‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 34 sur 58 · SUR L F. S F O N C. T I O N S · texte numérisé non relu

SUR L F. S F O N C. T I O N S

i ein mes, qui ont le talent de la mimique à un très liaut degré , et qui ne sont jamais plus heureuses que lorsque l’occasion se présente de se masquer. Il en est de meme des enfans ainsi organisés, et qui sont ordinairement les petits boulions delà famille.

J’ai meme observé, dans les singes, un singulier penchant à se masquer. Un de mes singes j une guenon mâle, n’avait pas de plus grand plaisir que de jeter une serviette sur sa tète et de sauter, ainsi affublé, sur sa femelle ou sur les personnes qu’il voulait effrayer.

Apparence extérieure de l’organe de la mimique.

Il est à remarquer que l’organe de la mimique ne se manifeste pas toujours sous la meme forme. Dans la plupart des cas, il forme une proéminence en segment de sphère, un peu plus haut que l’organe de la bonté placé en avant. Mais quelquefois aussi il forme deux proéminences allongées qui s’étendent d’avant en arrière placées à côté de l’organe de la bonté. Voici la cause de cette différence :

A côté des deux circonvolutions qui constituent l’organe de la bonté, se trouvent placées

les deux circonvolutions xxvi, PI. VIII, PI- IX , PI. X. Connue les deux dernières se trouvent très près des deux premières, elles font bomber tout le milieu de la région supérieure-anlérieure en une voûte, £n segment de sphère surbaisse ; cela arrive surtout lorsque l’organe delà bonté n’a pas acquis un développement considérable. Généralement, l’organe de la mimique se distingue de celui de la bonté, en ce qu’il est placé un peu plus haut que ce dernier, etqu’il a une forme plus arrondie que lui. Cependant, comme je viens de le dire, il arrive aussi que le dernier, par un grand développement des circonvolutions qui le constituent , se présente sous la forme de deux proéminences , probablement parce que les deux circonvolutions se trouvent moins rapprochées.

Des Disions.

Certaines personnes ont des apparitions de morts ou d’absens. Comment se fait-il que souvent des hommes de beaucoup d’esprit croyent à la réalité des revenans et des visions ? Les visionnaires sont-ils fous, ou sont-ils des imposteurs? Y a-t-il une organisation particulière qui se joue ainsi de l’homme? et comment expliquer ce prestige ?

SUR L F. S FONCTIONS

Commençons par donner des fails:

Socrate parlait souvent et fort volontiers , à ses disciples, d'un démon ou d’un génie qu’il prétendait lui servir de guide. Qu’était-ce que ce démon familier, celte voix divine, cet esprit qui répondait constamment quand il le consultait? Je sais bien comment des personnes qui ne connaissent pas l’organisation particulière dont je vais parler un peu plus bas, expliquent ce génie : « ce n’était autre chose que la force et la justesse de son jugement, etc. » Mais quelles raisons pouvait avoir Socrate d’en imposer à ses disciples ? Meme dans sa défense, il s’exprime encore d’une manière énigmatique. « Quant au génie particulier dont j’écoute l’inspiration, ce n’est pas une divinité nouvelle, c’est l’éternel instinct, c’est le génie éternel de la morale. Pour se conduire, les uns consultent des sibylles, d’autres le vol des oiseaux, d’autres les coeurs des victimes. Moi , je consulte mou propre cœur ; j’interroge ma conscience ; je converse en secret avec l’esprit qui m'anime. » Ces paroles prouvent bien , si l’on veut , qu’il était persuadé que son génie habitait en lui-même, mais nullement qu’il ne croyait pas «à autre chose qu’à la sûreté de son jugement. Du reste, il a tâché de se justifier encore de ne pas admettre les divinités d'Athènes. Si Socrate lui-même

DU CERVEAU. d.h)

n’avait pas cru à ce génie, l’opinion répandue qu’il en avait un, se serait perdue apres vingttrois ans qu’Àristophane en avait fait un sujet de risée, et l’on n'eût pas reproduit ce génie au nombre des points d’accusation.

Nicolas Gabrino (Rienzi) est cité, ainsi que Cromwell , comme un imposteur hypocrite , faisant servir la religion à ses desseins, mettant en œuvre les révélations et les visions pour s’en autoriser. J’entends tous les jours faire de semblables inculpations par des personnes qui ne font pas réflexion que d’autres peuvent, de la meilleure foi du monde, avoir d’autres sensations, d’autres impressions, d’autres sentimens, et par conséquent croire autre chose qu’eux.

Jeanne d’Arc était encore à la fleur de son âge, quand, dans une disposition d’esprit déjà exaltée par des circonstances antécédentes, elle s’imagina voir à sa droite et du côté de l’église du hameau, une grande clarté d’où sortit une voix inconnue. Quelque temps après, la meme voix se fit entendre, et des êtres célestes s’offrirent à ses regards. St. Michel lui dit que Dieu avait pitié de la France, et lui ordonna d’aller faire lever le siège d’Orléans, de faire sacrer ensuite à Reims le roi Charles VII. Ses visions engagèrent ses parens à la représenter à Baudricourt de Vaucouleurs

Les pères Jésuites Mafïèy et Bouliours avaient certainement raison d’attribuer des visions à St. Ignace.

Le Tasse prétendit un jour avoir été guéri par le secours de la Vierge et de Sainte Scholastique, qui lui apparurent durant un violent accès de fièvre. Dans les notes historiques qui accompagnent la vie du Tasse, on lit l’anecdote suivante tirée des mémoires de Manso, marquis de Villa, publiés après la mort du Tasse, son ami.

« Le Tasse, dans son délire, croyait converser avec des esprits familiers. Un jour que le marquis son ami tâchait de lui ôter ces idées de la tête, le Tasse lui dit :

« Puisque je ne peux pas vous convaincre par » le raisonnement, je vous convaincrai par l’ex- » pe'rience ; je vous ferai voir à vous-même l’es- » prit auquel vous ne voulez pas croire. »

» J’acceptai l’offre; et le lendemain, pendant que nous étions assis à causer auprès du feu, il tourna les yeux vers la fenêtre ; et regardant fixement, il parut si absorbé que quand je l’appelai, il ne me répondit pas. « Le voilà , s’écria-t-il ensuite, mon esprit familier qui me fait la politesse de venir causer avec moi. » Je regardai de tous mes yeux , et je 11e vis rien qui pénétrât dans a chambre. Pendant ce tempslà le Tasse entra en conversation avec cet être

mystérieux. Je 11e voyais et n’entendais que lui. Tantôt il questionnait, tantôt il répondait ; et par le sens de sa réponse, je comprenais ce qu’il avait entendu. Ses discours étaient d’une nature si relevée pour le sujet, et si sublime pour les expressions , que je me sentis une sorte d’extase. Je n’osais pas interrompre Torquato, ni lui faire des questions sur ce que je ne voyais pas, et il se passa beaucoup de temps avant (pie l’esprit disparût. J’en fus averti par Torquato, qui se tournant de mon côté, me dit : « A l’avenir » vous n’aurez plus aucun doute. — C’est-à-dire, » lui répondis-je, que j’en aurai davantage; car » quoique j’aie entendu des choses merveilleuses, » je r’ai rien vu » Il repartit, en sou-

riant : « Vous avez peut-être {dus entendu et vu

» que » U s’arrêta là, et craignant

de l’importuner par mes questions , je laissai tomber la conversation (1). »

Swedenborg se crut miraculeusement appelé à révéler au monde les mystères les plus cachés. « En 1743, dit-il , il a plu au Seigneur de se manifester à moi , et de m’apparaître personnellement pour me donner la connaissance du monde spirituel, et me mettre en relation avec les anges et les esprits, et ce pouvoir m’a été

' .0 ^ ie du Tasse, publiée à Londres en 1810.

SUR T, ES FONCTIONS

continué jusqu’à ce soir. Swedenborg, disent les auteurs de la Biographie anglaise, était, de la meilleure loi du monde, le plus extravagant des enthousiastes, jugement auquel je souscris en entier. »

Le docteur Jung Stilling, que nous avons vu très souvent chez le grand-duc de Bade, dernier mort, fut dans sa jeunesse tailleur, puis instituteur, plus tard docteur en médecine, moraliste, écrivain religieux, journaliste, illuministe, visionnaire.il croyait fermement aux revenans , et il écrivit un ouvrage où il expose sérieusement sa doctrine. Nous verrons, relativement à cet homme , que toute sa vie porte aussi l’empreinte de son organisaliôn.

J’ai déjà parlé plus haut du fanatique que l’on nous lit voir dans la maison de détention de Berne. A peine le vis-je descendre les escaliers, que je dis : voilà un visionnaire que l’on m’amène. C’est le meme à qui Jésus-Christ était apparu au milieu d’une lumière aussi brillante que si elle avait été formée par plusieurs milliers de soleils, pour lui révéler la véritable religion(i).

Un homme que l’on rencontre dans Ja meilleure société de Paris, voulut savoir mon avis sur sa tête. La seule chose que je lui dis, au

1 1 ) Tome I , p. 455.

DU CE R VEAU

premier aspect , ce lut qu’il avait quelquefois îles visions et qu’il croyait aux revenans. D'élonnement il s’élança de sa cliaise , et assura qu’il avait tics souvent des visions ; mais que jusqu’à ce moment il n’en avait jamais parlé à personne , de crainte de passer pour trop crédule. Je dis au médecin docteur W., que je voyais à la forme de sa tète qu’il devait avoir un grand penchant pour le merveilleux, pour le surnaturel. « Pour celte fois-ci, me répondil- » il, cher docteur, vous vous êtes trompé du » tout au tout, car je me suis fait la loi de ne » rien admettre comme vrai , qui ne soit dé- » montré mathématiquement. » Après m’être entretenu avec lui de divers objets de scieuce, je tournai la conversation sur le magnétisme animal, qui me parut faire un objet très propre pour apprécier la rigueur mathématique de mon estimable confrère. Il s’anima beaucoup, et m’assura encore une fois très solennellement qu’il ne regardait comme vrai que ce qui est mathématiquement démontré j mais qu’il était convaincu qu’un être spirituel agissait dans le magnétisme, que cet être agissait à de très grandes distances ; qu’il n’y avait même pas de distance qui fût capable de mettre obstacle à son action , et qu’à raison de cela, il pouvait sympatiser avec des personnes placées quelque part que ce lût dans

le monde; « c’est la rnéme cause, conlinua-t-il , » qui produit les apparitions. Les apparitions » et les visions sont rares à la vérité ; mais il » en existe indubitablement, et je connais les » lois diaprés lesquelles elles ont lieu. » Et moi je me dis à moi-même: ici encore l’organologie n’a pas été en défaut!

J’ai aussi parlé plus liant d’un certain Hallerau de Vienne. Cet homme était continuellement accompagné de son génie familier; il le voyait et s’entretenait avec lui. Lorsqu’il eut atteint sa soixantième année , il sembla que son génie voulut le quitter. Il n’y avait plus que certains jours dans le mois où il eût le bonheur de le voir.

J’ai connu à Gersbach, près Durlach , dans le grand duché de Bade, un curé que l’on renferma , parce qu’il avait également un esprit familier. Il y a à Manheim un homme qui se voit toujours accompagné de plusieurs esprits. Quelquefois ils marchent à côté de lui sous des formes visibles; d’autres fois ils ne l’accompagnent que sous terre. Pinel parle d’un maniaque très dangereux, qui est ordinairement calme pendant le jour; mais qui, durant la nuit, se croit toujours entouré de rcvenans et de fantômes, qui s’entretient tour-à-tour avec de bons ou de mauvais anges, et qui, suivant le caractère de ses visions , est bienfaisant ou dangereux , porté à

des actes de douceur ou à des traits d’une cruauté barbare (i).

L'histoire, tant ancienne que moderne, fournil un grand nombre d’exemples du même genre.

S’il est ridicule d’admettre la réalité des apparitions, des démons ou des esprits familiers, il est aussi injuste d’accuser d’imposture ceux qui prétendent en avoir eu. Il y a peu de personnes à qui l’on puisse supposer assez d’adresse et de méchanceté pour contrefaire frauduleusement ces phénomènes, que l’observateur seul connaît dans toutes leurs nuances. Je vais faire voir que ces hommes sont le jouet d’une activité trop énergique d’une partie de leur cerveau.

Organisation qui dispose aux visions.

Dès le premier fanatique que je vis, je lus frappé de la saillie arrondie de la partie supérieure de l’os frontal. Cette saillie ne forme point au milieu de la tête une protubérance allongée, comme l'organe de la bonté; ce n’est pas non plus la protubérance surbaissée de la mimique. Ici toute la partie de l’os frontal est bombée en segment de sphère.

(i) Sur l’Aliénation mentale, 2e. édit. , p. i 18.

Lntre les circonvolutions xxv , qui constituent le talent poétique * et celles xxvi , qui forment celui de la mimique, est placée uneautre circonvolution, PI. VIII, PI. IX, PI. X , dont le développement considérable entraîne très probablement la disposition aux visions. Celte circonvolution fait-elle partie de l’organe de la mimique, et son développement excessif exallet-il le talent pour la mimique au point d’en faire la faculté de personnifier les simples idées , et de 1 es transporter, ainsi métamorphosées, hors de nous? ou bien cette circonvolution fait-elle partie à-la-fois de la poésie et de la mimique ? ou enfin constitue-t-elle un organe particulier ? Voilà ce que des recherches ultérieures sur les cerveaux des visionnaires pourront seules décider.

Comme il est très possible que les visions ne soient qu'un résultat nuancé d’une action exaltée de l’un de ces deux organes, ou des deux ensemble , je n’ai pas cru devoir le considérer comme un organe particulier.

Maintenant que le lecteur examine les tètes de toutes les personnes qui , sans être attaquées d’une maladie mentale, étaient particulièrement disposées aux visions. Qu’il compare les portraits et les bustes de Socrate, PI. XCII, lig- IJ de Gabrino, PI. XCII1 , lig. 5; de Jeanne d’Arc,

de St. Ignace, fig. (i; du Tasse , fig. T> tle ^ro,n' well, PI. XCV, fig. 4; àe Swedenborg, etc- ; la même organisation qu’ils y remarquent se trouve également chez Jung Sltlling , chez Hallerau, chez M. de F et M. le docteur W

Jusqu’ici je n’ai rapporté que des faits, et dans tout ce que j’ai dit j'ai eu la nature seule pour guide. Maintenant je vais jiroposer une explication dont le lecteur jugera le prix.

Explication des Visions et des Inspirations.

L’explication que j’ai donnée des reves , tome II, p . 5o6, nous fraye la route pour 1 explication des visions et des inspirations. Pendant le rêve , tout ce que nous vo) ons , tout ce que nous entendons, comme se passant dans le monde extérieur, se passe dans notre intérieur. Les chevaux fougueux et la voiture avec laquelle nous nous précipitons dans 1 abîme , le torrent qui entraîne notre enfant, c’est nousmême. Ce qui, dans l’état de veille, serait une vive impression , une idée claire, devient, pendant le sommeil , l’objet même qui produit lim- I ression que fait naître l’idée. C’est ainsi que 1 homme qui rêve, devient ]>our lui-même le

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