LRS NOTES DE ROUTE
c'est que je pense à autre chose, que m'évoquera sans doute le paysage, mais qui ne sera plus le paysage lui-même.
Sans parler de la détestable fatigue physique, il me semble vraiment que le piéton est trop lent. Evidemment, il jouira peut-être, autant que le chauffeur, des énormes découvertes de terrain que l'on peut absorber d'une lampée, et devant lesquelles il faut bien s'arrêter un peu, que l'on soit à pied, à cheval ou en voiture. Mais il n'aura pas comme nous les joies continuelles du chemin, les surprises constantes, rapides et jamais émoussées, des coins de routes. Aperçoit-il un talus herbeux, ou la clarté d'une entrée de sentier qui fait une trouée dans la route feuillue, il aura trop longtemps devant lui cette agréable vision. La pose aura dépassé le temps réglementaire ; l'image ne sera plus aussi nette.
Je dédie ces considérations aux détracteurs de l'automobile, qui prétendent que les chauffeurs ne regardent pas le pays. Et j'insiste sur ce point qu'ils le regardent mieux, et qu'ils en
jouissent jllus parfaitement que n'importe quel piéton, cycliste ou voyageur de Victoria ou de landau.
Il y a même des quantités de gens à qui l'auto a révélé la nature. Voilà ce que l'on peut affirmer.
Evidemment, je sais bien qu'il y a aussi des réfractaires. Ceux-là ont toujours eu des yeux qui ne voient point, et l'automobile n'a pu leur rendre la vue.
La voiture rapide,«à eux, leur donne d'autres plaisirs. Beaucoup d'entre eux sont des statisticiens. Et notez bien que je les comprends, et que j'ai goûté moi-même des satisfactions très profondes à inscrire des heures d'arrivée et de départ, à faire des opérations arithmétiques pour calculer des moyennes de marche.
J'ai toujours sur moi un chronographe.
Mais vraiment il me semble que ces jeux-là n'ont d'intérêt que si la marche de l'auto est rapide, si on marche pour marcher, et si l'on cherche à faire une performance.
Nous étions partis, Alhis et moi, pour une petite ballade sans prétention, un voyage de trois jours où Ton ferait deux à trois cents kilomètres par jour. Nous allions sur des rou-