‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur têteChapitre 12 sur 18 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

APPLICATION DE MES PRINCIPES A L’HOMME CON- SIDÉRÉ COMME OBJET d’ÉDUCATION ET DE PU- NITION.

Notions préalables.

Les motifs qui tendent à déterminer les actes des hommes , viennent donc de deux sources. Les uns sont fournis par les forces intérieures • les autres nous arrivent du dehors. Par conséquent, pour diriger la volonté de l’homme et pour apprécier scs actions , il faut avoir une connaissance profonde et détaillée de ces deux élémens. Cette connaissance ne peut s’acquérir que par l'étude pratique de la nature humaine, par l’élude particulière de chaque qualité et de chaque faculté fondamentale, et de la manière dont chacune se manifeste et dans les divers états de santé, et dans les divers états de maladie.

Comme je ne puis remplir cette tâche que dans les volumes suivans, je dois ici me borner à quelques aperçus généraux, mais qui jetteront le plus grand jour sur les discussions ultérieures de ce volume.

Rappelons-nous d’abord, que l'homme a jusqu’à un certain degré, une organisation commune avec les brutes, et qu’il participe à leurs penchans, à leurs sentimens et à leurs facultés intellectuelles. Jusque-là l’homme doit être considéré comme animal. Mais comme homme, il est pourvu de pcnclians, de sentimens et de facultés supérieures , qui réalisent en lui le caractère de l’humanité, et qui, comme nous avons vu , en font un être moral.

Dans l’état régulier de santé, l’homme ne se montre jamais comme purement homme, ni comme purement animal. Les divers rapports qui résultent de son organisation mixte, de la fusion de l’animalité avec l’humanité, méritent donc la plus grande attention. Alors seulement on aura toutes les données pour mesurer le degré de la liberté morale uc chaque individu , et pour deviner l’usage que, suivanttoules les apparences, il en fera.

Sous le rapport des forces morales et intellectuelles intérieures, on peut établir six classes bien distinctes dans la société humaine. Chacune de ces six classes produit une série et une activité de penchans, de sentimens et de talens également bien différentes.

Dans la première classe, les qualités cl les facultés les plus élevées et propres à l’homme,

DÜ CERVEAU.

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sont complètement développées, tandis que les organes des qualités et des facultés animales n’ont qu’un degré très faible de développement et d’activité.

Dans laseconde classe, les organes des qualités et des facultés animales ont atteint un haut dégré de développement et d’activité, tandis que les organes des qualités et des facultés propres à l’homme seul ne sont que peu développés et peu actifs.

Dans la troisième classe, les qualités elles facultés communes aux animaux, et celles propres à l’homme, ont acquis un développement et une activité considérables.

Dans la quatrième classe, il n’y a qu’un ou quelques-uns des penchans ou des talens, développés à un degré extraordinaire, tandis que les autres ne sont arrivés qu’à un degré de développement et d’activité médiocre, ou même audessous du médiocre.

Dans la cinquième classe, l'un ou quelquesuns des organes sont très peu développés, et restent apathiques, tandis que les autres sont plus favorablement développés et actifs.

Enfin, dans la sixième classe, les organes communs aux animaux et ceux propres à l'homme sont à-peu-près également médiocres.

Voyons maintenant quelques résultats géné- 1. 21

raux 3c ccs divers développemens et de ces diverses activités de telles ou telles parties cérébrales, quand elles ne sont pas influencées par des motifs contraires à leur tendance ou à leur impulsion naturelle.

Lorsque les qualités et les facultés supérieures, particulièrement propres à l’espèce humaine, l’emportent de beaucoup sur les qualités et les facultés d’un ordre inférieur, l’homme proprement dit dominera l’animal en lui. Les mouvemens intérieurs, et toute la conduite de ccs hommes sont conformes à la raison, à la justice et à la morale. Juger avec équité les faiblesses des autres, pardonner généreusement les offenses, tolérer avec indulgence les égaremens de leur esprit, agir toujours avec droiture, toujours travailler poulie bien général, en sacrifiant leurs propres intérêts , toujours rendre hommage à la vérité avec une sage intrépidité, toujours se montrer audessus de l’ingratitude et de la persécution, remonter toujours del’effetà la cause, et se mettre ainsi à l’abri des préjugés et de la superstition, etc. , etc., voilà à-peu-près la tendance naturelle de ccs hommes , de ccs modèles , de ces bienfaiteurs de notre espèce.

Tout le contraire a lieu dans ceux dont les organes des qualités et des facultés animales ont obtenu un développement et une activité très

considérables, tandis que les organes des facultés supérieures ne sont que peu développés et peu actifs. Dans ceux-ci, tout est soumis à la sensualité et à l’erreur. Les impulsions animales sont nombreuses et violentes, et la défaite est d’autant plus à craindre que les facultés supérieures et le secours extérieur sont plus faibles. Si malheureusement les penclians dominans sont du nombre de ceux dont l’excessive activité renverse l’ordre social, le juge philosophe sera-t-il alors étonné quand trop souvent ces hommes deviennent la victime de leur organisation?

Dans le cas où les qualités et les facultés communes aux animaux, et en meme temps celles propres à l’homme sont également très actives, il eu résulte des hommes qui se trouvent placés entre l’animal et l’homme. Ils sont stimulés par l’un et avertis par l’autre; souvent avilis par l’un et souvent élevés par l’autre ; ils sont grands dans le vice et grands dans la vertu; sous beaucoup de rapports, ils sont l'excellence et la sagesse mêmes; sous beaucoup de rapports aussi, ils sont sujets aux faiblesses et aux vices les plus déplorables. Les qualités les plus opposées en font souvent les êtres les plus problématiques; des Louis XI , des Charles-Quint, des Philippe II , des Jacques 11, des Catherine de Médicis, qui,

^4 *t'n LES FONCTIONS

avec une dévotion superstitieuse, furent le fléau de leurs peuples. Ce sont ceux qui éprouvent de la manière la plus sensible, la lutte de deux êtres en opposition en eux. Ce sont les Socrate, les Saint Paul, les Saint Augustin, qui ayant les plus rudes combats à soutenir, peuvent prétendre à la victoire la plus glorieuse de la vertu.

Lorsque l’une ou quelques-unes des qualités ou des facultés, soit animales, soit humaines, jouissent d’une énergie extraordinaire, tandis que les autres ne sont que très médiocres , il en résulte ou de grands génies, de grands lalcns dans une carrière déterminée, ou certains penchans, soit bons, soit mauvais, prédominans sur tous les autres. Ces talcns et ces penchans constituent le caractère de l’individu; et celui-ci aura d’autant plus de difficulté à se soustraire à leur impulsion , que les autres forces morales cl intellectuelles sont moins actives. Vous avez le musicien, le mécanicien, le poète exclusifs et passionnés ; mais vous avez aussi le libidineux , le querelleur, le voleur, qui, dans certains cas même, sont passionnés au point que l’excessive activité de pareils penchans dégénère en véritable folie, et ôte à l’individu tout pouvoirdeles comprimer.

Vous voyez au contraire des apathies, des imbécillités partielles, lorsqu’à côté des autres

DU CEUVEAU.

qualités et facultés assez prononcées , un ou quelques organes sont très peu développés. Avec une pareille organisation, Lessing et Tisclibein, détestent la musique; Newton et Kant ont horreur des femmes.

Enfin, dans la sixième classe, se trouve la foulo des hommes ordinaires. Mais comme les organes communs aux animaux occupent la plus grande partie du cerveau, ces hommes restent bornés à la sphère des qualités animales ; leurs jouissances sont celles des sens, et ils ne produisent, sous aucun rapport, rien de remarquable.

Ces six divisions principales se confondent par mille modifications, comme cela arrive à toutes les grandes divisions de la nature. L’on voit que l’organisation est rarement assez heureuse pour quelle donne aux facultés d’un ordre supérieur le pouvoir presque certain d’imprimer une direction favorable aux facultés inférieures. On peut donc admettre comme une vérité constatée par les lois de l’organisation, que, parmi les hommes, un très petit nombre trouverait en eux seuls la force ou des motifs sufiisans pour se faire la loi à eux-mêmes, pour se déterminer toujours à des actes contormes à la dignité des penchans, des scnlimens et des facultés les plus nobles de l’homme.

Ce serait ici le lieu de discuter la question : lequel de deux hommes est le plus vertueux , ou

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de celui cjui ne fait que des actions louables par son caractère naturel, ou de celui qui a toujours des tentations à combattre ?

J’ai déjà répondu à celle question, en traitant de la liberté morale. En effet, « il n’est de vertu réelle, comme dit le cardinal Polignac, que lorsque la volonté soumise à l’empire de la raison , arrête les mouvemens déréglés du cœur, calme le tumulte des passions, étouffe leur révolte, et les subjugue : victoire pénible, et souvent le prix des plus grands efforts. Mais plus elle coûte à l’homme, plus la vertu est grande, plus elle est sublime. »

C’est là le jugement de la justice et delà réflexion. Mais ici, comme partout, ce n’est point la raison, ce sont des sentimens obscurs qui déterminent notre conduite, et qui nous rendent tous, sans que nous nous en doutions, coupables d’une injustice habituelle. La beauté, la jeunesse, la force, les richesses sont partout fêtées et recherchées, tandis que la laideur, la vieillesse, la fragilité, la pauvreté, sont condamnées aux privations les plus affligeantes. De même nous prodiguons à l’homme vertueux par instinct toute notre estime, toute notre admiration, tandis que la vertu la plus éprouvée et la plus sévère de l'homme à qui nous connaissons une pente na~

turellc vers le vice, nous paraît toujours suspecte.

supplication de mes principes à V homme considéré comme objet d’éducation.

D’après ce que je viens de dire, on ne m’objectera plus que l’innèitè des qualités morales et des facultés intellectuelles entraîne l’inutilité de l’éducation, de la morale, de la religion, de la législation, des peines, des récompenses. L’on doit avoir acquis la conviction que ces institutions sont indispensables j que, pour déterminer les hommes à des actes légaux, nobles et vertueux , et pour qu’ils s’y déterminent euxinèmes, il faut développer et cultiver les moyens intérieurs, et multiplier et fortifier les motifs extérieurs. Pascal a très bien dit qu’un des avau tages les plus essentiels de la religion chrétienne, est qu’elle connaît à fond la nature humaine, c’està-dire tout ce que l’homme a de grand et tout ce qu’il a de misérable, et qu’elle lui présente les motifs les plus purs. En effet, plus les motifs seront nombreux, nobles, forts, plus l’homme sera éclairé sur son véritable bien, et plus il sera disposé à faire un bon choix de ses actions. On lui facilitera surtout la résistance à certains penclians trop actifs, avec d’autant plus de succès, qu’on

les aura réprimes de meilleure heure; que par une éducation appropriée à l’individu et commencée dès l’enfance, on aura donné plus de facilité d’agir et plus d’énergie aux pcnclians , aux sen limons et aux facultés supérieures, et qu’on aura rendu pins habituelle et plus vive l’idée des suites funestes des actions immorales.

Quelle est l’éducation soit privée, soit publique ; quelle est la législation criminelle cl civile; quelles sont les mesures du gouvernement; quelles sont les institutions sociales et religieuses qui donnent aux peuples le plus de vertu, d’industrie, et par conséquent de bonheur; qui engendrent le moins de vices et de crimes, le moins de persécutions, le moins d’intolérance, le moins d’atrocités, le moins de corruption des mœurs domestiques, le moins de troubles et de guerres? La solution de ces questions serait digne du premier des amis de l’humanité. Ab! que le résultat obtenu dans l’histoire de tous les temps confondrait ces hommes de ténèbres qui sont assez ignorans ou assez pervers pour désirer et [tour commander la privation des connaissances cl l’abrutissement des nations! qui, jaloux du bonheur de leurs semblables, substituent à l’instruction propre à chaque état, à la religion et à la morale évangélique, la superstition, les préjugés, des dogmes et des cérémonies stériles, le charlatanisme mo-

racal, etc.! moyens d’étoufler dans tout homme le sentiment de sa dignité et de scs droits, et de dominer, avec peu de sagesse, des dupes et des esclaves aussi vicieux qu’ignorans !

Que l’on compare les temps civilisés avec les temps barbares! Qu’on compare la liste des horreurs qui sc commettent chez les peuples barbares, ou , ce qui revient au même , chez les peuples ignorans et superstitieux! Leur fausse dévotion et leurs mœurs innocentes si vantées, feront reculer d’effroi. Qui ne sait pas que ces horreurs diminuent à mesure que les lumières , la civilisation, une religion pure, dépouillée de fanatisme, sont plus généralement répandues ?

Dans les prisons, dont nous avons visité un très grand nombre, nous nous sommes assurés que la plupart des criminels étaient nés dans des provinces et dans des conditions où l’instruction et l’éducation, tant morales que civiles, sont le plus négligées. De même, les bandes de brigands féroces qui répandirent la terreur dans la Hollande cl sur les rives du Rhin , sc composaient, comme se composent encore partout de pareilles bandes, d’individus vagabonds , nourris dans la superstition , mais privés de toute instruction positive.

« Que le ciel, a dit à la tribune des législateurs M. le B. Cuvier, ne m’a-t-il donné cette éloquence du cœur que vous admirez si bien dans votre res-

peclablc collègue M. Laine! Comme je vous peindrais la différence entre le pauvre enfant qui n’a point reçu d’instruction et celui qui a eu le bonheur de l'obtenir! Vous parlez de religion; mais comment conserver des idées religieuses, lorsqu’on ne peut s’en pénétrer de nouveau par la lecture? Vous dites que la misère fait plus de scélérats que l’ignorance ; mais l’ignorance n’eslelle pas elle-même une source de misère? Et les mœurs domestiques, combien ne sont-elles pas favorisées par l’habitude de lire! Le livre le plus indifférent n’est-il pas encore un amusement meilleur et plus moral que le cabaret ou la débauche? »

Les institutions les plus parfaites ne pourront, il est vrai, laire disparaître toutes les énormités et tous les crimes. On peut néanmoins attendre de la bonne éducation des peuples une grande diminution du mal moral. Quand on réfléchit combien souvent il arrive à la classe inférieure d’être élevée avec peu de soin, ou de n’être imbue que de préjugés et de superstition, on s’étonne qu’il ne se commette pas plus de mal, et l’on est forcé de reconnaître la bonté naturelle de l’espèce humaine. Mille circonstances malheureuses se réunissent pour tendre à l’homme né dans la classe inférieure du peuple , les pièges les plus dangereux : plongé

dans une ignorance profonde, privé de tout ce (jni aurait pu former les' qualités de son esprit et de son âme, il n’a que des notions très inexactes de la morale et de la religion jles obligations sociales et les lois lui sont meme généralement inconnues; uniquement occupé à gagner son pain, des amusemens grossiers et bruyans, le jeu et rivresse, le livrent en proie aux passions basses et violentes ; de toutes parts il est entouré d’amorces, de mensonges, de préjugés et de superstition ; on n’a cessé do lui parler de prétendus sorciers , de conjurateurs de démons, de chercheurs de trésors, de devins, d’interprètes de songes, de tireurs de cartes; ou met sous scs yeux des loteries et toutes sortes de jcuxdffhasard qui enlèvent la dernière bouchée de pain à des milliers d’enfans affamés : fléaux dont un ami de l'humanité ne peut, sans frémir et sans être ému de compassion, entrevoir l’éternelle durée! Que de misères domestiques, que de suicides , que de larcins , que de vols intérieurs ne découlent pas de ces sources funestes (i) !

(0 Qu’on relise les discours énergiques tenus dans les sessions des dernières années, par MM. les députés Kératry et Delessert sur la loterie et les maisons d<j<‘u ; et Ion sera étonné que ces abominations soient encore tolérées et trouvent meme ries défenseurs.

Un simple préjugé cause assez fréquemment les actions les plus horribles. Il y a quelques années qu’un homme lua le voisin de son oncle défunt , parce qu’il voulait venger la maladie et la mort de cet oncle , effets , disait-il , des machinations du voisin, qu’il regardait comme un sorcier. Une mère tua et ht rôtir son enfant. La graisse de celte innocente créature devait lui servir à guérir les douleurs rhumatismales de 6on mari. Une bande de voleurs croyait expier les assassinats les plus affreux en marmottant quelques patcr noster pour ses victimes. Il lis Jacob regarda le meurtre qu’il commit sur sa femme comme entièrement effacé, aussitôt qu’il eut recommandé de dire quelques messes pour elle et pour lui (r). Dans de pareilles occurrences, j'accuse ceux qui sont à la tète de l’instruction publique, comme complices et fauteurs du crime. Quels ministres de religion , quels pasteurs que ceux qui laissent aussi cruellement s’égarer leurs ouailles!

Aussi, de tous temps, les souverains qui ont eu la noble et généreuse volonté de donner de bonnes mœurs aux hommes et d’en assurer le bonheur, ont favorisé l'instruction publique,

(i) Histoire de Stimula haïmes.

D V C F Tl VEAU.

l’enseignement Je la morale et de la religion, les arts et les sciences. L’évangile a recommandé de répandre la lumière, et d’annoncer tout haut la vérité(i); les apôtres et les pères de l’église ont regardé l'ignorance comme la source de tous les maux (2).

On doit dire , à l’honneur du siècle où nous vivons , que la plupart des états se distinguent en établissant d’excellentes écoles. En plusieurs endroits meme on donne aux adultes qui ont été négligés, la même instruction qu’aux enfans. On a fondé des écoles pour former des instituteurs. On rappelle aux personnes qui veulent se marier ce qui convient à l’éducation physique et morale des enfans , et les devoirs du mariage. Les gouvernemens ont commencé à faire écrire et puis à distribuer gratis au peuple d’excellens livres de morale et d’instruction rédigés en forme de romans , etc. , etc., et appropriés à sou intelligence.

Ce n’est pas ici le lieu de décrire tous les élablissemens utiles que 110ns avons vus; mais je ne puis m’empêcher de donner à M. Bærens de Copenhague, ce respectable philanthrope, un té-

(1) Si. Marc , IV , si-^3 , et St. Jean, XI , 9-10. (a) Tout mal vient de deux sources , d’ignorance et de faiblesse. (St. Augustin, liv. de la Foi , e. 3 2.

moignage de ma vénération. Cel homme bien faisant avait fondé deux excellentes maisons d’éducation, où les enfans de la classe la plus pauvre étaient admis. Ils y étaient non-seuleuient instruits gratuitement comme dans les cinq autres écoles publiques de Copenhague ; mais encore ils y étaient nourris. Le matin, en entrant dans l’école, ils devaient se laver , ensuite on les faisait déjeûner, puis on leur donnait des leçons de lecture, d’écriture et de diverses connaissances pour lesquelles ils avaient de l’aptitude. Dans les momens de récréation, ils s’exercaient à des jeux gymnastiques. Après cela , on enseignait aux garçons des métiers et des arts mécaniques, et on instruisait les fdlcs à la couture, à la broderie et aux différons ouvrages domestiques. Le soir, on les renvoyait après les avoir fait manger. Le produit de leur travail appartenait à l’établissement. Les malades étaient soignés gratuitement par le docteur Wcndt. Que de bienfaits ne produisait point cette institution ! Elle était un moyen aux pauvres parons de se livrer à leurs occupations, dont ils n’étaient plus détournés parle soin de leurs enfans. Ceux-ci , d’un autre côté, étaient accoutumés a la propreté, à l’ordre, à l’économie, au travail et à la vie sociale ; on formait leurs qualités morales et intellectuelles j on cherchait même, par des canli-

ques édifions, parla musique, etc. , à donner plus de délicatesse à leurs scnlimens.

En général , tous les élablissemens où les individus qui sont dans le besoin trouvent du travail, méritent aussi les plus grands éloges; mais s’il n’existe pas préalablement chez ces individus une habitude de gagner honnêtement leur vie, le but de ces institutions n’est atteint qu’en partie. En effet, ou ces individus ne se rendent pas dans ces maisons de travail , ou bien la police est obligée d’employer des moyens coercitifs pour les arracher à l’oisiveté. Les réglemcns les plus sages ne peuvent pas toujours avoir une influence suffisante, parco que les hommes adonnés à la fainéantise trouvent sans cesse une infinité de subterfuges pour échapper aux mesures de l’administration la mieux intentionnée.

Avec un peuple inculte, les chefs sont ordinairement réduits à commander et à défendre, ce qu'il doit faire et ce qu’il n’ose pas faire. En revanche le peuple élude ces ordres arbitraires de ses supérieurs toutes les fois qu’il croit pouvoir le faire impunément. Mais quand l’homme a reçu une éducation préalable, il tient généralement une conduite mieux réglée, et se soumet avec moins de répugnance aux lois et aux convenances. Les autorités agissent donc conformé-

ment à la nature humaine, lorsqu’elles joignent aux ordonnances les motifs qui les nécessitent, parce qu’alors, aux yeux même de celui à qui elles sembleraient gênantes et arbitraires, toute apparence de contrainte disparaît. D’un autre côté, une législation bienveillante se gardera de multiplier les lois, sachant, comme le dit St. Paul, que plus il y a de lois, plus il y a de péchés.

j4 pplication de mes principes a l’homme , considéré comme objet de correction et de punition.

Pour traiter pertinemment cet objet, il faudrait encore des volumes. Je suis donc forcé de me borner à jeter les fondemens sur lesquels doit reposer notre conduite envers les malfaiteurs.

N’étant pas bien éclairés sur les véritables sources de nos déterminations, les jurisconsultes s’en tinrent, comme les moralistes, uniquement à la volonté. Sous cette expression , on se figurait pour ainsi dire un être particulier , et on le rendit indépendant de l’organisation, du sexe, de la constitution, etc. C’était tout au plus 1 âge mineur qu’on croyait mériter quelque égard. L’homme montrait-il une mauvaise disposition.

nU CERVEAU.

c’est qu’il le voulait. Faisait-il le mal, c’cst qu’il avait très fortement voulu le faire. On ne pensait pas à la différence qui existe entre les penchans et la détermination volontaire, encore bien moins aux divers motifs intérieurs et extérieurs qui amènent cette détermination. Les délits et les crimes ont été considérés en eux-mêmes , sans égard aux besoins et à la position de celui qui en était Tauleur. Pour changer la volonté des malfaiteurs, on a cru long-temps qu’il suffisait d’infliger des peines. Il en résulta partout des lois criminelles qui ne tendent qu'à déterminer quels sont les actes coupables, et à fixer pour chacun de ces actes matériels une punition proportionnée, mais toujours la même, quelle que soit la différence de l’individu agissant. Les circonstances, aggravantes ou atténuantes, sont plutôt prises dans les choses accidentelles extérieures que dans la position particulière, dans l’état intérieur du malfaiteur.

Et quand on veut ramener cette législation défectueuse à des principes fondés sur la nature de l’homme ; qu’on montre des penchans innés, qu’on prouve que l’homme n’est pas plus le maître d’avoir des penchans plus ou moins impérieux qu’il n’est le maître d’avoir des talens plus ou moins prononcés, et que ces penchans sont un des premiers ressorts de nos actions, on se jette I. 22

dans une extrémité opposée : si les mauvais penehans sont innés, dit-on, il n’y a plus aucune culpabilité dans les vices et dans les crimes,- personne ne peut s’empêcher de faire le mal, et tout criminel n’a qu’à dire qu’il a tel ou tel penchant, pour excuser tous ses actes et s’exempter de toute accusation.

Mes lecteurs sont assez préparés, pour que je puisse leur abandonner la réfutation de ce langage. Us sont aussi convaincus que, si les hommes étaient abandonnés à eux seuls , ils ne trouveraient pas tous en eux des motifs également nombreux et également forts pourfairele bien et pour éviter le mal ; ils savent qu’il existe des penchans dont l’excessive activité constitue des penchans illégaux , dont l’action abusive entraîne au mal; ils savent donc aussi que tout homme n’est pas moralement libre à un degré égal, et que, par conséquent, tout homme, lorsqu’il est question de culpabilité intérieure, n’est pas coupable au même degré, quoique l’acte matériel et la culpabilitéextérieure soicntlcs mêmes. La même action peut n’être qu’indifférente dans un homme, taudis que dans un autre elle devient l’objet d’une responsabilité morale. Ainsi, la même action qui pour l’un est un sujet de blâme et de juste punition , n’est pour un autre qu’un sujet de compassion. Pour apprécier le degré de culpabilité in-

térieure, il faudrait mesurer au juste l’influence de l’âge , du sexe , de l’etat de santé , de la situation morale et de mille circonstances accessoires au moment de l’acte illégal. Mais de qui cet état de choses est-il assez bien connu, pour que l’homme puisse porter un jugement toujours équitable sur le mérite et le démérite de ses semblables? Tout cela n’est possible qu'a celui qui sonde les reins et les cœurs. Ainsi quand il s’agit d’exercer la justice dans son acception la plus stricte , il faudrait s’en remettre à Dieu seul.

Toute sage législation doit donc renoncer à la prétention d’exercer la justice. Elle doit se proposer un but qu’il est possible d’atteindre, et qui assure le bien des citoyens en particulier, et celui de la société en général. Ce but doit être, autant que le permet la nature de l’homme, de prévenir les délits et les crimes , de corriger les malfaiteurs, et de mettre la société en sûreté contre ceux qui sont incot'rigibles. C’est tout ce que l’on peut exiger raisonnablement des institutions humaines.

Comment atteindre ce but ?

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