‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 28 sur 58 · PU C E II V F. A U · texte numérisé non relu

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donné dans l'intention manifeste de l’oftenser. » ( Emile , liv. Ier. )

« Il n’y a personne, continue M. Laromiguière, qui n’ait pu faire la meme observation que Rousseau, et qui n’adopte pas la conséquence qu’il en tire. »

Rousseau en lire la conséquence que le sentiment du juste et de l’injuste est inné j M. Laromiguière adopte celte conséquence : « Je me permettrai cependant, ajoute-t-il , une remarque sur l’expression sentiment inné. A la rigueur, le sentiment du juste n'est pas inné. Il y a dans lame quelque chose qui le devance , ne fut-ce cjue d’un moment. J’ai marqué l’époque bien voisine delà naissance où sans doute ce sentiment se manifeste. Il faut que l’enfant puisse prêter une volonté à l'agent extérieur; mais rien ne lui est plus naturel, rien n’est plus prompt, puisqu’à peine il existe qu’il se sent lui-même doué de volonté. »

Le sens moral juge-t-il donc seulement les actions des autres, et les facultés et les penchans ne seraient-ils pas innés par la raison que leur exercice suppose une volonté?

L’objet du sens moral n’est pas toujours aussi déterminé que celui de la bienveillance. Son domaine se borne à des généralités : s’abstenir de Lire du mal aux autres; être juste envers tout le

monde j faire son devoir, voilà ce que renferme le sens moral.

Mais les idées des hommes, sur ce qui est bien ou mal, sur ce qui csl juste ou injuste, sur ce qui est devoir ou non devoir, sont, à l’égard de bien des choses, très différentes, souvent contradictoires d’individu à individu, et de nation à nation. On a voulu définir comme bonnes toutes les actions qui seraient conformes à la nature humaine. Les mauvaises actions sont conformes à la nature de celui qui est dominé par de mauvais penchans. Quand meme nous ne reconnaîtrions comme bonnes que les actions qui s’accordent avec le bien public, il sera encore diflicile de faire l’application de ce principe à des actions particulières. La valeur des actions varie selon que le degré d’ignorance ou de connaissance , selon que les divers intérêts, selon que les habitudes, les mœurs d’une nation changent. Combien de fois la morale publique et la législation se sontelles revêtues de formes tout-à-fait différentes ? Cette versatilité ne signale pas seulement les opinions et les actions qui concernent les sectes religieuses et la politique, elle pèse aussi sur les choses qui paraissent intéresser exclusivement la morale. Le vol, la polygamie, le polythéisme, l’inceste, l’adultère, le suicide, et meme le parricide, ont été tour-à-tour regardés ou connue des

crimes, ou comme des actes permis et meme méritoires.

En Italie et en Espagne, la franc-maçonnerie est condamnée comme une association criminelle. En Autriche, elle est regardée comme dangereuse pour le gouvernement. Dans le nord de l’Allemagne, et en France, on s’en honore, et elle ne fait aucun mal , etc.

Seulement, quand il est convenu que telle chose est bonne ou mauvaise, juste ou injuste, le sens moral devient le régulateur de nos actions. Le commandement de bien faire et d’éviter le mal, a été donné à tous les hommes. Tous ont le sentiment intime de ce devoir , et tous en conviennent. Ainsi, le sens moral n’est pas le principe d’un acte déterminé, mais il est le principe du devoir en général.

Les philosophes qui ont négligé celte distinction essentielle, ont cru pouvoir nier l’existence du sens moral inné, et l’ont regardé comme un produit artificiel de la société. Mais , en cela , ils ont commis la meme erreur qu’ils commettraient en niant l’existence de la faim , par la raison que ce besoin peut être satisfait de mille alimens différens.

Peut-être ferai-jc mieux ressortir les propriétés du sens moral , en le mettant en parallèle avec la bienveillance. Ce rapprochement servira eu

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meme temps à faire sentir l’analogie de ces deux senlimens. S’abstenir de faire le mal, faire le devoir, est la loi du sens moral, de la justice, lle'pandre le bonheur, est la loi de la charité, de la bienveillance. A travers l’instabilité des opinions et des jugemens des hommes, il y a une infini lé de choses qui sont, généralement reconnues comme justes ou injustes, et qui, même avant la naissance des lois, impriment à la morale un caractère uniforme et immuable. L’homme juste a une profonde horreur pour l’oppression exercée sur ses semblables, pour le mensonge, la perfidie , le parjure, la trahison, la délation, l’espionnage, l’intolérance, l’hypocrisie, la calomnie, la cabale, l’usure, la séduction, la débauche de toute espèce , pour la contrefaçon, pour tout autre vol, pour la cruauté, pour le meurtre, etc. ; en général, pour tout ce qui blesse l’ordre et le bien de la société. Le juste se tient obligé d’observer les lois même arbitraires, d’obéir à ses père et mère et à ses supérieurs, de remplir scs promesses et ses engagemens, de payer ses dettes, de réparer un tort fait à autrui, de restituer un bien qui lui a été confié, de ne pas révéler un secret, de ne pas donner un conseil pernicieux, d’être de bonne foi et équitable envers tout le monde. Il respecte toute propriété, non-seulement les propriétés meubles et

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immeubles , mais aussi celles du talenlet de l’esprit; les droits cl les privilèges sont égaux pour tous les hommes; toute loi qui n’est pas d’une nécessité urgente, est une injustice à ses yeux , parce qu’elle multiplie les cas de délits et de crimes; il rejette les moyens violons pour arracher aux prévenus des aveux incertains, etc.

Ainsi , le sens moral se renferme dans les choses de première nécessité, sans lesquelles l'idée de société ne serait qu’une chimère ; que l’homme n’est pas libre de faire ou de ne pas faire ; qui lui sont commandées par les lois de la nature, et dont la transgression entraîne la culpabilité et provoque le ressentiment du corps social. Le sens moral est donc la base de toute législation et du droit des gens; il est antérieur aux lois. « Car si le bien et le mal n’existaient pas avant la naissance des lois, s’ils ne diffèrent pas essentiellement l’un de l’autre, le droit n’a l ien de fondé, rien de juste. Les lois seraient le fruit de l’aveugle caprice; elles seraient des attentats contre la liberté de l’homme : se soumettre à la justice, serait subir le joug d’un tvran (O. »

Le but de la bienveillance, quoique moins nécessaire, est d’une nature bien plus élevée. Le

( 1) Anti-Lucrcce , t. I,p. 179.

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juste ne fait que son devoir; ses actes ne sont point méritoires; il n’est pas l’objet de l’amour et de l’admiration. Le bienveillant s’oublie; il sacrifie son bien-être personnel à celui de son prochain , de son ami , de sa femme , de ses enfans , d,e sa patrie, du genre humain. Il exerce des actes d’humanité, de bienfaisance, de générosité, d’héroïsme et de magnanimité. Ces actes, sans être dans les attributions du devoir, sont pourtant plus beaux , plus méritoires et plus vertueux que ceux du juste. L’omission des actes de bienveillance n’attire, dans la plupart des cas, aucun reproche ; leur accomplissement, au contraire, est toujours un objet d’approbation et de récompense. Les sauvages même ne parlent jamais des actions de bienveillance et de générosité avec les idées du devoir. Faire un acte de bonté, c’est satisfaire un désir naturel, un sentiment inné. Il est reçu , parmi les hommes, que les marques de bienveillance et d’afl’ection sont la pierre de touche de ce qui est méritoire, et la règle d’après laquelle on apprécie les actions, est prise de l’influence qu’elles exercent sur le bien général.

Dans les actes de pur devoir, l’homme n’est ému par aucun sentiment vif ou exalté. C’est pourquoi souvent des hommes, tout en oubliant leur devoir et les actes les plus ordinaires de

justice, font preuve de la plus noble bienveillance, lorsque des événemens malheureux ont réveillé leur sensibilité.

Par la même raison, les malheurs qui interrompent les habitudes heureuses de certains hommes, leur deviennent salutaires pour eux et pour les autres; les revers les font sortir de leur indifférence, leur font connaître les souffrances d’autrui, et les disposent à des actes de sympathie et de compassion. Il faut avoir été malade pour savoir apprécier la douceur que nous font goûter ceux qui viennent nous consoler.

Lorsque la bienveillance donne trop de latitude à la méchanceté, et que celle-ci s’enhardit par l’indulgence, le sentiment du juste reprend ses droits. Il n’est pas juste que la bonté devienne le jouet de l’envie, de la malignité et de l’ingratitude. L’expérience n’a que trop souvent démontré que le méchant est rarement touché par un acte généreux de pardon. Il est juste et néces-* saire qu’il soit confondu ; que ses projets soient déjoués; que le vice et le crime soient réprimés et punis. Comme le méchant est toujours enclin à des interprétations malicieuses, et qu’il met volontiers sur le compte de la faiblesse ou de l’insensibilité, ce que la bonté lui fuit éprouver de généreux, la justice se fait un devoir de repousser scs attaques avec vigueur, et

de le convaincre de sa propre impuissance par la force et la supériorité' d’une juste satisfaction.

Telles sont les nuances entre le sens moral et la bienveillance. Mais l’essentiel n’est-il pas toujours d’éviter le mal et de faire le bien ? Ne voit- 011 pas que la différence n'est que du plus ou du moins, et qu’il doit être permis de "présumer que la bonté, la bienveillance, n’est qu’une gradation du sens moral , qui est lui-même la destination primitive, la qualité fondamentale de l’organe de la bonté?

Ajoutons que j’ai remarqué avec plaisir, que tous les auteurs qui ont traité delà bienveillance comme d’une qualité inhérente à la nature humaine, mêlent constamment les actes de pur devoir et de justice avec les actes delà bienveillance; tous regardent cette dernière comme la source de toute morale et de toute vertu. Qu’on passe en rcvueles préceptes de la morale etdes actes moraux 7 on verra que la bienfaisance constitue une partie essentielle de leur nature.

Si nous consultons l'histoire , elle nous apprendra que les personnes les plus morales, les plus vertueuses ont toujours été en même temps remarquables par un grand fond de bienveillance. « La vertu seule égale les hommes, aux dieux; avoir peu de besoin soi-même, et luire' aux autres tout le bien possible; être sévère eu-

vers soi-même, et indulgent envers les autres ; supporter les hommes tels qu'ils sont, parce que nous ne pouvons pas les rendre tels que nous les voudrions. » Voilà quelques-unes des maximes de Marc-Aurèle, de l'auteur de l’Evangile des Païens, de la plus belle morale de l’antiquité. Qui ignore la bonté et la morale de Socrate? Trajan, lorsqu’on lui fit le reproche qu’il était trop bon , répliqua: « Je veux iairc ce que je voudrais qu’un empereur fit à mon égard, si j’étais particulier. » Le bienveillant Scipion, quoique passionné pour les femmes, renvoya honorablement la femme de Mardonius à ses parons, et rendit à Allutius sa fiancée, dont il n’avait pu s'empêcher d’admirer les charmes. Bayard et Turcnne n’ont-ils pas aussi rendu à leurs pères, à leurs maris, à leurs amans, les plus belles femmes qu’on leur avait amenées pour prix de leur valeur? Et L’Hôpital, Franklin , St.-Vinccntde Paule, combien d’institutions de bienfaisance et d’actes de générosité attestent leur extrême bonté! Enfin le précepte « Tu 11e feras pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te lasse, » n’est-il pas émané du fondateur de la morale la plus divine, de la source et du complément de tonte bienveillance ? Ce précepte, fondé sur la sympathie, sur le retour sur nous-même, est le plus conforme à notre nature, le mieux senti , le

pins facile à interpréter, et renferme, en peu de mots, toute la morale humaine.

Il est donc prouvé qu'il existe la plus intime analogie entre le sens moral et la bonté, et qu’il est impossible de séparer les actes de la bienveillance des actes moraux. Par conséquent, je suis justifié de faire dériver la bonté, la bienveillance, la sensibilité d’une action énergique du sens moral, et de n'admettre pour ces deux senlimens. modifiés qu’un seul organe.

De la Conscience.

On appelle conscience, la peine ou le plaisir qu’on éprouve intérieurement, par suite d’une mauvaise ou d’une bonne action, ou d’une action qu’on jugeait mauvaise ou bonne. On demande si ce sentiment, ce juge intérieur est une qualité fondamentale affectée à un organe particulier, ou s’il est une modification seulement d’une autre qualité, d’un autre organe? Je vais examiner la nature ou l’histoire naturelle de la conscience. Il résultera , de mes réflexions, que la conscience n’est autre chose qu’une modification, une affection du sens moral, du sentiment du juste et de l’injuste, de la bienveillance, comme une sensation agréable ou douloureuse n'est autre chose

qu’une affection, une modification des organes île la sensation en general.

Notre jugement, si telle action est bonne ou mauvaise, est déterminé d’après deux données tic nature bien différente. Ou ce sont nos dispositions naturelles, ou ce sont les idées reçues par l’influence des choses extérieures, qui nous font juger une chose, une action, comme permise ou comme défendue, comme bonne ou comme mauvaise. Dans le premier cas, c’est la conscience naturelle ; dans le second cas, c’est la conscience artijicielle. Celte distinction nous donnera la facilité de parler pertinemment, et avec vérité, d’un sentiment qui, aux yeux de certains moralistes, est un guide sûr de nos actions , et qui aux yeux d’autres, n’est qu’une source féconde d’erreurs.

Examinons d’abord la conscience naturelle dans toutes ses nuances, selon qu’elle est le pro* duit de différentes dispositions , ou de leur degré différent.

La conscience naturelle est toujours proportionnée au degré du sens moral et du sentiment de bienveillance dont un individu est doué. Les personnes très bienveillantes et très sensibles ont aussi la conscience très délicate. Les scrupules, les remords, et souvent les remords les plus cuisans, les poursuivent après les actions

les plus innocentes , pourvu qu’elles aient entraîné des effets contraires à leur extrême bienveillance. Mes père et mère avaient vu mourir, avant qu’ils n’aient eu connaissance de l’inoculation, l’un de leurs enfans de la petite vérole. Bien des fois je les ai surpris baignés de larmes et examinant avec la plus tendre inquiétude s’ils pourraient avoir la moindre chose à se reprocher. Cependant il n’existe pas de père et mère qui remplissent leur devoir avec plus d’exactitude. Je me rappellerai toujours le désespoir d’un père à qui j’avais donné le conseil d’inoculer son fds aîné. Imbu de principes de métaphysique, il jugea l’inoculation contraire à L Providence divine. Peu de temps après il perdit cet enfant chéri, victime de ce terrible fléau. Je crains que jamais ce père ne puisse se soustraire aux remords de sa conscience. Le motif pour leq uel il refusa le bienfait de l’art, était pourtant fondé sur une intention pure et religieuse. On est la cause innocente d’une promenade qui, par accident, devient funeste à une personne chérie* et voilà qu’on s’adresse d’éternels reproches, comme si l’on eut été l’instrument du malheur d’un ami. Un médecin perd un malade après avoir épuisé tous ses moyens physiques et moraux. Serait-il possible que je me fusse trompé ? peut-être, si je n’avais j as fait telle chose, si j’avais agi de telle

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autre manière, le malade n’aurait pas succombé! Vins d’une fois, je n’ai retrouvé la parfaite tranquillité de mon âme, que par suite de l’ouverture du défunt, dernière épreuve de notre savoir et de nos erreurs.

Combien les remords seront-ils plus réels, lorsque des personnes encore douées d’un sens moral énergique et d’une grande bienveillance se seront laissées entraîner a des actions en ellesmêmes mauvaises ou criminelles. A peine auront-elles repris l’usage entier de leur caractère habituellement prédominant, que l'opposition, la contradiction entre l’action commise et leurs dispositions naturelles se feront vivement sentir , et que les plus noirs remords assailliront leur esprit. Qu’une Z>o;me mère abandonnée de son amant, et déshonorée devant le monde, dans un instant d’égarement et de désespoir, porte une main tremblante surson enfant nouveau-né, et le prive de la vie : lorsque le fatal concours des circonstances et les affreuses émotions intérieures seront passés, le sentiment inné de l’amour maternel, le sentiment de 1 horreur de son action se réveilleront. Il s’établira un combat terrible entre ses dispositions naturelles et. son crimeile meurtrede son enfant sera toujours présentàses yeux, et empoisonnera son existence. Un homme bon et honnête, dans un violent accès de colère, avait tué

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sa femme,* il fut condamné à une réclusion perpétuelle. Il eût préféré mille fois la mort, parce qu’il sentait que le reste de ses jours il aurait le cœurdéchiréparlesremords les plus effroyables.

Ce qui, dans ces cas, arrive subitement , ne manque pas d’arriver tôt ou lard à ceux qui , étant bons et bienveillans, sont dominés en meme temps par des quali! és nuisibles. Ce sont ces hommes qui ne font pas toujours le bien qu’ils veulent, mais qui font souvent le mal qu’ils ne veulent point; c’est un mauvais penchant qui les maîtrise ; lorsqu’ils veulent faire le bien , ils éprouvent une autre puissance qui s’y oppose. Il résulte, de-là, un mélange de caractère et une alternative d’actions qui paraît inexplicable à ceux qui ne sont pas familiarisés avec les mobiles intérieurs et souvent contradictoires de nos actions. Les meilleurs hommes sont quelquefois en proie aux vices les plus déplorables , à la débauche la plus honteuse, au vol, etc., etc. Adrien ne s’est-il pas souillé par sa passion pour Antinous, et Trajan par la sienne pour Sura? Aujourd’hui ils marchent dans le grand chemin des pécheurs; demain ils se rangent dans un coin parmi les pénilens ; et c’est ainsi que leur vie se passe entre le vice et les remords* selon qu’ils consentent à suivre tantôt telle impulsion, tantôt telle autre. Lorsqu’enfm ils sont blasés

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sur les jouissances déréglées, ou que les concupiscences illicites s’émoussent, ils ont bientôt un retour salutaire sur eux-memes ; ils désapprouvent sincèrement leur vie passée, réparent le mal et le scandale par une conduite d’autant plus exemplaire que le sentiment du juste et de la bienveillance les inspire davantage.

Quand le sens moral n’est plus échauffé et éclairé par la douce flamme de la bienveillance, il devient très sujet à caution. Il se trouve livré aux erreurs du raisonnement, aux instigations de l’amour-propre et de l’égoïsme.

Les exemples et les habitudes l’égarent, et lui servent de règle plutôt que les véritables notions du bien et du mal. Les symptômes de l’indifférence et de l’altération du sentiment du juste et de l’injuste se manifestent partout. On fait, on voit faire, on imite sans regrets et sans remords les choses évidemment immorales. On ne juge plus bien ou mal que ce que la législation commande ou interdit expressément. Les lois sont éludées ; la bonne foi est trahie dans les transactions, pourvu qu’on échappe adroitement au ressentiment de la justice. Dans le commerce avec les négocians, les artisans, les agriculteurs , etc. , les belles paroles : Mellez-là la main , frappez dans la main , sont taxées do bonhomie vieillie; l’homme confiant est toujours la dupe

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de la fraude, sans que personne le plaigne, sans que personne blâme le trompeur; dans la moindre entreprise il faut s’envelopper de mille formalites : riche moisson pour la chicane et toute espèce d’artifice; les épigrammes, les chroniques scandaleuses, les colporteurs de la calomnie et de la malice sont les objets favoris du public; attaquer et noircir le mérite, et lui ôter les moyens de se défendre, est une des maximes en vogue; la séduction de l’innocence est un jeu ; la fidélité conjugale est de mauvais ton; les mères confient leurs enfans à des mains mercenaires , sans autre raison que celle de suivre le torrent de la mode, et pour se débarrasser des soins trop pénibles de l’éducation; les enfans aspirent à se soustraire au pouvoir des pères et mères , etc. Tout autant de preuves de l’affaiblissement du sens moral par l’esprit du siècle!

Suivons enfin l’homme, organisé assez malheureusement pour être entièrement étranger au sentiment de la bienveillance et du juste eide l’injuste, et qui est en outre puissamment disposé à se livrer à des actes opposés au devoir et: au bien public. Rarement un tel individu trouvera son juge en lui-même. Les inclinations perverses sont dominantes; elles composent son caractère propre; par conséquent, les mauvaises actions sont en harmonie avec lui; et rarement

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le contentement deson âme en est troublé. Ce co lé de l’homme dépravé pourra bien déplaire à plusieurs de ces hommes qui ne rêvent que les grandeurs de l’espèce humaine. Mais que l’on épie l’usurier, le libertin, le fourbe, et l’on verra que chacun d’eux ne se trouve heureux qu’en proportion qu’il satisfait ses désirs. J’ai fait, dès ma jeunesse, l’observation triste et effrayante que les hommes les plus pervers s’enorgueillissent de leurs talens pour tromper et pour abuser, et qu’ils pensent toujours avec un sentiment de volupté aux traits marquans de leur vie criminelle. Allez dans les prisons , placezvous au milieu de détenus, n’ayez pas l’apparence d’un personnage en fonction , afin de n’ètre pas trompé par un repentir simulé, et inspirez à ces hommes de la confiance et de la franchise : avec quelle satisfaction intérieure, avec quelle vanité, avec quelle joie d’avoir mal fait, les grands criminels vous raconteront, sans oublier les détails les plus insignifians , et leurs crimes, et la manière particulière dont ils s’y sont pris pour les commettre! Si quelquefois un d’eux se donne la peine d’en parler avec une horreur feinte, il lui échappe ordinairement un sourire malin qui montre son hypocrisie. La plupart mettent tout leur esprit a faire les plaisanteries les plus gaies sur les actions les plus atroces, et fréquemment ,

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