‹ Sur les grands cheminsChapitre 3 sur 66 · LA NUIT KT LK JOIH 'J · texte numérisé non relu

LA NUIT KT LK JOIH 'J

dormant, nous sommes liantes de ce souci : Se r6veiIlera-t-il?IN'ousréveillera-t-il à riieure? Et l'on rêve dix fois que l'on se lève, que Ton est levé, que l'on constate sur la pendule des heures déconcertantes. On rêve qu'on a manqué le train... On a d'autres rêves de gare, qui sont parmi les plus pénibles. On descend à contre-voie dans un grand espace couvert de rails. Il vient des trains dans tous les sens, des trains qui menaceraient de vous écraser s'ils n'étaient aussi mous que vous. On a oublié d'envoyer des dépêches indispensables. Il vous reste un quart d'heure pour parcourir huit cents kilomètres.

11 est très difficile de distinguer ces réveils imaginaires d'un réveil véritable ; mais quand celui-ci arrive, on est sur qu'il est bien vrai et qu'on ne rêve plus. Le froid est du froid authentique. La pendule vous indique une heure raisonnable. Elle vous dit que vous n'avez pas une minute à perdre, et que vous n'avez même pas le droit de vous laisser choir sur une chaise, de promener autour de vous des regards pleins de tristesse, en bâillant comme un lion vaincu.

La semaine dernière, deux jours de suite, j'ai été obligé de me lever à cinq heures du matin, pour prendre un train à six heures. C'était en pleine nuit, mais je préfère la nuit encore bien noire à ce sale petit jour naissant, si mal vêtu et si hostile.

C'est par dégoût de ce mauvais compagnon que nous appelons de toutes nos aspirations la nuit prochaine, mais si lointaine qu'il semble qu'elle ne reviendra jamais. Et l'on fait alors ce rêve de rester toujours couché... Ou s'approche en titubant du lavabo, et l'on se console encore avec ce même rêve, que l'on complète peu à peu de détails pratiques... On aurait à sa disposition deux chambres exactement pareilles, deux lits exactement semblables, aussi tièdes l'un que l'autre. On nous transporterait dans un lit pendant que l'on ferait l'autre, de façon à être toujours dans un lit frais.

Se laverait-on ? Oui, taut de môme, on se laverait. La civilisation moderne nous a donné des habitudes de propreté, perverses et des-

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