DU 0 F. II V F. A. U
ductions satisfaisantes , et enfin a nue perfection très voisine (le l’illusion (i). »
Mais c’est précisément de la circonstance que les animaux, malgré la perfectibilité de leur œil , restent insensibles aux prés émaillés de llcurs , et à toutes les beautés de la nature, que l’on aurait dù inférer que ni le plaisir que cause l’aspect clc ces objets, ni le jugement que l’esprit porte sur eux, ne rentrent dans la sphère d’activité de l'œil. On eût dù sentir que quoique l’œil transmette à l’âme les impressions de ces objets, il existe des organes plus nobles qui mettent celte impression en œuvre pour des fins plus relevées. Le talent du coloriste est fondé en effet sur une faculté bien supérieure à celle de voir. Il se fonde sur l’accord d’un sentiment intérieur , el d’un acte de l’intellect avec les lois des proportions des couleurs telles qu’elles existent dans le monde extérieur. Je m’explique.
L’animal interne et l’homme interne sont formés pour le monde extérieur; leur organisation intérieure doit donc se trouver à l’unisson avec les objets extérieurs, en tant que l’animal et l’homme doivent avoir des points de contact
(1) roéliijup des arts , par J. F. Sobry , pag. 17 et suivantes.
sün t. fc s Fonctions
avec les objets tlu dehors* Leurs organes du goût et de l’odorat sont à l’unisson des substances qui conviennent pour leur nourriture. De même tous les organes cérébraux ou intérieurs sont adaptés aux objets extérieurs. L’animal a l’instinct de la propagation, et il existe des mâles et des femelles; l’instinct de l’amour de la progéniture, et il trouve son objet dans les enfanset les petits; le sens des localités, et il trouve son application aux rapports de l’espace.
Il doit exister de même, dans le monde extérieur, des objets sur lesquels puisse s’exercer le sens des couleurs. Les lois des proportions des couleurs n’ont point été inventées par l’homme; clics existent dans la création ; l’homme , et probablement de tous les animaux l’homme seul, est doué d’un organe à l’aide duquel il reconnaît ces lois, c’est-à-dire que cet organe et ces lois sont dans un rapport direct; l’action de l’organe devient une révélation de ces lois; l’organe porte l’empreinte des lois auxquelles sont soumises les proportions des couleurs dans le monde exté-
rieur.
fit
A perçu sur les lois des proportions des couleurs .
Je passe sous silence tout ce que Newton, Buffon, M. Goethe , et les physiciens modernes , en "encrai, ont dit sur les proportions des couleurs et sur leur mélange; je m’abstiens également d’examiner la question , s’il existe sept couleurs primitives , ou s’il n’en existe que trois. Je n’ai d’autre but que de convaincre le lecteur qu’il existe réellement hors de nous des lois déterminées des proportions des couleurs. Ainsi, par exemple, les trois couleurs fondamentales , Supposé qu'il n’y en ait que trois, lorsqu’on les place les unes à côté des autres, sont toujours en disharmonie. Le bleu, le jaune et le rouge ne sont pas en harmonie. Si l’on mêle deux de ces couleurs , il naît une couleur moyenne. Le bleu et le jaune donnent le vert; le bleu et le rouge, le violet; le rouge et le jaune, l’orange. Pour obtenir de l’harmonie, il faut placer à côté d’une couleur primitive une couleur mêlée, dans laquelle la couleur primitive entre comme partie de mélange; la couleur mêlée sera toujours en harmonie avec les deux couleurs primitives dont elle résulte. Que l’on place un ruban de soie d'une des trois couleurs primitives que j’ai nommées, et large à-peu-près d’un pouce, sur
Y. fi
1)2. S U ri LES I O > (, T I O N S
une feuille de papier blanc, el qu’on le regarde fixement: au bout de quelques inslans , l’on verra toutes les trois couleurs primitives, et à côté la couleur mélée, résultant des deux dernières couleurs primitives. Si , par exemple , on place sur le papier un ruban bleu , on verra en outre le jauneet le rouge, et à côté l’orange, résultant de leur mélange.
M. Klotz, à Munich, est entièrement pénétré des lois internes des couleurs. C’est sur ces lois que repose la possibdité du clavecin des couleurs ; et si l’on parvient un jour à rendre par des signes ces lois des proportions des couleurs, comme on rend celles des proportions des tons , on pourrait espérer d’arracher les tableaux à la faux du temps. L’on pourra noter un tableau du Titien et de Rubens comme un morceau de Mozart ou de Grétri, et reproduire les chefs-d’œuvre du pinceau comme ceux de la composition musicale, après un grand nombre de siècles.
Les expériences les plus récentes des physiciens, sur les couleurs , faites à l’aide d'un certain nombre de lames transparentes superposées, donnent des idées encore plus précises sur les lois de leurs proportions.
Celui qui, en vertu de son organisation, est capable de saisir ces lois, est susceptible par cela meme de sentir l’harmonie et la dislurmo-
nu CF.RV F, A TJ .
nie qui existe entre les couleurs. Celui chez lequel cette organisation est développée à un haut deeré, a un sentiment naturel et vif de cette hnrmonie; sans avoir appris ces lois, il les devine; partout où il rencontre des couleurs, il porte, sans savoir comment ni pourquoi, un jugement sur l’harmonieou la disharmonie qui existe entre elles. Voilà le talent du peintre, en tant que coloriste. C’est-là ce qui détermine la vocation pour la peinture. Ce talent, il est vrai, peut être perfectionné par l’élude des règles et des modèles, et devenir aussi un objet de l’intelligence; mais il n’existerait pas sans cette révélation qui provient de l’activité de l’organe , et qui constitue son fond naturel.
Talent de la peinture dans V aliénation mentale.
Chez j\I. Pinel (i), un sculpteur se livre à tous les emportemens de la fureur dans sa loge; il met tout en pièces, et reste plusieurs mois dans un état maniaque des plus violens. Le calme enfin succède, et on lui donne la liberté dans l’intérieur de l’hospice; son entendement était en-
(i) Pag. 9.44.
core faible, et il supportait avec peine (ont le poids d’une vie inactive. La peinture qu’il avait aussi cultivée parut sourire à son imagination, et il désira de s’essayer d’abord dans le genre des portraits. On s’empressa de le seconder dans son dessein, et il fit l’esquisse des portraits du surveillant et de sa femme. La ressemblance était bien saisie; le malade eut bientôt une rechute, qui finit sa malheureuse existence.
Mes lecteurs ne douteront plus , je pense , que le sens des couleurs ne soit une faculté fondamentale, et qu’il ne se fonde sur un organe cérébral propre.
De l'organe du sens des couleurs et de l'apparence extérieure de cet organe.
A Vienne, je n’ai jamais perdu de vue la différence des talens qui constituent l’art de la peinture, et j’ai observé, avec une attention toute particulière, les peintres qui se distinguaient par le coloris, par exemple, M. Lamby. Dans tous, j’ai remarqué que la partie frontale située immédiatement au-dessus du milieu de l’œil avançait en une proéminence bombée; toute l’arcade, surtout sa moitié extérieure, est dirigée en haut' de manière que la moitié externe de l'arcade sourcillière est [dus relevée que la moitié interne.
Je n’ai pu découvrir le siège et la forme de cet organe, qu’en observant attentivement des coloristes très distingués, et j’en ai fait la découverte à une époque où je n’avais pas la moindre idée ni de la forme, ni de la direction des circonvolutions cérébrales individuelles. Cependant, plus tard, un examen attentif m’a fait découvrir dans la région indiquée, une petite circonvolution saillante en dehors, ayant un demipouce à un pouce de diamètre transversal. C’est la circonvolution xvm , Fl. IV, PL Y, PL XIII, dont le développement favorable détermine le sens de l’harmonie et de la disharmonie des couleurs.
J’ai trouvé cette découverte confirmée dans tous mes voyages. Nous avons vu chez un amateur passionné du coloris , une collection de portraits de tous les peintres fameux de l’un et l’autre sexe qui se sont distingués dans cette partie de l’art. Dans tous ces portraits, nous trouvâmes la région immédiatement au-dessus du milieu des sourcils extrêmement saillante.
Nous fûmes frappés surtout cl’un libraire d’Augsbourg, aveugle de naissance, qui soutenait que ce n’est pas l’œil, mais l’intellect, qui reconnaît, qui juge et qui crée la proportion des couleurs. Cet homme assure même qu’au moyen d’un sens interne, il a des notions précises des
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couleurs, et il est de lait qu’il en détermine l’harmonie avec exactitude. Il a un assez grand nombre de perles de verres de couleurs; il en forme différentes ligures, et l’ordonnance des couleurs est toujours harmonique. Il nous dit, entre autres, que toutes les lois qu’il met beaucoup d’application à ordonner, à arranger les couleurs d’un lapis, i! sent une douleur immédiatement au-dessus des yeux, surtout au-dessus de l’œil droit. La région que je viens d’indiquer ci-dessus est avantageusement développée chez cet homme.
« M. Dévoyer, né presque aveugle, qui n’a jamais vu de tableaux qu’a l’aide d’une lorgnette, passe pour un connaisseur (i). »
Maintenant, que l’on compare les plus grands peintres qui ont excellé dans le coloris, avec d’autres peintres également distingués, mais qui, sous le rapport de cette partie, n’ont pas égalé les premiers. Que l’on compare le Titien, PI. LXXXV, lig. 2; le Corrège , Rubens, fig. 3; Claude Lorrain, Van-Dick, Paul Véronèse, Giorgion, Rembrandt, fig. 4;Téniers, le Tintoret,avec le Poussin, Lesueur, Raphaël, lig. 5; Michel Ange, lig 6; Lebrun, Jouvenet. Dans
(1) Correspondance littéraire du baron Grimm, vol. 1! , p. 101.
le portrait des premiers, on verra toujours l’arc superciliaire fortement relevé dans son milieu ; chez les derniers, au contraire, cet arc a une direction presque horizontale; depuis la racine du nez jusque vers le milieu de l’arcade supérieure de l’orbite, il est aplati ou déprimé, tandis que chez les premiers cette région se bombe de plus en plus en approchant du milieu de l’arc superciliaire (i).
L'organe du sens des couleurs est, d’ordinaire, plus développé chez les femmes que chez les hommes. De-là il arrive que les sourcils forment assez ordinairement un ai e de cercle chez les femmes; ceci explique pourquoi elles sont plus susceptibles que les hommes de recevoir une impression agréable d’un heureux choix de couleurs; pourquoi elles aiment tant un habillement à plusieurs couleurs, et pourquoi elles sont plus souvent que nous amateurs de fleurs. Une femme préférera toujours, qu’il soit question d’elle -même ou de ses amis, un portrait colorié à un plâtre. Ceci fait concevoir encore pourquoi les femmes artistes qui , à tout autre égard , n’é -
(i) Dans ce que je dis du mérite des peintres, comme coloristes , j’ai pris pour guide la Balance des Peinhes de Depille , rectifiée par M. Sobry.
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galent que li és rarement les hommes de ge'nie, se mettent quelquefois au niveau des [il us grands peintres pour le coloris. Angélique Kaufmann, fille du laineux Ruisch, en est un exemple.
Le sens des couleurs explique plusieurs phénomènes qui resteraient à jamais inexplicables sans l’organologie. J’avoue que pour parler pertinemment de tous les objets qui rentrent dans le domaine de la physiologie du cerveau, il me faudrait faire des traités beaucoup plus complets que mon ouvrage ne le comporte ; il me faudrait des connaissances presque universelles, chose impossible, mais qui doit engager un jour les connaisseurs à faire l’application de l’organologie à chaque partie en particulier. Je fournirai, en attendant, un petit extrait d’observations que M. le docteur Gambs, de Francfort, a eu la complaisance de nous communiquer.
» i°. Si nous portons, dit-il, notre attention sur les peintres, en général , nous en remarquerons deux classes qui sc distinguent essentiellement l’une de l’autre. La première est formée par les peintres d’histoire; la seconde par les paysagistes, auxquels il faudrait joindre les peintres d’animaux , de fleurs et de fruits; et tous ceux, en général, qui prennent dans la nature les objets que rend leur pinceau.il est à remarquer que les premiers, qui font surtout leur étude de l’anatomie, do
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l’histoire, des antiquités, des ouvrages des maîtres tant anciens que modernes, qui par conséquent sont obliges d’étudier ù-la-lois la nature et l’art, ont besoin, à un plus haut degré que les seconds, du sens des arts, et que par conséquent l’organe des arts, dont je traiterai plus bas, doit être plus développé chez eux.
» Comme cet organe des arts est placé assez loin de l’organe du sens des couleurs, cette circonstance explique peut-être pourquoi les peintres d'histoire ont été rarement bons coloristes,- pourquoi quelques-uns d’entre eux, tels que Michel- Ange et Poussin, ont même négligé le coloris qu’ils faisaient profession de reconnaître comme la partie la moins essentielle de la peinture, tandis que leur mérite, sous le rapport du dessin, de l’invention , de l’expression et de la composition , les lait mettre au rang des premiers peintres d’histoire.
» Si, au contraire, nous observons attentivement les paysagistes et les peintres de portraits qui , dans l’exercice de leur art, ont besoin surtout du sens des localités et de celui des personnes j si l’on fait attention que les organes de ces deux facultés sont très près de celui du sens des couleurs , l’on concevra pourquoi, dans le nombre des paysagistes et des peintres de portraits, il y eut de tous temps un grand nombre d’excel»
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lens coloristes qui ont surpassé clans cette partie presque tous les peintres d’histoire. Que l’on compare les excellons paysages de Claude Lorrain , de Schwanenfeld, de Ruisdael, Botli et d’autres, avec les ouvrages des premiers peintres d’histoire, et l’on se convaincra sans peine de cette vérité.
» 2°. Le climat paraît exercer une grande influence sur l’organe du sens des couleurs, comme sur d’autres organes. Presque tous les peintres italiens , quoique environnés de la plus belle nature, sont tellement médiocres sous le rapportclu coloris, que si l’on en excepte Annibal Carraclic et le Titien, l’un et l’autre coloristes du premier rang , lTlalie ne possède pas un seul paysagiste comparable à Claude Lorrain , à Schwanenl'eld ou àRuisdael, et à d’autres peintres flamands. La Hollande, l’Allemagne et le Nord meme, ont produit au contraire un grand nombre d’excellens paysagistes, mais un très petit nombre de bons peintres d’histoire. L’Espagne et le Portugal ont d’excellens peintres d’histoire; par exemple, Velasquez et d’autres, mais pas un seul paysagiste. Dans l’école italienne, les ^ énitiens, placés plus au nord, sont presque toujours les meilleurs coloristes. On reproche à l’école Française d’étre un amphibie qui tient le milieu entre l’école Italienne et l’école Fia-
mande; l’on ose meme prédire qu’elle ne produira jamais ni un Raphaël , ni un Titien, ni un Paul Véronèse, ni un Corrège; l’on soutient généralement que les Français sont doués du sens des arts et de celui des couleurs à un moindre degré que les Italiens et les Flamands; que la plupart de leurs tableaux historiques sont aussi durs et manquent de naturel autant que leur musique; et que l’on ne saurait disculper la plupart de leurs tableaux, de pécher parun coloris outré.
J'imagine que l’habitude et l’esprit national ont leur bonne part à toutes ces critiques. Je ne suis ni artiste, ni même connaisseur, mais il me semble que la nouvelle école française a quelques chefs - d’œuvre à opposer à ses détracteurs, et que les noms des Gérard, des Guérin, des Robert- Lefèvre, des Girodet , des Vernet, des Forbin, des David, des Régnault, de l’excellent coloriste Gros, etc., etc., ont du les placer au premier rang parmi les écoles modernes. Mais, je le répète, je me déclare incompétent pour juger ce différent.
Je ne déciderai pas non plus jusqu’à quel point, comme quelques-uns l’ont soutenu, le Iront étroit, mais plus saillant en avant , des Holland. «is et des Flamands, explique le plus d’activité de leur organe du sens des couleurs; pour juger la question avec connaissance de
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cause, il faudrait que j’eusse comparé non-seulement en général les fronts des différentes nations, mais que j’eusse encore étudié chez elles en particulier l’organe du sens des rapports des couleurs.
Le degré différent du talent de la peinture des diverses nations se décèle même dans leurs dessins et leurs gravures. Les dessins des Flamands, même ceux à la plume, sont toujours, dans la partie des ombres, plus finis que d’autres, et y offrent des masses de traits croisés par lesquels l’artiste a eu l’intention de leur donner une apparence de coloris. Plusieurs sont retouchés à l’encre de la Chine, ou offrent des lumières en blanc sur brun. Les paysagistes Hollandais, proprement dits, ont eu souvent l’habitude de colorier en gros leurs paysages d’après nature, sur les lieux, ou du moins d’en faire un croquis colorié.
Dans les premières gravures des artistes hollandais et allemands, on ne saurait méconnaître l’intention du graveur, d’imiter les couleurs. Les graveurs italiens, au contraire, depuis l’origine de l’art jusqu’à nos jours, n’ont jamais pu gagner sur eux de donner à leurs ouvrages la perfection de retracer les couleurs , comme l’ont fait Rubens et ses écoliers, et comme l’atteste le superbe chien de Golzius.
L’organe du sens des couleurs est presque généralement très développé chez les Chinois, quelles que soient du reste les variations que subit la forme de la tète. Cest pour cela que leurs arcades sourcilliaires sont fortement tirées vers le haut, surtout dans la moitié externe. Tout le monde sait jusqu’à quel point ils sont prodigues de couleurs. Toutes les parties de leurs édifices en sont couvertes ; les colonnes, les entablemens, les frises, tout est peint en vert, en bleu, en rouge, en jaune; ils peignent jusqu’à leurs statues; ils surpassent toutes les nations de l’Europe dans l’art de la teinture.
Suivant le différent degré d’activité des organes du sens des localités, du sens des arts, du. sens des couleurs , le goût de ceux qui font des collections d’objets d’art, ou qui s’érigent en critiques, doit se modifier diversement. Jean Fuesii a écrit un journal des arts où, en jugeant les ouvrages, il fait preuve d’un sens des arts exquis, mais d’un sens des couleurs très défectueux. Il y a d’autres critiques à qui il n’échappe rien de ce qui a rapport au coloris, mais qui ne font nulle attention à une composition vicieuse, à un dessin incorrect jusqu’à révolter l’œil, à une expression manquée, ou absolument fausse.
L’on a de tout temps été frappé de la différence qui existe entre le sens des arls et le sens
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des couleurs. Comment se fait-il donc que l’on rfail pas conclu de celte différence, que chacune de ces facultés doit se fonder sur un organe particulier et propre? Cela provient, ou bien de ce que peu d’hommes seulement remontent de l’effet jusqu’à la cause, ou bien de ce que, faute de connaissances plus exactes , on se contente d’une explication insuffisante, pourvu qu’elle soit généralement adoptée.
« Selon MM. Gall etSpurzheim, dit M. Demangeon, l’organe de la peinture se porte sur les paysages, lorsqu’il se réunit à celui des localités; sur les portraits, lorsqu’il est secondé par celui des personnes. Mais à quel organe était réuni le talent extraordinaire de Vernet pour peindre les marines et les ports; celui de Jacques Van Es, pour peindre avec tant de perfection les poissons , les oiseaux, les fleurs, les fruits , et surtout les coquillages; celui de Pierre Breugbel le jeune ou Y Infernal, pour peindre les sorciers, les diables et les enfers; celui de son père et de son oncle, qui préféraient les paysages, les fruits et les sujets plaisans; celui de ceux qui affectent de ne peindre que des caricatures, que des portraits de femmes, et d’autres sujets partiels et exclusifs ? »
Nous avons déjà dit que l’homme n'est pas le résultat d’un seul organe, mais de faction
nu CERVEAU.
combinée de Ions; cl que seulement le plus énergique l’entraîne à agir de préférence dans le sens de sa faculté. Ensuite cet organe est modifié par l’action plus ou moins puissante des autres : ainsi quand nous disons que le talent de la peinture se détermine plutôt pour les paysages, ou pour les portraits, selon que l’organe des localités ou celui des personnes se trouvent conjointement développés, nous n excluons pas que le peintre, qui doit essentiellement faire usage aussi du talent de ï imitation , ne puisse exercer cette faculté sur tous les objets imitables. Toute l’objection de M. Demangeon ne détruit pas le principe , qu’il faut avoir un sens des couleurs pour bien en saisir les rapports et les représenter en peinture. D’ailleurs les marines et les ports, les sorciers, les diables et les enfers , les caricatures et les portraits de femmes, ne sont ils pas ou des lieux ou des personnes? L’organe de l’esprit caustique ne contribue-t-il pas .à la composition de quelques-unes de ces peintures? Enfin où avons-nous dit que le peintre ne peu t pas aussi imiter des choses? N ulle part.
XVII. Sens des rapports des tons , talent de la musique. ( Ton-sinn ).
Pourquoi chercher clans le cerveau un organe pour la musique? Pour être apte à la musique, il ne faut que de l’oreille,* tout le talent du musicien gît dans l’oreille : voilà ce que dit la multitude, voilà ce que disent les physiologistes.
Dans le traité sur les fonctions des cinq sens, j’ai réfuté ce préjugé, et j’ai assigné sa sphère d’activité à l’oreille ainsi qu’à l’œil. Comme je ne puis pas supposer que toutes les personnes aient lu le premier volume de mon grand ouvrage, je vais répéter ici ce que j’y ai dit contre l’opinion de ceux qui prétendent que pour être musicien .il ne faut que de X oreille-, par ce moyen, on trouvera ici rassemblées toutes les preuves en faveur de rcxislcnce d'un organe de la musique.
Il est un grand nombre d’animaux doués d’une oreille plus fine que l’homme, qui cependant ne témoignent pas la moindre réceptivité pour la musique. On connaît des oiseaux qui ne chantent pas, doués d’une oreille aussi fine que les oiseaux chanteurs. Dans les espèces des oiseaux chanteurs, la femelle, privée de la faculté de chanter, est douée des mêmes organes auditifs et d’une oreille aussi fine que celle du mâle.
l)U CERVEAU.
Certains naturalistes no veulent pas du tout entendre parler du chant des oiseaux. Le chant des oiseaux, disent-ils, n’a pas plus d analogie avec la musique que le hennissement des chevaux. 11 n’y a que l’homme, doue d’une oreille acoustique, qui soit capable de sentir les consonnanoes et les dissonnances. Cette faculté, continuent-ils, tient à un instrument particulier appelé limaçon, dont l’homme seul est doué, et dont tous les autres animaux sont privés.
Il est indubitable que beaucoup d’animaux ont l’oreille plus fine que l’homme, et que les organes auditifs chez eux sont plus parfaits que dans notre espèce; c’est ce que j’ai prouvé en traitant du sens de l’ouïe. Là, j’ai montré aussi que d’autres mammifères sont doués d’un limaçon plus parfait que celui de l’homme. Dans mes leçons, j’ai l’habitude de montrer à mes auditeurs le limaçon du bœuf, du chien , du chat, etc.
Ce qui montre bien cette erreur dans toute sa nudité, c’est la circonstance que les oiseaux en général, et les oiseaux chanteurs en particulier, sont privés du limaçon. Il est remplacé chez eux par un canal osseux légèrement courbé.
Si l’oreille était la cause matérielle du chant chez les oiseaux et de la musique chez l’homme, les oiseaux et l’homme ne pourraient , en fait de
S U U !, K S F ONCTION s
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chant cl île musique, que répéter ce qu’ils oui entendu. Or, comment chacun des oiseaux chanteurs a-t-il acquis son chant? Où est celui qui a donné des leçons à la première grive {Tardas musicus ) et au premier rossignol? Comment se fait-il que des oiseaux couvés et élevés par des oiseaux d’une espèce différente de la leur, et qui n’ont jamais entendu chanter leur père, entonnent cependant le chant propre à leur espèce?M. Darvin dit, d’après Kircher, « que les jeunes rossignols, couvés par d’autres oiseaux, ne chantent jamais que dans le cas où ils ont été instruits par la fréquentation d’autres rossignols. » Mais le fait est faux. Il en est, si l’on veut me permettre celle comparaison, du chant des oiseaux comme de la langue de l’homme d’un meme pays. Il est pour l’essentiel le même; mais il éprouve des modifications à un rayon de quelques lieues seulement, dans chaque contrée un peu considérable, dans une petite île même. De jeunes oiseaux, élevés à la maison, chantent moins bien les premières années, mais ils se perfectionnent d’année en année, sans avoir jamais entendu chanter d’autres oiseaux de leur espèce.
Comment concevoir chez l’homme l’invention en musique, s’il faut que le musicien ait entendu auparavant tout ce qu’il rend? Qui ne sent que le créateur en musique puise ces créations