U C H K V EAU
Il est vrai aussi que les sons ont la propriété très précieuse île pouvoir devenir des signes permanens au moyen de l’écriture, ils demeurent fixés sous nos yeux comme les hiéroglyphes, les dessins, et tous les autres signes durables, etpeuvent comme eux, réveiller en nous à chaque instant les idées dont nous avons été affectés passagèrement, et nous rappeler celles que nous pourrions avoir oubliées, et qui servent de liaisons nécessaires aux autres.
Nonobstant tous ces avantages si bien détaillés par M. Destut-Tracy (1), il faut avouer que le langage des gestes, quoique privé de quelquesunes de ces propriétés , est plus naturel, plus intelligible, plus universel que le langage de parole j que le langage d’actions ou de gestes est antérieur au langage de parole, etc., etc. J 0 ferai voir futilité immense du langage de gestes, à l’occasion du traité sur la patognomonique et sur la mimique.
Les cas de maladie que j’ai cités plus haut, et ou les malades avaient pleine connaissance des choses, sans en pouvoir trouver ou prononcer les noms, prouvent que l’action des forces intérieures précèdent les signes, qu’elle en est meme jusqu’à un certain point indépendante, et enfin
(1) Projet d’élémeris il'iilcolo^ie , rhap. XVI et XV'!
Go SUR UES FONCTIONS
que les signes arbitraires, connue le langage de parole, ne peuvent faire naître des idées et des spnlimens, quautant qu’ils sont devenus, par l’usage, des moyens d’association.
S’il était vrai que sans signes nous ne penserions presque pas, et qu’il n’y a que les mots articulés qui puissent nous conduire aux idées abstraites, etc., les enfans ne penseraient presque pas avant qu'ils ne sussent parler. Or . l’expérience fait voir qu’avant de parler, les enfans ont déjà acquis une infinité de notions, ce qui, sans penser, serait impossible. Les enfans commencent même les opérations de leur intelligence par se faire des idées abstraites. Sans s’arrêter aux nuances des couleurs, toutes ces nuances sont rapportées à l’idée abstraite ; elles sont toutes ou vertes, ou rouges, ou bleues, etc. Les petits des animaux, le veau, le poulain, sont des enfans de vache, des enfans de cheval, etc. Ainsi abstraire est le premier besoin de l’intellect, et il se fait sans le concours d’aucun langage.
Il est encore constaté par l’expérience que toutes les fois qu’un individu est privé de l’ouïe, il emploie d’autres signes, soit naturels, soit arti— licicls, pour exprimer ses sentimensetses pensées. Ou s’est enfin désabusé de l’opinion réfutée depuis quelques siècles, que les sourds de naissance ne soient pas susceptibles des mêmes
Gr
scntimens, des memes ide'es, des mêmes connaissances <[uc les personnes qui entendent. Les connaissances des sourds , à moins qu’ils ne soient mal organisés sous le rapport de l’intelligence, sont souvent plus justes, plus précises que les connaissances vagues cl indéterminées d’autres personnes. L’instruction de celles-ci se lait trop souvent dans des termes mal compris, ambigus; l’instruction au contraire des sourds commencent toujours par les objets mêmes; jamais le sourd ne se fera illusion d’avoir une idée positive des choses spirituelles; il sait très bien que tout ce qu’il en sait est fondé sur des négations, parce qu’on lui a fait concevoir, par exemple, que l’esprit n’est pas un corps étendu, et qu’il n’est pas une matière sans action, etc. Du reste, tout le monde connaît combien leurs idées sur les affections, sur les sensations, sur les senlimens et sur les passions sont exactes, et avec quelle rapidité ils communiquent entre eux long-temps avant d’avoir reçu la moindre instruction.
M. Spurzheima vu un jeune homme écossais, né sourd et aveugle , qui, privé de ces deux principaux moyens de communication , et sans avoir joui d’une éducation quelconque, manifeste des qualités morales ou affectives et des facultés intellectuelles à un plus haut degré (pie bien d’autres individus qui sont doués de tous les sens extérieurs.
sur. TES FONCTIONS
Ce fait est trop important pour que je ne le fasse pas connaître à mes lecteurs tel que M. Spurzliciin l’a rapporté dans sa Phrœnologie.
« L’histoire de Jacques Mitchel, jeune écossais, né sourd et aveugle , fournit une preuve évidente (pic les cinq sens ne nous procurent pas les facultés affectives et intellectuelles , et qu’ils ne sont que des instrumens intermédiaires. A cause de l’importance du fait, et parce que j’ai vu moirneme ce jeune homme, j’en parlerai avec quelques détails.
» Il est né le i j novembre 1 79.*), sourd et aveugle, de pareils intelligens. On peut conjecturer qu’il perçoit intérieurement des sons, car il paraît éprouver du plaisir à mouvoir des corps durs contre ses dents : on l’a vu faire cela pendant des heures entières. Il a toujours aperçu lalumièreau point de distinguer le jour de la nuit, et les couleurs éblouissantes; il s’est amusé, dès sa jeunesse, à regarder le soleil à travers les fentes de la porte , et à allumer du feu. A l’âge de 12 ans, les tympans des deux oreilles ont été perforés ; l’un par M. Astlev Cooper , l’autre par M. Saunders, mais sans amélioration de l’ouïe. A 14 ans, M. Wardrop lui lit l’opération de la cataracte sur l’œil droit : depuis lors , il reconnut plus facilement la présence des objets extérieurs ; mais il n’a jamais lait lisage de la vue pour connaître les «qualités des corps. Avant et après cette époque ,