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LA NUIT ET LE JOUR

Il existe un diabolique instrument de torture, tel que Torquemada, le spécialiste si réputé, n'en réalisa jamais de plus terrible : il s'achète pour six francs quatre-vingt-quinze dans toutes les boutiques de quincaillerie et d'objets de ménage, et s'appelle un « réveilmatin ».

Oh!, quand il vous verse brusquement dans votre cervelle chaude le froid liquide métallique de sa sonnerie, cette sonnerie insistante, persistante, affolante, qui n'en finit plus!... Et c'est cette persistance môme qui est efficace, qui vous jette hors du lit, vous fait courir sus à l'instrument barbare... D'un coup de pouce, on envoie en avant l'aiguille d'arrêt, et la mauvaise bête se tait enfin... Mais le résultat est obtenu. Vous êtes levé... au milieu de la

chambre, les yeux fixes et les jambes frissonnantes, dans l'air glacé.

Gomme on renoncerait à ce moment à la plus belle partie de plaisir! Quelle joie si on venait vous dire : L'auto ne marche pas... Mais ça n'arrive jamais à ces minutes-là.

Le réveil-matin cruel a cet avantage de régler tout de suite la situation. On ne discute pas avec lui, on obéit. Quand nous avons, pour nous avertir de l'heure fatale, un être plus humain et moins inexorable, on temporise, on ne se lève pas à la seconde même. Mais on connaît alors un autre supplice: la peur de se rendormir. Et alors il faut faire un efTort de volonté prodigieux. II faut soulever sans point d'appui les soixante-dix mille kilos de son corps et de son âme engourdis. On se prend à regretter l'aide brutale du réveil-matin.

D'autant plus que ce petit serviteur implacable est beaucoup plus sûr que l'être humain qui doit nous réveiller. Car celui-là est fait comme nous. Il faut qu'il se dégage, lui aussi, des liens magiques du sommeil. Et, tout en

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