‹ Sur Les Grands Chemins de la Poesie ClassiqueChapitre 2 sur 18 · H. Longnon, Essai sur Pierre de Ronsard, Appendice · texte numérisé non relu

H. Longnon, Essai sur Pierre de Ronsard, Appendice

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lisant le Roman de la Rose et les vers de Clément Marot.

Autour du château, il avait, pour s'ébattre, de grasses prairies, des coteaux et des bois. Binet nous raconte que, le jour de sa naissance, comme on le portait baptiser à l'église du village de Couture, celle qui le portait, traversant un pré, le laissa tomber par mégarde sur l'herbe et sur les fleurs qui le reçurent « plus doucement >. Et il ajoute € qu'une demoiselle qui portait un vaisseau plein d'eau de roses, pensant aider à recueillir l'enfant, lui renversa sur le chef une partie de l'eau de senteur, qui fut un présage des bonnes odeurs dont il devait remplir toute la France. » Bayle se moque assez lourdement de ce qu'il appelle ces traits d'esprit. Mais, sauf le présage dont l'idée ne vint sans doute à personne, je ne vois rien que de vraisemblable en ce gracieux incident. Il paraît que' les habitants de Couture indiquent encore le pré à Bouju comme l'endroit de la chute. D'ailleurs, les Anciens, qui n'étaient pas plus dupes que nous des fables dont se couronne le berceau des poètes, y respectaient les symboles ingénieux de la vérité. Et ici la vérité, c'est que les tranquilles paysages du jardin de la France furent très hospitaliers à l'enfant qui devait les célébrer un jour, et qu'ils accueillirent ses rêves aussi doucement que les fleurs et les herbes du pré à Bouju avaient reçu son corps.

L'Anjou, la Touraine, le Vendômois sont des pays sans arêtes vives qui ne s'impbsent pas comme l'ardente et fine Provence, comme la grise

et dure Bretagne. Mais leur nature variée fournit au poète et à Thumaniste les éléments essentiels dont il a besoin : des forêts, des grottes, des collines, des vignobles, des prairies, des fontaines. Elle est flexible, harmonieuse, nuancée. Elle se prête à tous les jeux de l'intelligence et de la fantaisie. L'homme la domine. Elle est pour lui comme une riche et calme épouse qui lui donne des songes clairs. Il ne la quitte pas volontiers ; il n'aime à voyager que par l'esprit et sous ses ombrages. Rappelez-vous à Rome la nostalgie de Joachim du Bellay. Plus de trois cents a<is après lui, vous en retrouverez l'écho dans une page où un grand écrivain des mêmes régions de la France, Jules Lemaître, nous conte avec tant d'esprit ses mésaventures de voyageur et comme quoi l'exotisme n'est point du tout son fait. Il était en Algérie ; il se déplaça « notablement > pour aller voir le paysage de Boghari dont il avait lu et admiré la description dans Fromentin. Il en revint sans illusion, c II y a quelque part, dit-il, un grand verger qui descend vers un ruisseau bordé de saules et de peupliers. C'est pour moi le plus beai^ paysage du monde, car je l'aime et il me connaît*. » Ainsi Ronsard, au retour de ses voyages, plus épris de son terroir vendômois, s'écriait :

Bref, quelque part que j*erre, Tant le ciel m'y soit doux, Ce petit coin de terre Me rira par sus tous.

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