‹ Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnâitre les instincts, les penchans, les talens ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur têteChapitre 5 sur 18 · FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

FACULTÉS INTELLECTUELLES

Influence du climat et de la nourriture sur les forces morales et intelleàtuelles de l’homme.

Quelques naturalistes voudraient faire dériver certaines qualités, de l’influence du climat, de la nourriture , de la boisson , et meme du lait de la nourrice.

C’est avouer que nos qualités et nos facultés sont inhérentes à 1’organisation; car le lait delà nourrice, la nourriture, la boisson , le climat , n’agissent que sur le physique de l’homme. Il est incontestable que toutes ces circonstances ont une influence marquée sur notre physique et sur notre moral ; mais encore une fois ne confondons point le pouvoir de modifier avec celui cT engendrer ! Les variétés de la nourriture et de la boisson excitent ou affaiblissent l’action des organes, mais ne peuvent ni les produire ni les faire disparaître. Le lait de la nourrice, comme tout autre aliment, peut bien être la cause d’une constitution physique plus ou moins bonne, et influer ainsi sur le caractère et sur l’esprit; mais il ne

peut ni donner, ni ôter des inclinations ou des qualités déterminées. Si les parens étaient en droit d’imputer aux nourrices les travers de leurs enfans, pourquoi nous, qui nous nourrissons du bœuf, du cochon , du mouton, etc. , ne rendrions-nous pas ces animaux responsables de nos bonnes ou mauvaises qualités?

Il est également notoire que le climat n’influe pas seulement sur toute la constitution et sur la forme de certaines parties du corps , mais aussi sur le différent développement des diverses parties du cerveau , par conséquent sur la différente configuration de la tête, et en dernier résultat, sur les modifications du caractère moral et intellectuel des diverses nations. Mais quelque différentes et quelque puissantes que soient les circonstances locales , elles n’ont jamais changé et ne changeront jamais l’essence ni d’un animal ni d’une variété quelconque de l’espèce humaine.

SLR LES FONCTIONS

Influence des besoins sur les instincts , les penchons et les facultés des animaux et de

l'homme.

On veut encore faire regarder les besoins des animaux et de l’homme comme la source principale de leurs instincts, de leurs pencbans et de leurs facultés.

Les besoins peuvent être considérés sous deux aspects. S’ils viennent du dehors, tels que le froid , le chaud, etc., tout ce que nous avons dit des choses extérieures qui excitent nos facultés intérieures , est applicable à ces besoins. Les accidens qui incommodent l’animal ou l’homme, les portent , il est vrai , pour s’en débarrasser , à faire usage de leurs facultés; mais il ne s’ensuit pas que ces besoins fassent naître les facultés intérieures; car si cela était, les mêmes causes extérieures produiraient, dans tous les animaux et dans tous les hommes, les mêmes qualités, au lieu que chaque animal et que chaque homme réagit en vertu de son organisation sur les choses du dehors, et d’après la manière qui lui est propre. L’idiot n’essaie rien pour se garantir des injures de l’air; l’homme raisonnable se couvre de vètemens. La perdrix meurt de faim et de froid dans les hivers rigoureux, et le moineau engoué

di tombe du haut des toits, tandis que le rossignol et la caille sont partis pour des climats plus tempérés, sans attendre le froid et la faim. Le coucou n’a pas moins que la fauvette le besoin de pondre, et pourtant il ne construit pas de nid. Le lapin et l’ecureuil sont-ils poursuivis ? l’un court se cacher dans son terrier, l’autre se sauve sur la cime des arbres , etc. Ainsi tout ce que Ton peut allribueraux circonstances extérieures , c’est quelles mettent en activité les diverses facultés intérieures.

Si l’on appelle besoins les mouvemens intérieurs ou les sensations intérieures qui portent l’animal et l’homme à chercher quelque chose hors d’eux pour se satisfaire ■ si, par exemple, on appelle besoins les désirs voluptueux, l’ambition, etc. , il est évident que ces mouvemens de l’âme sont uniquementle résultat de l’action de l’organisation intérieure, puisque l'homme et l’animal ne peuvent avoir de tels besoins , tant que les organes qui s’y rapportent ne sont pas propres à agir. Ce développement et celte susceptibilité d’action préalables sont des conditions indispensables pour que les penchans intérieurs se fassent sentir, et que l’animal et l’homme soient provoqués à chercher les objets qui se trouvent en rapport avec leurs organes actifs. Dans l’enfant nouvellement né le besoin du sein agit vivement.

ï !j4 sur les fonctions

ce n’est point parce que le sein produit ce besoin , mais parce que, pour la conservation de l'enfant, un rapport réciproquea été' établi entre lui et le sein, etc. Parla raison contraire, les organes sexuels de cet enfant et leur organe correspondant dans le cerveau n’étant pas développés , il n’y a pas chez lui la moindre trace du besoin relatif à l’autre sexe. Mais à mesure que ces organes prennent de la croissance et de l’activité, une nouvelle faculté, un nouveau penchant se meut dans l’intérieur de l’homme; et c’est le sentiment de ce penchant que nous appelons besoin. L’objet qui est en rapport avec ce penchant s’offret-il aux yeux du jeune homme ou de la jeune fille? leur sang s’allume : les mêmes objets , au contraire, n’élant plus en rapport avec l’organisation éteinte du vieillard , ne parviennent plus à l’exciter. Les membres se développent-ils dans le jeune animal et dans l’homme ? le besoin de marcher , de sauter , de courir et de s’exercer à toutes sortes de tours et de jeux, s’éveille aussitôt. Ce n’est point parce que l’oiseau a besoin d’un nid , et le castor d’une cabane , qu’ils acquièrent le talent de construire ; mais ils ont ce talent parce qu’ils sont destinés à bâtir ; la nature a comme imprégné de ce talent leur organisation; et lorsque cette organisation devient active, ils sont intérieurement portés à construire. Voilà

DU CERVEAU. l55

pourquoi l’oiseau tisserand fait son tissu , même quand il est en cage, et pourquoi le castor construit, quelque bien logé qu’il soit déjà, llien ne montre mieux qu’ils suivent en cela l’impulsion d’une faculté intérieure , sans être déterminés par un besoin extérieur. Il y a de même des hommes pour qui les voyages , la musique, etc. , sont un besoin, parce que, dans ces individus, les organes qui répondent à ces penchans ont une activité dominante. C’est encore par le même principe qu’il faut expliquer pourquoi les hommes qui ont plusieurs organes éminemment développés, éprouvent un plus grand nombre de besoins que ceux dont les organes sont moins énergiques. L’idiot a peu de désirs, par conséquentpeu de besoins, et il a peu de désirs, parce que peu de ses organes parviennent à un développement complet et à un degré d’activité considérable. A mesure que l’on avance en âge, les besoins intérieurs diminuent, parce que l’activité des organes s’est ralentie.

Si donc les besoins intérieurs sont le résultat de l’action des organes cérébraux, et si les choses extérieures ne peuvent devenir l’objet de nos besoins que par le moyen de ces mêmes organes, l’assertion de M. de Lamark tombe d’elle-mêmc. Cet auteur pense (i) que les organes intc-

(i) Philosophie zoologupie. Paris, 1809/!’. I, c. Vil.

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