SUR LES F O N C T I O N S
comédien le plus parfait. L’animal et l’iiomme nul, pendant la veille, la faculté de distinguer l’impression et l’idée de l’objet extérieur qui la produit. Cette faculté se perd pendant le sommeil. Or, comme nous rie pou\ons pas avoir la conscience de ces objets , comme existans dans nous en vertu d’une loi de la nature, nous les plaçons hors de nous. Dans ce sens , tout rêve est une \ision, une apparition.
Toutes les fois que, tant dans l’état de santé que dans l’état de maladie, les sentimens et les idées sont produits avec une promptitude et une vivacité telles, que nous ne sommes plus en état de les distinguer de Tobjet qui les produit, en conséquence des lois de nos sentimens et de nos idées, nous les plaçons dans le monde extérieur, et nous avons une vision ou une apparition.
Lorsque cette extrême activité des sens intérieurs esi passagère, lorsque la personne a le temps de se reconnaître, lorsqué d’autres sentimens et d’autres idées viennent affaiblir les premières, lorsque certains mouvemens que l’on fait automatiquement, donnent un autre cours à la circulation du sang, et nous rappellent a nous-mêmes, la vision ou l’apparition disparaît, nous distinguons de nouveau le sentiment ou l’idée de l’objet qui les produit ; le rêve que
nu CF.KVEAU.
nous faisions, (oui éveillés, cesse. Dans ce cas, cel état est une alienation passagère qui , cependant le plus souvent , laisse une impression telle , qu’il est très difficile de détromper les personnes qui ont eu de semblables visions. Cl îez certaines personnes , les visions sont périodiques, et elles ont lieu d’ordinaire à l’époque d’une excitation de l’irritabilité, des hémorroïdes, du (lux menstruel, etc.
Chez d’autres, cet état est pins durable dans la même proportion que l’incitation maladive l’est davantage. Une incitation nerveuse habituelle, une contention d’esprit trop long-temps continuée et fixée sur un même objet, les jeûnes, les veilles prolongées, la pléthore, suffisent pour le provoquer. Les personnes nerveuses, ou pléthoriques, douées de l’organisation en question, sont d’ordinaire celles qui prétendent avoir un esprit familier. Comme elles ne se sentent pas malades, il est tout simple qu’elles placent dans le monde extérieur ce qui réellement n’existe qu’en elles-mêmes. Elles sont dans le cas des aliénés qui croient embrasser l’objet de leur amour, se battre contre des brigands ou contre le diable. Et tout aussi peu que l’on pourra convaincre uu maniaque, tant que dure sa manie, qu’il est aliéné, tout aussi peu l’on pourra faire comprendre à un visionnaire qu’il est lunatique.
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Or, il paraîtrait qu’un développement extrême des circonvolutions placées entre l’organe de la mimique et celui de la poésie, dispose à celle incilabililé excessive. Et qu’y a-t-il en effet de plus analogue que le talent poétique et le talent de la mimique, et la disposition aux visions? Je ne serais pas éloigné de croire que l’exaltation de l’organe du penchant à la religion contribue, au moins dans plusieurs cas, beaucoup aux visions. Ces visions expliquent pourquoi tous les visionnaires portent dans leur extérieur l’empreinte de l’onction, de l’exaltation, de l’inspiration, de quelque chose de plus qu’humain.
Il paraît que les inspirations ne doivent pas toujours être rapportées à la même source. Dans beaucoup de cas , elles ne sont que l’effet de l'activité désordonnée et involontaire d’un seul organe, au moyen de laquelle l’homme sent une impulsion violente qui lui semble agir indépendamment de son moi, impulsion qu’il attribue à une force qui est autre chose que lui-même, et qu’il doit regarder, à cause de cela, comme une inspiration, comme un ordre, un commandement reçu d’ailleurs. Il faut pardonner à l’ignorance et à la superstition qui cherchent dans l’impulsion d’esprits bienfaisans , ou de démons remplis de malice, ce que le naturaliste trouve dans l’action vicieuse d’un organe surirrité.
Dll CERVEAU.
Les visions ne sont pas rares dans la manie. « Rien n’est plus ordinaire dans les hospices, dit M. Pinel , que les visions nocturnes ou diurnes qu’éprouvent certaines femmes attaquées de mélancolie religieuse. Une d’entre elles croit \oir pendant la nuit la S te .-Vierge descendre dans sa loge, sous la forme de langues de feu. Elle demande qu’on y construise un autel pour y recevoir dignement la souveraine des deux, qui vient s’entretenir avec elle, et la consoler de ses peines. Une autre femme , d’un esprit cultivé, et que les événemens de la révolution ont jetée dans des chagrins profonds et un délire maniaque, va constamment se promener dans le jardin de l’hospice, s’avance gravement les yeux fixés vers le ciel , croit voir Jésus-Christ avec toute la cour céleste, marcher en ordre de procession au haut des airs, et entonner des cantiques accompagnés de sons mélodieux ; elle s’avance elle-même d’un pas grave pour suivre le cortège, elle le montre, pleiuemenl convaincue de sa réalité, comme si l’objet lui-même frappait ses sens; elle se livre à des emporlemens violens contre tous ceux qui veulent lui persuader le contraire (i).
(i) ï)e l'Aliénation mentale, 2'. édit. , p. 108 et jog, §. 12a.
Ce serait ici l’endroit de traiter le magnétisme animal j mais comme cette matière singulière ferait une trop longue interruption de l’exposition des organes, je la renverrai au sixième volume de cet ouvrage.