PLI CERVEAU
les couleurs rouge , blanche et jaune, ont particulièrement fixé son attention. Les sens de relation ont toujours été l'odorat et le loucher. Aujourd’hui, il a moins recours à l’odorat qu’autrefois ; il manie les corps avec vitesse dans toutes les directions, et tourne la tète de coté, de meme que les autres aveugles. Son désir de connaître les objets extérieurs , leurs qualités et leur usage, a toujours été très grand ; il examine tout ce qu’il rencontre, les hommes, les animaux et les choses. Toutes scs actions indiquent de la réflexion. Un jour le cordonnier lui apporte une paire de souliers trop petits ; sa mère les renferme dans un cabinet voisin, et retire la clef. Quelques momens après Mitcliel demanda la clef à sa mère, en tournant la main comme quelqu’un qui ouvre et en montrant le cabinet. La mère la lui donne; il ouvre, apporte les souliers, et les met aux pieds du jeune garçon qui l’accompagnait dans ses excursions , et auquel ils allaient fort bien.
Dans son enfance, il flairait toujours les personnes dont il s’approchait , en portant leurs mains à son nez ,et en aspirant l’air. Leur odeur déterminait son affection et son aversion ; de même que les personnes douées du sens de la vue sont attirées ou repoussées par une forme belle ou laide, il a toujours reconnu scs habits par l’odorat, et refusé de mettre ceux d’un autre. Les exercices du corps l’ont toujours amusé, tels
que se rouler du haut en bas d’un monticule, faire la culbute , faire Ilot ter du bois ou d’autres objets sur la rivière qui passe près de la maison de son père , ou ramasser des pierres rondes et lisses qu’il trouvait sur le rivage , les mettre en cercle et se placer au milieu , ou bien bâtir des cabanes avec des morceaux de tourbe , dans lesquels il laissait des ouvertures , probablement pour imiter des fenêtres. Depuis qu’à l'aide de son œil droit il aperçoit mieux les objets, il est plus hardi dans les excursions ; il est allé seul jusqu’à la distance de douze milles écossais , de Nairn jusqu’au fort Georges. Il passe la plus grande partie de la journée dans les champs et sur la route ; mais il rentre à l’heure des repas.
Les traits de son visage sont très expressifs. En général, son langage naturel n’est pas celui d’un idiot, mais d’un être intelligent. Lorsqu’ila faim, il porte la main à la bouche, et montre l’armoire où les comestibles sont renfermés. Quand il veut se coucher, il incline la tête d’uncotésur sa main comme s’il voulait la mettre sur un oreiller,* il imite les gestes des gens de métier pour les indiquer, tels que les mouvernens d’un cordonnier qui lire le fil en étendant les bras , ou d’un tailleur en cousant. Il aime à monter à cheval ; il désigne cet exercice en joignant ses deux mains ensemble, et en les portant sous la plante d’un
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de ses pieds , sans doute pour imiter l’étrier. Il fait, comme tout le monde, les signes naturels de oui et de non avec la télé. Il ne veut pas qu’on l’embrasse à la figure, et si sa sœur le fait en plaisantant , il s’essuye et se frotte d’un air mécontent. Il est remarquable que presque tous les signes qu'il invente , sont calculés pour la vue des autres. 11 paraît connaître son infériorité à l’égard de ce sens. Autrefois il était accompagné d’un petit garçon dans ses excursions ; il allait où il voulait , mais, rencontrant un objet inconnu qui lui paraissait un obstacle, il attendait toujours l’arrivée de son compagnon.
» Il se rappelle facilement la signification des signes qu’on lui fait. Pour lui faire comprendre le nombre des jours, on lui incline la tête comme signe qu’il doit se coucher tant de fois avant que la chose se fasse. On lui témoigne du contentement en lui caressant l’épaule ou le bras, et du mécontentement en frappant un coup un peu sec. Il est sensible aux caresses et à la satisfaction de scs parens. Il aime les jeunes enfans, et les prend dans ses bras. Il est naturellement bon , et n’offense personne ; cependant son humeur n’est pas égale. Quelquefois il aime qu’on badine avec lui, et il rit aux éclats. Un de ses plaisirs favoris est d’enfermer quelqu'un dans une chambre ou dans l’étable ; mais si on le contrarie trop, ou trop long-
SUR L E S F O N U 'l’ION S
temps , il se fâche , el pousse des cris 1res <1 (*sn— gréables : en général, il paraît content de sa situation.
» 11 a du cbhrage naturel, mais il a toujours agi avec prudence. Etant jeune, il voulait tous les jours aller plus loin qu’il n’était allé la veille. Un jour il trouva en son chemin un pont de bois étroit, qui était sur la rivière près de la maison de son père ; il se met sur ses genoux et ses mains pour y passer en rampant. Son père, afin de l’intimider , envoie un homme pour le faire tomber dans l’eau à un endroit où il n’y avait pas de danger, et pour le retirer à l’instant. Cette leçon produisit l’effet désiré, cl il n’y passa plus. Quelques années après , il se souvint encore de cette punition. Un jour, étant mécontent de son petit, compagnon , lorsqu’ils jouaient dans une barque attachée au rivage, il le prit, le plongea dans l’eau et le retira.
» Il redoute les dangers du feu, de l’eau el des instrumens tranchans. Les animaux tués , tels que la volaille , n’avaient jamais fait une impression désagréable sur lui ; il y trouvait meme un objet d’amusement; mais lorsqu’il toucha pour la première fois un homme mort (c’était son père) , il se retira effrayé et avec précipitation. Depuis lors il a touché d’autres morts , sans éprouver la même ('motion ; il sait qu’on les en-