‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 3 sur 58 · D U C E U V E A II · texte numérisé non relu

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tendre. A Landau , un garçon de cinq ans savait par cœur tout le catéchisme, tontes les fables de La Fontaine , et un grand nombre d’autres poésies ; il apprit également par cœur , mais sans y rien comprendre, un volume entier du Cours de mathématiques de Bezout ; il sait de la même manière beaucoup d’histoire et do géographie. M. le docteur Spurzheim a vu, à Londres , un jeune garçon qui est également un prodige de mémoire. En traitant de l’organe suivant, je citerai plusieurs autres* exemples du même genre.

Des personnes douées à un haut degré de la mémoire des mots, récitent par cœur un passage très long, un grand nombre de vers, un rôle tout entier, après l’avoir luune ou deux (ois. Elles savent citer à toute occasion les plus beaux morceaux des auteurs classiques.

On présenta un jour à Frédéric II un homme d’une mémoire telle , qu’il récitait par cœur un morceau assez considérable qu’il n’avait entendu lire qu’une fois. Le jour même, Voltaire devait faire lecture au roi d’une pièce de vers. Frédéric lit cacher l’étranger derrière un paravent et lorsque Voltaire eût fini de lire , il lui dit que le morceau n’était ni nouveau ni de sa composition ; et il fit paraître son compare qui le récita et soutint qu’il l’avait composé lui-même depuis plus de vingt ans. Que l’on juge de la fureur de

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iG

l'irascible Voltaire, cl des éclats de rire du philosophe de Sans-Souci.

J’avais déjà remarqué à Vienne, et j’ai trouvé celte observation confirmée dans tout le cours de mes voyages , que les personnes douées de la mémoire verbale s'appliquent de préférence à un genre d’étude où il est nécessaire de beaucoup de noms; par exemple, la minéralogie, l’entomologie, l’icthyologie, l’ornithologie, l’histoire naturelle en général, la numismatique, la généalogie , etc.

Jja mémoire des mots est d’un grand secours aux comédiens, quoiqu’elle soit bien loin de constituer à elle seule le grand acteur.

J’ai déjà cité en plusieurs endroits des exemples d’abolition de ce genre de mémoire, sans que pour cela l’exercice des autres facultés fût troublé le moins du monde.

Siège et apparence extérieure de l’organe de la mémoire des mots et des noms.

En traitant de l’organe du sens des personnes, j’ai dit que les circonvolutions antérieures du lobe moyen touchent les parties postérieuresexternes de l’orbite. Lorsque ces circonvolutions sont très développées , celle partie du

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sphénoïde , qui forme le tiers-postérieur de la paroi externe de l’orbite , est chassée en avant; ce qui diminue la profondeur de l’orbite, et rend le bulbe oculaire saillant.

Il n’est cependant nullement vraisemblable que le lobe moyen soit affecté aux facultés. Les frugivores n’en ont que les circonvolutions internes, et ils apprennent les mots et les noms tout aussi bien que les carnassiers. D’ailleurs la mémoire a trop peu d’analogie avec l’instinct carnassier, pour que fou puisse admettre que les circonvolutions du lobe moyen placées audessus de l’oreille, constituent l’organe de l’instinct carnassier, et les circonvolutions antérieures du même lobe, l’organe delà mémoire des mots.

Or donc, s’il arrive en effet que le bulbe soit chassé en avant de l’orbite par un développement considérable et par un grand prolongement de ce lobe , la forme des yeux qui en résulte ne serait plus la marque d’une excellente mémoire. C’est peut-être là la raison pour laquelle certaines personnes, avec de grands yeux à fleur de tête, même dans toute la force de l’âge et de la santé, n’ont pas toujours une mémoire pjlus qu’ordinaire. Il est au moins certain que quelques personnes apprennent, en général, par cœur avec facilité , mais ont une mémoire des

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noms ingrate , tandis que d’autres s’impriment facilement les noms, et ont de la peine à retenir des morceaux tant soit peu considérables, soit de vers, soit de prose. Je n’ai point réussi encore à bien discerner toutes ces variétés; cependant, dans dix jugemens que je porterai, je me tromperai une lois tout au plus. Je serais encore bien plus rarement dans le cas de me tromper, si l’organe de cette faculté n’était pas placé dans une région telle qu'il peut s’étendre dans toutes les directions, de haut en bas, en avant, latéralement, et de bas en haut.

Je regarde comme l’organe de la mémoire des mots, celle partie cérébrale qui repose sur la moitié postérieure de la voûte de l’orbite, PI. IV, entre xv et 3 ). Nous n’avons pas donné dans les gravures de chiffres particuliers à la partie dont il est ici question, parce que nous avions considéré le sens des mots comme n’étant qu’un fragment du sens de langage de parole, xv.

Cependant il est certain que souvent il n’y a que la moitié postérieure du plancher orbitaire qui se trouve déprimée par le grand développement de la partie cérébrale indiquée ; et dans ce cas , la partie postérieure de l’orbite doit c'galcment perdre de sa profondeur , et le bulbe être poussé en avant. Cette forme des yeux se rencontre souvent , sans que les circonstances que

j’indiquerai, on parlant du sens du langage , aient lieu en même temps; c’est pour celle raison que je traite séparément de ce dernier organe.

Que l'on observe les personnes qui font des collections; sur cent, on en trouvera quatrevingt-dix-neuf qui ont de grands yeux à fleur de tète. Il jiaraît que le besoin de se meubler la télé d’une infinité de noms leur inspire l’amour des collections. Elles éprouvent un grand plaisir à retenir avec une grande facilité les noms de tous ces milliers d’objets qu’elles recueillent. Mon respectable maître, M. Jacouin père, professeur de chimie et de botanique , l’abbé Mazda et M. Kreuzer , l’un et l’autre insectologues ; le baron Vanderluhe, le comte de Herberstein, botanistes à Vienne, le conseiller de cour Bloch, botaniste et insectologue à Dresde, qui forment chacun avec ardeur des collections dans leur partie; M. Oetzel de Potsdam, qui fait des collections de tous les objets que l’on rencontre dans le commerce; M. Rœding , à Hambourg, M. Marlens, à Bième, qui a fait une collection précieuse d’algues; M.Beuth , à Hambourg, qui entasse tout ce qui peut être considéré comme objet d’histoire naturelle; M. Gering, à Francfort, qui lait une collection d’insectes et de papillons; M. le professeur Sukow, à Heidelberg,

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M. Goll , qui fini une collection de gravures; M. Win lcr, à Amsterdam , qui recueille des oiseaux, des singes el des coquillages; MM. Camper, père et fils, a Franecker ; M. Bruggmans , à Leyde,ctc., etc., ont tous, sa ns exception, de grands yeux a fleur de tète. M. Temmink, à Amsterdam, qui fait une collection do singes et d’oiseaux, a cette organisation à un moindre degré que les autres ; mais aussi, à ce qu’il dit lui-même , il ne forme sa colleclion que dans l’idée d’établir un jour, d’après d.es caractères certains , une division des différentes variétés de ces animaux. Je ne finirais pas si je voulais citer tous les exemples à ma connaissance qui confirment mon observation.

M. Hufeland parle d’un individu ayant de très grands yeux singulièrement à fleur de tète, et qui cependant n’a pas de mémoire; il dit : très grands yeux singulièrement «à fleur de tète.

C’est précisément celte manière dont il s’exprime qui me rend l’observation suspecte : car de semblables yeux sont fréquemment l'indice d’une maladie, soit le racliitis, soit l'hydrocéphale, que l’individu a éprouvée dans sa première enfance. Quoique de semblables personnes, dans un âge plus mûr, paraissent jouir d’une bonne santé, le médecin exercé découvre cependant en elles les traces tic leur ancienne maladie; elles

sont très sensibles et extrêmement irritables; leur tête n’est point symétrique, elle est plus élevée tantôt devant, tantôt derrière, tantôt sur les côtés, et elles sont, très disposées à la manie. Certainement, de semblables yeux à fleur de tête ne peuvent pas coïncider avec une mémoire excellente.

En second lieu, de telles personnes peuvent avoir perdu déjà la faculté dont elles était originairement douées. Des excès de tous genre, une contention d’esprit trop long-temps soutenue, des maladies graves et de longue durée, des malheurs, des accouchemens très fréquens, affaiblissent singulièrement la mémoire. Chez des sujets qui ont couru ces chances, on ne peut déterminer que ce qui existait autrefois et nullement ce qui existe maintenant.

Lorsqu’étant étranger à l’organologie, on demande à certaines personnes si elles ont une bonne mémoire, on en recevra une réponse qui pourra facilement induire en erreur. Je demandai à une jeune personne à qui je vis des yeux très grands, à fleur de tête : avez-vous une bonne mémoire ? — Non, me dit-elle, je ne puis rien retenir du tout. — Vous avez pourtant été à l’école? — Certainement.—- Etcomment faisiez-vous pou rapprendre votre catéchisme? — En moins d’un rien, je l’ai su d’un bout à l’autre: aucune de mes ca-

inarades ne pouvait m’égaler à cet égard ; je vous

le réciterais encore tout entier et même à rebours. — Mais vous venez de me dire à l’instant même que vous ne pouviez rien retenir. — Eli ! mon Dieu, cela n’est que trop vrai : j’oublie toutes les commissions que me donne ma maîtresse. Ceci m’expliqua l’énigme. Le cas que cite M. Hufeland fut peut-être de la même nature.

Il me reste aussi à examiner jusqu’à quel point lésinasses dégraissé placées derrière le bulbe, peuvent devenir des causes d’erreur. Un homme de ma connaissance éprouva pendant long temps de violens maux de tète. La céphalalgie affectant d’abord exclusivement le côté droit, l’œil droit se renfonça dans l’orbite; les douleurs ayant ensuite gagné aussi le côté gauche, l’œil gauche éprouva le même changement. Je n’oserais décider si c® renfoncement des yeux a été occasionné par la seule absorption de la graisse placée derrière le bulbe, ou s’il y a eu diminution de la masse cérébrale située derrière les yeux. On sait que par un amaigrissement de tout le corps les yeux se renfoncent également, et que par de fortes congestions du sang à la tête ils paraissent plus a lleur de tête ; mais ce sont là des circonstances qui ne pourront pas induire en erreur un médecin.

Il serait possible que les dimensions plus ou

moins considérables du bulbe lui-mémc cnlrassenl ici en ligne de compte; mais il ne faut pas oublier que les dimensions du bulbe sont en proportion avec celles de l’orbite, et que la forme et la grandeur de l’orbite sont déterminées en grande partie par le cerveau.

J’ai dit que la masse cérébrale affectée au sens des mots pouvait agir dans tous les sens. Je désirerais connaître des cas plus précis, pour être à meme de déterminer dans quelle circonstance le développement considérable de ces parties cérébrales a a"i dans une direction ou dans une

autre. Le diamètre plus grand ou plus petit de la tète d’une tempe à l’autre doit nécessairement servir d’un im portail tindice:Un grand diamètre, dans ce sens , est toujours d’un augure favorable pour la mémoire des mois. Aussi les yeux sont-ils tantôt plus, tantôt moins distans, de façon que la racine du nez est tantôt plus large, tantôt plus étroite; ce qui indique également qu’il existe dans celte région une masse cérébrale plus ou moins considérable. J’ai vu des personnes qui avec une conformation ordinaire des yeux, apprenaient cependant par cœur avec une grande facilité. Mais dans ces cas, le diamètre d’une tempe à l’autre est ordinairement très considérable, et quelquefois même la partie inférieure des tempes est bombée;

ce qui allcsle un grand développement des parties cérébrales adjacentes.

On me parle souvent d’yeux creux, là où je vois de grands yeux à fleur de tête. Ceci se rencontre lorsque la partie inférieure du front est 1res saillante ‘ une telle saillie fait paraître les yeux enfoncés, quoiqu’ils soient placés dans des orbites qui n’ont pas une grande profondeur dans le crâne. Un front qui avance dans sa partie inférieure indique un grand prolongement de la partie cérébrale placée sur le plancher orbitaire. Les yeux dont j’entends parler, sont bien fendus, bien ouverts, et le bulbe avance en demi-sphère hors la partie inférieure de l’orbite. Les yeux enfoncés, au contraire, sont plutôt petits, et ne dépassent pas le bord de l’arcade inférieure de l’orbite. Que l’on compare les yeux de Racine, P1.LXXX1V. fig. i; de Milton, fig. 2, avec ceux de Rousseau, fig. 3.

Millon me fatigue par la foule de noms qu’il prodigue partout. Dans le premier chant du Paradis perdu, il y a une énumération de noms qui prend plusieurs pages. Dans tout son poëine, il donne des noms à tous les objets dont il parle, de quelque nature qu’ils puissent être. C’est encore là l’empreinte de l’organisation de l’écri-

vain.

Racine, dit-on, n’oubliait jamais rien. J.*J. Rousseau , au contraire, se plaint sans cesse de sa mauvaise mémoire.

« Tous les matins, vers les dix heures, dit-il, j’allais me promener au Luxembourg, un Virgile ou un Rousseau dans ma poche; et là, jusqu’à l’heure du dîner, je remémorais, tantôt une ode sacrée, et tantôt une bucolique, sans me rebuter de ce qu’en repassant celle du jour, je ne manquais pas d’oublier celle de la veille (i). »

Deux femmes de ma maison avaient l’une et l’autre de petits yeux enfoncés. Après plus de huit ans, elles n’avaient pas pu parvenir encore à retenir les noms des personnes auxquelles je donnais habituellement des soins.

De la mémoire des noms et des mots dans l’état de maladie.

Un officier fut blessé d’un coup de pointe immédiatement au-dessus de l'œil. Il me iliL que depuis ce moment il a beaucoup de peine à se rappeler les noms de ses meilleurs amis; il

(0 Confessions. Liv. Vit.

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n’avait absolument aucune connaissance de ma doctrine. Il ne s’aperçoit d’aucun affaiblissement de ses autres facultés.

A Ma rsei lie , un autre jeune homme reçut audessus du sourcil un coup de fleuret qui lui fit perdre totalement la mémoire des noms; il ne pouvait pas se rappeler ceux de ses amis les plus intimes, même celui de son père. J’ai cité d’autres faits semblables en plusieurs endroits de cet ouvrage.

M. le baron Larrey a eu la complaisance de m’amener un de ses malades dont voici l’histoire :

M. Edouard de Rampan,agé de vingt-six ans, reçut avec un fleuret, dont la pointe avait été rompue sur le plastron , un coup à la partie moyenne de la région canine gauche, près de l’aile du nez, dans une direction oblique de bas en haut, etun peu de dehors en dedans. L’instrument pénétra à la profondeur de trois pouces et demi environ, à travers la fosse nasalegauche, traversa la lame criblée de l’ethmoïde près de l’insertion de la faux du cerveau, et paraît avoir pénétré, dans une direction verticale etun peu oblique d’avant en arrière, à la profondeur de cinq à six lignes dans la partie interne postérieure du lobe antérieur gauche du cerveau, de manière

à se rapprocher de la partie antérieure du mésolobe.

Le malade éprouva une hémorragie très considérable dans l'instant même de la blessure, et il est sorti une liés grande quantité d’esquilles par le nez et par la bouche.

Tous ies organes des sens ont été paralysés à l’instant même, mais ils ont repris peu à peu leurs fonctions, et il ne reste plus maintenant que ies altérations suivantes :

La vue a été perdue totalement de l’œil gauche pendant un mois; elle est rétablie aujourd’hui, mais le malade voit les objets doubles.

L’odorat était totalement éteint; il est rétabli à présent, et le malade peut distinguer les liqueurs alcooliques odorantes des liqueurs inodores.

Le goût était également aboli; il s’est rétabli peu à peu sur le côté droit de la langue, de manière (jue la moitié droite de cet organe perçoit très bien les saveurs, tandis que le côté gauche est privé de cette faculté; la totalité de cet organe est entraînée à droite, par opposition à l'hémiplégie qui existe du côté droit, la bouche étant déjetée à gauche.

L’ouie, abolie d’abord dans l’oreille du côté de la blessure, s’est rétablie par la suite, et il ne reste plus qu’un bourdonnement.

La voix qui s’ôtait perdue également s’est rétablie de môme, et il ne reste plus qu’un léger bégaiement.

La force des organes générateurs est conservée entièrement. Il survint une hémiplégie de tout le côté droit; il ne reste plus aujourd’hui qu’une paralysie du membre thoracique et abdominal de ce meme côté, pour la locomotion seulement, la sensibilité y existant intacte.

La mémoire des noms a été totalement éteinte, etnese produit aujourd’hui que très difficilement, tandis que la mémoire des images, et de tout ce qui est susceptible de démonstration, est dans l’intégrité la plus parfaite.

L’aberration mentale qui a existé dans les premiers temps dans les organes de l’intellect , a cessé aujourd'hui; mais tout ce qui a rapport à son amour-propre , à ses succès militaires, etc. , le jette dans un état d’aliénation et de mélancolie profondes, tandis que les conversations qui ont rapport à sa famille, à ses proches, à ses amis, lui rendent ses facultés.

Le malade se rappelait très bien la personne, la figure et les traits de M. le baron Larrey; il l’aurait reconnu sans aucune difficulté; il le voyait toujours devant ses yeux (expressions du malade) , et cependant il ne se rappelait pas son nom , et le désignait par celui de M. Ch ose.

J’ai vu ce malade, et je me suis convaincu que son état est tel qu’on vient de le décrire.

Si la mémoire des mots est souvent abolie dans l’état de maladie, il arrive aussi quelquefois que celte faculté acquiert un plus grand degré d’activité. En voici un exemple.

« Un aliéné, dit M. Pinel, guéri par le docteur Willis, a fait ainsi l’iiistoire des accès qu’il avait éprouvés : J’attendais, dit-il, toujours avec impatience l’accès d’agitation qui durait dix ou douze heures, plus ou moins, parce que je jouissais pendant sa durée d’une sorte de béatitude. Tout me semblait facile, aucun obstacle ne m’arrêtait en théorie ni même en réalité; ma mémoire acquérait tou t-à coup une perfection singulière; je me rappelais de longs passages des auteurs latins (i). »

Je pense que les difficultés que nous avons rencontrées dans ce traité de l’organe des mots, disparaîtront à mesure que nous avancerons dans le traité de l’organe du langage de parole qui va suivre.

(i)Traité de l’Aliénation mentale, deuxième édition, pages 89 et 90.

XV. Sens du langage de parole ; talent delà philologie , etc. ( Sprach-Forschungs-sinn . )

Le traité sur celle faculté offrira des remarques importantes de plus d’un genre. Je m’occuperai d’abord de la partie matérielle et expérimentale, et je finirai par les considérations philosophiques.

Lorsque la plus grande partie de la portion moyenne des circonvolutions inférieures-an térieures placées sur le plancher supérieur de l’orbite ou sur la voûte, est très développée, celle paroi est non - seulement aplatie, mais même déprimée. Il en résulte une position particulière des yeux. Dans ce cas, les veux sont à-la-fois à fleur de tête et déprimés vers les joues, de façon qu’il se trouve un certain intervalle entre le bulbe et l’arcade supérieure. Le bulbe ainsi déprimé agit sur l’arcade inférieure et en augmente l 'échancrure. Cette forte échancrure produit chez le sujet vivant , lorsqu’il a les paupières ouvertes , l’apparence cl’unepelite poche remplied’eau,de-là le nom d’yeux pochelés. Voyez les PI. LXXX11 , fig. 3, fig.6 ; PI. LXXXIII, fig. 4; PL. LXXXIV,

fig. i , fig. -i , fig. 5, fig.6; PI. LXXXV , fig. i.

Les personnes qui ont les yeux ainsi cou formés possèdent non-seulement une mémoire des mots

nu CF. R VF, A U.

excellente , mais elles sc sentent une disposition ])articulière pour l’étude des langues , pour la critique , en général pour tout ce qui a rapport à la littérature. Elles rédigent des dictionnaires, écrivent l’histoire; elles sont très propres aux fonctions de bibliothécaire et de conservateur ; elles l'assemblent les richesses éparses de tous les siècles ; elles compilent de sa va ns volumes; elles approfondissent les antiquités , et pour peu qu'elles aient d’autres facultés encore , elles font l’admiration de tout le monde par leur vaste érudition.

Quelquefois celle faculté est déjà très active dès l’enfance. A l agc de six ans , Baratier , PI. LXXXIV , fig.G, savait déjà plus de six langues; dans un âge si tendre , il traduisit les auteurs grecs et corrigea les traductions de ses devanciers. On voit que ce jeune savant avait une conformation du crâne très heureuse et de grands yeux pochctés. Louis Dufour de Longueruc était, dès l’âge de quatre ans, un prodige de mémoire. Les langues mortes et vivantes, l’histoire, la théologie , la philosophie ancienne et moderne, les antiquités , les belles-lettres , la cli ronologie, la géographie, lui étaient familières; il dicta une description historique de la France , absolument de mémoire, sans consulter aucun livre. INous avons vu le fils de INI. le docteur

SUR UES FONCTIONS

Pcrking , âgé seulement do onze ans ; il s’occupait des langues toute la journée; il sait le latin, le grec , l’arabe , et plusieurs langues vivantes. Ses yeux sont conformés comme ceux de Baratier.

Je n’ai pas besoin de dire qu’une pareille organisation agit très différemment, suivant qu’elle coïncide avec le développement plus ou moins considérable d’autres organes. Lorsqu’elle se joint à des facultés supérieures éminentes, elle produit les génies universels qui embrassent toute la sphère d’activité de l’intelligence humaine , PI. LXXXII , Galilée, fig. 3; Bacon , fig. 6; PI. LXXX1II, Rabelais, fig. 4; PI. LXXX1Y , Voltaire, fig. 4-

Je vais donner la liste d’un certain nombre d’hommes remarquables , doués de cette organisation , sans tenir compte de leurs autres facultés , et sans m’astreindre à l’ordre chronologique.

L’ouvrage de Dominicus Custos , imprimé à Augsbourg en iGï2 , contient les gravures des personnes dont il donne la biographie. Nous n’avons pas été peu étonnés de voir que l’organisation dont je viens de parler se trouve chez tous les savans dont il y est fait mention comme philologues. Tels sont par exemple Just. V. Mathiolus, qui avait aussi une collection de plantes ; Occo,

1ÎU CERVEAU.

médecin , qui possédait une colloction de médailles; Aldovrandus , naturaliste; Jérôme Wolf, philologue; David Hoischcl, philologue; Gryph, philologue; Nicolas Glanardus, philologue; William Cailler, philologue; François Pogge , philologue.

Pic de la Mirandole avait une mémoire si grande, qu’il lui suffisait d’entendre trois fois la lecture d’un livre pour en réciter deux à trois pages de suite, ou même pour répéter tous les mots de ces deux ou trois pages dans un ordre rétrograde. On rapporte qu’à l’âge de dix-huit ans il savait vingt-deux langues. Milton, PI. LXXXIV, lig. a, était doué de la plus vigoureuse mémoire, de sorte que toutes les études de sa jeunesse étaient présentes à sa pensée; son histoire de l’Angleterre suppose la connaissance et la comparaison de tous les écrivains contemporains, et même de ceux qui ont mis en œuvre les premiers matériaux. Sortie de la main d’un aveugle, c’était un prodige aussi étonnant que le poème du Paradis perdu . Il fut auteur de principes de grammaire, de dictionnaires, et savait le latin, l’hébreu, le grec, le syriaque, etc. La position cl la conformation de ses yeux annoncent celte mémoire prodigieuse de la manière la plus distincte.

Rabelais , PI. LXXXIII, lig. 4, savait les V. L 3

langues anciennes et modernes, la grammaire, la poésie, la philosophie» l’astronomie, la jurisprudence, la médecine. II avait orné sa mémoire de toutes les richesses de son temps. Mais que l’on fasse attention aussi au développement considérable des parties frontales, tant supérieures qu'infé rieures. Que l'on considère encore l’organisation admirable de Leibnitz, de Haller, etc. Que l’on jette les jeux sur le portrait d’Edmond Castell, PI. LXXXV, lig. i, qui se trouve à la tète de son Lcxicon heptaglosson , ouvrage qui sera encore pendant des siècles la ressource de tous les philologues. Quelle ressemblance dans l’organisation de tous ces hommes distingués!

Pelloutier, philologue ; Perrault, architecte et littérateur ; Perron, qui étudia de lui-même le grec, l’hébreu , la philosophie et las poètes, littérateur prodige de mémoire; Roliin ; lie— naudot, qui savait dix-sep t langues et l’histoire , avaient tous de grands jeux pochelés; ainsi que Crébillon, PI. LXXXIV, lig. 5, qui n'écrivait jamais ses pièces que lorsqu'il fallait les donner au théâtre. Quand il présenta aux comédiens sa tragédie de Catilina, il la leur récita tout entière de mémoire; jamais il n’a rien oublié de ce qu’il avait appris.

Que l’on considère les jeux de Strabon, de

l’Arétin (Léonard), liislorien polygraphe et traducteur; de Sarpi, auteur de l’histoire du Concile de Trente; de Gibbon, de Jean Muller, auteur de l’histoire de la Suisse; tous ont les yeux très saillans et déprimés vers la joue.

Que l’on considère le portrait de M. Adelung à Brunswick, et celui de sa fille, qui a hérité du génie de son père pour les langues; ceux de MM. Bottiger , de Dresde; Heyne, de Gotlingue; Schlosser, Birkenslock, de Vienne; Saxe, d’Utrecht; Murr, de Nuremberg; Harles et Meusel, l’un et l’autre de Erlangen; Krans, de Kœnisberg; Rasdorfer, de Schweinfurt; Wolf, de Berlin; Wolke, de Leipsick ; Binger, de Manheim ; ce dernier est devenu aveugle à force de lire. Qu’on admire enfin le signe extérieur de cette belle faculté, dans nos deux célèbres professeurs de la faculté de Paris, MM. Desgenettes et Percy.

Je fatiguerais le lecteur en multipliant les citations. Partout où je regarde le portrait d’un homme qui s’est fait un nom dans une partie qui suppose ce genre de mémoire, je trouve de grands yeux déprimés. Comment après cela pourrais-je douter encore que cette faculté 11e soit une faculté fondamentale propre, et que l’organe n’ait, son siège au-dessus du plancher orbitaire?

Les Lits prouvent jusqu’il l’évidcnce que cette organisation produit toujours Ja meme tournure d’esprit. A quelle force fondamentale peut-on ramener les fonctions de cet organe? Est-ce à raison de cet organe que l’espèce humaine s’est créé un langage parlé? Cet organe a-t-il tracé aux peuples les règles immuables d’une grammaire générale ? Voilà des questions auxquelles on ne pourra répondre un jour qu’a près avoir fait encore un très grand nombre d’observations. En voici quelques-unes qui pourraient faire présumer qu’on doit y répondre affirmativement.

Sens des langues dans Vêlai de maladie.

Une femme axait assez de facultés intellectuelles pour faire son ménage et pour soigner ses enfans. Quoiqu’elle eût l’ouïe bonne, elle ne put jamais apprendre à parler. Dans son crâne., les planchers orbitaires supérieurs sont fortement voûtés en sphère, preuve certaine que les parties cérébrales placées au-dessus étaient très faiblement développées. Dans le crâne d’un individu complètement imbécile, les planchers orbitaires supérieurs s’élèvent également beaucoup en sphère dans la cavité crânienne.

DU CERVEAU. àj

M. P inel rapporte un fait rpii trouve sa place ici :

« Un notaire avait oublie , à la suite d’une attaque d’apoplexie , son propre nom, celui de sa femme, de ses enfans, de ses amis, quoique d'ailleurs sa langue jouît de toute sa mobilité; il ne savait plus lire ni écrire, et cependant il paraissait se ressouvenir des objets qui avaient autrefois fait impression sur ses sens et qui étaient relatifs à sa profession de notaire. On l’a vu désigner avec les doigts des dossiers qui renfermaient des actes qu’on ne pouvait retrouver, et indiquer par d’autres signes qu’il conservait fancienne chaîne de ses idées (i). »

Un soldat que M. le baron Larrey a eu la complaisance de m'envoyer, est dans un état à-peu-près semblable.

C’est également à la suite d’une attaque d’apoplexie que cet homme se trouve dans l’impossibilité d’exprimer, par le langage parlé , ses senliniens cl scs idées. Sa figure ne porte aucune trace d’un dérangement de l’intellect. Son esprit trouve la réponse aux questions qu’on lui adresse; il fait tout ce qu’on le prie de faire. Je lui montrai un fauteuil, et je lui demandai s’il savait ce que c’était ; il me répondit en s’établis-

(i Sur 1 Aliénation moniale , x‘ . cdil., §. io5.

S ü H LES FONCTIONS

saut clans le fauteuil. Il est incapable d’articuler sur-le champ un mot qu’on prononce pour le lui faire répéter ; mais quelques instans après, ce mot lui échappe involontairement. Dans son embarras, il montre du doigt la partie inférieure de son front ; il témoigne de l’impatience, et indique par des gestes que c’est de là que vient son impuissance de parler. Ce n’est point sa langue cpii est embarrassée, car il la fait mouvoir avec une grande agilité, et il prononce très bien un grand nombre de mots isolés. Ce n’est pas non plus sa mémoire qui est en défaut, car il me témoigna très vivement qu’il était fâché de ne pas pouvoir s'exprimer sur beaucoup de choses qu’il eût voulu me raconter. Il n’y a d’aboli chez lui que la faculté de parler. Ce soldat, tout comme le malade de M. Pinel, n’est plus capable ni de lire ni d’écrire.

Peut-être que des faits semblables répandent du jour sur ces maladies mentales, dans lesquelles les malades refusent absolument de parler. Je possède le crâne d’un aliéné de celte espèce: dans ce crâne aussi, le plancher supérieur de l’orbite forme une voûte très élevée en segment de sphère. L’on pourrait dire que, dans les cas ou le système nerveux est attaqué de faiblesse, c’est la pariie antérieurement déjà la plus faible qui souffre le plus, et que le malade se trouve

DU (. lî R V E A U .

dans l'impuissance de parler, et a perdu meme le souvenir d'avoir parle jamais , quoique l’exercice de ses autres facultés intellectuelles continue d'avoir lieu jusqu’à un certain point. Ceci expliquerait encore comment, par une maladie, après une chute ou une lésion quelconque, un homme peut se trouver dans l’impuissance de parler, sans que celte impuissance puisse être imputée à une paralysie des organes vocaux. Dans des cas semblables, nous avons lâché , dans l’hôpital des aliénés à Vienne, d’exciter l’action du cerveau, non seulement par des médicamens internes, mais aussi par des frictions ; par exemple, d’onguent avec le tarlrite de potasse slibié ; et nous sommes parvenus à rétablir la faculté de parler.

Il y a des enfans de deux à douze ans, et même de quatorze ans , qui ne savent pas parler, quoiqu'ils entendent bien, et qu’ils ne soient pas idiots, à beaucoup près, au même degré où le sont d’autres enfans qui parlent. Dans ces cas , le vice ne gît point dans les organes vocaux, comme se le persuadent quelquefois les ignorans, et moins encore dans un état d’apathie du sujet. Des enfans pareils ont souvent, au contraire, une grande vivacité physique -, ils ne font que sautiller, et ils passent de même d’une idée à l’autre avec une étonnante rapidité, et ne fixent

leur attention sur rien. Lorsqu’on les relient, et qu’on prononce à leur oreille un nom ou quelque autre mot, ils le répètent distinctement. Il est très difficile de faire cette expérience deux fois de suite, et c’est la chose impossible d’aller jusqu’à trois, ce qui prouve une faiblesse générale des organes des facultés intellectuelles. Quelquefois cependant de pareils sujets sont capables d’exprimer par écrit leurs idées et leurs sentimens avec assez d’ordre, ce qui prouve bien que leur faiblesse intellectuelle est particulièrement relative à la faculté de parler. Quoique ces cas ne soient pas absolument rares, je n’ai pas pu jusqu’ici me procurer de crâne d’un sujet pareil. Lorsqu’on traite cesenfans par une méthode curative tonique, lorsqu’on ne fait pas subir une contention trop forte et trop long-temps continuée à leurs faibles facultés, lorsque, par le progrès de l’âge, leurs parties cérébrales acquièrent plus de consistance, leurs facultés intellectuelles se développent souvent peu à peu, et ils finissent par acquérir la faculté de parler, et prendre rang parmi les personnes raisonnables. Il n’y a que dans le cas où il existe une hydrocéphale ou quelque autre vice organique qui laisse peu d’espoir d’une issue favorable.

M. Spurzheiin a vu, à Invcrness, en Ecosse, un homme qui, étant frappé d’apop'exie, con-

U U CERVEAU

naissait les qualités des objets, qui sc rappelait les signes vocaux , ruais qui ne pouvait pas les prononcer. Si on lui montrait une couleur , telle que la verte , et qu’on lui demandât si la couleur était brune, jaune ou toute autre que verte, il répondait que non ; aussitôt qu’on nommait la véritable couleur, il disait que oui. M. Spurzbeim a observé un cas semblable à Paris. L’homme comprenait tout ce qu’on lui disait , mais il ne pouvait pas trouver la prononciation des mots dont il avait besoin. 11 demandait différens objets; si on lui apportait la chose dont il avait prononcé le nom, il répondait sur-lechamp : c’est, ou ce n’est pas cela.

Quelquefois cette espèce de mémoire se trouve exaltée dans l’état de maladie. Les malades se rappellentdes événemens dont ils n’avaient plus aucun souvenir dans l’état de santé. Us citent des passages entiers qui étaient oubliés depuis long-temps; ils parlent des langues qu’ils avaient apprises dans l’enfance, mais dont iis avaient complètement perdu l’exercice.

L’organe de la faculté du langage est peut etre particulièrement excité dans ces cas d’aliénation où les malades croient entendre des voix qui leur parlent. J’ai donné des soins à deux femmes atteintes de ce genre de manie;

l’une el . l’autre avaient de grands yeux à Heur de tête et déprimes vers les joues.

La même irritation paraît avoir lieu dans les aliénés qui s'imaginent parler toutes les langues. Chez un aliéné de ce genre, que nous avons vu à Berlin dans le grand hôpital, dit la Charité , la partie cérébrale affectée à celte fonction était extraordinairement dé v el o ppée .

Il existe donc une manie partielle , bornée à la faculté de parler ; or, ce phénomène serait impossible si la faculté du langage de parole ne se fondait pas sur une partie cérébrale particulière.

Pour mieux faire sentir ce que c’est que le langage de parole, et quelle est la faculté qui lui donne naissance, il sera utile d’examiner sa manière d’être et ses différens degrés de perfection chez les animaux.

Sur le lançage des animaux.

Tout langage est l’expression ou la manifestation des idées ou des sentimens qu éprouvent les hommes ou les animaux. U y a, par conséquent, autant de langages différens quil y a de moyens différens d’exprimer ou de comnmni-

DU CEllVF.AU.

quor ses idées et scs senliinens . Ces moyens sont: ou des sons, des paroles; ou des gestes, des signes imperceptibles pour l’oreille. Les sons et les gestes sont ou naturels ou arbitraires. L’homnie se sert de deux langages ; où les signes naturels ne lui suffisent pas, il en invente d’arbitraires. Les animaux ont le langage des gestes, personne n’en doute. Dans un autre endroit, je développerai l’origine du langage des gestes. Mais les animaux ont-ils aussi le langage de parole? C’est ce que nous allons déterminer à présent. ^

A'oici comment C.-G. Leroy s’exprime sur ce sujet:

« Nous ne remarquons dans les bétes que des cris qui nous paraissent inarticulés : nous n’entendons que la répétition assez constante des memes sons. D’ailleurs nous avons quelque peine à nous représenter une conversation suivie entre des êtres qui ont un museau allongé ou un bec. De ces préjugés, on conclut assez généralement que les bêtes n’ont point de langage proprement dit, que la parole est un avantage qui nous est particulier, et que c’est l’expression privilégiée de la raison humaine. Nous sommes trop supérieurs aux bêtes pour chercher à méconnaître ou a nous déguiser ce dont elles jouissent; et J’apparente uniformité des sons qui nous frap-

poi;t ne doit point nous en imposer. Lorsqu’on parle en notre présence une langue qui nous est étrangère 7 nous croyons n’entendre que la répétition des mêmes sons. L’habitude et même l’intelligence du langage nous apprennent seules à juger des différences. Celles que les organes des bêtes mettent entre elles et nous, doivent nous rendre encore bien plus étrangers à elles, et nous mettre dans l’impossibilité de reconnaître et de distinguer les accens , les expressions , les inllcxions de leur langage. Il est certain cependant que les bêles de chaque espèce distinguent très bien entre elles ces sons qui nous paraissent confus. Il ne leur arrive pas de s’y méprendre, ni de confondre le cri de la frayeur avec le gémissement de l’amour. Il n’est pas seulement nécessaire qu’elles expriment ces situations tranchées, il faut encore qu’elles en caractérisent les différentes nuances. Le parler d'une mère qui annonce à sa famille qu'il faut se cacher, se dérober «à la vue de l’ennemi, ne peut pas êire le même que celui qui indique qu’il faut précipiter la fuite. C’est une question qui doit se résoudre par la solution de deux autres. Ont-elles ce qui est nécessaire pour parler ? Peuvent-elles, sans parler, exécuter ce qu’elles exécutent ! Le langage ne suppose qu’une suite d’idées et la faculté d’articuler. Nous avons reconnu, sans peuvou

nu C F. U V !•'. ,Y ! T .

en douter, dans les lettres précédentes, que les betes sentent, comparent, jugent, réfléchissent, concluent, etc. Elles ont donc, en fait d’idées suivies , tout ce dont on a besoin pour parler. A l’égard de la faculté d’articuler , la plupart n’ont rien dans leur organisation qui paraisse devoir les en priver. Nous voyons meme des oiseaux, d’ailleurs si différens de nous, parvenir à former des sons articulés entièrement semblables aux nôtres. Les betes ont donc toutes les conditions qui sont nécessaires au langage. Mais si nous suivons de près le détail de leurs actions, nous voyons de plus qu’il est impossible qu’elles 11e se communiquent pas une partie de leurs idées , et qu’elles ne le fassent pas par le secours des mots. Leurs diverses agitations ont des intonations différentes qui les caractérisent. Si unemère effrayée pour sa famille n’avait qu’un ci l pour l’avertir de ce qui la menace, on verrait à ce cri la famille faire toujours les mômes mouvemens. Mais au contraire, ces mouvemens varient suivant les circonstances. Tantôt c’est précipiter la fuite, tantôt c’est se cacher, une autre fois ce sera de se présenter au combat. Puisqu’on conséquence de l’ordre donné par la mère les actions sont differentes , il est impossible que le langage ne l’ait pas été. Peut-on dire que les expressions ne soient pas fort diversifiées entre

un mâle et une femelle pendant la duree de leur commerce, puisqu'on remarque entre eux mille mouvemens de différente nature? Empressement plus ou moins marqué de la part du mâle; réserve mêlée d’agaceries delà part de la femelle; refus simulés, emportemens , jalousies, raccommodemens. Pourrait-on croire que des sons qui accompagnent tous ces mouvemens ne sont pas variés comme les situations qu’ils expriment? 11 est vrai que le langage d’action est d’un très grand usage parmi les bêles , et qu’il est suffisant pour qu’elles se communiquent la plus grande partie de Icufs émotions. Ce langage familier à ceux qui sentent plus qu’ils ne pensent, fait une impression très prompte, et produit presque dans l’instant la communication des sentimens qu’il exprime; mais il ne peut pas suffire dans toutes les actions combinées des bêtes , qui supposent concert, convention , désignation de lieu, etc. Deux loups qui, pour chasser plus facilement ensemble, se sont partagé leurs rôles, dont l’un est allé attaquer la proie pendant que l’autre s’est chargé de l’attendre à un lieu donné pour le pousser avec des forces fraîches, 11’ont pas pu agir ensemble avec tant de concert sans se communiquer leur projet; et il est impossible qu’ils l’aient l’ail sans le secours d’un langage articulé. »

DU CKRVEAU.

« L'éducation des belles s’accomphl en grande partie par le langage d’action. C’est l’imitation qui'les accoutume à la plupart des mouvemens qui sont necessaires à la conservation de la vie naturelle de l’animal. Mais lorsque les soins, les objets de prévoyance et de crainte se multiplient avec les dangers, ce langage n’est plus suffisant; l’instruction devient plus compliquée, les mots deviennent nécessaires pour la transmettre : sans une langue articulée, l’éducation d’un renard ne pourrait pas se consommer. Il est certain, par le fait, qu’avant d’avoir pu s’instruire par l’expérience personnelle, les jeunes renards, en sortant du terrier pour la première fois, sont plus défians et plus précaulionnés dans les lieux où on leur fait beaucoup la guerre, que les vieux ne le sont dans ceux où l’on ne leur tend point de pièges. Cette observation, qui est incontestable, démontre absolument le besoin qu’ils ont du langage : car comment, sans cela, pourraient-ils acquérir cette science des précautions qui suppose une suite de faits connus, de comparaisons faites, de jugemens portés ! Il paraît donc qu’il est absurde de douter que les bêtes aient entre elles une langue, au moyen de laquelle elles se transmettent les idées dont la communication leur est nécessaire. Mais l’invention des mots étant bor-

SUR UES FONCTIONS

née par lo besoin qu’on en a , on sent que la langue doit être très courte entre des êtres qui sont toujours dans un e'tat d’action, de crainte ou de sommeil (i). »

Lorsque l’on a des occasions fréquentes d’observer les animaux, on apprend à entendre leur langage, on connaît les inflexions di fier en les que prend le cri du coq, de la poule et des autres oiseaux , selon le sentiment ou l’idée qu’ils veulent exprimer. Je vis une troupe de canards proférer des sons confus avec toutes les marques de l’inquiétude; leurs mouvemens singuliers fixèrent mon attention ; je ne pus douter qu’ils ne fussent occupés de quelque chose qui les intéressait beaucoup; leur inquiétude devenait plus visible de moment en moment ; à la fin, une cane nui accourut d’assez loin à toutes

jambes, se précipita dans la cour. Toutes scs camarades la reçurent avec les marques de la joie la plus vive; toutes s’approchèrent d’elle, allongèrent la tête vers elle en se baissant , en agitant la queue et en faisant des espèces de révérences; le caquet s’anima de plus en plus, toutes finirent par se retirer très contentes dans

(1) Leu res philosophiques sur l'intelligence et la perfectibilité des animaux, par C.-G. Leroy, à Paris, 1802 , p. 8.i , H’j.

DU CERVEAU. 4Ç

leur loge. Viendra- t-on me soutenir que ces canards ne se sont pas parle? Je suis instruit de tous les besoins de mes chiens par les différens sons qu’ils profèrent. Mon singe manifeste, par des sons toujours modifiés, les besoins, les senlimens, les affections et les idées les plus diverses. Il n’y a pas jusqu’à mes domestiques, qui ne comprennent -son langage.

Ce 1, mgage est naturel aux animaux ; il est inhérent à leur être; il est le même chez tous les individus de la même espèce; aucun individu ne l’apprend, tous le parlent bien, et tous le comprennent parfaitement. L’observateur attentif se convaincra facilement que ce langage est beaucoup plus étendu, surtout dans les espèces les plus intelligentes, qu’on ne le suppose communément.

Mais ce qui prouve encore bien plus en faveur d’une faculté des animaux pour le langage, c’est leur aptitude à entendre les langues arbitrairement formées de l’homme. Tous nos animaux domestiques fournissent des preuves en faveur de cette dernière assertion. Ils apprennent à comprendre non-seulement des mots isolés ou des sons articulés, mais des périodes entières exprimant plusieurs idées. J’ai fait , à ce sujet, les observations les plus suivies. J’ai parlé souvent à dessein d’objets qui pouvaient intéresser

. mon chien , en évitant de le nommer lui-mème, et sans laisser échapper aucune intonation ou aucun geste qui eût pu réveiller son attention. Il n’en témoignait pas moins du plaisir ou du chagrin, selon l’occasion; il manifeslait enfin par sa conduite qu’il avait très bien compris que la conversation le concernait. J’avais amené une chienne de Vienne à Paris; au bout de très peu de temps clic comprenait le français aussi bien que l’allemand; je m’en suis assuré en disant devant elle des périodes entières dans l’une et l’autre langue.

Il me reste à examiner jusqu’à quel point l’anatomie comparée confirme ces observations par l’examen du crâne et de la tète des animaux.

Sur l’Organe du sens du langage chez les

animaux.

Dans l’homme, le cerveau, ou plutôt les circonvolutions inféricures-antéricures dont il est ici question, s’étendent ordinairement à droite et à gauche, à environ deux pouces de la ligne médiane; de façon que toute la largeur de la surface antérieure-inférieurc du cerveau humain est, d’ordinaire, d’environ quatre

r> v c i: n v f.au.

pouces. Chez le cheval et le bœuf, elle est d’à- peu-près deux pouces et demi; ce qui fait que généralement le Iront des animaux est beaucoup moins large que celui de l’homme. L’ensemble de cette masse cérébrale , située sur le plancher orbitaire, et contre le front, est composé de plusieurs organes, tels que ceux de l’éducabililé, du sens des localités, du sens des personnes, du sens des mots et du langage, du sens des tons, du sens des nombres, et peut-être de ceux du sens de l’ordre et du sens du temps. Or, suivant qu’une espèce se trouve douée de plus ou de moins de ces organes, sa masse cérébrale s’étendra plus ou moins sur les cotés, et la surface inférieure-antérieure du crâne sera [dus ou moins large. Dans l’homme, le bulbe de l’œil ou l’orbite, excepté son bord extérieur, est recouvert par les circonvolutions inférieures des lobes antérieurs uu cerveau, et le plancher supérieur des orbites est très large, plus ou moins étendu vers le coté, et [dus ou moins aplati ou bombé, selon que les circonvolutions sont plus ou moins larges, plus ou moins développées. Chez le singe, la nature est restée fidèle au même type; mais les parties antérieures du cerveau se rétrécissent en coin bien plus que dans notre espèce; une partie bien plus grande du bull >c de l'œil est placée en dehors de l’encé-

52 SUR LKS FONCTIONS

phale. Le plancher orbitaire supérieur est nonseulement moins large, mais il est aussi plus bombé en sphère dans l’intérieur de la cavité crânienne; ce qui fait que, même toute proportion gardée, le cerveau du singe se termine en avant beaucoup plus en cône ou en ovale que ccluide l’homme. PI. LXXX1X, lig. i, l’intérieur de la baso du crâne de l’homme, hg. 2, base ouverte du crâne du singe, fait voir que les circonvolutions inférieures-moyennes des lobes antérieurs sont beaucoup plus excavées, c’est-à-dire beaucoup moins développées vers le plancher orbi" taire dans le singe que dans l’homme. Les orbites des guenons et de l’orang-outang son t presque aussi profonds que ceux de l’homme; ce qui prouve combien la surface inférieure des lobes antérieurs est plus petite dans ces animaux que dans l’homme. Chez les papions, les mandrils et les pongos , plus de la moitié du bulbe de l’œil se trouve en dehors du cerveau. Comparez les crânes de l’homme avec les crânes de toutes les espèces de singes, PI. LXXV, PI. LXXXVIII, avec PI. LXVII , lig. 1, le crâne du pongo; lig. 2, crâne du pnpion; et PI. LXXIX, lig. 1, le crâne du sajou; lig. 2, le crâne du singe capucin ; lig. 3, le crâne du singe troglodytes ; lig. f\ , le crâne de l’orang-outang. Comparez les cerveaux du singe palas cl de l’orang-outang,

I)U CERVEAU. 53

Fl. XXXIV, et PI. LXXVII, le cerveau d’une guenon, fig. i, avec toutes les planches du cerveau humain.

Dans le chien, il n’y a que la partie postérieure interne du bulbe qui louche le cerveau; plus des deux tiers de l’œil se trouvent placés en dehors de l’encéphale. Chez plusieurs autres animaux , le bulbe tout entier se trouve en dehors du cerveau, et bien plus en avant que lui; ceci a lieu chez le blaireau, le castor, le cochon, car la partie du crâne qui chez ces espèces parait au premier coup-d’œil constituer l’orbite supérieur, ne forme dans le fait que les sinus frontaux. Voyez les Tl. LXVI, LXX, LXXII; les deux tètes de chiens, PI. LXXXI, fig. i et fig. 2 , en général toutes les tètes d’animaux, et PI. XXXIII , les cerveaux du kangourou, fig. 3, du tigre et du lion, fig. 4 et 5; PI. III, le cerveau du veau; PI. XIV, le cerveau du mouton; PI. LXXVII, fig. 2, le cerveau du chat.

Chez les oiseaux, il y a toujours d’autant plus de masse cérébrale placée au-dessus de la partie interne du bulbe, que l’espèce a plus d’aptitude au langage. Que l’on compare Planche LXXXI , fig. 3, la pie; fig. 4, l'étourneau; fig. 5, le grand corbeau; fig. G, le perroquet,

SU K UES FONCTIONS

avec les gallinacées, PI. LVII, et le cerveau de la poule, PI. I, fig. 2.

Ce petit nombre d’exemples suffira pour faire concevoir au lecteur que les animaux peuvent avoir non-seulement entre eux un langage déterminé , mais encore comment ils sont capables de comprendre ces sons arbitraires qui composent nos langues , comment ils sont en état de saisir une série d’idées exprimées par une période.

Il paraît mémo que l’aptitude au langage qu’ont les animaux , est destinée non-seulement à subvenir à leurs propres besoins, mais encore à les rendre capables d’entendre la signification des sons et du langage d’autres animaux et de l’homme.

Réflexions philosophujiies sur le langage de

parole.

Depuis Condillac, les philosophes s’épuisent en raisonnemens sur l’influence que les signes en général et le langage de parole en particulier exercent sur nos idées et sur nos connaissances. Ils soutiennent que sans signes nous 11e penserions presque pas ; qu’il n’y a que les mots articulés qui puissent nous conduire aux idées abs-

traites ; que les signes, le langage, développent nos facultés , font naître nos penclians, nos sentimens , nos affections, nos passions ; que sans signes nous ne pourrions pas comparer nos idées simples, ni analyser nos idées composées 3 et qu’ainsi les langages sont aussi nécessaires pour penser que pour parler , pour avoir des idées quo pour les exprimer ; et que sans langue nous 11’aurions que des notions très peu nombreuses , très confuses et très incomplètes , etc.

Il arrive, par une fatalité commune aux philosophes , ce qui arrive aux médecins et à tout le monde, de prendre les symptômes pour la maladie, l’écorce pour le fruit. Déjà M. Deslut- Tracy a dit : que Condillac aurait dû énoncer différemment sa découverte, et dire que tout signo est l’expression du résultat d’un calcul exécuté, ou, si l'on veut, d’une analyse faite , et qu’il fixe et constate ce résultat , en sorte qu'une langue est réellement une collection de formules trouvées, qui ensuite facilitent et simplifient merveilleusement les calculs ou analyses qu’on veut faire ultérieurement. Eu effet , tous les signes possibles , le langage d’action aussi bien (pie celui de parole , sont un produit de l’activité des facultés, des penclians, désaffections et des passions des hommes et des animaux. 11 est dans la nature de l’homme et de l’anima! , du

Sun L E S F O N C T IONS

produire des sons quelconques dès qu’ils sont affectes, dès qu’ils éprouvent le besoin de se communiquer à leurs semblables. C’est un effet si nécessaire à leur organisation , qu’il a lieu même malgré nous; et ces sons peignent presque toujours si bien nos diverses affections , qu’ils en deviennent les signes naturels les plus certains et les plus distincts. Antérieurement à tout langage, les organes de nos qualités et facultés sont actifs; et pour peu que celte action soit vivement sentie , elle se manifeste soit par des gestes , soit par des sons , des paroles , ou par ces deux moyens à-la-fois. Il s’ensuit que ces signes extérieurs sont tout au plus proportionnés à l’action des facultés intérieures ; c’est moyennant le langage que l’homme et l’aniin d font connaître leurs sentimens et leurs idées; par conséquent, le langage de chaque espèce d’animal, de chaque peuple , de chaque individu , doit être plus ou moins riche , plus ou moins juste , selon que les sentimens et les pensées sont plus ou moins nombreux, plus ou moins clairs, vifs et délerminés. Un langage quelconque ne peut jamais avoir plus de signes, que ceux qui l’instituent n’ont d’idées ou de sentimens. Les langages et les connaissances marchent toujours de front; et dans celte marche progressive , le niveau se rétablit à chaque ins-

tant entre les facultés intérieures et les signes. Pour transmettre à mes auditeurs ou à mes lecteurs d’une manière claire mes idées et mes sentirnens, je tâche de m’en bien pénétrer, de les personnifier pour ainsi dire, et la véritable expression se présente d’elle-même. C'est pourquoi la langue la plus perfectionnée est toujours celle employée par les hommes les plus profonds et les plus écl. tirés ; et toutes les fois que le langage est pauvre, vague, imparfait, vacillant, on peut accuser des mêmes imperfections les sentimens et la série des idées. Le langage des bêtes est, pour la même raison, très borné ; et l’on conçoit pourquoi celui de certains sauvages ne sera composé que de trois cents mots. Les mots ne sont créés qu’à proportion du besoin que l’homme en a.

Cette doctrine si fastueusement annoncée est donc fausse : que le langage , que les signes en général aient provoqué, dirigé et fixé la marche de l’esprit humain dans ses combinaisons et dans ses recherches. J’admets que l’histoire des signes est en même temps l’histoire des progrès successifs des connaissances humaines. Mais ce sont les connaissances, les penchans , les sentimens , les talens qui ont produit les signes ; jamais un signe quelconque ne saurait faire naître un penchant, un sentiment ou un talent. Il faut d’a-

bord les avoir éprouvés , et ensuite avoir saisi l’acception du mot ou du signe inventé par d'autres. Parlez de métaphysique dans les termes les plus distincts à un animal , à un imbécile , à un homme très borné, c’est parler des couleurs à un aveugle. Vantez à un avare la vertu de lu bienfaisance , à un cruel le charme de la compassion : avec tous vos signes , vous ne réveillerez ni la bienveillance chez l'avare , ni la sensibilité chez le cruel.

Le langage de parole est , il est vrai , de tous les langages et de tous les signes artificiels possibles , le plus commode cà employer ; il ne faut ni instrumens , ni préparatifs comme pour les figures tracées ; U n’exige ni espace ni liberté de ses membres comme pour les gestes ; dans quelque position que l’on soit , estropié , malade , agissant, on peut produire ces signes; on les entend do même de jour comme do nuit., de loin comme de près, sans se déranger, sans se tourner vers eux, sans s'en occuper, sans même le vouloir. Ces propriétés qu’ont les sons d’être les plus naturels et les plus commodes de tous les signes, font que de tous ils sont ceux qui nous deviennent les plus profondément habituels par l’usage, et qui se lient et s’unissent le plus intérieurement en nous aux idées qu’ils représentent.

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