SECTION H
sur l’origine des aptitudes industrielles, DES
INSTINCTS, DES PENCUANS, DES TALENS , EN GÉ- NÉRAL DES FACULTÉS MORALES ET INTELLEC- TUELLES DE L’HOMME ET DES ANIMAUX.
Il est impossible de traiter convenablement des facultés morales et intellectuelles de l’homme, sans avoir une idée juste sur leur origine. De tout temps les philosophes ont regardé les questions suivantes comme les plus importantes qu’il y eût à traiter dans la philosophie de l’homme :
L’homme naît-il sans facultés déterminées , c’est-à-dire, table rase, entièrement indifférent? Apporte-t-il en venant au monde les dispositions qu’il manifeste plus lard ; ou bien n’acquiert-il ses facultés que par ses rapports avec le monde extérieur ? Jusqu’à quel point les impressions des sens sont-elles la source de ses sensations et de scs idées? Quelle est l’origine du bien et du mal moral? L’homme naît-il entièrement bon ou entièrement méchant, ou avec un mélange de dispositions contraires ? Tous les hommes sont-ils doués, au même degré, des qualités essentielles à leur nature, ou bien les différences que l’on observe à cet égard sont-elles
DU CERVEAU. Gr
dues à l’influence île causes accidentelles postérieures à la naissance ? Ces différences sont-elles, aucoulraire, déterminées dès le sein de lanière? Et si elles sont innées, comment les cultiver, les perfectionner, les réprimer, les diriger selon le besoin du bien individuel et du bien général ?
Ces questions , quand elles seront résolues, doivent infailliblement conduire à la connaissance des véritables sources de nos penchans et de nos facultés, et par conséquent du premier mobile de nos actions. Elles méritent donc la plus sérieuse attention de la part des instituteurs religieux et moraux, des juges, des législateurs, des philosophes et des médecins.
L’importance de ces questions ayant été généralement reconnue, il sera impossible d’écarter dans cet ouvrage la rencontre de quelques idées qui se trouvent isolément dans d’autres auteurs , tels queBonnet, Georges Leroy, Reimarus, Herder, Cabanis, etc. Mais on n’a eu jusqu’à présent sur ce sujet, si vaste et si digne de nos méditations, que des matériaux épars; on manquait de données suffisantes, ou celles qu’on croyait avoir étaient trop en contradiction pour en déduire des principes sûrs qui servissent de base à une doctrine complète et bien suivie. J’appuierai chacune de mes propositions d’un tel nombre de faits posi-
tifs qu’elles ne présenteront plus (le simples opinions , mais qu’elles seront élevées en vérités invariables, qui, clans tous les temps, pourront soutenir l’épreuve de l’expérience, et qui par conséquent seront d’une utilité permanente.
Les aptitudes industrielles , les instincts, les penchans , les talens, en général les qualités morales et les facultés intellectuelles de l'homme et des animaux sont innés.
Après avoir clairement indiqué, dans les pages précédentes, les facultés qui font l’objet de mes recberches, le lecteur ne pourra plus confondre ce que j^entends par dispositions, par facultés innées , avec les expressions idées , notions innées , principes innés. Ainsi il sera superflu de le fatiguer par une discussion métaphysique des hypothèses de Platon, d’Aristote, de Pyrrhon, 8 de Zénon, de Descartes, de Leibnitz, de Malebranclie, de Bacon, de Locke, de Condillac, de BufFon , d’Helvétius , etc. , sur l’origine des facultés de l’âme et de l’esprit, ou sur l’origine des idées.
On voit aussi que je suis bien loin d’entendre, comme M.Laromiguière, par dispositions,facul-