DU CF.RVK.AU. G'J
terre, et son signe pour l’indiquer est de descendre sa main vers la terre.
» Il a peur de mourir , et sachant qu’on meurt dans le lit , il ne reste jamais couché quand il est malade; et ayant remarqué que les morts sont couverts de draps blancs , il est inquiet dans ses maladies si l’on chauffe du linge blanc. La mort de son père a donné occasion d’observer son attachement pour ses parens. Quand le cercueil qui renfermait le corps de son père fut exposé devant la porte avant l’enterrement, Jacques sortit de la maison avec précipitation , aspirant l’air autour de lui, probablement pour se diriger; il approcha du cercueil , se jeta dessus , et le serra dans ses bras, pendant que toute sa contenance annonçait le plus grand chagrin. Au moment où l’on voulut emj orler le cercueil, il se jeta dessus de nouveau, le retint, et l’on fut obligé de l’en arracher de force (i). Quelque temps après sa mère étant indisposée , il versait des larmes. Chaque fois que quelqu’un de la famille est absent , il manifeste de l’inquiétude. Pendant quelque temps il eut mal à un pied , qu’on plaçaitsur un marche-pied. Une année après, observant que le garçon qui l’accompagnait ordinairement
(i) Extrait d’une lettre de M. Macforlane, témoin oculaire , à M. Glennie.
S un T, FS FONCTIONS
ne quillait pas sa chaise, il lui tâta les jambes, et trouvant un bandage, il alla au grenier, et chercha le marche-pied pour mettre dessus le pied de son ami. En 1 8 r 4 , il fut attaque d’un rhumatisme aigu. Il aime particulièrement sa sœur aînée , et la préfère à toute autre personne. Une tante à laquelle il est aussi attaché vint les voir ; dans ce temps sa sœur tomba malade, et fut obligée de garder le lit; Mitchel montra de l’inquiétude, et voulut savoir ce que sa sœur était devenue; il fit signe qu’on le conduisît en haut , car ses souffrances ne lui permettaient pas de marcher seul. Ajant trouvé sa sœur au lit, il éprouva du plaisir en lui serrant la main; mais étant redescendu dans sa chambre, au rez-dechaussée, il ne voulut plus que sa tante restât auprès de lui : il faisait toujours signe qu’elle devait monter en haut, désirant sans doute exprimer par-là qu’elle devait aller soigner sa sœur. Dans mon ouvrage sur la Folie, pag. i32, j’ai raconté ce fait; mais c’est par erreur que j’ai dit que c’était la tante qui était tombée malade. Il est vrai quo celte circonstance ne change rien au fond; cependant, par amour pour la vérilé, je crois devoir rétablir le fait tel qu’il s’est passé.
» Il est difficile de dire s’il éprouve des senlimens religieux; il accompagne ses parons a
DU CERVEAU. t>9
l’église, el il cil habitue a se mettre a genoux pendant les prières de la famille. Il se comporte décemment; mais est-ce par coutume ou par dévotion? Il savait que, pendant qu’ils étaient a genoux, le père avait un livre (la Bible) devant lui. Trois mois après la mort de son père, un dimanche qu’un ecclésiastique qui, du vivant du père, avait assisté aux prières de la famille, se trouvait à la maison, Milcliel lui apporte la Bible de son père , et fait un signe à toute la famille pour qu’on se mette à genoux : il est certain qu’il éprouve le sentiment du juste et de l’injuste. Il est peiné toutes les fois qu’il a offensé sa sœur ou sa mère; il les caresse pour gagner de nouveau leur affection. Son sentiment d’amour-propre ou de dignité personnelle est évident ; car il ne voudrait pas prendre ses repas réguliers à la cuisine, où est la servante, mais dans la chambre, en présence de sa famille : cependant s’il rentre avant l’heure du dîner, il ira demander une pomme de terre à la cuisinière. Son amour d’approbation est très prononcé. Il aime à être caressé. Il donne la préférence aux personnes bien mises; et s’il a des habits neufs, il ne veut plus mettre les vieux. Plusieurs fois il a détruit ou jeté dans la rivière ses vieux habits et ses souliers, pour empêcher ses païens de les lui luire mettre. Quelquefois, en grande colère, il a
JO SL n 1- ES FO K LIIONS
aussi décl lire sus vélenicns. Ou a voulu l'instruire à l’aire des corbeilles; mais la vie sédentaire lui déplaît : comme cela l’ennuyait, il a jeté les matériaux au feu. La destruction lui sert donc de moyen pour se débarrasser des choses désagréables. Un voisin lui apprit à fumer, el ce goût est devenu très fort chez lui. Chaque fois qu’il avait vidé sa pipe de terre, il la cassait. On lui avait donné une pipe plus durable, mais il l’a refusée la seconde fois. On lui accorde actuellement, par jour, quatre pipes de tabac et deux pipes neuves; de sorte que chaque pipe sert deux fois : après cela elle est cassée. Celte jouissance a excité quelquefois sa ruse; un jour sa sœur lui fait signe d’aller acheter deux pipes. En revenant il en apporte une cà la main, et la donne à sa soeur; celle-ci lui fait entendre qu’il devait en avoir deux. Au commencement il lait semblant de ne pas la comprendre; mais lorsque sa sœur le pousse pour aller chercher l’autre, il la tire de sa poche en riantaux éclats. Plusieurs personnes de la ville de Nairn, qui connaissent son goût pour le tabac, lui en donnent. De retour à la maison, il ne le montre jamais avant d’avoir reçu de sa famille la ration journalière.
» Je finirai coque j’ai à dire deccl être singulier, en parlant de son sentiment île la propriété. Un jour il rencontre sur la roule un homme monté
DU C. li U V K A u .
sur le cheval qui avail été acheté à sa mère quelques semaines auparavant. Mitcliel , selon sa coutume, louche le cheval, paraît l’avoir reconnu à l'instant, eL fait signe au cavalier de descendre. Celui-ci, afin d’observer son intention , obéit, et voil, avec surprise, que Mitchel conduit le cheval à Tétable de sa mère, lui ôte la selle et la bride , lui donne de l’avoine à manger, se relire, feçme la porte, et met la clef dans sa poche.
» Il est impossible d’avoir une preuve plus çeip taine des dispositions innées et de l’insullisance des instrumens extérieurs. Ce jeune homme est juive des deux principaux sens de relation; il n'a ])as reçu d’éducation, n’entend pas les siguçs artificiels calculés jiar l’ouïe ou la vue, et cependant il manifeste les facultés affectives et intelleetuelles dans un haut degré, tandis que beaucoup d’autres personnes, qui jouissentde tous les sens extérieurs en perfection, sont très limitées dansleurs manifestations mentales, ou sont même idiotes.
De tout ce que je viens de dire, à l’occasion du sens du langage, je crois être autorisé d’inférer que le langage de parole, considéré comme cause, n’est nullement dans une liaison aussi droite avec nos facultés que les philosophes Je juélendenl; qu’il est plutôt un effet , nue création de nos facultés intérieures; et enfin, qu’un
organe particulier du cerveau préside à celte ad* mirable fonction.
» L'on concevrait facilement, dit M. Demangeon, les diverses espèces de mémoires déjà admises par les anciens, sans un aussi grand nombre d'organes. La mémoire serait presque bornée aux mots avec des facultés peu nombreuses ou peu développées, comme chez les enfans, les perroquets et autres animaux ; elle s’étendrait aux choses, aux lieux, aux nombres, etc., avec des facultés plus nombreuses ou plus développées. Ainsi, sans nier que parfois la forme angulaire de l’extérieur del’orbite ne soitl’indice d’une aptitude au calcul, que la saillie des yeux ne soit chez l’homme un signe de la mémoire des mots, ni que le renflement de la partie interne et supérieure de l'arcade sourcilière n’indique le sens des localités , ce qui constitue déjà trois sortes de mémoires, je crois que nos auteurs ont trop multiplié les organes, et qu’ils les ont souvent doués d’une spécialité de fonctions qu'ils n’ont pas. Tel est entre autres l’organe de l’aptitude à la philologie ou aux langues, qui ne peuvent s’apprendre qu’au moyen de plusieurs facultés.
» De quelle espèce était la mémoire de l’italien Magliabechi, lequel ayant lu un manuscrit, qu’on fit ensuite semblant d’avoir perdu pour réprouver, le dicta de mémoire sans y rien manquer?
On raconte aussi que Frédéric II, roi de Prusse, mystifia un jour Voltaire , qui venait de lui lire une pièce de vers de sa composition, sans l’avoir encore communiquée à personne, en lui disant que cette pièce n’était pas de lui, qu’il la connaissait déjà, et qu’il pouvait même appeler quelqu’un qui l’avait apprise par cœur,- en même temps, il fit entrer un homme de sa cour qui le répéta sans rien oublier, après l’avoir entendue, étant caché derrière un rideau. Sont-ce là de simples mémoires de mots, ou y a-t-il aussi une mémoire des phrases, une des vers, des rimes, de la construction, du style, etc.? En vertu de quel organe les oiseaux babillards reproduisentils non-seulement les mots des diverses langues, mais aussi les ramages des autres oiseaux et les cris de plusieurs animaux? Si c’est en vertu des deux organes de la mémoire des mots et de la mimique, pourquoi l’homme, qui a ces deux organes, ne peut-il les égaler dans la reproduction des mêmes phénomènes. »
M. Demangeon lient toujours à son idée siales résultats de l’ampliation du cerveau en général, sans avoir égard au développement favorable de certaines parties cérébrales, et toujours en se livrant, avec complaisance, au raisonnement, il a l’a i r d’ignorer les faits, dont cependant la lecture de mon grand ouvrage lui a dû fournir un très grand nombre. J’ai cité les abeilles qui, avec une masse