CAS
Après cela on jugera si nos gravures ne sont pas conformes à la nature. Pas de doute que ceux qui m'ont pas vu le déplissement des hémisphères et les deux ordres de fibrilles nerveuses À divergentes et convergentes, ne puissent pas s'en faire une idée et ne réussissent pas à obtenir ces préparations. Nous ne sommes plus les seuls, M. Spurzheim et moi; il existe déjà un grand nombre de jeunes anatomistes qui sont parfaitement en état de défendre nos découvertes contre toute atlaque, et ce ombre augmente tous les jours par les démonstrations que nous ne cessons pas de faire. Si MM. Tiés demann et Carus assistaient à une de ces dé- Monsirations, ils joindraient sans doute leur assentiment à celui de M. Loder et de Reil ; et eux et MM. Jourdan et Boisseau seraient convaincus que pour former une monographie anatomique du cerveau, ils devraient rectifier plusieurs de leurs opinions, comme déjà nous avons fait connaître beaucoup d’erreurs dans l'ouvrage de M. Chaussier.
Rectifions maintenant une autre erreur de M. Boisseau. Ce savant me fait soutenir que mes Opinions anatomiques et physiologiques sont tellement liées les unes aux autres, qu'on ne peut détruire les premières sans porter une attelnte mortelle aux dernières.
Voici comment je me suis exprimé sur ce sujet dans notre répouse au rapport que MM. les commissaires de l'Institut de France ont fait sur notre mémoire présenté a celte savante compagnie le 14 mars 1808 (1), pag. 244, etc.
Après avoir démontré qu'il west que peu de cas où la structure des parties fasse entrevoir à l’anatomiste les fonctions qui en dépendent , je dis : |
« C'est à d’autres moyens qu’il a fallu recourir. Ordinairement la connaissance des fonctions a précédé celle des parties. Il n’a certainement pas fallu connaître la structure de l’œil, ni toute la mauicre d’être du nerf optique pour savoir que c'était là l'organe de la vue , etc. C'est aussi sans le sécours d'aucune dissection anatomique que nous avons nous-mêmes fait la plupart de nos découvertes physiologiques; et ces découvertes auraient pu subsister pendant des siècles, sans qu’on en saisit la concordance avec l’organisation du cerveau. D’un autre côté, en supposant que la connaissance de l’organisation
(x) Recherches sur Le système nerveux en général, et sur celui du cerveau en particulier ; mémoire présenté à l’Institut de France, suivi d'observations sur le rapport quien a été fail à celte compagnic par ses commissaires. |
eüt précédé celle des fonctions, elle aurait pu servir tout au plus à faire naître des conjectures qui eussent iufailliblement porté l’empreinte des préjugés du siècle. Jadis on avait fait du cœur le siége du courage, de l'amour, de la simpathie, de la cruauté ; c’est aussi de cette facon Qu'onavait érigé le foie en organe de la colère et de la sensualité. Si l'anatomie était un guidé assuré pour connaître l'usage des diverses parües, Willis aurait-il fait sécréter les esprits pitaux, pour lé mouvement, dans le cérvelet ?
Galien aurait-il attaché lorgane de lodorat aux ventricules antérieurs ? L'âme, alternativement délogée de la glande pinéale, du corps calleux, de la protubérance annulaire, etc. , aurait-elle été replacée par Sœmmerring dans la vapeur des ventricules, et, par Ackermann, dans la substance médullaire qui enduit l’intérieur de ces cavités, etc. ? Aurait-on placé la mémoire dans la substance grise, et le Jugement dans la substance blanche des hémisphères ?
» L'on devait s'attendre que les anatomistes, en voyant la grande diversité des parties constituantes du cerveau , anraient été les premuers à en déduire Ja diversité, et ; par conséquent, la pluralité dés organes des facultés intellectuelles et morales. Mais quand nous voyons que, de
34 SUR LES FONCTIONS nos jours encore (1), Vicq-d’Azyr, aprés avoir composé le cerveau humain en remontant de l'insecte à l’homme, et lavoir ensuite décomposé en redescendant de l’homme à l’insecte, ne peut encore discontinuer d'admettre un seul organe de l’âme ; nous apprenons, par l’'experience, combien peu la simple connaissance d’une structure mécanique est capable d’éclairer le physiologiste. Ce n’est qu’en s’attachant aux phénomènes de la nature, sans égard aux préjugés ou aux fantômes d’une métaphysique quelconque, qu'il parvient à se faire des 1dées justes et de la structure du cerveau, et de la nature de ses foncuons. Herder, frappé des phénomènes de l’entendement dans les divers animaux etles divers individus, conçoit l’idée de la pluralité des organes intellectuels, et même l'espérance de parvenir un jour à les découvrir par la comparaison attentive de leurs différens cerveaux avec leurs qualités particulières.
» Aussi nous a-t-1l fallu recueillir, pen-
dant plusieurs années, un grand nombre de faits physiologiques et pathologiques avant de parvenir à quelque induction vraisemblable PRES RD js Re PRE
(1) Et qu’encore de nos jours les physiologistes métaphysiciens ne voient dans toutes ces parties qu'une centralisation sur un seul organe.
sur les lois de l’organisation du cerveau et du système nerveux en général. Mais à quoi nous auraient servi tous ces faits, si nous ne leur avioDs provisoirement supposé une liaison étroite et nécessaire avec leurs conditions matérielles ? C’est ainsi que, préparés par des observations physiologiques et pathologiques, nous eûmes bieutôt fait des découvertes auxquelles le scalpel n’eût jamais pu nous conduire. Et c’est précisément la parfaite concordance des phénoménes intellectuels avec les conditions matérielles qui nous garantit pour jamais la durée de notre doctrine anatomique et physiologique du cerveau.
» C'est tout autre chose de dire que la découverte des fonctions du cerveau s’est faite 3adépendamment de la connaissance de sa structure, ou de dire que ces fonctions n’ont point de liaison immédiate et nécessaire avec sa structure. [rait-on avancer que le mouvement et la sécrétion n’ont point de liaison avec l’organisation des muscles et des viscères, et que la digestion et la circulation du sang ne sont pas dans un rapport inséparable avec l'estomac et le cœur? etc.
» Une doctrine sur les fonctions du cerveau, si elle se trouvait en contradiction avec sa
structure , serait donc nécessairement fausse. Que quelqu'un prouve Jamais que le cerveau est un composé de glandes , un organe sécrétoire ou excrétoire, alors il devient étranger à toute fonction supérieure, et il rentre dans la classe des autres viscéres. Que quelqu'un démontre un point central où aboutissent toutes les fbrilles médullaires qu'il retrouve dans tous les animaux, malgré leurs facultés diverses et plus ou moins nombreuses, une masse cérébrale qui soit toujours la même , il anéantit dés-lors la pluralité et la diversité des organes. Quiconque aura fait voir que le cerveau n’est que l’origine ou Ja terminaison centrale de tous Îles systèmes nerveux, aura aussi prouvé que ses foirctions se réduisent à celles des autres nerfs. Que dans les divers individus de Ja même espéce, l’on démontre , malgré la différence graduelle de leurs facultés communes, une identite constante et invariable dans les parties constitutives de leurs cerveaux, l’on nous Ôte alors la possibilité d’assigner leur siége aux organes, en comparaut la prédominance de leur développement physique avec la prédominance de leur énergie psychologique. C’est en mettant ainsi les principaux points de notre doctrine physiologique en contradicuon directe avec Por-
ganisalion du cerveau , qu'on en sapperait les fondemens et qu'on l’anéantirait avec toutes ses conséquences.
» Mais si c’est une vérité éternelle que les par- Ues constitutives du cerveau, depuis l’insecte jusqu’à l’homme, se multiplient et varient dans le même rapport et la même proportion que les facultés ;-que tous les faits se réunissent pour prouver que l’énergie extraordinaire d’une faculté correspond à un excitement ou à un développement extraordinaire de quelques partes du cerveau ; que le dérangement d’une faculté se fie à la lésion ou àda maladie d’une parte cérébrale , de la méme manière que la souffrance ou la perte d’un sens se lie à la lésion ou à la maladie de son appareil physique ; si, enfin, c’est une vérité éternelle que le cerveau se compose d’un système nerveux différent de tous les autres, et divisé en plusieurs autres systèmes si distincts entre eux, que la diversité de leurs origines, de leurs faisceaux , de leurs directions , de lears complémens, de leurs points de réunion » peut se démontrer à Perl, alors il est hors de doute que l'anatomie du cerveau se trouve dans une liaison immédiate et dans une concordance parfaite avec la doctrine sur ses fonctions. »
Ces passages , dont la substance a été répé -
tée dans plusieurs endroits de cette édition, auraient appris à M. Boisseau que la physiologie du cerveau n’a jamais été entée sur Panatomie du cerveau, etque jamais et nulle part jen’en ai garanti la vérité sur ce que la substance gélatineuse soit la substance nourricière des nerfs, ni sur les fibrilles divergentes et convergentes des hémisphères: points principaux où Tiédemann et ses partisans prétendent navoir réfuté, et dont je démontrerai bientôt encore une fois la réalité.
Il est vrai que nous expliquons, par les duplicatures des circonvolutions et par leur déplissement, que les facultés intellectuelles et morales persistent dans certains hydrocéphales, ce que ces Messieurs nient également. Comme ils. n’ont jamais vu ce déplissement, et qu ’apparemment ils ne trouvent pas moyen de se rendre raison de ce phénomène , ils ont pris le parti de le passer sous un silence affecté.
M. Boisseau termine son rapport du discours préliminaire de M. Jourdan par un éloge trés pompeux. « Ce discours, dit:l, présente une application très heureuse de la philosophie allemande , dépouillée de ses abseurités , à la phy= siologie qui fait l’orgueil de l’école française.
Si jamais M. Jourdan réussit à dépouiller le kantisme et ses excroissances de leurs obs-
DU CERVEAU. 99 curilés , m#magnus mihi erit Apollo. Quand M. Boisieau cite l’orgueil de l’école française, entend-il parler de la concentration de toutes les parties du cerveau en un seul organe; de la large bise de M. Lamark; des masques de singes, de tigres, de moutons, de hiboux, de Porta, de Huart et de M. Jourdan ? Du reste, je suis d'accord avec M. Boiïsseau que M. Jour dan, quoique tres souvent inexact, est pourtant assez bon traducteur. Il fera très bien de se renfermer dans sa vocation, de nous fournir des traductions, mais sans discours prélimi-
naire.
ANATOMIE DU CERVEAU, contenant l'histoire de son développement dans le fœtus, avet une exposition comparative de sa structure dans les animaux ; par F. Tiédemann , traduit de l'allemand par A. J.L. Jourdan, avec quatorze planches.— Paris, 1823.
J’at parlé ailleurs, avec éloge , des ouvrages de MM. Carus et Tiédemann. Si M. Carus n'encombrait pas ses connaissances positives avec cette orgueilleuse philosophie transcendante; si son style boursoufilé, ses participes accumulés et ses phrases gigantesques ne met-
4o SUR LES FONCTIONS
taient pas à Lout moment l'attention du lecteur à la torture, il pourrait être regardé comme le pére de l’ouvrage de M. Tiédemann, qui est beaucoup mieux écrit. J’ai une haute idée du mérite de ces deux auteurs; j'aime infiniment mieux la nature de leurs recherchés que ces muulations cruelles et stériles de nos jeunes physiologistes. Cependant certains savans qui ne sont pas plus en état de juger les erreurs que les vérités de l’analtomie du cerveau, prétendent trouver, dans les recherches de M. Tiédemann sur le cer veau du fœtus, la réfutation non seulement de nos découvertes anatomiques, mais aussi de toute la doctrine sur les fonctions du cerveau et de ses diverses parties. C’est apparemment dans cette persuasion qu'ils mopposent mes deux estmables compatriotes, et qu'ils me provoquent à prendre ma défense. J'accepte le défi, quand ce ne serait que dans l'intérêt de la vérité.
Avantage de l'anatomie comparee.
M. Tiédemann insiste avec raison sur les grands avantages que donne l’anatomie comparée pour la connaissance de la structure du cerveau. « L’analomie comparée, dit-il, nous dé-
DU CERVEAU: at
voile lorigine et la formation successive du SYs— tème nerveux et du cerveau, depuis les animaux les plus simples jusqu'aux plus composés et à l'homme. Il n’est aucun appareil d'organes dans la formation duquel on trouve une gradation aussi parfaite du simple au composé que dans le systeme cérébral et nerveux : ce système est établi sur un plan uniforme dans toute l’étendue de Péchelle animale. C’est en étudiant la composition graduelle de la structure du cerveau dans les animaux, que nous arrivons à nous faire une idée claire de l’organisation si compliquée de ce viscère dans l’homme, et qu’enfin nous parvenons à saisir l’arrangement et la liaison de ses parties. »
Voilà exactement un des principes d’après lesquels j'ai étudié et exposé l'anatomie du cerveau humain, et qui, depuis impression de cet ouvrage, a servi de base à tant d’autres ouvrages anatomiques, entre autres à ceux de MM. Carus et Tiédemann, etc. Mais M. Tiédemann me reproche de n'avoir décrit et figuré, relativement au systéme nerveux des animaux, que les nerfs de la chenille, que le cerveau et la moelle épinière d’une poule et de quelques mammifères ; et il pense que nul axiome relatif à un point quelconque d'anatomie ou de physiplogie west fondé, lorsqu'on ne l'a pas habile-
ment déduit de tous les faits et de toutes les observatious ayant trait à l'objet dont il s’agit. M. Jourdan fait dire à M. Tiédemann : de ious les faits, ce qui rendrait à jamais une anatomie du cerveau impossible. M. Tiédemann ne veut parler que d’un très grand nombre de faits (ans der Fulle der T'hatsachen), ce qui est inf, niment plus raisonnable. A l’époque où M. Tiédemann a publié son ouvrage, il ne pouvait encore connaitre du mien que le premier volume, qui contient l’anatomie du cerveau. Cependant s'il Pavait lu avec attention, 1l aurait trouvé que dans beauconp d’endroits du texte, ïl est fait mention d’anatomie comparée de divers animaux, sans que j'aie fait dessiner toutes ces parücularités. Mon but n’était point de publier une anatomie comparée complète. Je ne voulais n'en servir qu’autant que je le croyais nécessaire pour établir des principes certains et immuables quant aux lois de l’organisation du systéme nerveux en général , et du cerveau en particulier. Ce but a été atteint, puisque tout ce que j'ai vu depuis dans les cerveaux de divers animaux, et tous les travaux postérieurs des autres écrivains sur le même objet, n’ont pu renverser un seul de ces principes. Comme M. Fiédemann n’est pas moins persuadé que moi de luniformité du plan de la nature dans la formation des cerveaux,
pourquoi lui faudrait-il un nombre infimi de fuits pour en déduire des lois générales ? Quel serait ce nombre requis pour fonder un axiome ou une règle de conduite pour lanatomiste ?
D'aprés ces réflexions, Je tenais beaucoup plus à cœur d’appliquer Panatomie comparée du cerveau à la physiologie du cerveau qu'a la simple anatomie descriptive. Aussi a-t-on trou’ vé à lexposition de chaque organe de nombreuses observations sur la différence du cerveau de Phomme d’avec les cerveaux des diverses espèces d'animaux , et de ceux-ci entre eux. J'étais convaincu depuis long-temps, comme vous le dit à présent M. Tiédemann, que « nous avons besoin d’une psychologie comparée pour concevoir les usages des parties constitutives du cerveau; qu'il faudrait qu’on observât attentivement les phénomènes de l’action cérébrale depuis les animaux placés au bas de l'échelle jnsqu’à l’homme, et qu’ensuite on les mit en parallèle avec la structure de l’organe lui - même. Cette étude comparative des actions et de l’organisation du cerveau, dans les différens animaux, nous dévoilerait les fonctions dévolues à chacune de ses parties.» Que maintenant M. Tiédemann ajoute que ces connaissances nous manquent encore entiérement, cela peut provenir de ce qu'il aurait complétement oublié les cours que
j'ai donnés à Heidelberg et dans p resque toutes les universités de Allemagne, et qu'il n'aurait Ja aucun de ces extraits multipliés qui en ont été faits par MM. Froriep, Walther, Blœde, Ackermann, Muller, etc., etc., etc., ni même tout le premier volume de mon grand ouvrage.
Sans doute cette méthode serait très féconde si l’on savait en tirer parti, mais il fant d’abord se faire une juste idée des apütudes mdustrielles, des instincts, des penchans et des talens en général, des qualités morales et des facultés intellectuelles des animaux et de l'homme. Tous les rapprochemens des actions et des structures des cerveaux resteront éternellement stériles pour toute philosophie qui n’est pas elle-même le résultat de la physiologie du cerveau. Cette méthode devient même absurde dans tout système qui n’admet qu’une faculté unique, modifiable à Pinfini; qui accorde à toutes les parties cérébrales la même fonction; où l’on ne songe pas même que , dans des espèces différentes d’animaux, des masses égales de cerveau, quant au poids et au volume, doivent nécessairement avoir une structure intime , et, par conséquent, des fonctions tout-à-fait différentes. Toute espèce d’auatomie et de physiologie comparées est en pure perte dans la supposition que le poids et le volume des cerveaux sont la mesure du non
DU CERVEAU. 4ù
bre et de lPénergie de leurs fonctions, ou, en d’autres termes , que les fonctions sont d’autant plus parfaites que des masses cérébrales plus volumineuses constituent ure centralisation plus concentrée.
Dans le système nerveux tout est-il forme a la-
fois ?
« Une autre partie de Panatomie et de la physiologie, dit M. Tiédemann, qu'on a également négligée presque tout-à-fait jusqu’à ce jour, c'est l’histoire de la formation et du développement de lencéphale dans le fœtus. La sagacité de Harvey l'avait conduit à la découverte d’ure loi dont les Allemands ont prouvé la justesse dans ce dernier temps, et d’après laquelle le fœtus, tant de l’homme que des animaux, n’est pas d'abord pourvu de toutes ses pertes qui seraient seulement moins développées, mais qu’il commence par avoir une forme beaucoup plus simple, et qu'il parcourt plusieurs degrés successifs de formation avant d’arriver à son derüier terme de perfection. Une progression semblable, me suis-je dit, n’aurait-elle pas lieu aussi dans la structure du cerveau de embryon? et DS pourrait-on pas tirer de-là des lumicres
sur la formation successive et sur la structure de cet organe qui, dans son état accompli, présente une organisation si compliquée? »
Dans le rapport fait sur notre mémoire, MM.
les commissaires de l’Institut de France disaient : Dans le système nerveux , tout est formé a-lafois. C'est alors déjà que j'ai réfuté cette proposition par un assez long passage (1). En voici un autre analogue à celui-là :
« Est-il donc bien certain que dans l'organisme vivant toutes les parties sont formées en même temps, de sorte que lon puisse parler tout au plus d’un développement et d’un accroissement, mais non pas d’une naissance, d’une formation, d’un perfectionnement et d’un achèvement successifs ?
» Nous ne pouvons nous engager dans les hypothèses de la théorie des germes préformes, de leur développement ou évolution, n1 de celle de la génération où production toujours renouvelée. En admettant des lois d'aprés lesquelles une tendance organisatrice ( nisus formativus ) est inhérente à tous les êtres, et d’après lesquel-
(1) Recherches sur le système nerveux , suivies d’'Observalions , etc., p. 149-150, 1908.
les toutes les parties tendent à former un tout s nous n'avons plus besoin de recourir aux germes généralement répandus. Les cristaux des sels, des pierres, des métaux, sont-ils entièrement formés à-la-fois, ou bien naissent - ils graduellement ? Le bouton, la fleur, la poussitre séminale, la fructification, le fruit, la semence des arbres sont-ils formés en méme temps? ou bien chacune de ces parties naît-elle d’une autre et l’une après l’autre? Si le tilleul et le chène poussent de toutes parts des branches; si le lézard aquatique reproduit sa queue, ses pattes et ses yeux; si le limacon reproduit sa tête , et l'écrevisse ses pinces, qui nous persuadera que dans ces cas les germes étaient enchainés et attendaient leur délivrance ? Comment se fait-il que, suivant le plus ou le moins de nourriture que lon donne à ces germes, on parvienne à les modifier, et à les faire pousser à volonté en feuil. les, en branches, en fleurs et en fruits ? Comment Îes élamines se transforment-elles en pétales, les pistils et la capsule en tiges, et le calice en feuilles? Comment la larve de l'abeille ouvricre peut-elle, par la seule modification des circonstances environnantes, devenir une reine abeille? La même substance, en servant d’aliment à la plante, au poisson, à l'oiseau, au chien, à l’homme, se change en parties consti-
tuantes de tous ces êtres , et se transforme en semence par laquelle chacun propage son semblable; les germes achevés de tous ces êtres et de toutes leurs parties conslituantes sont-ils contenus dans cette substance alimentaire? L'œuf couvé a ses différentes périodes de formation. On doit supposer que la formation des vaisseaux est antérieure à toute autre formation. La tête et le tronc sont long-temps visibles dans le fœtus avant que les extrémités commencent à se développer ; le canal intestinal acquiert peu à peu sa longueur et son développement; si la substance osseuse est engendrée et sécrélée si tard, si les dents ne poussent qu'à une époque si reculée, qui est-ce qui empêche la génération et la vaissance successives d’autres parties ? Dans un foæœtus humain d'environ six mois, les nerfs de la colonne vertébrale, des muscles de l'œil, et les nerfstri-jumeaux sont plustôt formés que le nerf olfaeuf, et celui-ci l’est plus tôt que le nerf auditif, le nerf optique , les pyramides et la protubérance anvulaire, dans laquelle lon découvre à peine des traces de filamens nerveux. Les pédoncules du cerveau , sur la surface desquels les faisceaux de filamens sont si visibles par la suite, paraissent ne consister alors que daus un amas de substance grise, les couches optiques, les
corps striés et les hénuspherés ne contiennent
encore aucun filament distinct {sans préparation et à l'œil nu }; on les découvre plutôt dans les lobes postérieurs et moyens que dans les antéricurs, etc. (1) »
Ainsi , sous le rapport de la formation successive des diverses parties cérébrales, j'étais parlaitement d'accord avec MM. Carus et Tiédemann l'an 1808 et 1810, et leurs excellens travaux ‘levaient nécessairement me faire d'autant plusde plaisir que j'étais déja plus familiarisé avec cette heureuse et féconde idée. Cependant, sans vouloir désapprécier les avantages de l'examen des cerveaux du fœtus dans ses divers àges, J'ai toujours été tenté de croire que l'étude des cerveaux des différentes classes des animaux audessous de l’homme, est un moyen plus sûr pour atteindre les lois générales de l’organisation du système nerveux et du cerveau. On pourrait même tout-à-fait s'y borner, s'il était vrai ÿ comme le prétendent, avec MM. Carus et Tiéde- Mann, plusieurs anatomistes allemands, que la formation et le développement successifs du cerveau humain parcourent tous les degrés de formation et de développement des cerveaux :
SZ CT
(1) Anatomie et physiologie du cerveau, etc. TE. I, P-240 , édit. in-4°,, édit. in-folio ; 180.