‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur têteChapitre 10 sur 18 · OP · texte numérisé non relu

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lue no peut pas avoir cet organe. Or, ce que je vais cilcr est on contradiction évidente avec ce qui précède. Le professeur Àckcrmann dit, dans son paragraphe 73 : «La manifestation des facultés dépend, seulement en grande partie , des organes parfaitement développés ; quand la manifestation des facultés n’a pas lieu pendant longtemps, les organes ou les dispositions doivent diminuer successivement , et enfin disparaître entièrement. » Il admet donc ici que la naissance des organes, leur existence et leur perfectionnement sont antérieurs à la manifestation de leurs facultés. Il ne regarde donc pas l’organe et la manifestation de la faculté comme étant une mémo chose. Ce 11’cst plus des seuls organes qu’il fait dépendre les facultés, il les en fait seulement dépendre en grande partie ; et pour que l’action puisse s’effectuer , il admet encore d’autres conditions. Enfin il avoue que les organes 11c diminuent successivement que quand ils ont été long-temps inactifs.

Ackcrmann ne se contente pas de confondre à chaque moment la disparition totale des organes avec leur diminution j il regarde encore de simples altérations et des maladies d’organes, tels que l’endurcissement et la paralysie, comme étant la meme chose que l’anéantissement complet d’un organe, cl prend l’effet pour la cause;

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car dans cos cas la cessation des fondions est nue suite , et non la cause de la maladie.

Enfin , tous les faits assignes par Àckcrmann sont faux. Sans exercice, dit-il, aucun organe no pourrait naître ni subsister , quoique peu auparavant il ait dit qu'ils naissent et subsistent long temps sans exercice. Tous les animaux et tous les enfans ne naissent-ils pas avec plusieurs organes et avec des sens, quoiqu’ils n’aient pu les exercer dans le sein de la mère? Dans toutes les périodes de la vie, les organes sc perfectionnent avant qu’ils puissent remplir leurs fonctions ou s’exercer. Ils existent donc très bien sans aucun exercice, ou sans remplir aucune des fonctions qui leur sont propres. Les muscles de l’oreille exlé ricure se trouvent encore chez tous les hommes, quoique depuis la création de l’homme ils ne se soient jamais exercés que dans un petit nombre d’individus. C’est ordinairement, par hasard et après avoir vécu trente à quarante ans sans user de celle faculté, que l’on apprend que l’on peut mouvoir les muscles de l’oreille extérieure, ou la peau du sommet de la tète. Ainsi il n’y a qu’erreur et contradiction dans toutes les ob’ jeelions du professeur Ackcrmann et de ses partisans , M. Moreau de la Sarthe, M. Tupper, etc. , etc., etc.

M* Kurt Sprcngcl, célèbre par les émiuens

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services qu’il a rendus aux sciences , nous a aussi adresse des objections sur l’irrésistibilité des actions (i). J’aurais souhaité sincèrement, pour l’honneur de la littérature allemande, qu’un savant aussi distingué n’eût parlé de ma doctrine que lorsqu’il aurait été à même d’en connaître l’esprit et l’ensemble , autrement que par des ouï-dire. Il a dû arriver à M. Sprengel ce qui arrive à tout homme instruit qui veut combattre une doctrine nouvelle avant qu’il la connaisse dans toute son étendue. Meme en alléguant les conséquences qu’il croit dériver de cette doctrine, il ne peut s’empêcher de rendre hommage aux vérités qui en font la base.

M. Sprengel fait dépendre les facultés de l’esprit et de l’âme en partie du cerveau , en partie du tempérament. Il vante les avantages de l’esprit quand il habite un corps sain. Il reconnaît, avec nous tous, que la santé est nécessaire pour que les fonctions intellectuelles puissent se faire convenablement. Une trop grande irritabilité, dit-il (2), a pour conséquence des jugemens erronés, une imagination ardente, une mémoire fidèle, un es-

(1) Instilutiones Medicæ * Amst. , 1810, T. Il, §• 368. ( A Paris, chez F. Schoell. )

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prit fin , de l’irrésolution , de l’inconstance, une tristesse profonde, et une gaîté désordonnée. Le caractère voluptueux du beau sexe, vient delà délicatesse de sa constitution physique; le tempérament mou produit une mémoire faible, mais sûre, une conception paresseuse pour l’amour et la haine; un tempérament sec donne, au contraire, beaucoup d’erreurs, une mémoire durable, l’attention pour un objet unique, une imagination souvent bouillante, et des aflections de l’âme très vives.

Celle dernière et ancienne erreur s’est maintenue jusqu’à présent parmi tous les physiologistes ; tous parlent encore des diverses qualités de l’esprit et de lame qui doivent résulter de tel ou tel tempérament. Les physiologistes les plus récens ne se font aucun scrupule d’avancer que l’iiommedoué d’iin tempérament sanguin veut eu vain renoncer aux voluptés des sens, avoir des goûts fixes et durables , atteindre par des méditations profondes aux plus abstraites vérités; que, dominé par ses dispositions physiques, il sera incessamment ramené aux plaisirs qu’il fuit et à l’inconstance qui fait son partage (i).

On répète ces assertions d’un siècle à l’autre, sans qu on ait jamais demandé ni examiné si elles

(i) Ilichcraml , Phys. T. II , p. 403.

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étaient prouvées par une expérience constante. Ce qu’il y a de certain, c’est que cette doctrine

et de l’esprit, et la dépendance de leur exercice de conditions matérielles. Que ces conditions résident toutes dans le cerveau, ou qu’elles soient dispersées dans tout le corps , dans les viscères, dans les plexus nerveux , dans le sang ou dans un fluide nerveux, elles n’en sont pas moins des conditions matérielles qui tiennent la manifestation des qualités morales et des facultés intellectuelles dans leur dépendance.

Cependant, quoique M. Sprengel regarde les propriétés de l’esprit et de l’âme comme des conséquences de l’harmonie des solides et de la combinaison des fluides, il n’en accorde pas moins à l’homme une volonté libre , et il dit expressément que l’on ne doit s’en prendre qu’à soimême , si l’on suit son tempérament (i). Pourquoi donc ne pas trouver bon que je dise aussi que l’homme ne doit s’en prendre qu’à lui-même s’il suit les impulsions de ses organes, et que je croie, avec saint Augustin, que « Dieu, en donnant le pouvoir, n’impose point de nécessité (2) ? »

(2) Lib. ée littcra cl spiritu , c. 3i.

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J’ai prouvé que ce u’esl qu’en ail mettant diffère ns organes pour les différentes qualités et facultés que l’on conçoit comment un organe peut inciter à certaines actions, pendant que les autres organes produisent des mouvemens et des idées absolument contraires ; que l'on comprend ainsi comment l’homme, lorsque de mauvais penclians sont en mouvement, peut, soit en lui-même, soit au dehors, trouver des motifs opposés et prendre une résolution contraire. Mais où l’homme trouvera-t il des motifs opposés dans sonintérieur; comment sera t->l susceptible de recevoir ceux qui lui viendrontdu dehors, si le principe de ses penchans, de ses désirs, doses facultés, enfin de toutes ses sensations et de toutes ses pensées, réside dans un seul organe ou dans l’ensemble du corps ? Lorsque le sang crie vengeance , quelle partie intégrante du tempérament donnera à l’homme le calme ou la force de se vaincre ? On peut donc affirmer que la liberté mor.de ne saurait exister qu’avec la pluralité des organes.

Voici encore une nouvelle difficulté dont différens auteurs allemands ont parlé. Des ob~ servations que j^ai f i t es dans les prisons, il résulte que j’ai déterminé pour les détenus, nonseulement les dispositions de l’esprit et de l’âme, mais aussi les actions de ces mêmes détenus. Ne

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serait - on pas tenté d’en conclure que je regarde comme inévitables les actions pour lesquelles notre organisation nous donne du penchant ?

Ma réponse à cette question ne pourra être complète que par des discussions qui auront lieu dans les volumes suivons. Je me borne en ce moment à l’exposition générale de quelques-uns de mes principes. Elle suffira pour faire comprendre ma conduite sous ce rapport, et pour en ccarter toute fausse interprétation. Les différentes facultés primitives de l’âme sont affectées à différentes parties du cerveau, de la même manière que les diverses fonctions des sens sont attachées à divers systèmes nerveux. Les fonctions des sens dont les organes sont plus considérables, plus sains et plus développés, ou qui ont reçu une irritation plus forte, sont, par cela même, plus vives. Le même phénomène se reproduit dans les facultés de l’âme ; les organes de ces facultés agissent avec plus d’énergie, s'ils sont plus irrités ou plus développés. D’un autre coté, il y a plusieurs organes dont le développement plus considérable se montre par des circonvolutions plus grandes , plus grosses , plus élargies , plus allongées sur la surface du cerveau ; et ces circonvolutions sont , à leur tour , représentées par des élévations sur la surface extérieure du crâne.

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Que l’on ajoute à cela ce que je démontrerai pour chaque organe en particulier, savoir , que j'ai trouvé des moyens de déterminer que telle ou telle partie du cerveau est l’organe de telle ou telle faculté de Taine: alors on comprendra comment, d’une élévation considérable et déterminée du crâne, on a pu inférer un plus grand développement d’une portion du cerveau, et par conséquent une plus grande énergie d’une qualité déterminée.

Si dans la vie sociale j’aperçois chez quelqu’un Je signe extérieur d’un organe bien développé, je peux dire avec assurance que , dans cet homme; la disposition de la faculté qui appartient à cet organe est plus forte que les dispositions de ses autres qualités. Mais j’ignore si les circonstances ont permis à ce même individu de se livrer à ce que lui inspire celle disposition principale. La naissance, l’état, l’éducation , les lois et les usages, la religion ont la pins grande inlluence sur les occupations, sur le perfectionnement et l’exercice des organes, ainsi que sur le caractère moral de l’homme; il serait donc téméraire de conclure que les actions d’un individu répondent à la faculté dont on remarque une disposition prédominante. En voyant l’organe des tons ou celui des arts mécaniques trèsdéveloppés, on peut affirmer que l’individu a

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une grande disposition ou du talent pour la musique,ou pourles arts mécaniques; que, dans sa jeunesse, il aura eu dans ces memes arts plus de succès que ses camarades, et que probablement encore, après les devoirs de son étal actuel , i! en fait son occupation favorite ; mais je ne peux pas dire qu’il soit réellement musicien ou mécanicien. S’il s’agit de penclians capables de conduire à des actions nuisibles et contraires aux lois, je m’abstiens de juger, parce que j’admets que les hommes sains et raisonnables sont en état, par des motifs nobles et par l’effet d’une heureuse habitude, de dompter ces penchans , ou de les employer d’une manière légitime. C’est pourquoi je ne me livre pas à de pareilles recherches dans mes rapports sociaux, surtout lorsqu’il n’en peut résulter aucune instruction.

Dans une prison , au contraire, les erreurs sont moins faciles. Je peux, par l’inspection d’un organe très développé dont l'abus conduit à des crimes, prononcer avec assez d’assurance sur la nature d’un délit. D’abord c’est à cause d’un délit qu’un individu est détenu ; ensuite on sait que l’homme excité par des penchans énergiques, s’il n’est pas retenu par des motifs puissans, s’abandonne ordinairement à son inclination naturelle. On a donc beaucoup de raison de supposer que le délit pour lequel il est puni, est celui pour le-

quel on lui trouve une disposition marquée. On peut , à la vérité, se méprendre; des circonstances fortuites peuvent quelquefois, un certain temps, pousser l’homme à des actions pour lesquelles il n’éprouve pas de lui-même une impulsion très-forte. Souvent on rencontre des voleurs et des assassins dans lesquels les organes qui se rapportent au vol et au meurtre n’ont pas acquis un développement extraordinaire. Mais, dans ce cas, le malfaiteur a été entraîné par la séduction, par la misère, par des passions fougueuses, telles que la jalousie, les offenses, une querelle, ou d’autres occurrences malheureuses. On se trompe rarement, s’il s’agit de malfaiteurs déterminés, de malfaiteurs qui dès leur enfance ont déjà manifesté leurs mauvaises dispositions ou leurs inclinations malfaisantes; dans ceux-ci, le développement de l’organe est évident. Si les traits du visage, les gestes, le maintien, le langage décèlent un défaut d’éducation ou d’exercice des facultés intellectuelles; si le reste de l’organisation du cerveau n’est pas favorable, il arrivera presque toujours que les actions s’accorderont avec celte organisation malheureuse.

C’est d’après ces maximes qu’à la Conciergerie ( Stacllvogtey ) de Berlin, j’ai prononcé nonseulement sur la nature des délits d’un détenu, mais aussi sur la grande difficulté de corriger sou

penchant opiniâtre au vol. J’ai déclaré que ce détenu, nommé Colombus, était le plus dangereux voleur parmi les adultes qu’on nous avait présentés. Colombus fut ensuite condamné à une détention de trois ans, après l’expiration desquels on l’élargit en 1808. Mais à peine eut-il joui un mois de sa liberté, qu’il fut renfermé de nouveau. Dans ce court intervalle, il avait commis dix vols plus ou moins considérables, ettrèsdifïiciles à exécuter (1).

Si l’individu paraît avoir reçu de l’éducation, ou si plusieurs des organes d’un ordre plus élevé sont avantageusement développés, le jugement à porter n’est plus aussi certain; le penchant aura été plus facilement combattu; il est au moins à présumer que l’action illégale d’un tel individu aura été modifiée par quelque particularité; mais ces cas exigent encore une connaissance à part, que l’on ne peut acquérir que par une longue étude et par des rapprochemens multipliés. Cela suffit pour faire voir à mes lecteurs qu’en portant un jugement sur les malfaiteurs, je prends pour base, non l’irrésistibilité des actions, mais l’organisation et la nature de l’homme.

(1) Ce fait csl rapporté dans la feuille allemande intitulée Morgenblalt , 180g, îü mai, n°. 116; mais il est dénaturé et confondu en partie avec un autre fait dont je parlerai plus bas.

Quelques-uns de mes adversaires ont affirmé avec une impudente mauvaise foi, que j’ai enseigné, au moins en Allemagne, l’irrésistibilité des actions, et que la douceur et la piété des Français m’ont seules rendu plus circonspect.

J’estime trop ma doctrine pour la changer ou la mutiler en faveur des préjugés ou des opinions d’un peuple quelconque. Je ne parle et n’écris ni pour les Allemands, ni pour les Français seuls. Comme observateur de la nature, mon dessein est de présenter et de défendre une doctrine qui puisse être utile à l’homme en tous lieux, qui soit compatible avec toutes les formes de gouvernement et avec la vraie morale, et qui, dans tous les temps, soit appropriée aux besoins de l’humanité, puisqu’elle est puisée dans la nature des choses. Mais j’affirme en meme

temps que jamais je n’ai enseigné l’irrésistibilité tles actions, et que partout j’ai professé la liberté morale. J’ai eu à Vienne et dans tous le cours de mon voyage, des auditeurs de tous les états ; beaucoup de religieux, de curés, de pasteurs, d’évéques, d’instituteurs. Plusieurs princes souverains meme ont daigné m’entendre exposer les principes de ma doctrine. Aucun de ces personnages n’y a aperçu le moindre danger pour la morale et la religion. Beaucoup de mes auditeurs

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ont lait imprimer des ouvrages qui servent à justifier ma conduite sous ce rapport.

A peine avais-je obtenu quelques résultats do mes recherches, que j’ai prévu les objections louchant le matérialisme, le fatalisme et l’irrésistibilité des actions. C’est pourquoi j’ai fait insérer dans le Mercure allemand deWieland, an 1798, n°. 12 , une lettre adressée à M. le baron Retzer, chef delà censure impériale de Vienne. Dans cette lettre, j’ai déjà répondu à ces objections par les mêmes argumensavec lesquels je les combats encore à présent. Et ce qui décèle le mieux les intentions impures de ce genre d’adversaires, c’est que, depuis plus de vingt-cinq ans, aucun moraliste, aucun ecclésiastique n’a cru devoir se déclarer contre ma doctrine. Au contraire, mieux instruits que ne le sont ordinairement les laïques sur l’influence réciproque du physique et du moral , etc., plusieurs d’entre eux, et de diverses religions, ont écrit des ouvrages plus ou moins volumineux en faveur de mes principes.

pu CERVEAU.

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