelle; mais sa compagne attesta hautement qu’elle avait beaucoup de vanité, et qu’elle n’était occupée que de ses ajustemens.
» Chez le prisonnier Albert, l'organe de la hauteur, source de l’orgueil, se trouva réuni à celui du vol. « N'est-ce pas, lui dit Gall, & veux toujours étre le premier et te distinguer , comme tu faisais déja lorsque tu n'elais encore qu'un petit garçon? Je sus sûr qu'alors tu te mettais à la téte de tous les jeux. “Albert en convint, et ce qu'il y a de vrai c’est qu'il se distingue encore par lempire qu’il affecte sur les autres prisonniers , et par son insubordination , au point qu'étant militaire il ne pouvait être contenu que par des châtimens sévéres, et qu'au jourd’hui encore il n’évite ordinairement un6
punition que pour tomber dans une autre.
» Ici, comme à Berlin, Gall distinguait au premier coup-d’œil les prisonniers qui n'étaient pes voleurs. On lui présenta entr'autres, Régine Doœring, infanticide, enfermée pour le reste de ses jours; celle femme, différente des autres infanticides, ne témoigne aucun repentir de son crime, sur lequel elle parait être sans remords ; aussi entra-t-elle dans la chambre d’un air tranquille et serein. Gall appela aussitôt l'attention du docteur Spurzheim sur cette personne, cn lui demandant si elle n’avait pas exactement la inéme forme de tête et la même disposition au meurtre que sa jardinière de Vienne, la brave Mariandel, dont le plaisir était de tuer des animaux, et dont le crâne lui sert aujourd’hui de modèle dans ses leçons pour l’orgaue du meurire, Ce dernier organe se trouve également très fortement exprimé chez Régine Dœring, et la partie postérieure de la tête, où se prononce ordinairement celui de la philogéuésie, est absolument aplatie chez elle: cela s’accorde encore ex:ctement avec le caractère de cette criminelle, au moins autant que son interrogaloire Pa mis en évidence; car, non-seulement elle a eu plusieurs enfans dont elle s’est toujours débarrassée secrétement, mais elle a encore, en dernier lieu, exposé et tué un de ses enfans déja âgé de quatre
ans; ce qui l'aurait conduite à léchafaud , si des
DU CERVEAU: 4937 preuves de conviction incomplètes et sans précision assez déterminée, n'avaient porté les jnges à opiner pour un emprisonnement à vie.
» Un honme de la société, présent à loutes ces observalions, était un musicien disungué, sur lequel Gail avait fait remarquer incidemment une des manières dont lorgane de A musique se trouve indiqué, et qui consiste eu une saillie à l'angle externe de l'œil. Dés que Kunow parut devant lui: « 7'enez, dit Gali, » voilà l’autre manière dont s'annonce lor- » gane de la musique ; c’est ici, comme dans » la téte de Mozart, une élévation pyrami- » dale qui se dirige vers le haut du cräne. » Kunow convint aussitôt qu'il était passionné pour la musique, qu'il l'avait apprise avec Fa cilité, et la lecture de l'écrou constala que c'était comme amateur qu’il avait dépensé sa fortune, et qu’eu dernier lieuil avait eu le projet de donner des leçons de musique à Berlin. Gall demanda quel était donc le crime de cet homme? On ne voulut pas dire, en présence de tant de personnes, qu'après une jeunesse passée dans la débauche, Kunow. avait Eté condamné , pour crime de pédérastie, à être enfermé dans une maison de force. Cependant Gall tâta la tête de Kunow, et y ayant
? » a sénéralive dans
troavé l'organe de l'énergie g
un développement monstrueux, il s’écria aussuÔt: « C’est sa nuque qui l'a perdu! » puis en portant la main vers l'organe de la circonspecuon, qui manquait absolument, « maudite » légèreté ! » ajouta-t-il.
» Ce fut après diner qu’on se rendit à la forteresse. Le major de Benkendorf, qui en est commandant, eut la complaisance de faire mettre tous les prisonniers en rang sur la place pour les présenter au docteur Gall. Ici prédominaient encore les organes de la ruse et du vol ; ils se trouvaient quelquefois exprimés d’une manière si frappante , qu’au premier coup-d’œil le voleur se distinguait trés facilement des autres criminels. Raps, chez qui l'organe du vol s'aperçoit d’abord, fixa entre autres un des premiers l'attention de Gall, qui lui trouva en méme temps ceux du meurtre et de Ia bonhomie. Ce qui rend la justesse de ces observations frappante, c’est que Raps avait étranglé une femme pour la voler, et qu'en sortant de chez elle il desserra la corde par compassion, ce qui sauva la vie à Ja malheureuse dont il emportait le bien. Il examina ensuite le jeune Brunnert, à qui il trouva les organes*du vol , {de la’ cosmognose, de l’industrie et de la hauteur, ce qui se trouva encore trés caractéristique, car Brunnert avait
DU CERVEAU. : 489 commis plusieurs vols, avait été renfermé das plusieurs prisons comme coupable, s'était ensuite échappé, ne s’élait jamais fixé nulle part, avait déserlé comme soldat, s'était fait châtuer plusieurs fois par insubordination, et s'étant nfin révolté contre ses supérieurs, il attendait de nouveau sa sentence : du reste il est adroit pour tous les arts mécaniques, et il montra des ouvrages en carton du travail le plus exquis, quoiqu'il les eût exécutés dans une prison tres défavorable à son industrie.
» L’organe des mathématiques se présenta aussi chez quelques individus, et l’on vérifia chaque fois qu’il s’accompagnait d’une facilité pour le calcul de mémoire.
» Deux paysans, le père et le fils, confondus parmi les voleurs, se firent remarquer par une forme de tête toute différente. Gall toucha leur crâne, et y ayant trouvé l'organe de la hauteur éminemment prononcé, dit: « Ceux-ci n'ont » pas voulu étre gouvernés, mas gouverner » eux-mêmes ou se soustraire à la subordina- » tion. » On apprit, en s’informant de la cause de leur détention, qu’en effet ils avaient manqué à leurs supérieurs.
» Un ancien soldat qui se trouvait parmi les
prisonniers , avait l’organe du vol trés prononce:
c'était cependant pour cause d’insubordination et non pour cause de vol qu'il se trouvait dans la forteresse; mais prenant des renseignemens sur son comple, on apprit qu'il avait été puni bien des fois au régiment pour avoir volé. »
Ces faits n’étonneront plus le lecteur, qui connait à présent les moyens qui en expliquent la possibilité.
Qu'il me soit permis de relever une tendance singulière que manifestent beaucoup de personnes, d'attribuer nos découvertes à d’autres, par exemple à Reil, etc. M. Spurzheim a déja, dans. plusieurs endroits, revendiqué notre propriété. J'en ai faitautant a l’égard de M. Ev. Home, etc. Les passages suivans, également conservés dans l'ouvrage de M. Demangeon, pourront redresser les idées de ceux qui n'ont pas pu suivre l’ordre chronologique des découvertes successtves de la structure du cerveau.
« Le digne Reïil, dit le professeur BischofF, qui, comme anatomiste profond et physiologiste judicieux, n’a pas besoin de mes éloges, a déclaré, en s'élevant au-dessus de toutes les petitesses de l’égoïsme, « qu’il avait plus trouvé dans » les dissections du cerveau, faites par Gall,
DU CERVEAU. Agt qu'il n'aurait cru qu’un homme püût jamais y découvrir de toute sa vie. » Loder, continue
M. Bischoff, qui ne le cède sans contredit à au-
cun des anatomistes vivans, a jugé les découver-
tes de Gall de la manière suivante, dans une
lettre amicale écrite à mon respectable ami et professeur Hufeland :
« Maintenant que Gall a été à Halle, et que j'ai eu occasion non-seulement d'assister à ses cours, mais encore de disséquer avec lui, tantôt seul, tantôt en présence de Reil et de plusieurs autres de mes connaissances, neuf cerveaux humains et quatorze cerveanx d’animaux, je crois être en état et en droit de prononcer sur sa doctrine.
» Je vous‘dirai, puisqu'il s’agit de m'expliquer , que je suis en très grande partie d'accord avec vous pour ce qui concerne l’organologie, sans cependant croire qu’elle aitrien de contradictoire avec l'anatomie, étant au contraire persuadé qu’elle est vraie, quant au fond et aux principes. Il ÿ a encore des détails à rectifier, et l’ensemble de sa doctrine est encore trop dans Penfance pour qu'où puisse lexpliquer comme le font plusieurs personnes par abus. Il est évident nean-
rioins que les facullés de l'âme et de l'es
Âc2 SUR LES FONCTIONS
prit, qui sont tres prononcées, peuvent se découvrir par des indices sur le crâne. Ackermanu de Heidelberg m’a prêté les crânes de Schinderhannes et de six autres de ses complices ; ils offrent une harmonie frappante avec les indicalions cräniologiques de Gall.
Ce dernier fit en présence de S., chez lequel demeurait la petite H., de Jéna, laquelle se noya dans la Saale, aprés avoir volé plusieurs fois, une description si exacte du caractere de cette fille en voyant son crâne ( que Je m'étais secrèlement procuré, et que personne ne présumait chez moi), que $. en fut réellement interdit lorsque j’eus dévoilé le secret. Ce ne sont point ici, et dans plusieurs autres cas, des effets du hasard.
» Les découvertes que Gall a fuites sur Île cerveau, sont de la plus haute importance, et plusieurs d’entr’elles ont un tel degré d’évidence, que je ne conçois pas comment on peut, avec de bons yeux, les méconnaître.
Je veux parler du grand ganglion du cerveau, du passage des pyramides dans les bras du cerveau, et les hémisphères , des faisceaux de Ja moelle épinière, de l’entrecroisement des fibres sous les pyramides et les éminences olivaires , de la substance récurrente du cervelet, des commissures des nerfs, de l’origine
des nerfs moteurs des yeux, des nerfs trnjumeaux, de ceux de la sixième paire, etc. Je passe sur d’autres choses qui, quoique trés croyables, ne me paraissent pas encore assez démontrées. Ces découvertes suffraient seules pour rendre le nom de Gall immortel; ce
sont les plus importantes qui aient été faites
en analomie, depuis celle du système des vaisseaux aäbsorbans. Le déploiement du cerveau est une excellente chose. Que n’a-ton pas droit d’en attendre, ainsi que des progrés ultérieurs dont le chemin est ouvert! Je suis honteux et indigné contre moi-même, d’avoir comme les autres, depuis prés de trente ans, découpé des centaines de cerveaux comme on tranche dans un fromage, et de r’avoir pas aperçu la forét, par le trop arbres qu'il y avait. Mais à quoi bon se fàcher et rougir ? Le meilleur parti est de préter l'oreille à la vérité, et d'apprendre ce que l’on ne sait pas. Je dis, comme Reiïl, que j'ai trouvé plus que je ne crois qu'un homme püt faire dans le cours de sa vie.
» Je ne veux encore rien publier sur tout cela, parce que je veux y mettre le plus haut degré d’évidence, indiquer les procédés convenables à suivre, et peut-être même ajouter des planches qui éclaircissent les faits. C'est
» dans ce dessein que j'ai déja examiné dix cer- » veaux humains, et que j'en examinerai autant » que je pourraienavoir. Je veux, enoutre, com- » parer plusieurs échantillons de cerveaux d’a- » nimaux sauvages et domestiques, d'oiseaux » et de poissons; injecter délicatement les vel- » nes ctles artères des cerveaux, en traiter plu- » sieurs par l'alcohol, les acides, la solution de » sublimé, la macération, etc., et coucher par » écrit mes différentes observations. J'espère » done mettre bientôt au jour un ouvrage tel » que vous l’attendez de moi, »
« C'est ainsi que pense et écrit lestimable Loder. C'est ainsi que juge un homme qui se livre à l'anatomie depuis prés de treute ans. Sa conduite prouve que la vraie grandeur ne consiste qu’à reconnaitre le mérite des autres, et à faire de boune grâce abnégauon de soi-même pour Ja vérité. »
Voici comment s'exprime M. Hufeland, à la page 143 du même ouvrage, avant de commen-
cer ses remarques critiques :
« C’est avec un grand plaisir et beaucoup d'intérêt, que j'ai entendu cet homme estimable exposer lui-même sa nouvelle doctrine. Je me
suis pleinement convaincu qu'il doit être regardé comme un des phénomènes les plus remarquables du dix-huitièéme siécle, et que sa doctrine doit être complée parmi les progres Îles plus importans et les plus hardis que puissent faire nos connaissances dans l’étude du règne de la nature.
» 1] faut le voir et l’entendre, pour apprendre à connaitre l’homme tout-a-fait exempt de préjugés, de charlatanisme, de fausseté et de réverlé mélaphysique. Doué d’un esorit d’observation rare, de beaucoup de pénétration et d’un raisonnement juste , identifié pour ainsi dire avec la nature, devenu son confident par un commerce constant avec elle, il a rassemblé, dans le régne des êtres organisés, une multitude d'indices, de phénomènes, qu’on n’avait point remarqués Jusqu'a présent, ou que l’on n’avait observés que superficiellement. Il les a rapprochés d’une manicère ingénieuse, a trouvé les rapports qui éta-
lissaient entr’eux de lanalogie, a appris ce qu'ils signifiaient, a tiré des conséquences et a elabli des vérités d’autant plus précieuses qu’étant uniquement basées sur l'expérience, elles émanent de la nature elle-même. C’est à ce travaii qu'est due sa maniere d’envisager la nature, les rapports et les fonctions du système nerveux. Lui-même n’atiribue ses découvertes qu'a ce
qu'il s’est abandonné ingénument et sans réserve à la nature, la suivant toujours dans toutes ses gradations, depuis les résultats les plus simples de sa vertu formatrice jusqu'aux plus parfaits. C’est donc à tort qu’on donne à cette doctrine le nom de système, et qu’on la juge comme telle. Les vrais naturalistes ne sont guère propres à former des systèmes. Leur coup-d’œil ne serait pas aussi juste s’ils partaient d’une théorie systématique, et la réahté ne cadrerait pas toujours dans un cercle aussi étroit. De là vient que la doctrine de Gall n’est et ne peut être, d’après l'opinion qu'il en à émise lui-même, autre chose qu'un rapprochement de phénomènes naturels, instrucüfs , dont une partie ne consiste encore qu’en fragmens, et dont il fait connaître les conséquences immédiates. »
C’est là le jugement que les hommes les plus respectables ont porté sur l'anatomie et la physiologie du cerveau, telles que je les professais immédiatement après mon départ de Vienne, l'an 1805. Il me suffit à présent de donner au lecteur une revue sommaire de mes travaux, tels qu'ils ont été perfectionnés depuis et exposés dans les six volumes de cet ouvrage.
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