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dernières le sont par leur grandeur. Les lèlcs des idiots sont caractérisées , à moins que leur cerveau ne soit autrement malade, ou par une difformité, ou par leur petitesse; les têtes des hommes à qualités éminentes le sont par leur étendue.
Cette différence exacte se fait même apercevoir dans les productions des beaux-arts. On voit que, dans leurs ouvrages, conformément à ce qu’indique la nature , les artistes font aller les qualités énergiques intellectuelles avecles grandes têtes, et surtout atec les grands fronts, et qu’ils donnent des fronts petits et .déprimés et une tête très forte danslës parties postérieures aux individus qui ne se distinguent que par des qualités d'un ordreinférieur. Lesanciens donnaient aux statues deleurs prêtres et de leurs philosophes des fronts bien plus grands qu’aux statues de leurs gladiateurs. Que Lon remarque surtout la distinction qu’ils ont faite pour leur Jupiter du Capitole; la forme d’aucune autre tête n’a jamais été aussi fortement bombee dans la partie antérieure et supérieure du front. Quelle différence de cette tête à celle de Ba échus !
Dans tous les cas particuliers où des hommes de talent et de génie ne sont pas d’une grande stature, leurs tetes ne sont plus en rapport avec leurs corps , et on ne retrouve plus les pro-
portions que l’on a coutume d’adopter pour la beauté, et qui sont fixées par les formes de l’Apollon. Tant que les artistes ne voudront que représenter de belles formes, ils peuvent continuer sans doute à prendre l’Apollon pour modèle; mais s’ils veulent exprimer un grand caractère nu de grands talens, il ne peut plus être question de proportions générales.
C’est par-là qu’il faut expliquer les erreurs qu’ont commises plusieurs artistes. Même dans les beaux temps de la Grèce, ils représentaient Périclès couvert d’un casque, pour cacher la grosseur de sa tête. Les poètes athéniens se moquaient de cette tête, parce qu’ils la trouvaient trop disproportionnée avec le corps de Périclès. J’ai vu commettre la même faute par nos artistes modernes ; ils laissaient la tête de Napoléon dans sa grandeur naturelle; mais afin d’établir une proportion conforme à leurs idées, ils la plaçaient sur un corps colossal. En général, les artistes sont encore, presque partout, imbus, soit des préjugés de l’antiquité, soit des préjugés que quelques-uns d’entre eux ont introduits relativement à ce qu’ils appellent la beauté. Qu’ils soient chargés de sculpter en marbre le buste d’un grand homme du siècle, et qu’ils rencontrent des proéminences inaccoutumées, par exemple, les organes delà poésie extrême-
ment saillans dans la télé de Voltaire, ils ne manqueront pas d’aplanir, d’adoucir ces saillies, et de se faire ainsi Un grand mérite d’avoir corrigé les fautes de la nature. Ils ne savent pas, ces grands artistes, qu’un jour l’organisation expliquera à la postérité la gloire ou la honte des hommes remarquables; et que ce sera par la fidélité des formes des têtes qu’ils auront transmises à nos petits enfans, que l’on rectifiera la partialité et les mensonges des historiens.
Qu’on me pardonne une petite digression sur la tête de Vénus de Médicis. Les artistes sont d’accord que cette petite tête a été substituée à la véritable qui a été perdue; et pourtant ils l’imitent tous contre les lois de l’organisation. Avec une tète aussi petite, toute femme serait nécessairement imbécile ; les artistes ne soutiendront certainement pas la thèse que l’imbécillité et la beauté soient en harmonie.
Ceux qui veulent se convaincre que le développement favorable des organes est toujours en rapport avec l’exercice plus énergique de leurs fonctions, n’ont qu’à examiner les têtes des hommes qui se sont distingués par des talens éminens. Qu’on observe les têtes de Socrate, de Bacon, de Sully, de Colbert, de Galilée, de Boerhave , de Haller, de Leibnitz, de Voltaire, de Pascal, de Montaigne, etc.
Je fais cependant observer qu’un homme qui mérite réellement le litre de gra ncl , mais sous un seul rapport, n’aura pas toujours une tête vaste, étenduç, volumineuse, puisqu'il n’est pas non plus cloué deplusieurs facultés vastes et étendues. Le plus grand mécanicien ou architecte, le plus grand musicien, le premier peintre, etc., pourront exceller dans leur art, sans que tout leur cerveau participe au grand développement d’une seule ou de quelques-unes de ses parties.
5°. On ne peut expliquer que par la différence de l’organisation des deux sexes , comment certaines facultés sont plus énergiques chez, l’homme et d’autres chez la femme.
Malebranche (i) faisait dériver du différent degré des fibres du cerveau la différence de la manière de penser et de sentir , qui distingue l’homme de la femme. Les deux sexes ont , chez, les hommes et chez les animaux , le meme cerveau, et conséquemment les mêmes organes. Mais tel de ces organes est ordinairement plus parfait dans un sexe, et tel organe dans l’autre. Les parties du cerveau situéesvers la partie an-
(i) Recherches de la vérité, 5e. édition , Paris, 1700,
térieure supérieure du front sont plus petites chez la plupart des femmes; aussi leurs fronts sont-ils en général plus petits et plus courts. Elles ont, au contraire, les parties situées à la région supérieure de l’os occipital beaucoup plus fortement développées. Leur cervelet est communément plus petit que celui des hommes. On peut, en conséquence, poser en principe que, dans les tètes des femmes , conformes à la structure ordinaire, fe diamètre du front à l’os occipital est plus grand, et que tous les autres diamètres sont plus petits. Voilà des différences physiques. Or ces différences expliquent parfaitement la supériorité des facultés intellectuelles dans l’homme , et l’énergie plus grande de l’amour des enfans dans la femme, etc. Les deux sexes offrent sans doute un grand nombre d’exceptions qui sont cause que fréquemment lés facultés propres à la femme se rencontrent chez l’homme, et vice versâ. Mais tout ce que je dirais ici sur cet objet ne pourrait être bien compris que lorsque j’aurai traité plus particulièrement de chaque organe et des fonctions qui y ont rapport. Alors seulement l’on sera pleinement convaincu que si certains organes sont plus petits dans un sexe, leurs fonctions sont aussi plus faibles; et que si d’autres organes sont plus grands , leurs fonctions se font avec plus d’énergie. On verra que
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ce n’est pas l’éducation, mais la nature , qui, moyennant une organisation variée, a assigné à chaque sexe sa sphère particulière d/activilé morale et intellectuelle.
6°. Lorsque la conformation du cerveau de divers individus est semblable , les penchons et les talens sont semblables , quelque différente que soit la forme du reste du corps ; et lorsque la conformation du cerveau est différente , les pehchans et les talens different , quelque ressemblance quil y ait entre le reste du corps.
Les hommes de toutes lés nations ont tous les memes parties essentielles du cerveau. C’est pourquoi on a toujours observé, et l’on observera toujours chez toutes les nations les memes penchans, les memes talens, les mêmes qualités morales et les mêmes facultés intellectuelles. Les différences ne sont que des modifications, comme les différences de l’organisation cérébrale ne sont aussi que des modifications. Si certaines parties du cerveau sont généralement très outrés peu développées dans une nation , elles détermineront le caractère national , ou les talens dont une nation est plus particulièrement douée ou privée.
On a toujours observé que les frères cl les
sœurs qui se ressemblent le plus entre eux, ou qui ressemblent, quant à la forme de la tête, le plus au père ou à la mère, se ressemblent aussi quant aux qualités de l’ame et de l’esprit. Je connais deux jumeauxqu’il est difficile de distinguer l’un de l’autre , et qui offrent une ressemblance frappante dans leurs penchans et dans leurs talens. Deux autres jumeaux, les frères Fauché, avaient beaucoup de traits de ressemblance ; ils ont été unis depuis leur enfance par un attachement extraordinaire. J’ai comparé avec soin les différentes parties de leurs têtes. En comparant mes remarques écrites avec leur propre biographie, qu’ils m’apportèrent également par écrit, il se trouva que mes observations étaient en tout conformes à leurs propres détails sur leur caractère. Partout où le développement de leurs organes cérébraux était à-peuprès égal, les fonctions respectives de ces organes étaient les mêmes ; dans les points où la structure de leurs crânes annonçait un différent, développement d’organes, il existait une différence non moins sensible dans leurs facultés. Parmi deux autres jumeaux d’un sexe différent, le garçon ressemble à sa mère, femme très bornée ^ la fille lient de son père, homme plein de talens. Le fils décèle en toutes choses la plus obscure médiocrité; la sœur, au contraire, s’é-
2ô8 sur les fonctions
lève, sous beaucoup de rapports , au-dessus de son sexe.
S’il s’agit de jumeaux dont l’organisation est dissemblable, la nourriture, l’éducation, les exemples, les alentours ont beau se ressembler en tout, il n’en résulte aucune ressemblance dans leur caractère. Dans deux jumelles, la tête et la constitution physique different totalement. Dans l’une la nature semble n’avoir pensé qu’à développer les os et les muscles; et dans l’autre elle semble ne s’être occupée que du système nerveux. Aussi la première est-elle d’une intelligence très médiocre, tandis que la seconde est douée de brillantes qualités.
7°. Quand la constitution physique se transmet des pères aux enj ans , ceux-ci participent dans la meme proportion à leurs qualités morales et à leurs facultés intellectuelles.
Fortes creantur fortibus et bonis;
Est in juvencis, est in equis
Patrum virtus
Depuis Horace, cfn n’a pas cessé d’observer que certaines qualités morales se propagent souvent pendant des siècles dans la même famille ; ce qui prouve l’étroite liaison entre l’organisation et l’exercice des forces morales et intellectuelles. 11 en résulte non-seulement que certaines
maladies, telles que la goutte, la pulmonie, la surdité', la pierre, etc., mais aussi certaines maladies réputées purement morales sont héréditaires. Gaubius parle d’une fille dont le père était entraîné par un penchant violent à manger de la chair humaine, ce qui rengageait à commettre plusieurs assassinats. Celte fille, quoique séparée de lui depuis long - temps, et quoique élevée au milieu de personnes respectables, entièrement étrangères à sa famille, succomba , comme son père , à l’inconcevable désir de manger de la chair humaine. Gaubius, en rapportant ce fait, conclut, comme moi, que certaines qualités morales sont héréditaires. Je citerai ailleurs plusieurs exemples où le penchant au vol, à l’ivrognerie, et meme le fuueste penchant au suicide, sonthéréditaires. Or comment ces dispositions, tant bonnes que mauvaises, pourraientelles se transmettre de famille en famille, si elles n’étaient pas fondées dans l’organisation?
8°. U état de veille , de sommeil , et les rêves , prouvent aussi que l’exercice des facultés morales et intellectuelles est subordonné à l’organisation.
Si une substance spirituelle exerçait, indépendamment de l’organisation , les fonctions
morales et intellectuelles, comment concevriezvous que jamais celte spiritualité toute pure puisse être fatiguée, épuisée ; puisse avoir besoin de repos et de sommeil? Le sommeil n’est autre chose que l’inactivité , le repos parfait du cerveau dans l’état de santé. Pendant la durée de celte suspension des fonctions cérébrales, le cerveau prend de nouvelles forces, et, au réveil, ses fonctions sc font avec facilité. Si quelques organes cérébraux, irrités par une cause quelconque, sont mis en action pendant que l’action des autres est suspendue, il en résulte des sensations et des idées qui constituent les rêves.
La nature de ces rêves est presque toujours en harmonie avec les dispositions physiques de l’individu. Le jeune homme rêve plaisir et événemens agréables ; il nage , il vole avec la plus douce volupté ; les hommes et les femmes valétudinaires et irritables ne trouvent dans leurs rêves qu’obstacles et contrariétés. L’on rêve qu’on est mort d’une inflammation d’entrailles , et l’on se réveille avec de cruelles tranchées. Il en est de même du somnambulisme. Ainsi toujours dépendance de l’organisation.
f)°. Tout ce qui change sensiblement , ou affaiblit, ou irrite V organisme , et surtout le système nerveux , produit aussi des altérations considérables dans V exercice des facultés spirituelles.
On a toujours remarqué qu’une croissance trop prompte, ou qu’un développement trop rapide des organes, affaiblit leurs fonctions spéciales. C’est surtout ce qui arrive dans les années climatériques ou périodes de développement dont les médecins et les physiologistes ne peuvent pas trop apprécier l’importance. L’esprit, le corps, tout souffre alors à-la-fois. On n’est capable d’aucune application soutenue, et l’instruction se trou» ve comme arretée dans ses progrès. Cet état ne cesse qu’au moment où l'intervalle consacré à cette époque de développement a été pleinement franchi ; et l’on reconnaît facilement que cette crise est passée , parce qu’aussitôt les facultés intellectuelles reprennent toute leur énergie.
D’un autre côté, les organes intellectuels se développent-ils de trop bonne heure, et sont-ils maintenus dans une trop grande activité? il en résulte assez fréquemment l’épuisement incurable cl la paralysie de ces organes,- et c’est par-là que des génies précoces deviennent souvent des sujets médiocres, et meme des imbéciles, si l’é-
puisement a été porté à son plus haut degré. J’ai déjà dit que les facultés intellectuelles qui sont débiles chez plusieurs enfans , surtout dans ceux qui ont des amas d’eau dans les cavités du cerveau, se fortifient et se développent souvent d’une manière très avantageuse, lorsque le cerveau a acquis sa croissance complète et sa consistance.
D'un autre côté, c’est une observation constante, que, chez les hydrocéphales , les facultés intellectuelles s’affaiblissent ou reprennent, à fur et à mesure que l’épanchement augmente, ou que l’on parvient à le diminuer.
Dans les animaux et dans l’homme déjà formés, les organes du corps sont encore soumis à différentes périodes d’une activité tout-à-fait différente, suivant que ces organes se développent ou diminuent par l’influence des saisons, de la température, de la nourriture, surtout par l'influence des lois propres à l’organisme , ou bien suivant qu’ils sont plus ou moins irrités par une affluence plus ou moins forte des fluides. Voilà pourquoi l’on voit, se manifester et disparaître, à différentes époques, les aptitudes industrielles , et les penchans des animaux, par exemple, le penchant à procréer, à chanter, à bâtir, a émigrer, à s’isoler, ou à se rassembler en troupes, à amasser des fruits , etc. 11 en est de même des dispositions de l’esprit de l'espèce humaine, et
surtout de la femme. Ces dispositions sont sujettes à des altérations périodiques plus ou moins longues. Malebranche (i) nous fait remarquer qu’à des époques différentes le même objet ne nous fait pas éprouver les mêmes sensations, et qu’on en porte des jugemens différens. L’objet est resté le même, mais nos organes ont éprouvé quelque altération. Combien notre manière de sentir et de penser ne diffère-t-elle pas dans le moment où les sens sont échauffés, et quelques instans après quand on est plus calme, ou queles sens sont satisfaits ? Quelle influence puissante n’exercent pas sur nos penchans et nos facultés, sur notre volonté et notre jugement, les diverses affections, telles que la colère , la haine , la jalousie, 1’abattement, la tristesse, le chagrin, la frayeur, l’envie, l’inquiétude, la peur, la compassion, le désir, la joie? Qui peut méconnaître l’influence de l’approclie ou de la présence des évacuations périodiques, telles queles menstrues, les hémorrhoïdes, etc. ; l’inlluence de la grossesse, celle des évacuations retenues, des sécrétions supprimées, celle de la nourriture, de la digesrtion, de l’évacuation immodérée do la semence, du lait , du sang ; celle de tout ce qui épuise les forces, comme les longs jeûnes, les veilles pro-
(i) Recherche delà vérité, T. I, p. î.^.
longées, une contention d’esprit trop soutenue et trop uniforme ? Qui peut nier l’influence d’un changement considérable et prochain dans la température, surtout à l’approche d’un vent violent ou d’un orage; celle de la castration, des maladies des testicules, de la matrice et des autres viscères ; l’influence des inflammations et des suppurations en général, des inflammations du cerveau en particulier, de ses abcès, de ses blessures et de ses ébranlemens ; celle des poisons assoupissans et irritans; celle de la rage, des vers, etc.? Enfin qui peut ignorer l’influence qu’ont sur nous les sensations agréables et ce charme que l’on trouve dans les objets qui nous environnent, tels qu’un ciel pur, un beau climat, descelle de la musique, delà danse, de la tranquillité de l’âme ?
Toutes ces causes et beaucoup d’autres produisent les charigemens les plus étonnans dans l’exercice de nos facultés morales et intellectuelles, et cependant elles n’agissent immédiatement que sur notre organisme. Ne faut-il pas en conclure que si, dans certains cas, ces memes causes ont pour résultat les penchans les plus extraordinaires, tels que la lascivité la plus effrontée, un désespoir qui se refuse à toutes les consolations, la fierté la plus arrogante, la méfiance la plus ombrageuse, et même une propension à
nu CERVEAU. 2 1.J
commet Ire des actes criminels , c’esi que le principe de tous ces pcnchans est inhérent à notre nature, et que la force avec laquelle ils se manifestent, a également sa source dans un dérangement de notre organisation?
Je citerai, quand l’occasion s’en présentera , des exemples de tous ces phénomènes; je me bornerai , pour le moment, aux faits suivans. Le père Mabillon n’avait eu, dans son enfance, que les facultés les plus bornées; mais, au milieu de sa médiocrité, il reçut à la tête une blessure des plus fortes, et dès ce moment il déploya des talons supérieurs. On nous a parlé, dans nos voyages, de deux jeunes gens très connus , à qui la meme chose est arrivée. L’un d'eux , jusqu’à sa treizième année , n’avait pu réussir à rien. 11 tomba du haut d’un escalier, se fit plusieurs trous à la tète, et , après sa guérison, il poursuivit ses études avec la distinction la plus marquée. L’autre, âgé de quatorze à quinze ans, donnait également peu d’espérance. Il tomba à Copenhague , du quatrième étage d’un escalier, et, depuis cette chute, il déploya de grandes facultés intellectuelles. Ce changement ne fut pas le seul. On ne lui avait connu jusqu’alors aucune mauvaise qualité, et, après la meme chute, il rnanifesta un très mauvais caractère , qui, par la suite, le lit chasser d’un poste éminent, et conlinerdans
une prison. Je connaissais une fille âgée de neuf ans, dont la tête avait reçu un coup au côté droit. Depuis lors elle se plaignait d’une douleur qu’elle ressentait au côlé gauche de la tête, et qui correspondait avec l'en droit où le coup avait porté. Peu à peuson bras s’était affaibli, et s’était presque paralysé ; sa mâchoire inférieure tremblait sans cesse; elle était fréquemment attaquée de convulsions. Mais en revanche, ses facultés intellectuelles avaient acquis un degré peu commun de vigueur; et quoiqu’elle ne fût que dans sa onzième année, les traits de son visage et sa conduite singulièrement posée, l’auraient fait prendre pour une femme entièrement formée.
Grétry nous apprend lui-même dans ses mémoires qu’il ne dut le développement de son génie pour la musique qu’à une violente contusion qu’il reçut à la tête par la chute d’une forte pièce de bois.
Haller (1) parle d’un idiot qui, ayant reçu une forte blessure à la tête , eut du bon sens tant que la plaie dura ; mais qui retomba dans l’imbécillité aussitôt que sa blessure fut guérie. Le même phénomène a eu lieu bien souvent pour les autres organes. Haller rapporte encore qu’un malade, attaqué d’une inflammation à l’œil, acquit
(i) Phys. , T. IV, p. 9i<p.
par-là une telle énergie dans l'organe de la vue, pendant le cours de sa maladie, qu’il pouvait -voir pendant la nuit. Il en est ainsi de tous les organes inertes, et de ceux dont le développement est défectueux; l’irritation en développe ou augmente beaucoup les facultés. Ces exemples prouvent de plus en plus que l’innéité des propriétés de l’âme et de l’esprit, et leur dépendance de l’organisation, doivent passer pour des vérités démontrées. »
Il est vrai que , dans l’état de santé , l’homme ne sent point qu’il exerce ses facultés intellectuelles par le moyen d’organes matériels; mais i! ne sent pas non plus que la digestion, la nutrition et la sécrétion s’exercent en lui par des appareils matériels. Plein d’insouciance pour son être, pour les phénomènes qui le regardent, et pour leurs causes, il songe à peine que la différence qui se manifeste en lui, suivant la différence de son âge, dans l’exercice de ses penchans et de ses facultés, est le résultat du changement qu’éprouve son organisme. « L’on doit par conséquent , comme le dit Ilerder (1), pardonner à l’intelligence du vulgaire, lorsqu’au milieu du rêve de la vie, il regarde la raison dont il est
(1) L. c. T. II , S. 209.
doue , comme indépendante des sens cl des organes , et qu’il l’élève au rang de faculté primordiale et pure. L’observateur de la nature, au contraire, qui connaît par l’expérience l’origine cl l’ensemble de la vie humaine, et qui peut suivre , par l’élude de l’histoire de la nature, la chaîne du perfectionnement graduel du règne animal jusqu’à l’homme, est sans cesse averti de l’in- Ihience de l’organisme. Tout lui démontre que l’homme ne se fait pas pluslui-mème pour ce qui concerne l’usage de ses facultés intellectuelles , qu’il ne dépend de lui-même en venant au monde. » Malebranche (i) a dit aussi avec raison que « la différence des goûts des nations et même des individus , pour les divers genres de musique, provient en grande partie de la différence de l’organisation ; qu’en général nos penchans et nos facultés dépendent de la même cause, et qu’en conséquence l’on ne peut mieux employer son temps qu’a rechercher les causes matérielles des changemens qui nous arrivent, a lin d’apprendre à nous connaître nous-mêmes. » Espérons que l’on ne tardera pas à reconnaître généralement , comme le dit Bonnet (a) , que ce
( i) L. c. , T. I , p. i iâ et iSy.
(2) Palingén. T. 1 , p. i3.
n’est que par le physique que l’on peut pénétrer dans le moral de l’homme, et que par conséquent la base de toute philosophie de l’esprit humain, est la connaissance des fonctions du
cerveau.