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LES MKFAITS DU SOLEIL

La route, pour arriver là, n'était pas très plaisante.

Après une plaine sans arbres, nous traversâmes par une éloufTante chaleur, des villages usés qui semblaient vides. Ils étaient pleins de soleil jusque dans les plus petits recoins. Mais je disais : « Nous allons arriver à Banneville! » et cette annonce de terre promise ranimait tous les courages. Du siège d'arrière du phaéton, j'entendais le trot résigné de notre cheval, et je voyais derrière moi la jument de la Victoria qui s'en allait, la tôle haute, comme hypnotisée, et qui jetait alternativement ses jambes en avant, tel un cheval automate.

C'était vrai que nous arrivions à Banneville. A ma profonde stupeur, l'aspect du pays ne changeait pas... Toutefois ce n'était pas encore la route feuillue... Nous parvînmes, un petit mur tourné, à l'allée d'arbres, et je n'entendis autour de moi aucun cri de soulagement et d'enthousiasme.

Pourtant les arbres étaient toujours là. Mais ils n'avaient plus le même aspect. Toujours aussi séculaires, ils paraissaient certainement moins vénérables, ne laissaient tom-

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ber à leurs pieds qu'une petite traîne d'ombre ridicule. L'herbe dés bas-côtés était flétrie par la poussière. Le château voisin, sous le soleil qui l'accablait, avait perdu sa noblesse : ce n'était plus qu'un bâtiment.

On cherchait vainement autour de soi un endroit pour déjeuner...

Tout le monde avait mis pied à terre. Je détournai mes regards pour ne pas voir les yeux sévères des hommes, méprisants des dames, moqueurs des jeunes filles. La faveur populaire avait tourné. Je n'étais plus celui que l'on suivait docilement et religieusement dans la campagne, j'étais devenu le chef indigne, le mauvais berger.

Heureusement pour moi, on n'avait pas le temps de m'accabler. Il faisait chaud et l'on avait faim. A mon grand soulagement, quelqu'un proposa de retourner à la maison; nous en étions séparés par deux lieues à peine. On rentra en silence et l'on déjeuna dans une salle à manger très fraîche, et l'on finit même par se trouver très heureux d'avoir lui le plein

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air inhabitable et la grossière violence de l'astre du jour.

Mai§ on me parla peu...

Je suis retourné à Banneville-la-Campagne. J'aurais voulu y emmener tous ces gens pour les persuader que c'était le soleil, et non pas moi, qui avait tort. Mais ils m'ont dit qu'il suffisait d'une fois. Et je n'ai eu que l'âpre satisfaction d'avoir été victime d'une injustice. Hanneville-la-Gampagne et autres lieux sont des asiles charmants quand le soleil indiscret ne se met pas en tête de vous en faire les honneurs.

VEHS FONTAINEBLEAU

Cette jeune Parisienne n'était jamais allée à Fontainebleau.

Il faut dire qu'elle avait surtout habité le huitième arrondissement, dans les environs de la gare Saint-Lazare. Or, il est très pénible, quand on a une gare si près de chez soi, d'aller chercher la gare de Lyon. ~

Evidemment on peut aller à la gare de Lyon si l'on part pour un grand voyage. Alors le long raid en voiture nécessaire pour atteindre cette gare, n'est pas en disproportion avec le voyage en chemin de fer. C'est ainsi que la jeune femme en question s'était appuyé maintes l'ois le trajet de la gare de Lyon, mais pour des voyages qui en valaient la peine. Les rapides qui l'entraînaient qui vers Lyon, Avignon, Marseille, qui vers Bourg, Ambérieux et Genève, passaient comme des fous dédai-

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gneux devant Fontainebleau et la charmante ville lie ^[orel, apros avoir brûlé Villeneuve- Saint-Georges et Melun. Les rapides ont la rage de ne s'arrêter qu'à Laroche. Ce pays cependant n'a rien de curieux, au moins dans les alentours de la gare. Il faudrait consulter là-dessus, Franc-Nohain, qui a chanté mieux que personne les aspirations des locomotives et l'àme résignée du tender, des wagons et du fourgon à bagages.

Notre jeune Parisienne nous disait donc q\i'elle n'avait jamais été à Fontainebleau et qu'elle projetait de s'y rendre un jour prochain, maintenant que l'on pouvait aller de la gare Saint-Lazare à la gare de Lyon en Métro, en passant par le centre de la terre. C'est alors que notre ami Jos nous proposa d'aller à Fontainebleau en automobile. Deux d'entre nous avaient déjà fait le trajet en chemin de fer, attirés là-bas par des forces supérieures à la volonté humaine (des feuilles de convocation pour des périodes de vingt-huit ou de treize jours).

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Mais personne n'avait été à Fontainebleau tm automobile. Personne ne connaissait la route; c'est ce qui explique qu'on ait pu concevoir un dessein aussi téméraire et aussi fou.

Nous partîmes donc un matin, gais et confiants, de la place de la Concorde, Nous partîmes tranquillement à dix heures et demie. Nous avions à faire une soixantaine de kilomètres, et nous pensions être à Fontainebleau pour déjeuner. Ce simple détail prouve notre candeur.

De la place de la Concorde à la porte de Charenton, les routes sont tracées. Il y a même des plaques bleues à certains angles et l'on s'y reconnaît assez aisément. Mais, à la barrière, les difficultés commencent, d'autant qu'on ne peut pas s'arrêter pour demander un renseignement. En Normandie, les gens vous renseignent d'u-ne façon rapide et erronée. Aux environs de Paris, ils vous induisent dans les mêmes erreurs, mais après de longues conférences. L'homme auprès de qui vous vous êtes arrêté ne vous lâche plus. Ce n'est

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