‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête (volume 4)Chapitre 37 sur 58 · SL' U LES FONC.TID.SS · texte numérisé non relu

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que l’homme eût pu s’élever jusqu’à elle si la nature elle-même ne 1 y conduisait.

Or, le sentiment oula connaissance de la divinité emporte infailliblement avec soi un culte religieux, c’est-à-dire un assemblage dç devoirs par lesquels l'homme lui fait un humble aveu de sa dépendance par les hommages qu’il rend à la dignité de son être, par son obéissance à se soumettre aux lois qu’elle lui prescrit , par sa reconnaissance pour les biens qu’il tient d’elle, et par le recours qu’il est obligé d’avoir à elle pour ceux qu’il en attend et qu’il en espère.

C’est pourquoi les moyens que les hommes mirent en œuvre pour se rendre agréables à la divinité, sont aussi anciens que la croyance même en un Dieu, et prouver la généralité et la haute antiquité de cette croyance, c’est prouver la généralité et l’antiquité la plus reculée d’un culte religieux. Do même, comme toute religion suppose l’idée d’un Etre suprême, quiconque aura prouvé la généralité et la haute antiquité d’une religion quelconque, aura aussi démontré la généralité et la haute antiquité de la croyance en Dieu. Toujours et partout les hommes oui été conduits par un instinct, par un besoin secret de se mettre eu rapport avec un Être tout-puissant.

Mais l’esprit humain, trop limité, n’a pu rassembler sons un seul punit de vue l’inlinilé des

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attributs de Dieu. Il fut réduit à en faire une espèce de partage, à les représenter comme pièce à pièce par divers noms, divers emblèmes dont, chacun ne rn arqua que quelqu’une des perfections qu'il lui supposait. L’homme ne peut voir Dieu qu’en énigme, comme parle Saint Paul; il se le figure sous des images sensibles, lesquelles sont autant de symboles qui s’élèvent par degrés jusqu’à lui.

Voilà pourtant l’origine de l’idolâtrie et du reproche bien mérité que l 'homme est un animal adorateur. En effet, l’homme adore tout, le feu, l’eau, la terre, le tonnerre, les éclairs, les météores, les sauterelles, les grillons. Les Mexicains adoraient Viziliputzli, le Dieu de la guerre, et Tescaliputza , le Dieu de la pénitence. Les Nègres et les Sauvages de l’Amérique ont le culte des Dieux Fétiches; il a pour objet des animaux ou des êtres inanimés, même les plus bizarres. Le serpent rayé est la d ivinilé naturelle des peuples de Juidah. Plusieurs peuples américains ont pour dieux des crocodiles, comme les Egyptiens, ou des poissons de mer, comme les Philistins. Dans la presqu’île d’Yucatan, lesenfans sont mis sous la protection d’un animal choisi au hasard, et qui devient la divinité tutélaire de sa personne. Les Samoïdes et les Lapons rendent un culle de latrie à plusieurs espèces d’animaux,

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à des pierres qu’ils graissent, comme on adorait autrefois en Syrie ies pierres appelées boëliles , et comme en Amérique l’on adore encore des pierres coniques. Les anciens Arabes avaient pour divinité une pierre carrée, etle DieuCasius des Romains que Cicéron appelle Jupiter-Pierre, était une pierre ronde coupée par moitié. Jacob lui-même érigea et graissa une pierre au lieu où Dieu s’était manifesté à lui par un songe. Les Hébreux avaient, comme la plupart des autres peuples, une graude vénération pour les montagnes, les hauts lieux et les bois. Les anciens Germains avaient pour divinité des arbres touffus, des fontaines , des lacs; ils adoraient, comme font aujourd’hui les Lapons , des troncs informes qu’ils regardaient comme la représentation de la divinité. Les Francs adoraient les bois, les eaux, les oiseaux et les bêtes. Ces premières formes de culte établies chez les Egyptiens , chez les Hébreux, chez les Germains, on les retrouve chez les anciens peuples de la Grèce, et Fou ne peut qu’être frappé de la conformité. Des pierres boctiles, des troncs informes, des cippes grossiers, furentensuiteles premiers dieux des Grecs. La Vénus dePaphos était une pyramide blanche; la Diane del de d Eubée, un morceau de Dois non travaillé; la Junon Thespienne, un tronc d’arbre; la Pallas d’Athènes et la Gérés,

mi simple pieu quin’étail pas dégarni; la Malula des Phrygiens elai l une pierre noire à angles irréguliers , cpie l’on disait tombée du ciel à Persinunte , et dans la suite elle fut apportée à Rome avec beaucoup de respect. Les hommes ont eu, outre ces absurdes divinités nationales, divers objets particuliers de culte , desquels ils attendaient une protection individuelle et spéciale. Tels furent les Marmousets de Laban, les Dieux Pénates chez les Romains. Dans le royaume d’Issini , l’un choisit pour son Fétiche un morceau de bois, l’autre les dents d’un chien , d’un tigre , d’un éléphant. Les mers lurent peuplées de Tritons, de Néréides, de Divinités de différons ordres. Les campagnes le furent de Nymphes, de Faunes; les forets de Dryades et d’Hamadryades. Chaque ruisseau, chaque fontaine , chaque village et chaque ville avait sa divinité. Tous s’accordaient à penser que ces divinités exigeaient des honneurs, qu’elles s’irritaient aisément, mais qu’elles s’appaisaient parties sacrifices sanglans. La barbarie fut poussée presque partout jusqu’à leur immoler des victimes humaines. Ajoutez à tout cela l’adoration des arbres, les idoles des Chinois, le palladium des Troyens, le bouclier s cré des Romains; la conliance universelle qu’ont les hommes dans les talismans et les amulettes, dans la divination, dans les songes, dans les oracles,

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dans la rencontre de difTérensobjelsprésentéspar le hasard , par exemple, la rencontre inopinée d'un corps mort, d’un chat, dans le cri des oiseaux nocturnes, dans le vol des oiseaux, dans les pénitences et les mortifications de toute espèce.

Ce tableau rapide nous fait assez voir que de l'Orient à l'Occident, du Nord au Midi, on observe non-seulement les memes objets d’adoration , mais à-peu-près la meme manière de les honorer et Une pratique constante des mêmes maximes. « La divinité ne s’olï’re sous les rapports moraux qui en font l’essence, qu’aux hommes éclairés par une instruction relevée ÿ mais l’homme grossier sera partout et dans tous les temps naturellement idolâtre, naturellement adorateur des images , et des images extraordinaires , parce qu’elles l’arrêtent, le contiennent, le maîtrisent , parce qu’elles frappent son esprit beaucoup plus long -temps encore que ses jeux ; parce qu’enfin elles le font penser et réfléchir (i ) »

Cependant quelque dégradé que l’homme paraisse dans cette conduite, il mérite peut-être aussi bien notre pitié que notre blâme. Son ignorance et son penchant naturel à la superstition ont converti en images sensibles des idées c: des vérités abstraites qui sont hors de la portée

(i ) Poétique des Arts , par J F. Solo y , p.3G.

île l'intelligence ordinaire des hommes grossiers, et ont fait vouer à lacréature le culledù au Créateur. La pusillanimité a fait autant d’idoles (ju’il v a d’objets de terreur et de crainte. Mais l’article essentiel, qui est le sentiment d’un Etre suprême et d’un culte religieux, est toujours demeuré invariable.

Le soleil honoré d’un culte particulier au Pérou, chez tous les peuples de l’Amérique, cliez le peuple choisi , fut toujours regardé comme le symbole de Dieu le plus expressif. Dieu leur devenait sensible en ce globe qui anime le monde et porte partout une heureuse fécondité. Le soleil était tellement le svmbole hiéroglyphique de la divinité chez toutes les nations , que tous les noms qu'on y donnait aux dieux du paganisme se rapportent au soleil. Il fut le premier des ouvrages de Dieu qui attira l’attention des hommes, et dans lequel ils étaient naturellement entraînés à honorer le souverain Maître. Le peuple choisi se tournait vers le soleil levant pour adresser ses prières au Très-Haut. L’Ecriture même se sert de l’expression que Dieu a placé son tabernacle dans cet astre.

Comment des nations si différentes de mœurs entre elles, si éloignées dans leur manière de penser, qui, dans les choses les plus néces-

ra ires à la vio, ont conçu des idées si disparates, auraient-elles cependant pu s’accorder sur l’existence d’un Être suprême et sur un culte religieux , si l’Auteur de l’univers n’en eût gravé le sentiment dans les cœurs de tous les hommes , si Dieu n’en avait pas empreint l’organisation de l’espèce humaine?

Malgré ces preuves irrécusables de la généralité de la croyance en Dieu et du penchant à un culte religieux , on rencontre encore des hommes qui nient que ces deux sentimens soient innés à l’espèce humaine. II existe, disent-ils, des peuples chez lesquels on ne découvre pasla moindre trace de religion, pas la moindre trace d’une idée relative à une divinité.

Je ne contesterai pas la possibilité du fait. Le climat et le concours d’autres circonstances peuvent entraver le développement de la partie cérébrale, au moyen de laquelle le Créateur a voulu se révéler au genre humain, tout comme le climat et d’autres influences peuvent favoriser le développement du même organe. Dans l’Egypte, le berceau de tant de sectes religieuses, cet organe avait reçu un haut degré de développement et d’activité j tout le contraire a lieu chez les Caraïbes, les Hottentots. S il existait un peuple dont l’organisation lût tout- à-lait défectueuse sous ce rapport , il serait aussi peu

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susceptible (Vidée et de sentiment, religieux que tout autre animal. Un pareil rétrécissement d’un organe quelconque amènerait le meme résultat à l’égard de sa fonction. Ce sont de véritables imbécillités partielles.

Mais je ne connais aucun peuple qui soit dans ce cas. Quelques voyageurs , ne voyant parmi certaines petites nations, ni temples, ni autels, ni idoles, ni culte religieux public, ont cru que l’esprit de ces hommes n’allait pas [dus loin que leurs monumens, et ils ont prononcé trop légèrement qu’ils vivaient comme des brutes, et qu’ils ne rendaient aucun hommage divin a quoi que ce soit de visible ou d’invisible. On sait qu’on rencontre à-peu-près les mêmes usages, quanta un culte divin, non-seulement dans Vile de Crète, dans les iles de l’Archipel, dans la Phrygie, dans la Thrace, dans l'Asie-Mineure , mais encore dans la Colchide , dans la Bactriane , jusqu’aux Portes Caspiennes et aux Ind es , qui étaient , pour les anciens , les bornes les plus reculées du monde connu. On sait également que les Caraïbes ont leur grand esprit Cheiniin; que les Hottentots et les Painpoux rendent hommage aux Dieux Fétiches. Il est donc constant que le sentiment de l’existence d’un Dieu et du besoin d’un culte reii-

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