‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 31 sur 58 · DU (. I. H V !•: A. U · texte numérisé non relu

DU (. I. H V !•: A. U

/), ■ faction de l organe de lu bienveillance dans

la manie.

Cet organe joue, plus souvent qu’on ne pense, son rôle particulier dans la manie, tant cliez les aliénés qui se livrent à toutes sortes de malices et de méchancetés, que chez ceux qui veulent combler de bien tout le monde.

Un hussard, qui avait toujours manifesté une grande bonté de caractère, devint aliéné. Il ne souffrit plus sur lui le moindre vêtement, mais il donnait tout; il ne cessait de dire qu’il voulait rendre tout le monde heureux; et dans tous ses projets de bienfaisance, il mêlait la Sainte- Trinité. Son crâne prouve qu’il avait l’organe de la bonté et celui de la dévotion l’un et l’autre extrêmement développés.

Quand j’ai prouvé la pluralité des organes du cerveau et l’indépendance naturelle des qualités morales ou des facultés intellectuelles, j’ai cité plusieurs cas où , à coté d’une aliénation ou d’une imbécillité complète à l’égard de toutes les autres facultés, certains penchans ou talens se manifestaient avec une grande énergie, tels que h; désir vénérien, la ruse, le penchant au vol, le talent d’imitation, une mémoire verbale extraordinaire, etc.; d’autres accablent tout le

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monde de démonstrations d’attachement et de bienveillance; d’antres, au contraire, sont de véritables démons de médian ce lé et de malfaisance, qui cassent et déchirent tout ce qui tombe entre leurs mains; qui maltraitent et tourmentent les hommes et les animaux, et tirent vengeance des moindres sujets. M. Spurzheim cite deux faits pareils mentionnés par M. Harlani. « W. H. Y..., garçon âgé de près de sept ans, fut reçu à l’hôpital le 8 juin 1799. La mère, qui vint souvent le voir , raconta qu’un mois avant d’être délivrée de cet enfant, elle a eu une forte frayeur. Immédiatement après la naissance, l'enfant fut sujet à des agitations , et la moindre indisposition lui causait des convulsions. À l’âge d’un an , il paraissait plus vif, et dormait moins que les autres enfans. Quand il eut deux ans, la mère s’aperçut qu’on ne pouvait pas le maîtriser malgré de fréquentes corrections.

» Toutes ses facultés physiques et intellectuelles se développaient lentement. A quinze mois les dents 11’avaient pas encore poussé; à l’âge de deux ans et demi, il ne marchait pas encore seul; à quatre ans seulement il commençait a parler. E11 entrant à l’hôpital , au moment ou il quitta sa mère, il versa quelques larmes, mais son chagrin fut de courte durée. On le plaça près des femmes; la nouveauté de sa situ tlion

nu C, F. R V K A. U .

parut lui être agréable; chaque objet excitait, sa curiosité, sans fixer son attention; constamment dans une agitation turbulente, il parcourait en courant tous les appartenions de la maison. Sa manière de se comporter avec les autres malades avait quelque chose de brusque et d’insolent; tantôt il leur donnait des coups de pied , tantôtilleur faisaitmillegrimacesou leurcrachait au visage. Dès que la garde paraissait, il cessait ses méchancetés, et il lui promettait d’être plus tranquille. En vain on tenta plusieurs fois de lui faire connaître l’importance de la vérité, ou n’a jamais pu lui faire avouer les fautes qu’il avait commises; il se tirait toujours d’affaire avec quelque mensonge. En très peu de temps il acquit une habileté extrême dans l’art de contrefaire; il s’exercait à singer les malades dans leurs accès de folie, et particulièrement ceux qui étaient renfermés, parce qu’il pouvait le faire impunément.

» Dans l’espace de trois mois il fit des progrès dans ses connaissances ; mais il emprunta son langage de tous ceux qui juraient ou faisaient usage d’expressions obscènes. Ce fut en vain qu’on entreprit plusieurs fois de lui enseigner l’alphabet. Les leçons lui déplaisaient constamment, et rien ne pouvait le stimuler, soit qu’on employât

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la douceur, soit qu’on fit usage de la violence; son attention ne pouvait se fixer long-temps sur le même objet, quoiqu’il pût apprendre et retenir le nom de caractères arbitraires.

» A l’age de treize ans, il avait bien grandi , et jouissait d’une bonne santé. Il reconnut de suite M. Haslam , et lui répétait les mots : Ecole , Mooijïelds y mauvaise médecine. A cette époque il avait fait comparativement de grands progrès dans la langue. Il connaissait le nom des choses ordinaires, et pouvait prononcer et indiquer exactement le nom cle la rue et le numéro de la maison qu’il habitait. Ayant contracté l’habitude à l’hôpital de se servir pour ses besoins naturels d’un vase , il la conserva opiniâtrement. Sa malpropreté dégoûtante s’étendait jusqu’à salir de toutes sortes d’ordures son propre logement. C’était toujours avec un plaisir extrême qu’il voyait les autres enfans se livrer dans leurs jeux à quelques excès. Incapable de se lier à eux, il ne prenait aucune part à leurs récréations. Lorsqu’il était calme et dans son état naturel, il paraissait aimer tendrement sa mère; souvent même on le vit la caresser ; mais dans ses accès de folie, son cœur était fermé à la crainte et à la tendresse. Deux fois il lui lança un couteau. Tout objet brillant fixait son attention , mais plus particulièrement i’aspect des

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soldats et la musiquo guerrière, dont il savait si bien retenir les tons, qu'il les silllait avec beaucoup de justesse. Ses phrases étaient courtes, et il n’employait jamais de particules pour les lier ensemble; il parlait toujours de soi-meme a la troisième personne ,et ne faisait jamais usage de pronoms. Son attention n’était jamais réveillee que par de fortes intonations ou des causes frappantes : aux choses ordinaires il était impassible. »

« Au mois de juillet i8o3, je fus consulté pour un garçon de dix ans, que l’on avait envoyé ici accompagné d’un jeune homme de mœurs douces, chargé de sa surveillance. Les parens de l’enfant ne se rappelaient pas qu’aucun membre de leur famille eut jamais éprouvé aucune affection mentale. Cet enfant devint à l’âge de deux ans si méchant et si intraitable , qu’ils furent obligés de l’éloigner de la maison paternelle, et l’envoyèrent chez sa tante. Là on satisfit tous ses désirs, mais il ne se corrigea point, et il était devenu à sa neuvième année un enfant entêté et capricieux, le fléau de sa famille. A cette époque on le mit, d’après l’avis d’un médecin, sous la surveillance d’un étranger, et on adopta un système différent de traitement. On recommanda à son surveillant de le corriger

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à cliaque faute qu’il ferait. Il refusait alors de s’iiabiller ou de se déshabiller quoiqu’il eu fut capable. Si ses mains étaient libres , il déchirait ses habits, cassait tout ce qui l'environnait, ou ce qu’il pouvait atteindre ; souvent même il refusait de prendre toute espèce de nourriture. Constamment en opposition avec les avis qu’on lui donnait, il ne répondait que par caprices aux questions qui lui étaient adressées. Pendant plusieurs mois son surveillant le traita comme on en ('tait convenu , peut-être même ne déployal il pas toute la sévérité qui lui avait été recommandée ; car il est à présumer qu’après quelques flagellations , la voix de l’humanité l’emporta sur l’ordonnance du médecin. Quand l’enfant devint le sujet de mes observations, il jouissait d'une bonne santé, et sa tête était bien conformée. Plusieurs anatomistes distingués auxquels il fut présenté partagèrent cette opinion. Sa langue, quoique excessivement épaisse, n’empêchait pas qu’il n’articulât les mots très distinctement. Sa physionomie décélait ouvertement la folie ; il était d’une petite taille, mais vigoureusement constitué; sa peau douce et claire était dépourvue de sensibilité. Il supportait, le fouet et la canne, en affectant moins de douleur que les autres enfaus. Son pouls était naturel et son ventre régulier. Il avait bon appétit sans vora-

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cité. On pouvait le priver de nourriture pendant fort long-tems sans qu’il s’en plaignit. Il paraissait avoir besoin d’un long sommeil.

» A-peu-près insensible au plaisir, il pouvait neanmoins rendre un compte assez exact de ce qui lui avait été agréable. Comme il ne pouvait apporter à aucun objet une attention soutenue, et que son attention ne pouvait être excitée que par des impressions vives et profondes, on suppose bien qu’on ne lui avait pas enseigné les lettres de l’alphabet, et encore moins l’art de les copier. Plusieurs fois on essaya de l’envoyer a l’école, mais il ne fit jamais concevoir aucune espérance aux maîtres à qui il avait été confié , bien qu’ils fussent connus par leur patience et la rigidité de leur discipline. On peut donc en inférer qu’il avait profité sous la verge des écoles de tout le bien qui aurait pu résulter pour lui des privations de toute espece et des corrections les plus sévères.

» A notre première entrevue il trouva le moyen, dans l’espace de trois ou quatre minutes, de briser un carreau et de déchirer le jabot de ma chemise. Ennemi juré de tous vases fragiles, il brisait tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Lors de ses promenades dans la rue, son surveillant avait la précaution de se mettre du coté du mur, car s’il se trouvait à portée des

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fenêtres, il en biisait les vitres, toutefois si adroitement qu’il ne se blessait jamais. Ce n’êtait pas sans éprouver une joie extrême qu’il déchirait les dentelles et les tissus les plus élégans de la toilette des femmes; enfin il ne sortait presque jamais sans mettre à profit quelque occasion de satisfaire ses goûts destructeurs.

» Incapable de s’attacher à aucun animal faible, loin d’avoir* pour aucun d’eux l’amitié que d’ordinaire les enfans leur prodiguent , il les traitait avec férocité. Oppresseur de tout être faible, il évitait ceux dont il redoutait la force. S’étant convaincu de la supériorité qu’il avait sur son chat, il lui arrachait les moustaches avec une barbarie inconcevable toutes les fois que l’animal confiant s’approchait de lui, et pour rendre ici ses propres expressions, il disait : « il faut que je lui arrache la barbe. » Quand il l’avait ainsi martyrisé, i! le jetait dans le feu ou le lançait par la fenêtre. Un petit chien s’approcliait-il de lui, il le chassait à coups de pied; s’il arrivait qu’il fût gros, il ne le regardait pas. Les jeux de l’enfance étaient pour lui sans attraits; aussi n’y prenait-il jamais aucune part. Ignorant les liens clc l'amitié, il traitait avec la même dureté, sans distinction de sexe, tous les enfans; et

11 aurait mordu ou frappé une fille comme un garçon. Insensible aux marques d’intérêt qu’on

lui manifestait, lui donnait-on un lruit, une orange, il les recevait comme une. faveur pour les jeter au visage de celui dont il les avait reçus.

» Il paraissait doué d’une sorte d’attachement pour l’homme préposé à sa garde. Il sortait de l’appartement ou feignait de vouloir en sortir; il poussait des cris en disant : « Que deviendrai-je s'il me quitte! Je l'aime parce qu’il porte la canne qui me rend bon sujet. » Peu rassuré malgré ces protestations, son précepteur manifesta souvent l’intention de lui cesser sa surveillance lorsqu’il serait plus âgé, persuadé qu’il était qu’il le tuerait quand il eu trouverait le moyeu ou l’occasion.

» On le vit souvent , sensible à sa maladie, exprimer le désir de mourir. « Dieu, disait-il , ne l’avait pas fait comme les autres enfans. » Si on l’irritait, il manifestait alors le désir de se suicider. Conduit un jour à l’hospice deBethlem , comme on lui montrait un fou plus turbulent que les autres et plus étroitement enfermé, on lui entendit dire avec ravissement : « Voici un endroit qui me conviendrait d merveille. >» Nous omettrons une infinité d’autres détails pour lesquels nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de M. Haslarn. »

Ces faits, véritablement curieux, qu’on ne

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peut expliquer d'après les principes ordinaires de la philosophie, peuvent l'être par notre Physiologie du Cerveau. En effet, quelques idiots sont doux et d’autres méchans, et c’est une règle commune à tous les êtres en général; chez les idiots, quelques-unes de leurs facultés sont susceptibles de se développer avec une rapidité extraordinaire , tandis que quelques autres, au contraire, peuvent être pour ainsi dire anéanties; et comme l’attention est le résultat de l’activité des facultés , il est possible que cette attention se développe sous quelques rapports, et reste engourdie sous plusieurs autres. Le second enfant dont parle M. Haslam dirigeait son attention vers tous les objets qui pouvaient satisfaire à sou penchant destructeur, et demeurait insensible lorsqu’il s’agissait des douceurs de l’amitié ou de compatir aux souffrances des autres créatures. Les idiots méchans ne sont pas extrêmement rares , car le docteur Hallaran parle aussi de plusieurs enfans idiots qu’on lui assure avoir eu ce penchant dès leur naissance, et qui soumis depuis à ses observations, ont continué de donner des marques non équivoques de folie.

Les fonctions automatiques des idiots complets et incomplets de naissance sont souvent sans énergie, et s’opèrent avec plus ou moins de souffrance, surtout pour ce qui a rapport

aux fondions des intestins; cependant toutes celles de la vie automatique sont tout-à-fait naturelles , et souvent même elles s’opèrent avec vigueur.

Les idiots complets sont rares comparativement aux idiots incomplets; et parmi ces derniers, il y a encore mille degrés différons. Le langage naturel annonce toujours le degré d’idiotisme. Les plus idiots se font remarquer à la stupidité de leur physionomie; ils ont habituellement une bouche béante, d’où s’échappe continuellement la salive; de plus un air ricanncur, et une tète qui se tourne et se meut continuellement. Les traits caractéristiques des idiots incomplets sont un regard vague et errant, que rien ne peut fixer pendant un certain laps de temps, une agitation continuelle et une impossibilité insurmontable d’assembler leurs idées , ou de combiner les impressions qu’ils éprouvent; mais aussi à mesure que leur intelligence se développe, leur langage s’épure, et acquiert plus de sens et d’expression.

S U H LES FONCTION S

Histoire naturelle de la bonté et de la douceur chez les animaux.

Il y a une grande différence chez les animaux, tant d’espèce à espèce, que d’individu à individu, relativement à la bonté et à la douceur de caractère. Quelques espèces et quelques individus ont naturellement un caractère doux et bon, d’autres sont mécbans j et , dans toutes les occasions, ils mordent, ruent, frappent des cornes, etc. Le chamois n’a pas à beaucoup près le caractère aussi doux que la chèvre et la brebis; le tigre est plus cruel que le lion; l’hyène est plus à craindre que le loup; le loup plus que le chien ; le chat angora est plus doux que le chat commun. Et dans les singes, quelle méchanceté chez les babouins , et quelle douceur de caractère chez l’orang-outang et dans plusieurs variétés de guenons! La même différence se manifeste chez les oiseaux. La pintade est bien plus méchante que la poule de nos basses-cours; le coucou, quoique dépourvu d’armes, devient liés méchant pour peu qu’on l’irrite. Il y a des variétés de perroquets que l’on ne peut, par aucun moyen, déshabituer de mordre; il y en a d’autres qui caressent tout le monde, et qui veulent toujours être caressés.

DU CE 11 VEAU

Étendons maintenant nus comparaisons aux individus de la même espèce. Qui ne connaît des taureaux, des vaches, des bœuls, des brebis, des chèvres, des chiens, des chats, des coqs extrêmement médians, sans que l’on puisse attribuer leur méchanceté à des circonstances extérieures, telles que l’éducation, etc. ? J’ai déjà parlé de deux de mes chiens, dont l’un était aussi bon que l’autre était méchant. Ils pro venaient d’une portée de cinq petits. Avant même que leurs jeux lussent ouverts , je remarquai en eux une conduite très différente : l’un, lorsqu’on le prenait dans les mains, témoignait par ses mouvemens qu’il était content; l’autre grognait, criait et se débattait jusqu’à ce qu’on le remit à sa place. A peine avaient-ils quinze jours que l’un témoignait par les mouvemens de sa queue son contentement et sa bienveillance , lion seulement aux autres petits chiens, niais à toutes les personnes qui l’approchaient. L’autre au contraire grognait sans cesse, et mordait tout ce qui se trouvait à sa portée. Dès-lors j’observai attentivement ces deux animaux. Comme je n’ignorais pas que l’on attribue à l’éducation de semblables différences de caractère, je chargeai tous ceux qui approchaient habituellement ces deux chiens de leur prodiguer des caresses à l’un comme à l’autre. Moi-même je me donnai

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toutes les peines imaginables pour adoucir le caractère de mon petit méchant, mais rien ne put le l'aire changer ; il mordait jusqu’à sa mère pour peu que celle-ci le dérangeât. Dans leur sixième mois , ils lurent attaqués d une maladie, et avec quelque douceur qu’on les traitât l’un et l’autre, le méchant ne cessa de grogner jusqu’à sa mort, et de mordre tout ce qui l’approchait. L’autre, au contraire, ne cessa, jusqu’à son dernier moment, de donner des marques d’attachement et de reconnaissance à ceux qui le soignaient. Mes domestiques memes étaient extrêmement frappés de la différence de caractère de ces deux chiens. Toutes les personnes qui ont fait couver des serins, auront remarqué que dans la même couvée il s’en trouve d’un caractère méchant et hargneux , et d’autres qui sont doux et bons.

On a tort de dire que seulement l’initiative du sentiment de la bienveillance existe chez les animaux, et que ce sentiment, chez eux , se borne à une douceur passive (i). Il est certain que plusieurs animaux sont tellement dominés par cet instinct, qu’ils risquent même la vie pours’entreaider dans les dangers les plus imminens. Les cochons, les singes, les chiens, plusieurs animaux de mer , plusieurs espèces d’oiseaux , se

(i) Phncnologie , par M. Spurzheim , p. 190.

nu cerveau. >>ry

prêtent des secours mutuels, et s’avertissent d'un péril par des cris d’alarme. Dupont de Nemours raconte le fait suivant : « J’ai vu une hirondelle, dit-il, qui s’était malheureusement pris la patte dans le nœud-coulant d’une ficelle, dont l’autre bout tenait à une gouttière du collège des Quatre-Nations. Sa force épuisée, elle pendait et criait au bout de la ficelle qu elle relevait quelquefois en voulant s’envoler. Toutes les hirondelles du vaste bassin entre le pont, des Tuileries et le Pont-Neuf, et peut-être de plus loin, s’étaient réunies au nombre de plusieurs milliers. Elles faisaient nuage ; toutes poussent le cri d’alarme et de pitié. Après une assez longue hésitation , et un conseil tumultueux, une d’entre elles inventa un moyen de délivrer leur compagne, le fit comprendre aux autres, et en commença l’exécution. On fit place : toutes celles qui étaient à portée vinrent à leur tour, comme à une course de bague, donner en passant un coup de bec à la ficelle. Ces coups , dirigés sur le même point, se succédaient de seconde en seconde, et plus promptement encore. Une demiheure de ce travail fut suffisante pour couper la ficelle et mettre la captive en liberté. Mais la troupe , seulement un peu éclaircie , resta jusqu’à la nuit, parlant toujours d’une voix qui n’a-

S U K L E S F O N C. T IONS

vait plus d’anxiété, comme se faisant mutuellement des félicitations et des récits (i). »

J’ai observé un fait tout pareil. Une mouche à miel s’était prise dans une toile d’araignée tendue près de la ruche. Aussitôt plusieurs abeilles se précipitèrent avec violence sur le tissu et sur la prisonnière jusqu’à ce que celte malheureuse compagne fût débarrassée. Mille exemples prouvent que les animaux exercent des actes de la compassion et delà bienveillance la plus active non seulement envers leurs semblables, mais aussi envers les hommes. Ne voiton pas tous les jours des chiens se précipiter dans l’eau pour sauver des personnes qui sont en danger de se noyer, et assaillir avec fureur des assassins pour conserver les jours de leur maître? Il ne serait meme pas difficile de prouver que plusieurs espèces d’animaux sont pourvues, jusqu’à un certain degré, d’un sens moral, d’un sentiment du juste et de l’injuste. Les éléplians, les chiens, les chevaux, les singes, en offrent de fréquens exemples , aussi bien dans leur conduite envers leurs semblables, que dans celle vis-à-vis des hommes.

(i) Quelques Mémoires sur diffère ns sujets, 2e. édition , p. 188 , note 4-

3 IQ

Apparence extérieure de l’organe de la bonté chez les animaux.

Cet organe a son siège chez les animaux comme chez l’homme, dans la ligne médiane, dans la région supérieure-antérieure de la partie supérieure de l’os frontal; il forme de mémo chez eux une protubérance allongée de devant en arrière : mais il ne faut pas oublier que la partie antérieure-supérieure du front manque chez les animaux; ce qui fait que leur front est beaucoup plus court que celui de l'homme. Eu outre, comme je l’ai déjà dit ailleurs, celle partie supérieure - antérieure a, dans beaucoup d’animaux , une autre direction que dans l’homme. Chez le cheval et le bœuf, en général chez tous les animaux qui portent la tête de manière que la bouche se trouve en bas, la partie supérieure de l’os frontal est dirigée en avant: ce qui fait qu’on l’appelle le front; mais c’est, dans le fait, la partie qui dans l’homme correspond à la partie supérieure-antérieure de la tête. En plaçant une tête de cheval sur une table, on se convaincra facilement que ce qui, chez lui, s’appelle le front , 11’eSt que la partie supérieure de la tête. Chez les animaux qui portent la tête comme l’homme, de manière que la bouche soit eu

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avant, l’organe de la bonté se trouve placé do meme que dans notre espèce.

Que l’on examine la région indiquée du crâne ou de la tete de tous les animaux qui se distinguent soit par la méchanceté, soit par la douceur.de leur caractère, on la trouvera beaucoup plus plane dans le tigre que dans le lion; chez l’hyène et le loup, beaucoup plus plane que chez le chien; dans le chat commun , plus plane que lia ns le chat angora. Absolument plate et déprimée au-dessous du niveau des yeux, chez les babouins, PI. LXVII , fig. i et 2 , on la verra au contraire bombée chez l’orang - outang , PI. LXXIX, fig. 4, et chez toutes les espèces de singes d’un caractère doux et caressant , fig. 1, 2, 3. Lorsque je vois chez un singe un front ainsi conformé, je ne balance pas à l’approcher.

Une collection de têtes de difïérens individus d’animaux de la même espèce, recueillies sous le point de vue de la bonté et de la méchanceté de leur caractère, ou l’observation assidue d’animaux vivans faite dans le même esprit, fournit la preuve irrécusable de la vérité de ce que j’avance. Les adversaires de l’organologie sont aussi peu disposés à former des collections qu’à faire des observations; cependant, tant qu’ils ne prendront pas ce parti, leurs objections n’auront au-

cun poids. Il n’y a que les faits tels que les ollro la nature qui soient décisifs.

Comme une collection telle que je viens de l’indiquer, peut être de la plus grande utilité, même pour l’économie, tant domestique que rurale, je vais donner au lecteur quelques directions à cet égard.

Chez le cheval , l’organe de la douceur , de la bonté, est placé au milieu de ce qu’on appelle le front, à trois travers de doigt au-dessus des yeux. Lorsque celte région est enfoncée ou fuyante, on peut être sùr que le cheval est vicieux, mal sùr, et disposé à mordre et à ruer, PI. LXIV, fig. i. Les chevaux doux, dociles, bons, au contraire, ont celte région aussi élevée que les yeux, ou même bombée, fig. 2. J’ai fait des milliers d’observations à ce sujet, et jamais je n’ai trouvé d’exception.

Les maquignons ont une autre marque à laquelle ils distinguent le caractère du cheval. Un cheval doux et docile se pose plein de confiance, quelque vif qu’il soit d’ailleurs, les pieds de devant placés perpendiculairement, et l’œil dirigé de manière que l’on ne voit pas le blanc du bulbe. Un cheval méchant, au contraire, prend une pose qui dénote de la méfiance ; il place ses pieds de devant un peu obliquement en avant; lorsque sa conformation le permet, il

lient la tête levée et un peu retirée eu arrière ; la direction de ses jeux est constamment telle qu’une partie du blanc est visible. Ces signes sont justes, mais ils ne sont pas la cause organique du caractère bon ou méchant de l’animal ; ils ne constituent que sa mimique.

Je priai M. le colonel Henry, directeur des écuries de l’Ecole militaire , de me procurer deux têtes, l’une d’un cheval éminemment docile et bon, l’autre d’un cheval éminemment indocile et méchant. La complaisance de M. le colonel trouva bientôt l’occasion de satisfaire mon désir. Ni M. Henry, ni l’artiste vétérinaire en second, ne virent une différence bien marquée entre ces deux tètes ; cependant elles me servent , dans mes leçons , à démontrer le caractère des deux organisations opposées. Dans celle du cheval docile, la région indiquée est voûtée de près d’un pouce plus haut que dans celle du cheval méchant.

Un conducteur de cabriolet de Neuilly acheta à vil prix un cheval dont personne ne pouvait se servir à cause de son extrême méchanceté; mais c’était un excellent coureur. Dès la première semaine il emporta à son conducteur , en le mordant, deux doigts et une oreille. Cet homme espéra de le corriger on le frappant à coups redoublés, mais les chalimcns ne firent

que le rendre plus me'cliant encore; il résolut donc de le traiter avec douceur; ce moyen réussit jusqu’à un certain point. La région indiquée est très déprimée chez ce cheval , et l’on trouvera la meme conformation chez tous ceux à qui l’on est obligé de faire porter des muselières pour les empêcher de mordre.

Si au caractère que je viens de décrire , se joignent encore des oreilles très rapprochées , les chevaux sont à-la-fois peureux et médians, PL LXIV, fig. i; ce sont ceux contre lesquels il faut surtout se tenir en garde ; ceux qui sont peureux, mais bons, nous exposent à moins de dangers.

L’excellente princesse de Schwarzenberg, qui trouva une mort si tragique à Paris, me mena un jour dans ses écuries, à Vienne, et me pria de lui indiquer, d’après mes découvertes orga* nologiques, lequel des trente chevaux qui s’y trouvaient était le plus doux. Celui que j’indiquai se trouva être le cheval de selle de la princesse elle-même : on le réservait à ce service à cause de son extrême douceur.

A Berlin, M. Spurzheim et moi nous distinguâmes, entre quarante vaches qui se trouvaient dans les étables du ministre d’état, M. de Beyme, la plus méchante de toutes.

M. le marquis de Boisgelin me fil cadeau de

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la tête d’un loup privé qui, dès sa plus tendre jeunesse, s’était distingué par sa douceur. Encore au. moment où ou le mit aux abois, en le relançant avec la meute , il lécha la main de son maître comme pour implorer sa pitié. Sa tête est beaucoup plus bombée dans la région ci-dessus décrite que ne l’est d’ordinaire la tête du loup.

Les têtes des deux chiens dont j’ai parlé se distinguent par le même caractère que les têtes des deux chevaux dont j’ai également fait mention. L’une est bombée dans la partie antérieure; dans l'autre, il y a au contraire une gouttière dans la même région. On peut distinguer à ce signe, d’une manière infaillible, un chien hargneux d’avec un chien doux et caressant. Les chiens méchans, surtout lorsqu’ils ont plus d’un an, offrent toujours un enfoncement allongé dans le milieu de la partie antérieure-supérieure de la tête, qui du reste est plate, PL LXX, fig. 4* Les chiens bons, au contraire, ont cette région bombée, et la partie antérieure-supérieure de leur tête surtout est bien plus ronde, fig. 3.

Je possède une collection considérable de crânes de chiens. La conformation de chacun de ces crânes m’a confirmé les observations que j’avais faites sur l’animal vivant; mais je fais observer ici qu’il ne faut pas confondre les chiens

nu CERVEAU.

de mauvaise humeur avec les cluens méchans. Il v a des chiens qui cherchent partout à se battre, qui "rognent toujours, mais ne mordent jamais; il existe, dans notre espèce, des caractères semblables : des bourrus bienfaisans. Ce qui paraît au premier coup-d’œil méchanceté , est bien plutôt une humeur incommode , bizarre, tracassière, que la méchanceté proprement dite : traits sous lesquels déjà Xénophon a peint Xantippe. Toutes mes nombreuses tètes de chats , dont j’ai connu le caractère sous le rapport de la douceur ou de la méchanceté, confirment mon observation. Toujours les tètes des chats méchans sont beaucoup plus déprimées, aplaties à la région supérieure-antérieure que celles des chats d’un caractère doux , sociable.

Au jardin du Roi, nous avons fait à cet égard sur le tigre, la panthère, l’hyène, et sur des bêtes fauves de plusieurs espèces, des observations qui ne laissent rien à désirer. Les animaux qui ont la région indiquée le plus déprimée, sont toujours aussi les plus méchans et les plus intraitables. Qu’on compare la tête du cochond Inde doué d’un naturel très doux, Pl. LXVI, lig. 6, avec la tête du méchant hamster, fig. 7, la tète de celui-ci est tellement déprimée qu’elle a Pair d’être cassée.

L’ours brun a la tête plus élevée que l’ours blanc extrêmement féroce et sauvage. Parmi les pigeons, le plus méchant, columba nicobatica , galline à camail, a la tête la plus aplatie.

Les amphibies, les crocodiles, par exemple, ainsi que les poissons carnassiers tels que le brochet et le requin, l’aigle, PI. LXIV, fig. 1 1 ; le faucon, le chamois, PI. LXXII1, fig. i, etc., ont cette région tantôt plane, tantôt déprimée. La brebis , la chèvre , le chevreuil , PI. LXV , fig. 3 et 4, au contraire, l’ont bombée en protubérance allongée.

Chez le coq , le serin , et chez beaucoup d’autres espèces dont j’ai long- temps observé les mœurs, ce fait se confirme également.

On peut s’en rapporter en général à ce caractère pour tous les animaux chez lesquels la table interne de l’os frontal est parallèle à l’externe, comme chez le cheval, le singe, le chien, et la plupart des espèces d’oiseaux. Il en est autrement lorsque la table interne s’écarte de l’externe. Il est donc nécessaire de connaître la structure des os crâniens chez l’espèce sur laquelle on veut porter un jugement. Chez l’éléphant, chez le cochon , etc., l’on ne peut point inférer des. contours extérieurs du crâne pour la forme du cerveau. Chez le taureau et la vache, la table interne s’écarte à la vérité aussi de l’ex-

terne, niais elles sont parallèles dans la région où est placé l’organe tic la bonté; et à cause de cela, lorsqu’un taureau ou une vache a cette région déprimée, on peut en conclure qu’ils sont médians, et qu’ils sont doux lorsque cette région est plane ou meme bombée. La même chose a lieu chez les chats.

Ce que j'ai dit ci-dessus explique pourquoi le caractère d’animaux qui ont reçu la même éducation, et qui ont été environnés de même, peut cependant différer du tout au tout. La raison de cette différence n’est point comme nous l’avons vu dans les objets extérieurs; elle dépend d’une partie cérébrale particulière, dont le plus grand ou le moindre développement lui-même dépend non point des circonstances extérieures, mais d’une loi de l’organisation originaire qui nous est encore inconnue.

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