JOURNAL UNIVERSEL DES SCIENCES MÉDICALES
tom. X XX, p. 309.
Écoutons ‘maintenant l'opinion de M. Boisseau sur l’ouvrage de M. Tiédemann et sur le discours préliminaire de M. Jourdan.
M. Boisseau dit, p. 811 : « En lisant Vouvrage de M. Tiédemann, publié en 1816, on sera sans doute étonné de lui trouver une ressemblance frappante avec l'ouvrage de M. Serres, annoncé depuis 1822, du moins à en juger d’après le rapport de l'illustre secrétaire perpétuel de PAcadémie royale des sciences. Nous faisons d'autant plus volontiers cette remarque, que sans doute on n’en tirera aucune conclusion défavorable à M. Tiédemann, qui n’a pu deviner , il ÿ 2 sept ans, que ce qu’il découvrait serait découvert quelques années plus tard par un de nos compatriotes. »
Quand les nations se font la guerre, le pillage devient de droit. Or les savans qui s'occupent à faire des découvertes sont constamment en guerre les uns contre les autres; donc le pillage doit leur être permis, donc la petite malice de M. Boisseau est éminemment nationale.
N'importe, que ce soit M. Tiédemann qui ait volé M. Serres, ou M. Serres M. Tiédemaunn,
ou M. Tiédemann M. Carus, où MM. Carus et Tiédemann MM. Gall et Spurzheim , les choses restent; la terre, la patrie commune des savans n’y perd rien. C’est ainsi que quelques années avant la publication de mon grand ouvrage, j'ai enseigné dans mes cours que, d’après un grand nombre d'observations, les fibres médulilaires remontant des parties génitales le long de la moelle épinière jusqu’au cervelet, s’entrecroisent tout comme les pyramides antérieures. J’ai consigné ces mêmes observations et cette même conclusion dans le troisième volume, p. F1, in-4°., imprimé en 1818. Depuis la fin de septembre 1823, MM. Serres et Flourence se disputent la priorité de cette découverte. Il s'ensuit nécessairement que je me suis emparé de la propriété de ces deux expérimentateurs. Mon crime leur était connu il y a plusieurs années, puisque M. Flourence a même fait insérer quelques articles sur ce même ouvrage, dans la Revue encyclopedique, septembre 1819 et mars 1820. Mais au licu de porter plainte contre moi, ils n’ont substitué un autre voleur, depuis au moins deux cents ans contumace. La plupart des auteurs postérieurs à mes ouvrages, et traitant les mêmes objets, exercent envers moi la même générosile. | M. Boisseau cite un petit nombre de faits
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anatomiques , dont les uns s'accordent avec mes idées, et dont les autres sont en opposition avec moi. Je répondrai à tout, après avoir d’abord exposé les idées de M. Boisseau , qui continue :
« Le lecteur aurait tort de juger du mérite de l'ouvrage de M. Tiédemann d’après un si court exposé ; 1l voit seulement déjà que, pour porter un jugement sur le système anatomique de M. Gall, on ne peut se dispenser de connaître les travaux de son célèbre compatriote. M. Tiédemann s’est attaché, en effet, à le réfuter sur plusieurs points de faits qui renversent ses principales opinions anatomiques; on sait que, malheureusement pour ses opinions physiologiques, M. Gall prétend que les unes ét les autres sont tellement liées, qu'on ne peut détruire les premières sans porter uñe atteinte mortelle aux dernières.
Cest à lui à se défendre d’ane attaque dirigée contre la base de sa doctrine : il est étonnant que depuis 1816 il ne l'ait pas encore fait, et d’autant plus étonnant qu'en 1817 l'ouvrage de M. Tiédemann était connu en France pat l'analyse de M. Jourdan dans ce journal. — L'auteur annonce qu’il conserve des cerveaux d'embryons de tous les mois pour convaincre, au besoin, les incrédules de l'éxactitude de
ce qu’il avance. Je crois, dit-il, cette méthode indispensable dans un temps où l’on voit malheureusement décrites et figurées des choses dont la nature n’a pas fourni le modele. ‘Nous pensons, avec le traducteur, que le travail de M. Tiédemann est un des plus remarquables qui aient paru depuis long-temps : réuni à celui de M. Chaussier , sur l’encéphale de ladulte , il forme ’une monographie anatomique du cerveau de l’homme. »
Ce passage me donne occasion à plusieurs éclaircissemens que je rendrait en même temps instrucüfs. Pour porter un jugement sur mon système anatomique , il est bon de connaîtreles travaux excellens de M. Tiédemann; il est bon aussi de connaître les travaux de tous les auteurs quiont écrit et qui écrivent sur la même matière ; il est, avant tout, indispensable de connaître ma méthode d’examiner le cerveau, et mes découvertes. Mais il ne suffit pas de savoir qu’un auteur dise non où son prédécesseur a dit oui. Si la seule autorité décidait, Je croirais avoir au moins autant de droit que qui que ce soit. Personne n’a examiné un aussi grand nombre de cerveaux que M. Spurzheim et moi. Tous nos devanciers découpaient ce noble organe en mille morceaux et se contentaient de faire des descriptions mécaniques et minutieuses
de ses diverses parties. Je me suis mis au-dessus de toute autorité. J'ai rompu Ja glace , et j'ai établi une méthode de dissection philosophique et physiologique, fondée sur le perfectionnement graduel des animaux et sur les lois de lorganisation du système nerveux. L'expérience prouve tous les jours que toutes les fois qu’on abandonne cette méthode , on tombe infailliblement dans l'incertitude et dans l'erreur. Tantôt, par exemple, une partie tire son origine d’une partie supérieure et se dirige vers une parte inférieure ; tantôt c’est le contraire. Tantôt les ganglions sont de simples renflemens, tantôt ils sont des appareils de renforcement ; tantôt ces mêmes ganglions sont placés au commencement des appareils nerveux ; une autre fois ils en forment le couronnement ; tantôt la substance gélatineuse , ou non fibreuse, donne naissance à la substance blanche fibreuse ; tantôt celle-ci a une origine indépendante, etc. , etc.
Nous avons repris les mêmes recherches des
centaines de fois pour éclaircir les doutes qui
nous restaient encore; tandis que M. Tiédemann n'a répété ses dissections sur le même objet, selon son propre aveu, que deux, trois fois. Et quand , d’après des examens mulüipliés , nous n'avons pu arréter une Opinion certaine , nous l'avons avoué franchement.
Enfin ceux seulement qui n’ont jamais travaillé dans les cerveaux, peuvent se laisser persuader qu’une préparation quelconque, telle que la macération dans lesprit-de-vin , la coction dans lhuüile , rendent les parties tellement distinctes qu'on puisse suivre sans 1nterruption et sans rupture la naissance, la continuation, le rerforcement , la fin périphérique ou l'épanouissement final des fibrilles nerveuses. Je prouverai que M. Tiédemann s’est très souvent trompé, même dans les choses les plus faciles à voir , et que très.souvent il a tranché, sans se douter de précipitation , sur des questions qui, apparemment, resteront à jamais indécises. Est-il alors étonsant qu'il nous reproche d’avoir décrit et figuré des choses dont la nature n’a pas fournile modèle? Il dit que pour prouver lexacutude de ce qu’il avance, il conserve des cerveaux d’embryons de tousles mois. Nous avons fait plus, nous avons fait voir nos dissections du cerveau à des milliers detémoins, à des anatomistes les plus exercés dans les recherches sur le cerveau, tels que Reil, Loder, etc. Nous n'avons jamais cessé de faire cette dissection aussi bien dans nos cours publics que dans nos leçons privées; et j'invite tous ceux qui désirent connaître la vérité, à me demander cette même démonstration; je la
ferai autant de fois qu'on la trouvera nécessaire.