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5o SUR LES FONCTIONS
toujours de moins en moins compliqués, des animaux. Mais on rencontre dans les animaux inférieurs plusieurs parties cérébrales qui ne trouvent nullement, et dans aucune époque, leurs analogues dans le cerveau de l’homme.
M. Carus lui-même a déjà averti les anatomistes de ne pas trop généraliser cettè supposition si spécieuse dans la théorie, et si souvent fausse dans la réalité (r). I faut donc, pour ne pas hasarder des conclusions prématurées, un discernement très exercé, el il est indispensable de rectifier dans des classes supérieures ce que l’on croit avoir observé dans des classes inférieures. Je veux donc bien que le développement successif du cerveau doive, en grande partie, s’étudier dans le fœtus; mais, pour connaître la véritable organisation de cet organe, ‘la continuité et la liaison de ses parties, la direction et les entrejacemens si variés de ses fibrilles, leurs origines, leurs rénforcemens et leurs épanouissemens, etc., je préférerais toujours, soit le cerveau adulte de homme, soit des cerveaux moins compliqués, mais plas ou moins analogues au cerveau humain.
Cette préférence est pleinement justifiée par Ve SRE CA en LE RÉ ES
(1) Verguch ciner Darstellung des Nerven Systeris
und insbesondere des Gehirnss p. 202.
les succes que j'ai obtenus, en comparaison de ceux obtenus par MM. Carus et Tiédemann.
À en juger d’après le grand nombre de choses inexactes et de résultats .erronés disséminés dans leurs ouvrages, j'ose très fort mettre en doute si, par l’inspection des cerveaux des folus, ils auraient découvert ce qni est exact k s'ils n'avaient pas préalablement connu mon anatomie du cerveau et les principes qui m'ont conduit. N’auraient - ils pas, comme tous nos devanciers et comme les frères Wenzel , etc., décrit minutieusement et pêle - mêle les formes et leurs modifications , chaque petit creux, chaque sillon, etc., etc. , plutôt que de s'attacher à suivre la continuité des fibres , la liaison des parties entre elles, leur utilité dans la vie végétative, elc., etc. ?
Pour prouver que l’examen du cerveau du fœtus n’est pas, à beaucoup près, suflisant pour bien saisir la structure des parues, je citerai seulement quelques exemples :
M. Tiédemann, en parlant de la moelle allongée, ne cannait que trois faisceaux nerveux sur la surface antérieure : les pyramides, les corps olivaires et les faisceaux ou les pédoncules du cervelet. S'il avait comparé la moelle aHongée du fœtus avec celle du mouton ou du bœuf, etc., il aurait reconnu que sur chaque moitié de la
même surface il existe six faisceaux trés distincts ettrés visibles; donc le cerveau du fœtus ne nous montre pas, à tous égards , la composition graduée du cerveau humain. Cependant les mêmes faisceaux existent dans l’homme, mais ils sont cachés sous les autres faisceaux qui sont plus larges dans l’homme que dans la plupartdes animaux.
L'inspection du cerveau du fœtus humain ne lui a pas non plus fait voir la large bande transversale au-dessous dela protubérance annulaire , surmontée par les pyramides, trés visible dans presque tous les mammifères, et couverte chez l'homme par le tiers inférieur de sa large protubérance annulaire.
M. Tiédemann prétend que les corps ohvaires constituent un faisceau qui contribue à Ja formation des tubercules quadrijumeaux, tandis que les tubercules sont en liaison avec un faisceau particulier situé entre les corps olivaires et les pédoncules du cervelet. M. Tiédemann, avec son esprit critique, aurait dü avoir un pressentiment de son erreur. Il a vu que les tubercules quadrijumeaux forment déjà une grande masse avant que les corps olivaires n'existent. [k aurait pu voir que les corps olivaires ou n'existent pas chez la plupart des animaux, ou sont presque invisibles, et que pourtant leurs tnbercules
quadrijumeaux sont beaucoup plus grands que dans lhomme ; voyez le bœuf, le cheval, etc.
A vec plus d'attention , il aurait vu que les corps olivaires ne sont pas un faisceau , mais un ganglion qui naît plus tard que le faisceau des tubercules , et qui produit un faisceau particulier qui se porte dans les deux grands ganglions cérébraux, les couches optiques et les corps striés. L’inspection du cerveau de la taupe et la lecture de notre anatomie du cerveau, où nous traitons des corps olivaires, l'en auraient convaincu. D'après M. Tiédemann , les deux piliers antérieurs de la voûte produisent deux très minces lamelles qui vont gagner la face inférieure du corps calleux et donner naissance à la cloison lransparente. Cette manière de voir est tout-àfait fausse, Au bout antérieur de la circonvolution la plus interne de chacun des lobes moyens, il sort un faisceau fibreux mélé de substance grise qui a plus d’une ligne de large, et qui forme souvent comme une bandelette à la par- Ue antérieure interne de la grande fissure entre les lobes antérieurs et moyens. Ce faisceau se dirige vers la ligne médiane, monte en avant au-dessus de la réunion des nerfs optiques ; immédiatement au-devant de la commissure antérieure, se ramifie et s’épanouit sur le bord intérieur des hémisphères, en une membrane
mince , et forme avec celle du côté opposé la cloison. Les filamens de cette membrane nerveuse suivent de bas en haut une direction divergente , et aboutissent aux filets intermédiaires dans la ligne médiane de la grande commissure (1), qui, coupée perpendiculairement dans sa ligne médiane, présente, danstoute son épaisseur , ce même épanouissement rayonnant , comme je lai dessiné p. XI.
Les bandes transversales ou entrelacemens transversaux , ainsi que l’entrelacement dans la ligne médiane de la protubérance annulaire de la grande commissure, lui sont tout-à-fait inconnus. Voyez mon grand ouvrage, Tom. f, p. 314,1in-/0.
M. Tiédemann, toujours vague dans ses principes , prend, pages 107 et 165, les éminences vermiformes pour les commissures. Avec quel fondement ? Une autre fois, c’est la protubérance annulaire qui lui sert de commissure du cervelet, Quand le processus vermiforme existe seul, comine dans les oiseaux , etc., est-il alors
cervelet el commissure en méme temps ?
om
(1) De ce passage, copié de mon grand ouvrage, FE, p. 315, in- 4°, M. Tiédemann n’a cité que les dernières quatre lignes
Je ne sais où MM. Carus et Tiédemann ont pris l’idée que je regardais la paire postérieure de ces tubercules comme étant les racines du nerf olfactif. « Les faisceaux nerveux, dis-je à la même spage , suivant la même direction que ceux du nerf optique, on pourrait supnoser qu'il se prolonge dans la couche nerveuse à laquelle le nerf olfactif se joint au point de son écartement. Mais l'anatomie comparée semble, au moins dans l’état actuel de nos connaissances, contredire cette opinion. Les dauphins et les marsouins, chez qui l'on n’a pas encore pu découvrir le nerf olfactif, ont cependant cette paire des tubercules quadrijumeaux. » Depuis ce temps-là , je suis convaincu que la paire postérieure est un ganglion de rerforcement ou de perfectionnement pour le nerf visuel , comme la paire antérieure. La manière cependant dont ces deux paires contribuent à la vision , doit être différente, puisque dans les diverses espèces d'animaux elles sont dans des proportions différentes, et que, même dans d’autres espèces, la paire postérieure ou est à peine visible, ou manque tout-à-fait, quoique la vision soit parfaite, comme, par exemple, dans Les oiseaux. |
Page 156, M. Tiédemann approuve beaucoup Reiïl, pour avoir dit que le nombre des bran-
ches du cervelet et de leurs divisions, ou sousdivisions, s'accroît en raison des progrés de l’organisation animale vers la perfection. Il ajoute qu'on peut rapprocher de ces circonstances les observations d’après lesquelles, Malacarne s’est cru fondé à établir qu'il y a une corrélation intime entre le nombre des feuilles du cervelet et l’énergie ou l'étendue des facultés intellectuelles de chaque individu dans lespece humaine. Ce médecin les a trouvées peu nombreuses chez les sujets idiots et stupides, tandis qu'il en a compté beaucoup chez les personnes qui s'étaient distinguées par la force et Le brillant de leur esprit.
Les idées de perfection sont relatives. Le cerveau et le cervelet de l'éléphant et du dauphin sont plus compliqués, composés de plus de circonvolutions que le cerveau et le cervelet de l’'homme. Aux yeux de la nature, ils sont peut-être plus parfaits que l'homme, au moins si Reil etMalacarne ont raison, cela devrait être ainsi. Je voudrais savoir combien de fois Malacarne a réitéré son observation; commentil a compté les feuillets du cervelet ;et si, en même temps, il a aussi fait attention au cerveau. Dans la plupart des idiots le cerveau est défectueux, et souvent le cervelet l’est également; mais j'ai vu plusieurs idiots sous les rapports des facultés intellectuelles, chez qui
le cervelet avait acquis un développement énorme, et qui étaient adonnés à la lasciveté la plus brutale. D'où vient donc cette complaisante crédulité envers certains hommes, sur l'autorité d’une seule observation mal faite, tandis qu’on se montre 51 revèche contre des observations mille fois répétées et confirmées dans tout le régne des animaux ? Au reste , l’imbécillité n’est pas seulement le résultat Ac organisation défectueuse ; les fonctions du cerveau peuvent être entravées par d’autres indisposilions; assez souvent on rencontre l’idiotisme, même de naissance , avec une orgamsation à l’apparence parfaite.
€ Lorsqu'on examine ; dit M. Tiédemann, pag. 223, un cerveau frais, pris chez un sujet de sept mois, on reconnaît que la différence entre la substance blanche et la substance grise des corps striés n’est pas aussi nettement tranchée que dans lencéphale de l’homme adulte, et que ces corps sont formés par une masse uniforme et rougeâtre, dans laquelle se répandent beaucoup de vaisseaux. Le nom de COrps striés ne leur convient donc pas dans le fœtus. »
Encore ici les corps striés ne font pas exceplion de toutes les autres parties du cerveau. M. Tiédemann sait très bien que tant que l'é-
poque de la formation dure, la substance pulpeuse, non fibreuse, est beaucoup plus abondante que plus tard, et qu’en général la substance fibreuse blanche ne peut devenir visible avant qu’elle m’ait été formée par la substance grise , et le grand nombre de vaisseaux sanguins qui forment d’abord cette dernière substance. Le nom de corps striés ne convient jamais, dans aucun âge, à ces grands ganglions. Il n’y existe jamais des siries blanches qui alterneraient avec des stries grises. Les faisceaux nerveux sont formés par un trés grand amas de substance pulpeuse non fibreuse, de la grosseur d’un petit œuf de poule, par la réurion d’une infinité de petits filamens qui sy engendrent, et ces faisceaux traversent, en divergeant en forme d’éventail, cette grande masse, qui est proprement le grand ganglion supérieur du cerveau. M. Tiédemann ne connaît de ce grand ganglion que la plus petite partie visible dans les ventricules nommés corps striés. Il ne connait pas sa parle beaucoup plus grosse extérieure , qui continue immédiatement avec la parte intérieure, et qui est enveloppée dans une île recouverte de petites circonvolutions cachées sous les lobes moyens. Par conséquent , on n’y peut voir, après qu'on a râclé la substance pulpeuse, soit dans les ventricules, soit
dans Pendroit opposé, que des stries, des faisceaux nerveux blancs, plus ou moins lirges, selon que les circonvolutions qu'ils forment par leur épanouissement sont plus ou moins considérables. Ordinairement les faisceaux qui se portent vers les lobes postérieurs sont plus forts chez les animaux que ceux qui se portent vers les lobes plus petits antérieurs.
Page 247, M. Tiédemann dit que le cerveau des singes est plus grand et plus bombé que les cerveaux de la martre, du renard, du chat, du chien, du cochon, de la brebis, de la chèvre, du bœuf, du cheval, de la biche et du cerf; que les circonvolut ons et les anfractuosités sont beaucoup plus nombreuses que dans les animaux dont il vient de parler. Les cerveaux les plus grands des singes sont à-peu-près comme les cerveaux des chiens. Aucun n’égale en grandeur le cerveau du cheval, pas même celui du bœuf ou du cerf. L’orang - outang l'a comme un enfant nouveau-né (1}, le chimpansé l'a plus petit, fig. r;leurs circonvolutions et leurs anfractuosités ne sont pas, à beaucoup près, aussi nombreuses que dans le cochon ou dans le bœuf. Quand on dit, avec M. le B. Cuvier , qu'à l'exception du chimpansé et du gibbon, on ne voit pas de cir- SE nie con, Mgr BE + MOtimiiis ve
(1) Atlas du grand ouvrage, pl. XXXIV, fig. 2.
convolutions sur le lobe postérieur, on n’a qu'a examiner le cerveau de l orang-outang et d’ane guenon, pl. LXX VII, fig. 1, pour se convaincre du contraire. Et quand M. Tiédemann répète, page 248, que le cerveau de l’homme adulte se disungue de celui de tous les animaux par le volume et la hauteur de ses hémisphéres, de méme que par le nombre plus considérable de ses anfractuosités et de ses circouvolutions, je le renvoye encore aux cerveaux du marsouin et de l'éléphant, pl. XXX V.
Page 294, M. Tiédemann adopte encore l’opinion de plusieurs anatomistes, savoir : que tous les animaux, y compris | même les mammifères , excepté seulement ee quadrumanes , sont privés des lobes postérieurs du cerveau. J’ai recüfié ailleurs ce préjugé. Comme, dans cette supposiuon, l’homme partagerait les lobes postérieurs avec les quadrumanes seuls, quelle serait la faculté, ou quel serait le penchant que les quadrumanes seuls ont de commun avec l’homme ?
Encore un résultat heureux de l’inspection purement mécanique du cerveau, au lieu de se laisser conduire par des principes physiologiques!
Plusieurs fois déjà j'ai dû rectifier la traducüon de M. Jourdan. Voici un trait qui décèle son intention : M. Tiédemann, pag. 212, met une de mes opinions en regard avec celle de
Reil. « M. Gall, dit-il, qui fait, avec ralsON, pare venir les nerfs visuels des tubercules quadrijumeaux, considére les couches optiquescommedes organes de renforcement des pédoncules du cerveau, et leur donne le nom de grands ganglions cérébraux pour les distinguer des Corps cannelés qu'il appelle petits ganglions. Suivant lui, elles ont pour usage d'augmenter le volume des fais- Ceaux pyramidaux qui les traversent en leur fournissant de la substance corticale et de nouvelles fibres médullaires. Reil disait qu’elles constituaient une sorte de bouton accollé au côté iuterne du pédoncule cérébral, et qu’elles servent à concentrer les fibres de celui-ci en un seul foyer, d’où elles se répandent ensuite en un cercle immense formé par leur épanouissement dans le cerveau tout entier. Elles étaient à ses yeux les organes chargés de faire que les fibres de ces cordons , qui sont dirigés d’arrière en avant, se répandissent en rayons dans les Jobes postérieurs , c’est-à-dire, qu'il leur assignait pour usage, d'opérer le rayonnement rétrograde, qu'il voyait en elles le foyer de l’organisation des pédoncules cérébraux, le point de départ de lirradiation en tous sens.
» On ne peut pas refuser , continue M. Tic.
demann , son assentiment à ces idées ( M. Jour-
dan traduit aux idées de Feil), quand on se
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rappelle que les pédoncules cérébraux acquIerent réellement un volume plus considérable en traversant les couches optiques, au sortir desquelles ils répandent dans les hémisphères du cerveau des fibres beaucoup plus nombreuses que celles qui les composaient avant qu'ils ny entrassent. L’accroissement de ces deux cordons est l'effet des nombreux vaisseaux sanguins qui recoivent les couches optiques, et le résultat d’an grand: départ de substance cérébrale (non fibreuse) , d'où se forment de nouvelles fibres médullaires. La multiplicité des vaisseaux sanguins dans les couches optiques est prouvée par l'abondance de la substance corticale qu’on y trouve, et qui , au témoignage de tous les anatomistes, a une texture beaucoup plus vasculaire que la substance méduflaire : ce grand afflux de sang n’a d’autre but que de permettre un accroissement plus considérable de la masse des éminences, et de leur communiquer davaulage d'activité, en fournissant plus abondamment à leur nutrition. »
Ceux qui ont lu le commencement de ce passage, el qui connaissent mes principes sur les ‘lois de l'organisation du cerveau, doivent étre convaincus que M. Tiédemanu adopte pleinement mesidées, comme, en bon anatomiste et en observateur scrupuleux, il ne pouvait s’'empé-
cher de le faire. Pourquoi alors M. Jourdan se permet-il d’insinuer, de dire même clairement ) que c'est l’opinion de Reil que M. Tiédemann adopte? En effet, les idées de Reil, d’ailleurs si pénétrant, ne sont admissibles sous aucun rapport. La concentration des fibres des pédoncules en un seul foyer n’augmenterait pas le volume ; celte concentralion n’aiderait pas non plus le rayonnement de leur épanouissement, but bien mieux atteint par les bandes transversales, dont la considération reste encore si négligée.
M. Jourdan défigure encore le texte de M.
Tiédemann, lorsqu'il le fait dire que je donne le nom de grands ganglions cérébraux aux couches optiques, pour les distinguer des corps cannelés, que j'appelle petits ganglions. M.
Tiédemann dit, conformément à mon ouvrage : « D'après M. Gall, les conches optiques sont des ganglions pour la masse cérébrale, et il les nomme grands ganglions cérébraux inferieurs, pour les distinguer des corps striés, qu'il nomme aussi des ganglions (les grands ganghons cérébraux supérieurs }(r). » La même intention se décéle p. 229, où M. Jourdan traduit
(1) Tiédemann , L c., p. 130. Anatomie und Bilo 7 P
dungs-geschicte des Gehirns im fœtus des Menschen.
64 SUR LES FONCTIONS Reil et Gall, au lieu que M. Tiédemann dit Gall
et Reil. Le premier (d'aprés Tiédemann, c’est moi, et d’après Jourdan, c’est Reil) donnait aux corps cannelés le nom de grands ganglions cérébraux supérieurs, et Fautre Îles appelle grands ganglions cérébraux extérieurs, et cela d'après les démonstrations que Reïl nous a vu faire à Halle. De telles licences de la part d’un traducteur, font croire, ou qu’il est étranger à son sujet, ou qu'il est, avec préméditation, de mauvaise foi. | Je n’ai pas l'intention de rectifier toutes les erreurs de l'ouvrage, d’ailleurs très important, de M. Tiédemann , ni toutes les fautes de traduction de M. Jourdan. Il me suflira de soutenirles trois chjets essentiels à l’égard desquels M. Tiédemann professe des opinions tout-à-fait différentes des miennes. La premiére, que la substance blanche fibreuse ne tire pas son origine de la substance pulpeuse non fibrense; la seseconde, qu'il n'existe pas deux systèmes nerveux différens, l'un convergent, l’autre divergent ; la troisième, que le déplissement des airconvolutions des hémisphéres n’a pas lieu.
Peut-on soutenir que la substance pul euse , q gélalineuse, non Jibreuse du système ner-
veux, donne naissance à la substance blanche fibreuse ?
Commençons par la moelle épinière, M. Tiédemann dit, p. 128: « Il est facile de s'assurer que, dans l’origine, au second, au troisième, et même au quatrième mois, le canal de la moelle épinière a, proportionnellement à l'épaisseur des parois de la moelle, beaucoup plus d’ampleur qu’on ne lui en trouve ensuite. Le rétrécissement qu'il éprouve, par les progrès du développement de l'embryon, tient à ce que la piemére y dépose une substance nouvelle, dont elle puise les matériaux dans le sang que le cœur lui envole, et qui, augmentant le volume des parois du cylindre, doit, de toute nécessité, diminuer le calibre du conduit central. Cette substance est molle, rongeâtre et parsemée d’une multitude de petits Vaisseaux, dans le cours des deux derniers mois. On ne peut pas douter, d’après cela, que la substance corticale de Ja moelle épinière nait une origine postérieure à celle de la substance médullaire fibreuse, et qw’elle ne s'applique de dedans en dehors à la surface de celte dernière. Par conséquent aussi,
l'opinion de M. Gall, qui prétend que cette même substance corticale se forme avant la médullaire, et qu’elle lui sert de matrice, est absolument fausse quant à la moelle rachidienne, car on aperçoit déjà les racines des nerfs spineaux au second et au troisième mois, quoique, à cette époque, il ne se soit pas encore déposé de substance corticale dans le canal de la moelle épiniére. »
C’est à cette dernière conclusion que M. Tiédemann voulait en venir, d'accord avec plusieurs anatomistes allemands. Avant d'apporter les preuves à l'appui de ma proposiion, laissons toujours parler M. Tiédemann, et nous verrons si ses propres observations ne mellent pas son jugement en défaut.
« Pendant toute la durée du premier mois, et au commencement du second, ditl, p. 129, la moelle épinière a la forme d’un canal membraneux qui contient un fluide liquide et transparent. Vers la fin du second mois, ce fluide est converti en une s#nasse molle et pultacée, semblable à du blanc d'œuf. À mesure que le tissu de la moelle acquiert de la consistance, sa pellucidité diminue. Si lon plonge l’embryon dans l'esprit de vin, la substance molle et diffluente de la moelle épinière se coagule et acquiert da-
vantage de consistance, À la fin du second mois,
et au commencement du troisième, on ne peut pas encore y distinguer de fibres, méme en ayant recours à l'immersion préalable dans l'alcool; et lorsqu'on examine la moelle au microscope, elle paraît étre formée de petits alobules. Ce n’est qu’au début du Quairième mois qu'on commence à apercevoir, sur sa face antérieure, de petites fibres disposées parallèlement les unes aux autres, et qui suivent une direction longitudinale, Le nombre de ces fibres augmente ensuite peu à peu, non-seulement à la parte antérieure, mais encore sur les côtés des deux cordons principaux de la moelle épinière. Pendant toute la durée du premier mois, et au commencement du second , la moelle épimere a la forme d’un canal membraneux qui contient un fluide limpide et transparent. Les parois du. canal qui renferme ce fluide ne sont pas de/la substance médullaire, mais sont formées tant par la dure-mére, alors mince et sans aspect fibreux, que par la pie-mêre, parsemée de nombreux Vaisseaux. »
Je demande à M. Tiédemann comment, de ces données, il à pu conclure que la substance pulpeuse, non fibreuse, est postérieure à la substance blanche fibreuse? S'il laissait tomber de devant ses yeux le voile de la prévention, il verrait, comme il le dit de la manière la plus
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explicite, que la pie-mère avec ses nombreux vaisseaux et une substance liquide, successivement glaireuse, pulpeuse, gélatineuse, rougeñtre , existent long-temps avant qu’on puisse apercevoir une trace de substance fibreuse. En effet, on tombe des nues quand, aprèsavoir lu les prémisses, on arrive à la conclusion inattendue, que la substance corticale de la moelle épinière a une origine postérieure à celle de la substance médullaire fibreuse! ou M. Tiedemann voudrait-il se réfugier derrière lPexpression corticale, comme si je soutenais que c’est une substance placée à la surface extérieure de la moelle épinière qui donne naissance à l'autre substance ? Mais ne sait-1l pas que nous nous sommes toujours expliqués tres formellement, que c'est la substance pulpeuse, gélatineuse, bref, la ‘substance non fibreuse parsemée d’une infinité de vaisseaux sanguins, sécrétée la première par Ja pie-mère ; qui engendre les filamens nerveux, qui les nourrit, les muluplie, et qui, par conséquent, peut, à juste ütre, être dénommée matrice , substance nourricière des filamens nerveux ? Que cette substance soit placée à l’extérieur ou à l’intérieur ,.elle est toujours lappareil d’origine et de renforcement, sa fonction est toujours la même.
Suivons encore M. Tiédemann, et nous ver-
rons que sa prévention le pousse toujours à la même inconséquence :
« L’anatomie du fœtus n’est nullement favorable à l'hypothèse de M. Gi, d'aprés laquelle la moelle épinière de l'homme et des animaux supérieurs serait composée de ganglions ou renflemens de substance grise, distincts, mais adhérens les uns aux autres, et en nombre égal à celui des pares de nerfs qu'elle fournit. Si les ganglions étaient la parte de cette moelle Œui se forme la premitre, et si la moelle elle-même résultait de leur adossement, de leur réunion , ce serait dans ’embryon qu’en devrait les apercevoir de la manière la moins équivoque , puisque c’est chez lui que la moelle épiniére se trouve au degré le moins avancé de l’organisation. Mais en l’examinant dés le principe, on n'y voit rien qui soit susceptible d’être comparé à des renflemens ou à des ganglions. » Pag. 134.
C’est précisément parce que dès le commen cement la moelle éplmére se trouve au degré le moins avancé , et que le moment où les nerfs doivent naître n’est pas encore arrivé , qu'on ne voit pas encore distinctement ces renflemens. Comment les verrait-on dans une moelle qui n'a encore aucune consistance, qu’on ne peat Pas encore relirer de sa gaine? Les anatomistes, et même MM, les commissaires de l’Institut
n’ont-ils pas nié ces renflemens si disunets, si évidens dans les moelles épiméres de l’homme, du bœuf, etc. ? Mais continuons :
« Cependant, dit M. Tiédemann, pag. 135, M. Gall a raison de dire : dans ladulte, les points de la moelle les plus abondamment fournis de substance corücale, sont ceux d’où émanent les plus gros nerfs. »
Eh ! bien, si les plus gros nerfs ont besoin d’une substance corticale plus abondante, les moins gros n’en auralent-ils pas besoin du tout? Cela ne prouve-t-1il pas que la substance non fibreuse sera d’antant moins visible qu’elle donnera naissance à des nerfs plus déliés, mais que sans elle il n'existe pont de substance fibreuse ?
« On reconnaît déjà, continue M. Tiédemann, pag. 135, d'assez bonne heure que la moelle épinière du fœtus est plus large dans les points d’où naissent les gros troncs rachidiens qui vont former les nerfs des membres pectoraux et abdominaux; son canal offre aussi une dilatation au même endroit. Durant les derniers mois , lorsque les parois de la moelle sont renforcées par la formation de nouvelles fibres médullaires, et que Le canal se trouve d’abord réiréci , puis comblé peu à peu par la substance corticale qui s’y dépose, c’est en ces lieux qu'on
aperçoit le plus de cette substance grise parsemée d'un grand nombre de vaisseaux sanguins qui la font paraître rougeätre. Mais il n’en est pas moins vrai que cet amas considérable de substance corticale appartient à une formation secondaire , et qu'il ne fait point partie de l’état de choses primordial. »
Certainement ces amas considérables de substance non fibreuse appartiennent à une formation secondaire , puisque les filamens nerveux, qu'ils engendrent plus tard, n’existaient pas non plus dans les premiers temps. C’est ainsique plusieurs autres ganglions , avec leur système nerveux, sont sécrétés plus tard , tels que lesganglions oli. vaires, les corps genouillés , le ganglion pinéal, etc., etc., et leurs faisceaux nerveux; e’estencore ainsi que tous les ganglions augmentent en masse gélatineuse, à mesure qu’ils doivent renforcer leurs productions nerveuses, tels que le corps claire, où le noyau de substance grise dans l’intérieur des hémisphères du cervelet. Mais Le renforcement de la substance fibreuse est toujours précédé par Vaugmentation de la substance non fibreuse. Ceci est tout-à-fait conforme aux lois de la végétation des plantes. Arrachez au mois de novembre, de décembre, de janvier, un Jeune arbre, et vous verrez que pendant que la végétation dé la couronne était totalement
72 SUR LES FONCTIONS suspendue, celle des racines s'opérait avec vigueur. Vous trouverez un grand nombre de filamens blancs tres épais, de filamens renflés par la substance mucilagineuse; dans la suite, ces gros filamens se convertissent en une chevelure beaucoup plus déhiée. Il en est de même des yeux des branches; avant qu'ils ne se prolongent en rameaux, ils sont gonflés par laccumulation de la matiere mucilagineuse du cambium.
« La présence, dans les points de la moelle épiniere, ajoute M. Tiédemann, d’ou sortent les gros troncs nerveux, d’une grande quantité desubstance grise, laquelle réunit tant de vaisseaux que Ruysch la croyait entièrement vasculaire, contribue entiérement, durant la vie, à accroître et à exalter laction nerveuse d’après cette loi générale qui veut qu’un organe agisse avec d'autant plus de force et d’énergie qu'il recoit davantage de, sang artériel. M. Gall s’est trompé en disant que la substance grise à laquelle 1] donne le nom de matrice des nerfs, est la premiere formée , et que c’est elle qui produit, qui alimente tous les nerfs. Mais je reconnais, avec lui, qu’elle appuie, qu’elle fortifie Vaction des parties du cerveau et des nerfs qui en émanent, en tant seulement néanmoins qu’elle produit cet effet par le sang artériel qu’elle apporte,
et par la rapidité plus grande avec laquelle elle détermine la réparation des pertes qu’entraine l'exercice de l'action vitale. F’admets donc un rapport intime entre le volume des nerfs rachidiens et les renflemens que la moelle épiniére présente aux endroits d’où naissent ces nerfs. C’est ce dont 1l est facile de se convaincre dans les poissons, où les origines des nerfs ne manquent pas de produire des ganglions partculiers {il serait mieux de dire : où des ganghons particuliers ne manquent pas de donner origine aux nerfs), toutes les fois que ces nerfs, et les organes auxquels ils se distribuent, prennent uu grand développement, ou quand ül existe des organes particuliers dont les autres poissons sont privés. »
Apres cela, M. Tiédemann fait lénumération de plusieurs espèces de poissons, où toujours les nerfs prennent origine de la substance gaughioneuse, et il en conclut qu'on ne peut pas douter que l'augmentation locale de la masse de la moelle épinière, par addition d’une plus ou moius grande quantité de cette substance, n'ait pour but d’exalter l’action ou l’activité des nerfs qui naissent de ces ganglions, el qui seraient superflus si les seuls vaisseaux sanguins plus nombreux pouvaient effectuer le même résultat.
J’ai fait dessiner dans mon grand ouvrage le système nerveux du mouvement volontaire d’une cheville, où tous les ganglions forment un chapelet qui présente ces renflemens tellement disüncts et mis en communication par un double cordon nerveux, que leur existence est évidente dans chaque point où les nerfs prennent origine. Dans les serpens et dans tous les animaux dont la moelle est allongée, ces distances sont encoretrés visibles. Il en est de même dans les oiseaux , comme on le voit dans la moelle épinière de la poule, également dessinée dans mon ouvrage.
Examimez la moelle épinière d’une martre, d'un lièvre, même après que ces animaux ont été cuits et rôtis, et vous apercevrez sans peine dans toute sa longueur, à chaque origine d’une paire de nerfs, des renflemenstrés distincts, sans parler de ceux plus gros qui produisent les nerfs des extrémités antérieures et postérieures. La même chose a lieu dans tous les animaux et dans l’homme, d’une manière cependant moins sensible, puisque les distances d’un renflement à l’autre sont moindres. Pour se convaincre de ces renflemens, il faut extraire la moelle de ses membranes, la tenir dans l’eau, et surtout ne pas Pétendre, comme nous l’avons vu, sur une planche. Les renflemens se trouvent toujours à la réunion de deux vertèbres, puisque les bords
de leur contact sont plus évasés que le canal du corps des vertèbres. Quant à l'exaltation de la force vitale par les ganglions, j’y consens, mais seulement en tant qu’un nerf plus gros, cæteris paribus, exerce une acliôn plus énergique qu'an nerf plus petit, et que loute incitation stimule l'action d’un organe. Reïl attribuait aux ganglions la fonction de ralentir, d’émousser les impressions faites sur les nerfs. C’est ainsi qu'on raisonne et qu’on déraisonne quand on prétend savoir des choses qui sont soustraites à lobservation.
Qu'on se souvienne maintenant que ce n’est pas la substance fibreuse , mais la substance gélatineuse, non fibreuse, qui est pénétrée d’un Ussu abondant de vaisseaux sanguins ; que toute formation d’un organe quelconque se fait nécessairement par le système vasculaire : n'est-il pas alors conforme aux prineipes physiologiques de chercher la premiére origine des filamens nerveux dans une substance sécrétée immédiatement et pénétrée d’outre en outre d’une infinilé de vaisseaux sanguins ? Lorsqu'on est forcé d’avancer que partout où il existe des ganglions il en sort des filamens nerveux, pag. 47,72, etc, etc.; que partout où un nerf se joint à un ganglion il en sort fortifié, pag. 117, etc., ctc.; que
tous les nerfs sont accompagnés, plus ou moins, par cette même substance , et qu'ils acquiérent par-làa un accroissement successif, de manière à devenir coniques ; il est difficile de concevoir comment, on peut se refuser plus long-temps à reconnaître, dans la substance non fibreuse, la première et la seule origine des filamens nerveux. Qu'on se rende à l’évidence, et l’on ne se verra pas dans le cas de Soutenir, pag. 25, qu'au second mois on n’a Pas encore vu aucun nerf provenir soit de la moelle, soit du cerveau; que même, dans un lœtus de sept à huit mois, on ne pouvait encore dislinguer aucune structure fibreuse dans les deux cordons de la moelle épinicre, même avec une forte loupe, et durcie dans l’eau-de-vie: €t, pag. 128, qu'on aperçoit déjà les racines des nerfs épineux au second et au troisième MOIS, ce qui serait très possible, quoique jamais M. Tiédemann ne parviendra à démontrer que la substance fluide, devenue successivement gélatineuse el déposée dans le canal de la moelle épinière , n’est pas la même substance que je dénote comme substance génératrice et nourricière des nerfs: et aprés avoir dissimulé, dans beaucoup d’endroits , l'existence des renflemens dans toute la longueur de la moelle épinitre, on ne sera pas
obligé, par la force des faits, d’avouer , pige 111, que la substance molle et rougeàtre , dans laquelle se plonge une multitude de ramifications vasculaires , est, au neuvième mois : plus abondante sur tous les points où des nerfs naissent de la partie latérale de la moelle , et eucore plus abondante à l’origine des gros nerfs des extrémités pectorales et abdominales.
Ajoutons à toutes ces preuves, que dans les animaux les plus bas , l'anneau nerveux qui entoure leur œsophage est pourvu d’amas de substance non fibreuse qui donne naissance à la substance fibreuse qui finit par former l'anneau et les ramifications ou les rayonnemens ultérieurs ; que la moelle allongée n’est autre chose que la conUnuation des cordous nerveux rachidiens , grossis par autant de ganglions qu'il en sort de pairs de nerfs, et que ces mêmes ganglions, qui forment un seul grand renflement dans les animaux supérieurs , existent dans les ammaux inférieurs plus ou moins nombreux ÊÉ plus ou moins séparés et isolés SEE 7 Jusqu’ici j'ai démontré que, dans toute la longueur de Ja moelle épinière, les fibrilles nerveuses soit des cordons eux-mêmes, soit des perfs, prennent origine d’un amas de substance cérébrale non fibreuse , et que l'opposition de M. Tiéde- Mann et de ses partisans est d'autant plas gra-
tuite, qu'ils enseignent eux-mêmes que dans les premiers mois il n’y a point de différence sensible entre les deux substances fibreuse et non fibreuse de la moelle épimére, et que, par conséquent , on ne peut rien affirmer sur la non existence de la substance non fibreuse. Nous allons encore prendre M. Tiédemann dans ses propres piéges, à l'égard du cervelet et du cerveau.
Pag. 119, M. Tiédemann dit : « J’ai disséqué nombre de fois des cerveaux frais, soit de fœtus agés desix, sept, huit et neuf mois, soit d’enfans nouvellement venus au monde, pour mefaire une juste idée du rapport qui pouvait exister entre les diverses substances cérébrales dans les differentes parties de organe encéphalique. Le résultat constant de mes recherches à été qu’il west pas possible d'établir de disunetion entre la substance corticale et la substance médullaire dans Le cerveau du fœtus. Toutes les parties qui le constituent sont formées d’une substance homogène et d’un blanc rougeätre. Cette teinte rouge provient évidemment du grand nombre de vaisseaux sanguins trés déliès qui se distribuent à la substance cérébrale. Dans tontes les parties où nous trouvons la substance grise accumulée en masses considérables, chez l'adulte comme dans les pédoncules cérébraux, où elle
prend le nom de substance noire, les corps can-
nelés, les couches optiques, etc., jai reconuu seulement des vaisseaux plus abondans et plus volumineux que dans celles qui sont composées de substance médullaire aprés l’époque de la naissance. C’est ce qui fait que les noms assignés par les anatomistes à certaines parties du cerveau ne leur conviennent plus quand on les examine dans le fœtus. Tels sont , entre autres, ceux des corps striés ou cannelés. En effet, les parties qui correspondent à ces éminences , dans le cerveau du fœtus, ne sont pas striées , mais composées d’une masse homogène, blanche, avec une teinte rougeâtre , et pénétrée d’une multitude de vaisseaux d’un gros calibre. Il v’y à pas non plus de différence, sous le rapport de la couleur , entre la substance corticale et la substance médullaire , soit dans les circon- Volutions du cerveau , soit dans les feuilles du cervelet. La couche extérieure , qui correspond à la substance corticale, est d’un blanc rougeitre, comme Ja couche intérieure correspondante à la substance médullaire. La seule différence appréciable qui paraisse exister , dans le fœtus, entre ces deux substances, qui sont si faciles à distinguer l’une de l’autre chez l'adulte, consiste en ce que la couche extérieure, celle qui fut office d’écorce, est plus molle , et peut-
être aussi un peu plus riche en vaisseaux que Ja portion intérieure. »
On voit, par ce passage, que tant que le cerveau west pas tout-à fait formé, la substance non fibreuse prédomine trés fort sur la substance fibreuse blanche; la substance non fibreuse existe donc nécessairement la premiére, et c'est d’elle que se développe la substance fibreuse. M.'Tiédemann répète souvent avec instance, que partout la substance fibreuse est augmentée par la substance non fibreuse, comme nous avons les premiers démontré celle vérité, comment dèslors peut-il quelquefois s’oublier au point d’avancer que la substance blanche fibreuse est antérieure à la substance rougeâtre, grise ou foncée non fibreuse ? Dans les corps ciliaires des hémisphères du cervelet, dans les premiers grands ganglions du cerveau, ou la protubérance annulaire, dans les jambes du cerveau, dans les couches optiques, dans les corps striés, etc., la substance blanche fibreuse recoit du renfort en proportion de la substance-non fibreuse accumulée dans ces parties. Plusieurs amas de substance gélatineuse non fibreuse existent évidemment avant les fibrilles nerveuses qui en naissent plus tard, tels que les corps géniculés, les bulbes des nerfs olfactifs, ete. Tout cela ne dé-
DU CERVEAU. O1 MOntre-t-1} pas d’une manière péremptoire que, dans tous les temps et partout, la substance gélatineuse, qu’elle occupe l’intérieur ou la surface extérieure des hémisphères, donne naissance aux fibrilles nerveuses, ou, en d’autres termes, est la matrice, la substance nourricière de la substance blanche fibreuse de tout le système nerveux ?
Ajoutez à cela tout ce que nous avons dit dans mon grand ouvrage, t. [, p. 33 et 47, en traitant du système nerveux de la colonne vertébrale, et tous les doutes sur Ja destination de la
substance nerveuse non fibreuse disparaîtront sans retour.
Pre
Doit-on admettre, dans le cervelet et dans le CETVEaU, ur système nerveux divergent , el un autre système convergent ?
Tous les anatomistes modernes reconnaissent que les corps restiformes ou pédoncules du cervelet, se plongent dans les hémisphères du cervelet, y rencontrent un nouveau ganglion, le corps ciliaire, où leur masse nerveuse est renforcée, et d’où elle s’épanouit en branches, en feuilles et en feuillets. L'on admet à présent
aussi généralement, que les pyramides sont ren-
O2 SUR LES FONCTIONS forcées par leur passage à travers la protubérance annulaire, d’où elles sortent sous la forme de grands pédoncules des hémispheres du cerveau. Ces pédoncules vont, ens ’élargissant , par la substance non fibreuse Re. dans leur intérieur, el aboutissent à un grand ganglion, où à un grand amas de substance non fibreuse , les couches optiques; y recoivent un aCCroisse + ment considérable de substance fibreuse, dont une grande parlie se dirige, en rayonnant, vers les hémisphèéres, et dont l'autre partie se porte dans un troisième très grand amas de substance non fibr euse, les cor ps siries ; ÿ reçoit également un grand surcroît de substance fibreuse. Cette substance fibreuse y forme de crands faisceaux nerveux, quirayonnent comine ceux du second grand Faaglioh cérébral, en formé d’éventail, vers la périphérie des hémisphéres, sy épanouissent en une membrane nerveuse. Cette membrane nerveuse n'existe pas, dans l’état de santé, comme une membrane étendue; mais elle est pliée et repliée en forme de falbala, et présente par-là la moitié interne des circonvolutions et des anfractuosités.
Voilà le système nerveux du cervelet et du cerveau divergent. Depuis nos démonstrations pubhques et la pablication de notre anatomie du
cerveau, cette manière de voir est adoptée par
tous les anatomistes qui suivent les progrés de la science. |
Si j'en excepte l'explication mécanique de Îa formation des circonvolutions et des anfractuosités , que j'ai réfatée plus haut, MM. Carus et Tiédemann professent la même théorie. Ainsi ce n'est pas sur le système divergent que j'ai à me défendre contre Les anatomistes.
Mais ceux qui n'ont pas vu de leurs yeux le déplissement des hémisphères du cervelet et du cer Veau ; Ceux qui n’ont pas vu la direction diffé. rente des fibres nerveuses et du cervelet et du cerveau, rejeltent avec opiniâtreté l’idée d’un système nerveux convergent du cervelet et du cerveau, C’est donc cette importante partie de l'anatomie du système nerveux que je dois mettre encore une fois dans tout son jour.
Systeme convergent du cervelet.
Il est constant que partout la substance non fibreuse donne naissance aux filamens nerveux. Or, toute la surface des lamelles » des branches, des ramifications, des feuilles et des feuillets du cervelet, est recouverte d’ane couche de subs-
tance non fibreuse : cette considération seule
oit donc disposer les anatomisles, qui sont <
OÔ..
convaincus de la stabilité des lois de la nature, » chercher dans cette substance non fibreuse et corticale l'origine d’un autre ordre de filamens nerveux que ceux qui S'y dirigeaient , en divergent, du ganglion ciiaire des hémisphères du cervelet.
Cette probabilité est convertie en certitude , lorsqu'on trouve que la substance fibreuse des hémispheres du cervelet et de la protubérance annulaire est trop abondante pour qu’elle puisse étre fournie par ses faisceaux primilifs et par ses corps ciliaires. Il faut donc que ce surcroit vienne d’ailleurs , c’est-à-dire, il faut qu'il vienne de la substauce non fibreuse placée à la surface du cervelet.
En effet, quand on suit la direction des faisceaux primiufs, des pédoncules du cervelet, aprés avoir râclé le gauglion du uerfaudiuf, sur les bords extérieurs du quatrième ventricule, on voit qu'ils s’enfoncent dans l’intérieur des hémisphères. Il en est tout autrement quaud on poursuit la direction des faisceaux nerveux transversaux de la protubérance annulaire. Que l’on sépare, avec le bout du doigt, sans rien léser, les petites lamelles du bord extérieur des hémisphères du cervelet, en suivant toujours la direction de ces grands et larges faisceaux , et Von arrivera, en passant toujours légèrement
sur ces mêmes faisceaux, jusqu'aux extrémités des ramifications et des feuillets. Quelquefois même on parvient , par ce simple procédé, à déplisser tout le cervelet, de la même manitre qu'il est déplissé dans un état d'hydrepisie. Ilest donc évident que tous les filamens nerveux qui constituent la protubérance annulaire, ne sont rien moins que la continuation des faisceaux primitifs, mais qu’ils prennent leur origine des extrémités des lamelles et des ramifications , et qu'en convergent, et se joignant aux mémes filamens du côté opposé, ils forment la réunion , la jonction, la cominissure du cervelet. Je renvoie le lecteur qui désire sur cet objet des notions plus détaillées et plus érudites, à mon grand ouvrage, 1. I, p. 258, in-4o.
Écoutons maintenant M. Tiédemann : « La protubérance annulaire, dit-il, p. 107, composée de fibres transversales, doit sa naissance aux cordons moyens ou latéraux qui entourent les faisceaux olivaires et pyramidaux de la moelle épiuere , au-dessous desquels ils s’unissent ensembie sur la ligne médiane. Ces cordons moyens proviennent des corps rhomboïdaux ct de la substance blanche du cervelcet; en sorte qu'on les voit paraître aussitôt que les noyaux médullaires commencent à se former, c’est -àdire à quatre mois. M. Gall prétend qu'ils soat
produits par des fibres particulières, auxquelles . il donne le nom de rentrantes, fibres qui, suivant lui, tirent leur origine de la substance grise étendue sur les feuilles, et surtout du cervelet, dont, en se réunissant , elles forment la grande commissure ou le pont de Varole. Ces fibres rentrantes sont des êtres chimériques, car la protubérance annulaire et les fibres médullaires qui la constituent, existent déjà dans le fœtus âgé de quatre mois, c’est-à-dire, à une époque où l’on ne trouve ni branches ni rameaux, n1 moins encore de feuilles qui soient couvertes de substance corticale. M. Gall les fait donc naïître de parties qui ne se monirent qu apr es elles. » P.03,ildit: « Il se détache aussi du corps ciliaire d’autres fibres qui se jettent en dehors et en devant, entourent les faisceaux olivaires et pyramidaux de la moelle épimère, et s'unissent ensemble pour produire la protubérance annulaire. »
Si les faisceaux transversaux de la commissure du cervelet sont la continuation d’une partic des faisceaux primitifs du cervelet, quelle est la raison pour laquelle ces faisceaux transversaux ne se montrent pas simultanément avec les premiers ruGimens des hémisphères? Pourquoi paraissent-ils seulement à quatre mois, quand les hémisphéres du cervelet ont déjà obtenu un dé-
veloppement considérable, c’est-à-dire, quand ses hémisphéres sont assez développés pour pouvoir fournir de la nouvelle substance hlanche fibreuse ? La direction de ces nouveaux filameus est opposée à la direction des filamens qui sont la continuation des faisceaux primitifs. En outre ces derniers vont en divergent, tandis que les autres, en partant de la surface, se rapprochent toujours de plus en plus pour former la commissure. Quand M. Tiédemann veut tirer un argument contre mon asserlion, de ce qu’à quatre mois 1] a pas encore apercu des lamelles et des feuilles du cervelet, je lui réponds une seconde fois que ce n’est ni des lamelles , ni des feuilles , etc., mais de la substance non fibreuse que je fais naître les filamens nerveux. Or, j'ai déjà montré combien M. Tiédemann se trompe lorsquil avance que la substance non fibreuse est postérieure à la substance fibreuse, et que la substance corticale est la dernière formée, Il ne pense donc pas que la surface des hémisphéres du cervelet et du cerveau est enveloppée des vaisseaux linombrables de la pie-mère ; et que ces mêmes vaisseaux ont pour premier produit la sécrétion de la substance gélatineuse, non fibreuse, et ici nommée substance corticale!
oublie donc ce qu’il répète si souvent, qu'il n’y a point de différence entre la substance corticale
et la substance médullaire, soit dans les circonvolutions du cerveau, soit dans les feuilles du cervelet, et que la couche extérieure qui correspond à la substance corticale est d’un blanc rougeâtre comme la couche intérieure correspondante à la substance médullaire.
Il s'ensuit de cette discussion, que M. Tiédemann a mal vu, lorsqu'il a cru voir, pag. 114, que de chaque corps ciliaire partait un pédoncule moyen, dont les fibres transversales embrassant les faisceanx olivaires et pyramidaux , produisaient la protubérance annulaire par leur réunion avec celles du côté opposé. Voyons s’il a été plus heureux pour la grande commissure des hémisphéres du cerveau.
Corps calleux, grande commissure des hémis-
1 À "» d a, pheres du cerveau.
Les preuves que je viens d’alléguer pour prouver le système nerveux convergent du cervelet, s'appliquent aussi au cerveau. Il est également a présumer que la substance non fibreuse sur toute la surface des hémisphères donne naissance a d’autres filamens nerveux, que ceux qui sétatent portés, apres avoir été renforcés par les
grands ganglions cérébraux, dans une expansion divergente vers cette même surface.
Il est encore certain que les faisceaux nerveux qui rayonnent de deux grands ganglions cérébraux , ou des couches optiques etdes corps striés, ne fournissent pas, à beaucoup près, toute la masse blanche et fibreuse des hémisphéres. Il faut donc aussi que ce surcroît de la substance fibreuse, cet accroissement des hémisphéres dérive d’une autre source. Et où chercher cette source, sinon dans la substance corticale des h€misphéres ?
Mais voici comment M. Tiédemann explique celte augmentation, ou lépaississement des hémisphères : «Les bémisphéres membraniformes couvrent successivement, dans le fœtus, les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux , et enfin le cervelet, à mesure qu'ils s’'allongent ainsi d'avant es arrière ; leur masse s’accroit par des nouvelles couches de substance cérébrale que sécrète le sang fourni par les vaisseaux de la pie-mère. Les fibres rayounantes qui en constituent la base, s’accroissent à leur tour dans ces dépôts, et il s’en applique d’autres a leur surface, qui, au lieu de s’incliner en dedans, marchent au contraire en dehors , et tendent vers la périphérie, pag. 258. »
Je doute très fort qu'aucun anatomiste com.
. prefine ou adoptecettehypothèse. Aussi M. Jourdanétait-ilembarrassé à rendre le sens de M.Tiédemann. Celui-ci s'exprime ainsi: Die in die Hemisphæren sich fæcherfcærmis ausbreitenden Fasern der Hirnschenkel bilden sich in jene neue abgesetzle Masse fort, und es legen sich neue in die Peripheric sich ausbreitende l'asern an jene von aussen nach innen gekrunt te Fasern an. Qui ne voit pas que M. Tiédemann imagine ici des choses qu'il n’a pu voir ? et qui voudrait lui ac£order des fibres nerveuses qui ne dérivent ni des couches optiques et des corps striés, ni de la substance corticale des hémisphères ?
Cependant les deux ordres de fibres ne luiont pas échappé. Il dit, p. 86: «Il y a donc un double rayonnement de fibres dans chaque hémisphère. Les unes rayonnent directement de dedans en dehors, tandis que celles de la face intérieure se portent , au contraire, de haut en Las. »
Cest apparemment ce phénomene qui l'a engagé à torturer son esprit pour eu trouver une explication quelconque.
Avant de continuer mes preuves, que la grande commissure des hémisphères du cerveau est formée par les fibres qui naissent dans la substance
corlicale, et qui vont en convergent pour effec-
taer la jonction de fibres congénéres des hémisphéres, je vais faire connaître lopinion de M. Tiédemann. « Mes travaux, dit-1l p.259, confirment les résultats que M. Gall a rés de ses recherches sur la marche des pédoncules cérébraux à travers les couches optiques et les corps striés, jusque dans les héinisphères et les circonvolutions ; mais elles réfutent tout ce que cet analomiste a dit de son prétendu système me fibres rentrantes. »
Et pag. 264: « On voit que le corps calleux est produit par la réunion des fibres de deux pédoncules cérébraux , après qu'elles se sout épanouies pour former les hémisphères. Les fibres rentrantes par lesquelles M. Gall a expliquésa formation et celle de la commissure antérieure, sont donc des êtres entièrement imaginaires. Cet analomisle prétend que les fibres médullaires rentrantes naissent de la substance grise des circonvolations; qu'en destendant elles se croisent avec les fibres ascendantes et rayonnantes des pédoncules cérébraux, et qu’ensuite elles convergent vers'la ligne médiane, où elles se réunissent pour produire Le corps calleux. Mais toutes ces asserlions ne sont que des hypothèses, car le corps calleux existe déjà dans le fœtus de quatre et de cinq mois, c’est-a-dire, dans un temps où il n’y a ni cir-*
convolutions, ni couches de substance corticale a Ja superficie du cerveau. Les prétendues fibres rentrantes ne sauraient donc naître de parties qui n'existent point encore. Mais une preuve directe de la fausseté des idées de M. Gall, à cet égard, est fournie par la continuité non interrompue que j'ai observée entre les fibres médullaires des pédoncules et celles du corps Calleux. »
M. Tiédemann, comme nous avons vu, est forcé d’admettre un double rayonnement de fibres; nous avons aussi observé cette double direction des fibres, mais jamais nous n’avons pu voir que les fibres rayonnanies 5e recourbent sans interruption pour descendre, et je défie qui que ce soit de saisir cette circonstance : qui prouve trop, ne prouve rien. Comme nous étions convaincus que partout la substance non fibreuse donne naissance aux fibres cérébrales , nous avons préféré adopter l'idée que ce second ordre de fibres descendantes prend. son origine dans la substance non fibreuse qui recouvre , dans tons les temps, la surface des bémisphéres. Ici, encore, M. Tiédemann insiste sur les circonvolutions, dont il n’admet pas encore l'existence. Ici, aussi , je dois encore répéter que ce n’est pas des circonvolutions, mais * de la substance non fibreuse que je fais naître
les filamens nerveux. Or, M. Tiédemann assure lui-même qu'avant la naissance on ne distingue pas la différence entre les deux substances ; il affirme même dans plusieurs endroits l'existence de la substance pulpeuse non fibreuse à la surface des hémisphères, pag. 120. Comment alors peut-il prétendre que la substance corticale ne se forme qu'après la naissance ? Aussi les corps striés ue se présentent que plus tard, comme un composé de deux substances bien tranchées.
Pouvait-il soutenir que, dans les premiers mois, la substance non fibreuse n'existe point dans ce grand ganglion cérébral ?
M. Tiédemann blâme Reil, qui, à mon exemple, considérait les faisceaux transversaux de la grande commissure comme des assemblages de fibres particulières et tout-à-fait différentes de celles des pédoncules cérébraux. Reïl nous a vu faire la démonstration du cerveau, ce qui l'a convaincu de la vérité de ce phénomène.
Et je ne doute pas que si M. Tiédemann assistait à une de nos dissections , ou plutôt à un de nos développemens du cerveau, il ne füt bien- 10t partisan de deux systèmes nerveux du cerveau, du système divergent et du système convergent. En attendant, je l'invite à méditer les considérations suivantes , et à suivre notre mcthode de dissection d’un cerveau adulte.
Si les fibres transversales de la grande commissure sout la continuation des fibres rayonnantes des corps striés, quelle raison y auraitil que la commissure ne füt pas formée aussitôt
ue les fibres rayonnantes des corps striés et des couches optiques se sont assez prolongées pour attemdre la ligne médiane ?
Pourquoi cette commissure ne parait-elle qu'après que Îles héausphères ont déja pris un développement considérable, à la fin da troisième mois ? Pag. 262.
Pourquoi la grande commissure se formet-elle d'avant en arriére, pag. 264, landis que toutes les formations successives des corps restiformes et des pédoncules du cerveau se succèdent d’arrière en avant? La raison en est toute simple dans ma théorie : c’est que les fibres transversales de la grande commissure ne sont pas uge continuation des fibres rayonnantes des pé- . doncules , maïs la continuation des fibres d’une origine postérieure et d’une direction opposée, provenant en même temps, d’abord de la superficie des lobes antérieurs qui ont obtenu les premiers un développement considérable.
Jetons enfin un coup-d’œil attentif sur la grande commissure elle-même, et comparons la direction de ses fibres avec la direction des fibres rayonnautes des corps strics.
Aprés avoir râclé, soit avec le doigt, soit avec le manche arrondi du scalpel, la substance non fibreuse des corps striés dans les moitiés latérales des hbémisphéres, l’on voit que des faisceaux nerveux, plus ou moins larges, se dirigent en avant, en dedans et en arrière, absolument en forme d’éventail, c’est-à-dire en divergent des couches optiques et des corps striés vers la superficie des hémisphères.
Tâchez à présent de mettre à nu la partie extérieure de cette grande masse de substance non fibreuse, ce que Pon effectue en la poussant tout doucement avec le bout du doigt vers la partie antérieure des corps striés, et en la suivant dans sa direction extérieurement et d’a vant en arricre (opération qui déplisse une circonvolution qui enveloppe cette partie des corps striés et qui leur est accolée sans être adbérente ) ; räclez également cette masse non fibreuse , soulevez les pédoncules, et vous voyez Îles larges bandes des faisceaux nerveux rayonnans dans tous sens, en avant, vers les lobes antérieurs : latéralement, vers les lobes moyens; en arrière, vers les lobes postérieurs.
Dans cette position, vous avez la surface interne de la grande commissure devant les yeux. Cette commissure étant également composée de fibres nerveuses , leur direction n’est pas diffi-
cile à explorer. Faites d’abord une légére 1hC1sion longitudinale dans le milieu de sa longueur, et üirez avec la lame du scalpel placé perpendiculairement, la masse blanche, et vous verrez la direcuon transversale de toutes les fibres qui occupent la plus grande partie de la commissure. Cette direction pourrait faire croire qu’elles sont la continuation immédiate des faisceaux nerveux des corps striés, dont les milieux ont l'air de se diriger vers la ligne médiane; mais l'erreur est bientôt reconnue lorsqu'on fait attention que les faisceaux sortant des corps striés sont beaucoup plus forts que ceux de la commissur'e.
Mais comment comprendre que les faisceaux qui se dirigent en dedans ou vers 11 commissure, ne se continuent pas immédiatement dans la comiissure? Passez les doigts de la main gauche entre Les doigts de la main droite; c’est de la même manicre que les faisceaux des corps striés s'enfoncent entre les faisceaux convergens qui sortent entre les faisceaux divergens, et vont fornier la partie transversale de la commissure, tandis que les divergens s’épanouissent toujours de plus en plus pour former la membrane cérébrale et les circonvolutions.
Râclez maintenaut les fibres de la commissure
dans les bouts antérieurs et postérieurs, et vous
trouverez une autre direction; vous verrez que dans le bout antérieur les fibres qui se rendent à la commissure, viennent, en convergeant, de lobes antérieurs, et qu’elles croisent, en biaisant, les fibres divergentes des corps striés. Dans le bout postérieur, les fibres, ou plutôt des fais+ Ceaux nerveux trés forts, viennent,en convergeant, delobes postérieurs, de la corne d’'Ammon, etc., se dirigeant d’arrière en avant et croisant également, en biaisant, les faisceaux nerveux des Corps striés quise dirigent, en divergeant, d'avant en arrière, par conséquent dans une direction opposée à celle des faisceaux divergens ; il west donc pas possible que les unes soient la continuation immédiate des autres.
Voici une autre circonstance qui fait voir de la maniére la plus évidente que les faisceaux convergens rentrent des hémisphères, et dont M. Tiédemann s’est gardé de parler, puisque, dans son hypothèse, il n’en pourrait jamais donner une explication satisfaisante. L’on sait que la grande commissure forme en avant et en arrière unreplis; et c’est surtout dans ces replis, principalement à droite et à gauche, que la direction convergente vers la commissure est la plus apparente. Reste à expliquer comment ces replis sont formés, etc. Cette explication donnera en même temps l’idée de la disposition de la mem-
98 SUR LES FONCTIONS brane cérébrale, telle qu’elle a lieu dans son état naturel.
Prenez une demi - feuille de papier , longue d’un pied et large de sept pouces. Rayez-la dans sa longueur de gauche à droite , et serrez les lignes pour qu’elles imitent en quelque facon les fibrilles blanches de la membrane cérébrale. Cette surface blanche et rayée représente la membrane cérébrale déplissée. IL n’y a aucun écartement de deux moitiés, aucun évasement, ni antérieurement , ni postérieurement. Les fibrilles nerveuses , ou les lignes qui unissent les deux moitiés (la grande commissure) , s’étendent horizontalement dans toute la largeur de votre feuille. Ce serait aussi le cas pour les deux hémisphéres du cerveau , s'ils existaient dans ’état de déplissement.
Pour concevoir comment la nature s’y est prise , pour former l’échancrure antérieure et postérieure des hémisphéres, ou leur quatre coins prolongés, et les replis antérieurs et postérieurs de la grande commissure, voici comment on peut imiter le procédé de la nature :
Pliez le milieu antérieur et postérieur à un pouce de la largeur , mais de maniére que les quatre coins de votre feuille restent étendus. Ainsi le papier sera doublé à un pouce de largeur dans les deux milieux antérieurs et posté-
rieurs , et vous aurez au milieu de la feuille encore trois pouces non doublés. Il en résulte l’interrupuon de la longueur de la grande commissure par ses deux replis antérieur et postérieur.
Maintenant pliez les deux extrémités de la gauche et de la droite dans la largeur de deux à trois pouces , vers la ligne médiane, et vous aurez d'abord l’échancrure formée par les quatre coins ou ailes des hémispheéres et les replis du milieu, Vous aurez une idée comment se forment les ventricules ou les cavités de chaque hémisphère ; le carré- oblong long de trois pouces non doublé, qui reste au milieu, vous offre la grande commissure,
En examinant dans les deux replis la direction des lignes, des fibrilles de la membrane cérébrale , vous verrez que leur direction horizontale , qui est conservée dans la longueur de la commissure , se trouve changée, Les lignes se dirigent de quatre coins en rentrant, en biai-sant de droite à gauche et de gauche à droite, vers la ligne médiane.
Placez , après tout cela, le cercle rayonnant des corps striés à la distance äpeu-près d’un pouce et demi de la grande commissure dans les cavités > et vous serez évidemment convaincu que les lignes, leurs faisceaux rayonnans en forme d’éventail , s’entrecroisent antérieure-
ment et postérieurement avec les lignes ou les faisceaux nerveux rentrans des replis; que, par conséquent , les uns de ces faisceaux ne sont pas la continuation des autres ; et finalement, que la substance blanche fibreuse des hémisphéres est composée de deux couches, dont l’une est formée par l'épanouissement des faisceaux de grands ganglions , des couches optiques et des corps striés ; l'autre, par les fibrilles rentrans de la substance non fibreuse de la surface de ces Cir-
convolutions.