‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 26 sur 58 · DU C 15 R V E A U · texte numérisé non relu

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naissances qui dirigent un poète distingué dans le choix de ses sujets, il n’en est pas moins certain'que ce ne sont pointées talons et ces connaissances qui constituent le génie poétique ; que pour faire un poète il faut une faculté propre et indépendante de toutes les autres. Mais qu’cst-ce qui constitue la force fondamentale dont dépend ce talent; c’est-à-dire quelles fonctions remplit l’organe de la poésie dans les cas où il n’a acquis qu’un degré de développement ordinaire? Voilà ce que je n’oserais décider. Mais je puis affirmer que c’est le développement considérable d’une partie cérébrale déterminée qui produit le talent poétique. Je puis indiquer avec exactitude la région de la tête où cette partie cérébrale est placée, et décrire la proéminence par laquelle elle se manifeste dans le crâne.

Du talent poétique dans la manie.

« J’avais peine quelquefois, dit M. Pinel, à suivre la garrulité incoercible et une sorte de flux de paroles disparates et incohérentes d’un ancien littérateur , qui, dans d’autres momens, tombait dans une taciturnilé sombre et sauvage. Une pièce de poésie dont il avait fait autrefois ses délices , venait-elle s’offrir à sa mémoire, il devenait sus-

ceptible d’une attention suivie,- son jugement semblait reprendre ses droits, et il composait des vers où régnaient non-seulement un esprit d’ordre et de justesse dans les idées, mais encore un essor régulier de l’imagination et des saillies très heureuses (r). » Dans un autre endroit, le même auteur s’exprime ainsi :

« Certains faits paraissent si extraordinaires, qu’ils ont besoin d’ëlre étalés des témoignages les plus authentiques pour n’être point révoqués en doute. Je parle de l’enthousiasme poétique qu’on dit avoir caractérisé certains accès de manie, lors même que les vers récités ne pouvaient être nullement regardés comme une sorte de réminiscence. J’ai entendu moi-même un maniaque déclamer avec grâce et un discernement exquis, une suite plus ou moins longue de vers d’Horace et de Virgile, depuis long-temps effacés de sa mémoire, puisqu’après son éducation il avait fait un séjour de vingt années dans les colonies de l’Amérique, uniquement livré aux soins de sa fortune, et que les revers seuls, produits par la révolution , l’avaient jeté dans l’égarement de la raison. Mais l’auteur anglais que j’ai déjà cité, atteste qu’une jeune personne, d’une constitution très délicate et sujette à des

(1) Sur l’Aliénation mentale , 210 , p. 2/,-i.

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affections nerveuses, était devenue aliénée, et que pendant son délire elle s’exprimait en vers anglais très harmonieux, quoiqu’elle n’eût montré antérieurement aucune sorte de disposition pour la poésie. Van-Swiéten rapporte aussi un autre exemple d’une femme qui, durant ses accès de manie, montrait une facilité rare pour la versification, quoiqu’elle eût été antérieurement occupée d’un travail manuel,. et que son entendement n’eût jamais été fécondé par la culture (1). »

L’on sait que le Tasse faisait ses plus beaux vers pendant ses accès de manie. Combien de fois les poètes ne sont-ils pas dans la nécessité de provoquer l’inspiration par des boissons spiritueuses dont ils font usage jusqu’à s’enivrer ou se plonger dans une espèce de manie?

J’ai déjà parlé ailleurs d’un certain Léon, de Vienne, qui pendant les accès d’une fièvre nerveuse, faisait des vers dans le genre de Klopstock.

(0 Ibidem , §. 1 2Ü , p. m el 1 12.

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Siège et apparence extérieure de l’organe dont le grand développement produit le talent de la poésie.

Le premier poète qui me frappa par la forme de sa lèle , fut l’un de mes amis, qui souvent, au moment où l’on s’y attendait le moins , improvisait des vers de circonstance, et s’ètait fait par-là une espèce de réputation, quoique ce fût, du reste, un homme fort médiocre. Son front, à partir du nez, s’élevait d’abord perpendiculairement, puis reculait en fuyant, et s’étendait beaucoup latéralement, comme si l’on y avait ajouté une côte de chaque côté. Je me rappelai avoir remarqué la même forme de tête dans le buste d’Ovide. Chez d’autres poètes, je ne trouvai pas, à beaucoup près , toujours ce front d’abord perpendiculaire et puis fuyant. De sorte que je regardai celte forme du front comme accidentelle. Mais chez tous je remarquai ces proéminences dans la partie antérieure-latérale de la tête, au-dessus des tempes. Je commençai donc dès-lors à regarder ces proéminences comme la marque distinctive du talent poétique. Cependant je n’en parlai à mes auditeurs qu’avec le ton du doute, et cela d’autant plus qu’à celle époque je n’étais point convaincu en-

rore <{iie le talent poétique fui une faculté fondamentale. J’attendais, pour me décider, que j’eusse recueilli un plus grand nombre d’observations.

Peu après j’acquis la tête du poète Alxinger , dans laquelle celte partie cérébrale, ainsi que l’organe de rattachement, sont très développés, tandis que les autres organes ne le sont que faiblement. Un peu plus tard mourut le poète Jünger; je trouvai encore à sa tète les memes protubérances. Je vis cependant ces parties cérébrales plus fortement développées encore chez le poète Blumauer, qui y réunissait l’organe de l’esprit caustique. A cette époque, Wilhelmine Maisch se fit, à Vienne, une réputation par ses poésies j je lui trouvai les mêmes protubérances très prononcées au-dessus des tempes. Je trouvai la même organisation chez madame Laroche, à Offenbacb, près Francfort, chez Angélique KaulTmann,cbezSophie-Glémentine de Merken, chez Klopslock, chez Schiller, dont je possède le plâtre j nous la trouvâmes aussi très marquée chez Gcssner, à Zurich.

Lorsqu’à Berlin je parlai de cet organe dans mes cours publics, mettant toujours encore beaucoup de réserve dans tout ce que j’en disais, M. Nicolaï nous invita, M. Spurzheim et moi, à aller voir une collection d’à-peu-près trente

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bustes de poètes qu’il possédait. A notre très grande joie, nous trouvâmes dans tous la région indiquée plus ou moins saillante, selon le talent plus ou moins prononcé de chaque poète.

Depuis ce moment j’enseignai hardiment que, quelque invraisemblable que paraisse cette assertion , il faut admettre un organe particulier du talent pour la poésie, et que par conséquent le génie poétique suppose une faculté fondamentale propre.

Toutes les observations que j’eus l’occasion de faire plus tard, confirmèrent cette idée, et maintenant je soutiens, sans balancer, qu’il n’a jamais existé de poète, et qu’il n’en existera jamais, chez lequel les parties cérébrales indiquées ne soient très développées.

A Paris, je moulai, après sa mort, la tête de Legouvé, où cette partie est également très prononcée. M. Spurzheim et moi nous ouvrîmes la tête de feu Delille, et nous finies remarquera plusieurs médecins qui se trouvaient présens , le développement considérable des circonvolutions placées sous les protubérances que j’ai signalées ; elles dépassaient toutes les autres. Je conserve le plâtre de l’un des hémisphères de son cerveau.

Dans une société assez nombreuse, on me demanda, pour mettre l’organologie à l’épreuve.

cc que je pensais d’un petit homme qui était assez éloigné de moi. Comme il faisait sombre , je dis qu’à la vérité je ne pouvais pas trop bien le voir; mais que je distinguais cependant qu’il avait l’organe de la poésie extrêmement développé; on me dit, avec toutes les marques de l’étonnement, que c’était le fameux cordonnierpoète François. Plus tard, je moulai sa tête, et son buste me sert pour montrer à mes auditeurs l’apparence extérieure de l’organe de la poésie.

Dans le cerveau , c’est la circonvolution xxv, PI. VIII et PI. IX, qui le constitue.

Par le développement considérable de cette circonvolution , if naît de chaque côté du crâne un bourrelet proéminent qui commence à-peuprès à la moitié de la hauteur du front en avant, au-dessus des tempes, et qui s’étend obliquement de bas en haut et en arrière, à-peu-près à deux pouces. Ces deux protubérances allongées donnent, à la partie supérieure de la tête, une grande largeur et une forme si singulière que les graveurs , les peintres et les sculpteurs, croient rarement devoir les rendre dans toute leur saillie.

Maintenant, que l’on passe en revue les portraits et les bustes des poètes de tous les temps , et l’on verra que cette conformation est commune à tous. Je regrette beaucoup que les longs cheveux de Corneille, l’ample perruque dont

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Racine est coiffé, empêchent de voir ces organes chez eux. Mais que l’on compare Pindare , PI. XCII, fig. 5; Euripide, fig. 6; Sophocle, Héraclide , Plaute, Têrence , Virgile, Tibulle , Ovide, Horace, Juvênal, Boccace, Arioste, Arêtin , le Tasse (i) , Milton , Boileau, J. -B. Rousseau , Pope, Young, Gresset, Voltaire, Gessner, Klopstock, Wiêland , etc., etc. , etc.

J’ai trouvé la même organisation chez madame la princesse de Salm, chez MM. Andrieux, PI. XCII, fig. 4; Remercier , Dupaly , etc. , etc.

C’est surtout la forme de la tête d’PIomère qui doit frapper tout le monde; sa partiesupérieurelatérale forme deux bourrelets extraordinairement saillans. Je n’ignore pas que quelques savons élèvent des doutes sur l’authenticité de ce buste, et le regardent comme idéal.

Mais que ce soit une composition idéale ou un portrait, l’existence de ces bourrelets n’en est pas moins un phénomène très remarquable. Pourquoi aurait-on donné précisément celle

(i) Extrait d’une lettre du docteur Bailly, écrite de Home au docteur Brayer, le 3o mai 1822 : « V ous pouvez dire au docteur Gall que j’ai un plâtre du Tasse, moulé sur sa figure, et que, quoiqu’une partie de l’organe de la poésie soit coupée, cependant la largeur latérale du crâne est énorme dans celle direction.»

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forme à la tète du père de la poésie, si celle lêlc 11’était pas réellement le portrait de l’auteur de Y Iliade? On élève également des doutes sur l'authenticité du buslcde Raphaël; mais le développement extraordinaire de l’organe des arts, joint à celui de l’organe de la mimique , me semble prouver qu’il est réellement le portrait de cet artiste inimitable.

Après tout, si le buste d’IIomère est idéal, comment l’artiste a-t-il pu deviner la forme qui, de tant d’innombrables conformations qu’offre la nature, est h seule vraie? A-t-il choisi le poètele plus distingué de son temps pour modèle de son buste de l’auteur de V Iliade ? Dans ce cas, les observations de l’artiste serviraient de confirmation à mes découvertes.

Dans un hospice, je trouvai cet organe assez développé chez un aliéné ; je dis aux médecins qui m’accompagnaient, que je lui trouvais la marque extérieure qui indique le talent pour la poésie. Il avait réellement ce talent; car, dans son état d’aliénation, il faisait continuellement des vers, qui quelquefois ne manquaient pas de verve. Cet homme était de la plus basse classe, et sans aucune éducation. Nous vîmes, dans la collection de M. Esquirol, le plâtre d’une aliénée qui faisait continuellement des vers : dans

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celle lêlc l’organe de la poésie est considérablement plus développé que tous les autres.

Or , si dans tous les cas où le talent poétique so manifeste à un haut degré, la portion indiquée du cerveau est considérablement développée ; si avec une grande médiocrité des autres facultés. Je talent poétique peut se manifester seul à un haut degré (et, dans ce cas, la portion cérébrale en question est fortement développée ); si même dans la manie, dans l’ardeur de la lièvre, cette faculté peut subsister seule ou être seule dans un état d’inaction , cas dont j’ai rapporté des exemples plus haut : il faudrait être l’esclave aveugle des préjugés reçus, pour ne pas reconnaître que le talent poétique est une faculté fondamentale , et que l’organe de celte faculté est placé dans la région que j’ai indiquée.

Si l’on me demande pourquoi les poètes choisissent des sujets si différens, pourquoi l’un fait des romans, l’autre des tragédies, des comédies, des idylles, des odes , des poèmes épiques , etc. ; que l’on se rappelle que cette question se présente pour toutes les facultés fondamentales. Le musicien, le peintre, etc., choisissent tel sujet ou tel autre, selon que d’autres organes se trouvent joints à leur organe dominant. Le sens des hauteurs, combiné avec le talent poétique, produit

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les odes de Pindarc et de J. -B. Rousseau; avec le sens de la dévotion , les psaumes de David, le Paradis Perdu; avec l’instinct du meurtre, les tragédies de Shakespear et de Crébillon ; avec l’instinct de l’amour physique, l 'Art d’aimer d’Ovide et de Gentil-Bernard , les œuvres badines de Piron, de Grécourt, de l’Arétin, avec l’esprit observateur , le poëme sur la nature des choses de Lucrèce, le Télémaque de Fénelon.

Le buste de Quinault, auteur d’ Alceste , de Thésée , d ’Atys^ etc., présente l’organe de la musique à un très haut degré. Ceci explique pourquoi Lully le préfère à tous les autres poètes; il trouvait en lui seul toutes les qualités qu’il cherchait : une oreille délicate qui ne chois ’, que des paroles harmonieuses, une grande facilité à rimer, et une extrême docilité à se plier aux idées du musicien.

Ces observations prouvent encore que même le plus haut degré d’activité des autres facultés fondamentales ne suffit pas pour présenter, revêtus des charmes de la poésie, les objets dont elles s’occupent, pour créer le poète dans son genre; car dans ce cas, tout épicurien, tout grand général, tout ambitieux serait poète. Il faut une force particulière et propre pour animer toutes les autres du feu sacré d’Apollon.

XXIV. Bonté , bienveillance , douceur , com passion , sensibilité , sens moral , conscience. ( Gulmœthigkeit , Mitleiden , Moralisher Sinn, Gewissen.)

Gomme celle qualité est commune à notre espece et aux brutes , j’aurais pu en traiter à la suite îles autres qualités et facultés qui nous sont communes avec elles ; mais j’ai préféré de suivre le meme ordre que la nature elle-même a établi dans l’arrangement des organes de l’homme, objet principal de mes recherches. De cette manière, je ne serai guère exposé à commettre des erreurs, tandis qu’une division que je ferais des qualités et des facultés en classes déterminées, pourrait être sujette encore à bien des modifications.

Historique de la découverte.

L’un de nies amis me disait souvent : Comme vous vous occupez de la recherche des marques extérieures qui indiquent les qualités et les facultés, vous devriez bien examiner la tête de mon domestique Joseph. Il est impossible de trouver la bonté à un plus haut degré que chez ce garçon. Depuis plus de dix ans qu’il est à

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mon service, je n’ai vu dans toutes les occasions que bienveillance et douceur; ce qui peut étonner dans un homme qui, sans aucune éducation, a grandi au milieu d’une valetaille fort mal élevée. Quoique je fusse très éloigné, à cette époque, déplacer ce que l’on appelle le bon cœur dans le cerveau, et par conséquent d’en chercher la marque dans la tète, les sollicitations réitérées de mon ami réveillèrent à la fin ma curiosité.

Je me rappelai la conduite constante dhm jeune homme que je connaissais depuis sa plus tendre enfance, et qui se distinguait de ses nombreux frères et sœurs, par la bonté de son cœur. Quoiqu’il aimât avec passion les jeux de son âge, et que son grand plaisir fût de courir les forets pour chercher des nids d’oiseaux, dès que l’un de ses frères et soeurs était malade, un penchant plus irrésistible encore le retenait â ja maison, et il lui prodiguait les soins les plus assidus. Lorsqu’on distribuait aux enfans du raisin, des pommes , des cerises, il avait toujours la moindre part, et il se réjouissait de voir les autres mieux partagés que lui. Il n’était jamais plus content que lorqu’il arrivait quelque chose d’heureux â ceux qu’il aimait ; dans ce cas, il versait souvent des larmes de joie. Il avait soin des brebis, des chiens, des lapins, des pigeons,, des oiseaux; et,

lorsqu’un df ces oiseaux périssait, il pleurait amèrement; ce qui ne manquait pas de lui attirer de mauvaises plaisanteries. Et jusqu’à ce moment, la bienveillance et la bonté sont le caractère distinctif de cet individu.

Son caractère n’a certainement pas pris celle tournure par l’éducation. On a tout au contraire tenu, vis-à-vis de lui, une conduite qui eût dû produire un effet tout opposé. Je commençai donc à soupçonner que ce que l’on appelle bon ccffur n’est point une qualité acquise , mais innée.

Dans le même temps je parlai , dans une famille très nombreuse, de la bonté de cœur si vantée du domestique Joseph. « Ah ! m’interrompit la demoiselle aînée, notre frère Charles est précisément de même; il faut absolument que \ous examiniez sa tête; je ne saurais vous dire à quel point il est bon enfant, etc. »

J’avais donc sous les yeux trois sujets dont la bonté de caractère était bien reconnue. Je les moulai tous les trois; je mis leurs plâtres les uns à côté des. autres, et je les examinai jusqu’à ce que j’eusse trouvé le caractère commun à ces trois têtes, très différemment conformées du reste. Dans l’intervalle , je m’étais appliqué à trouver des sujets semblables dans les familles , dans les écoles, etc.; pour être en état de mulli-

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