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Commissure antérieure.
Page 230 , M. Tiédemann dit: «M. Gall regarde la commissure antérieure comme appartenant à un système d'organes composé de fibres convergentes , qu'il prétend naître de la substance grise des circonvolutions du cerveau. Ces fibres rentrantes , ou les appareils de réunion, sont des objets imaginaires. M. Gall dit que la commissure antérieure est produite par des fibres rentrantes nées des circonvolutions antérieures des lobes moyens et de quelquesunes de celles qui avoisinent des scissures de Sylvius, et que ces fibres se portent de dehors en dedans , afin de produire par leur réumion la
commissure antérieure. Les faits suivans prouvent qu'il est également dans l'erreur sur ce point. La commissure antérieure existe déjà dans le cerveau des fœtus de trois et de quatre mois, par conséquent à une époque où le cerveau n'est point encore garni de circonvolutions, car celles-ci ne commencent à paraître que beaucoup plus tard. Il ne peut donc point naître de fibres convergentes des parties qui n’existent pas encore. »
Serait-il encore nécessaire de prouver la nullité d’un argument tiré de la non existence des circonvolutions des lobes moyens ? Mais la commissure antérieure n'existe pas encore au second mois, M. Tiédemann n’a commencé à l’apercevoir qu’au troisième ; elle est d’abord trés mince et très déliée; mais elle augmente par degré, à mesure que les hémisphères se développent.
Pourquoi n’existe-t-elle pas aussitôt que les fibres rayonnantes des corps striés ? Elle ne paraît que quand les lobes moyens sont en partie formés, et, par conséquent , recouverts de la pie-mère et de la substance gélatineuse , pulpeuse, non fibreuse.
€ Voici, dit M. Tiédemann, page 229, de quelle manière naît la commissure antérieure : les pédoncules cérébraux , après avoir pénétré dans les corps cannelés, étalent dans les hémis-
phères leurs nombreuses fibres médullaires, dont plusieurs s'inclinent de derrière en avant et de dehors en dedans , se rapprochant les unes des autres sous la forme d’un cordon , et s'unissent à celles du côté opposé. La commissure antérieure est donc un moyen d’union entre les 1rradiations des deux pédoncules cérébraux, des corps cannelés, et des deux lobes moyens des hémisphères du cerveau. M. Chaussier en a trés bien connu l’origine , puisqu'il fait provenir les fibres qui la constituent des pédoncules cérébraux.»
Il serait curieux de connaître les moyens employés par M. Tiédemann pour voir les fibres rayonnantes des pédoncules, étalées dans les hémisphères, s’inchiner d’arrière en avant et de dchors en dedans, etc.; mais arrêtons - nous à Vautopsie ; elle seule réfutera toutes les idées en contradiction avec la nature et avec notre manière de voir.
Après avoir placé le cerveau sur sa parte convexe, renversez ou enlevez les nerfs visuels , et vous apercevrez un cordon nerveux, blanc, de la grosseur du tuyau d’une plume à écrire d’un corbeau. Râclez avec le manche du scalpel, ou avec la lame arrondie du scalpel, la substance non fibreuse, sans cependant intéresser le cordon nerveux où la commissure antérieure elle-
mème. Suivez toujours la direction de ce cordon, qui se dirige, légèrement arqué, d'avant en arriére et vers la partie antérieure de la scissure de Sylvius. Enlevez toujours avec la même précaution la substance non fibreuse, jusqu’à ce que toute la surface de ce cordon soit mise à nu. Etant arrivé au bout antérieur des lobes moyens, vous verrez que ce cordon commence à se diviser en plusieurs petits cordons qui pénètrent, en divergeant, dans la substance fibreuse, et comme partout la substance cérébrale n’est autre chose que la membrane cérébrale plissée en circonvolutions , par conséquent dans les circonvolutions des lobes moyens. Ilest donc évident qu’il arrive des circonvolutions des lobes moyens, desfibres médullaires qui se rapprochent successivement pour former des petits cordons, lesquels forment, en convergeant et s’unissant, le gros cordon qui, par conséquent , est la réunion, la jonction, la commissure d’une partie des lobes moyens. Dans toutson trajet, ce cordon n’a nulle liaison avec aucune autre partie, ni avec les corps striés, ni avec les pédoncules du cerveau. Pour vousen assurer, coupez-le dans la ligne médiane, et soulevez le tout doucement avec le manche du scalpel. Opérez ce soulèvement sans le rompre, jusqu’à son entrée dans les lobes moyens. Dans son trajet, Yousrencontrerez quelques faisceaux nerveux que
vous pourriez croire appartenir à ce cordon; mais , avec plus d'attention, vous verrez que ces faisceaux passent en dessus , ou, dans cette position, en dessous, et qu'ils partent des corps striés. Le cordon ainsi soulevé dans toute sa longueur, laisse dans la substance non fibreuse des corps striés un canal, ou une gouttière parfaitement lisse , ce qui prouve qu'il n’y avait nulle partadhérence, et que, par conséquent, il n’a eu aucun rapport ni avec les pédoncules, n1 avec les corps striés.
Deéplissement des hémisphères du cerveau.
Le déplissement des hémisphères du cerveau sera toujours la pierre d’achoppement, toujours un tour de force pour tout anatomiste qui ne l’a jamais vu opérer. En effet, ce déplissement serait impossible, si les idées que M. Tiédemann se fait de la structure et de la formation des hémisphéres étaient justes.
Voici comment M. Tiédemann explique l’accroissement et la structure des hémisphéres : pag. 86, il dit : « Les vaisseaux de la pie-mere qui enveloppent la substance cérébrale, et dans lesquels personne ne refusera , sans doute , de voir les organes formateurs et nourriciers de
celte substance, séparent du sang qu'ils apportent à l’encéphale , au moyen des ramifications détachées de la face interne dela membrane , la nouvelle pulpe cérébrale , ou la masse qui lui donne naissance. Cette pulpe se dispose donc par couches de dedans en dehors; elle cristalise, sije puis m’exprimer ainsi, sous la forme de fibres qui s'appliquent à la surface des Jibres formées les premières, L’accroissement de la pie-méreet les dépôts successifs de couches nouvelles sur les anciennes font acquérir plus d'épaisseur aux parois des hémisphères. L’examen de la substance cérébrale fournit Les preuves à l'appui de l’opinion que je mets en avant. Lorsqu'on détache la pie-mére de l’encéphale, des couches plus ou moins épaisses de pulpe cérébrale demeurent toujours adhérentes à sa face interne, ce qui tient évidemment à ce que Ja substance molle extérieure , qui s’est déposée la derniére, adhére encore aux vaisseaux nés de la face interne de la membrane. La couche adhérente aux parties de la pie-mère qu’on a détachées, et la couche supérieure du cerveau dépouillé de cette enveloppe, sont toutes deux également molles et dépourvues de toute apparence fibreuse. Examinées au microscope, elles paraissent être formées de très petits globules. Si l’on déchire le cerveau, on voit paraître les fibres
sur lesquelles se trouve appliquée une couche de substance molle et sans texture fibreuse. Cette substance, qui a été sécretée la derniere, n’a pas encore eu le temps de prendre la forme des
Jibres. On dira peut-être qu’elle correspond à la substance corticale; mais cette objection n’a pas
de valeur, car la substance corticale n’est déposée qu'aprés la naissance à la surface du cerveau. »
Le lecteur doit être frappé des efforts que se donne M. Tiédemann pour soutenir sa prévention contre l’origine des filamens nerveux de la substance non fibreuse et contre la substance corticale. Il n’est guère possible de faire des aveux plus formels en faveur de ma proposition. On voit combien il lui en a coûté de se laisser entrainer dans les contradictions et dans les suppositions les plus arbitraires. Dans tous les temps, cette substance molle et non fibreuse adhère à la piemère; comment sait-il donc qu’elle a été sécrétée la dernière? Cristalliser, n'avoir pas eu le temps de prendre la forme de fibres , etc. , sont vraiment des rêves indignes d’un anatomiste comme M. Tiédemann! Il n’y a pas de doute que la substance molle et sans texture fibreuse ne corresponde à la substance corticale, et si elle ne parait comme une substance différente de la substance fibreuse qu'après la naissance, c’est
DU CERVEAU. 107 qu’en général, à extérieur comme à l’intérieur, les deux substances deviennent plus distinctes au fur et à mesure que la substance molle diminue , après qu’elle a donné naissance à la substance blanche fibreuse, et qu’elle se resserre dans les bornes qui lui sont prescrites par les divers âges de la vie.
Tous ceux qui ont vu déplisser les hémisphéres, savent que la membrane cérébrale est dans tout son pourtour à-peu-près de la même épaisseur ; que la couche externe de substance corticale égale en épaisseur la substance interne de la substance fibreuse : comment accorder ce fait avec l’idée que les hémisphères, d’abord minces et membraniformes , augmentent peu à peu d'épaisseur par des couches nouvelles disposées de dedans en dehors, de substance molle pulpeuse, qui finit par se cristalliser en substance fibreuse et par s'appliquer a la surface des fibres formées les premières?
Ne serait-il pas infiniment plus naturel de dire que la substance fibreuse des hémisphères augmente à proportion que la substance non fibreuse , soit des couches optiques et des corps striés , soit celle sur la surface des hémisphéres, est sécrétée successivement plus abondamment,
et donne naissance à une plus grande quantité de substance nerveuse ?
Suivons les idées de M. Tiédemann sur la structure des hémisphéres et sur l’origine des circonvolutions et des anfractuosités.
Il dit, pag. 164: « La pie-mére , augmentant peu à peu d’étendue, forme des plis qui s’enfoncent dans la matière cérébrale molle et diffluente des nouveaux dépôts : de-là proviennent les sillons transversaux et les lobules qu’on aperçoit à cinq mois, de même que la division ducervelet en branches quireposentsurles noyaux médullaires. Ces dépôts continuent toujours à s’opérer et la pie-mère à s'étendre ; celle-ci produit encore de nouveaux plis; c’est alors que les sillons transversaux deviénnent plus nombreux et que les branches se partagent en rameaux , ce quia lieu vers l’âge de six mois. A sept et à huit mois, la matière cérébrale est sécrétée en très grande quantité ; la pie-mére forme davantage encore de plis profonds et superficiels qui y pénètrent plus ou moins, et l’on voit paraître non-seulement les lobules, les branches et les rameaux , mais encore les ramifications et les feuilles. Enfin , à neuf mois, il se dépose à la surface des feuilles médullaires une couche tout-à-fait extérieure de substance cérébrale, pénétrée d’une multitude de flocons vasculaires ayant l’apparence du velours. Par conséquent, la substance corlicale s'applique de dehors en dedans à la
surface du cervelet, et elle est la dernière production de la pie-mère. »
Voilà pour le cervelet. En voici autant pour le cerveau. Pag. 103 ,1l dit: « Les fibres des hémisphères étant couvertes, dans un fœtus de sept mois, d’une couche de substance molle qui adhère à la face interne de la pie-mére, dans laquelle s’enfoncent les replis de cette membrane ; » et, pag. 259, il insiste en disant: « Les premiers rudimens des circonvolutions et des anfractuosités, qu’on aperçoit çà et là dans le fœtus de quatre mois, doivent naissance à des légères plicatures de la membrane des hémisphéres. La plupart de ces sillons et de ces circonvolutions se forment durant les derniers mois de la grossesse , par suite de l'accroissement de la pie-mére, qui, en grandissant, se plisse et enfonce ses replis dans la couche molle de substance cérébrale qui couvre l'extérieur des hémispheres. »
Je n’en rapporte au bon sens de mes lecteurs et de M. Tiédemann lui-même , pour faire justice de cette explication mécanique de la formation des branches et des feuilles du cervelet et des circonvolutions et anfractuosités du cerveau. La pie-mére n’est pas une membrane qui, en étranglant le cerveau et le cervelet , ferait des cntailles dans son pourtour; c'est un üssu de
110 SUR LES FONCTIONS vaisseaux sanguins destinés à engendrer, à pénétrer, à accompagner , à activer les deux substances cérébrales. Le plus grand nombre de ces vaisseaux se distribuent danslasubstance pulpeuse non fibreuse placée aussi bien à l’intérieur qu'a l'extérieur; les autres suivent les fibrilles nerveuses dans tout leur trajet. Supposons que ce tissu s’agrandisse, qu'il forme des plis, qu'est-ce qui le forcerait de s’enfoncer dans la substance blanche fibreuse? Qui ordonnerait ces enfoncemens de manière que, dans la même espèce d’animal, il en résulterait les mêmes circonvolutions et les mêmes anfractuosités, parfaitement symétriques , sur les hémisphères ? Qu'est-ce qui produit le plissement de la feuille du mais tant qu’elle est encore enfermée dans la tige ? qu’estce qui produit les côtes de la pomme-à-côtes, les enfoncemens et les élévations du noyau de la noix ? La même chose qui produit les circonvolutions et les anfractuosités du cerveau : une loi primitive de l’organisation , une tendance inhérente au germe; voilà ce qui nous dispense de nous égarer dans le vide des chiméres.
Comment M.'Tiédemann nous persuadera-t-il que la substance corticale est la dernière production de la pie-mére ? IL nous dit si souvent que la pie-mère sécrète partout une substance pulpeuse non fibreuse ; qu’en arrachant la pie-mere,
celte substance reste adhérente en forme de {lo cons. N'est-ce pas à présent avancer une chose tout-à-fait hasardée , que de dire que cette même substance n’est pas la même que celle qui se présente plus tard sous la forme et sous le nom de substance corticale ? Si la peau d’un animal, si l'écorce d’un fruit, d’an arbre, occupent la surface , sont-elles, pour cela, appliquées de dehors en dedans, ou de dedans en dehors, et sont-elles les dernières productions du système vasculaire ?
Ainsi tout ce que M. Tiédemann a imaginé à l'égard de la formation et de la structure des circonvolutions du cerveau et des feuilles du cervelet est complètement contraire aux procédés de la nature. Mais ses idées me font comprendre comment il croit de bonne foi, pag. 260, « que je me trompe lorsque j’admets que les circonvolutions du cervelet sont le résultat du plissement des membranes sous la forme desquelles les hémisphéres se présentent dans l’origine; et que le procédé que jemploie pour démontrer qu’on peut les déplisser et ramener ainsi les hémisphères à la condition d’une membrane, entraîne tou jours le déchirement des couches internes des fibres des pédoncules cérébraux, c’est-à-dire, de celles qui se courbent de dehors en dedans , et v’est, d’après cela , rien moins que concluant. »
Où les faits parlent, le raisonnement est su-
perflu. Il est vrai, j'ai peu de confiance dans Îles renseignemens que je puis donner pour qu'on parvienne, de son propre chef, à effectuer le déplissement des hémisphères. Cependant, oùire que je renvoie à mon grand ouvrage, T.1, et à notre réponse à l’Institut de France , jajouterai quelques remarques.
J'ai dit qu'après avoir râclé la substance non fibreuse des corps striés, l’on voit trés distinctement les faisceaux divergens s’enfoncer entre les faisceaux convergens qui vont former la grande commissure. C’est donc dans cet endroit où il existe un entrelacement, un entrecroisement. Si l’on commence par la ligne médiane de la commissure à râcler, on peut très facilement suivre la direction transversale de ses fibres jusqu'à ce point. Mais ici l’on est arrêté, à moins quon ne force et qu’on rompe cet entrelacement. Mais dès qu’on prend les hémisphères en dehors de ce point, le déplissement s'obtient sans déchirement ultérieur. Et voici comment on doit s’y prendre pour y réussir : l'on coupe, soit un hémisphère entier , mais sans les couches optiques et Les corps striés, soit une partie, par exemple le lobe moyen , ou le lobe postérieur. L'on commence par enlever la pie-mére, et, pour plus de facilité, on préfère un cerveau où la piemère se détache sans qu'on déchire les circon-
volutions, ce quia souvent lieu dans les cerveaux enflammés ou trop ramollis. Après avoir enlevé la pie-mére , souvent les circonvolutions s’écartent et s’aplanissent tellement, qu’on entrevoit déja la possibilité de les aplanir tout-à-fait; on pose la portion cérébrale à la renverse , C’esta-dire les circonvolutions, sur la main gauche. On fera bien de commencer sur les bords, puisque la on voit le milieu des circonvolutions. On passe, en pressant légérement avec le doigt sur ce point, et, a force de passer ainsi en appuyant tout doucement, la circonvolution se séparera dans ses deux couches , dont elle a été composée. C'estainsi qu’on déplisse tout le pourtour de cette portion, Bientôt ou s’apercevra des petits sillons qui correspondent avec une circonvolution ;passez de la même maniére, avec le doigt, à plusieurs reprises sur un de cessillons, etil s’aplatira à proportion que la circonvolution se déplissera. Ou bien prenez votre morceau sur les doigts de deux mains ; pressez légèrement en bas avec les trois ou quatre doigts, eten haut avec les pouces sur les circonvolutions, en appuyant soit sur la circonvolution extérieurement, soit intérieurement sur les sillons, dans peu de temps vous waurez plus qu'une membrane lisse et blanche dans l’intérieur, et recouverte de substance grise à l'extérieur, d’une épaisseur a-peu-près d’une