DEUX CLUBMEN
— Non, dit le petit garçon pâle, la bécane est au club — au Vélo-Club qu'on a fondé... Encore quatre minutes ! cria-t-il à son compagnon.
« A notre société, continua-t-il, on est maintenant quatorze. Alors, c'est à chacun son tour d'avoir le vélo.
— Et c'est un vélo que vous avez acheté ? demanda M. Jamberdin.
— ... Oui, répondit le chronométreur, après une légère hésitation... on se l'a procuré... Encore trois minutes !... Un vélo pour quatorze, c'est pas épais... Il faudrait trouver une autre occasion... Autrement de ça, on est obligé, comme maintenant, de courir tout seul, et de prendre les temps. Mais c'est amusant tout de même, et comme ça on risque moins à casser la bécane qu'en se choquant avec un autre... C'est fini les dix minutes! cria-t-il au jeune tombeur de records...
Et comme l'autre descendait de bicyclette :
— T'as fait vingt-trois tours et demi. C'est un peu moins bien qu'hier. Faudra tâcher d'en mettre, pour avoir la poule... On dépose chacun cinq centimes, expliqua-t-il, et c'est le gagnant qu'empochera tout.
Il allait monter sur la bécane. L'agent fit un mouvement pour empoigner le guidon... Mais M. Jamberdin lui retint le bras.
— Qu'est-ce qu'il ya ? dit l'agent.
— Laissez ça tranquille, allez! dit M. Jamberdin.
— Vous ne voulez pas reprendre votre bécane ?
— C'est bon! c'est bon !... dit M. Jamberdin. Allons boire un verre.
Ils s'installèrent à la terrasse d'un petit café, d'où ils apercevaient le petit jeune homme verdâtre qui filait tant que ça pouvait sur la piste, pendant que l'autre petit rougeaud lui criait les temps.
— C'est égal, dit l'agent à M. Jamberdin, vous êtes tout de même un peu trop bon homme...
— Oh! ben, qu'est-ce que vous voulez ?
— Ben oui!...