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LA PELOUSE

Jules, le dimanche, venait me chercher à une heure pour aller aux courses. J'étais prêt depuis midi et demi. Enervé, je faisais les mille pas dans la salle à manger, où mes parents finissaient de lire leurs journaux.

— Qu'est-ce que tu as donc à être si pressé ?

— J'attends Jules, qui doit venir me prendre.

— Et où vas-tu, de si bonne heure?

— Je ne sais pas... En matinée... Et tu serais bien gentil, papa, si tu me donnais un peu d'argent.

— Ta mère t'en adonné ce matin.

- Oui, mais j'aurai juste, juste! Et si je ne trouve plus de stalles d'orchestre, et que je sois obligé de prendre des fauteuils...

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— Si tu ne trouves plus de fauteuils, tu iras te promener en plein air. Comme c'est intelligent de s'enfermer par un temps pareil ! Allons! maman! donne-lui encore une pièce de cent sous, pour que Monsieur puisse prendre son fauteuil d'orchestre !

Maman n'avait, en fait de monnaie, que

trois pièces de deux francs. Je prenais les six

francs, en promettant de rapporter vingt sous.

Mes parents croyaient encore moins que

-moi à cette bonne parole.

Le coup de sonnette de Jules faisait un bruit délicieux. Jules saluait mes parents, qui ne sympathisaient guère avec lui. De même les parents de Jules me regardaient d'un air hostile. Chacun de nous, dans la famille de l'autre, passait pour un ferment de dissolution.

Maman n'en finissait pas de me remonter mon col de pardessus. Elle appelait la bonne pour me faire donner au bas de mon pantalon un coup de brosse supplémentaire. Je trépignais... A quoi bon toutes ces minuties, d'autant qu'il avait plu jusqu'au matin et que nous allions patauger tout l'après-midi dans la boue de Longchamp ?

Nous descendions l'escalier par bonds tor-

rentueux. Puis nous courions jusqu'au boulevard, où passaient les tapissières. « V'ià pour les courses ! »

Toutes ne faisaient pas notre affaire. Il y en avait qui étaient attelées de cinq chevaux et dont le cocher était habillé en postillon; elles coûtaient deux francs cinquante le voyag^e simple. 11 nous fallait, à nous, la voiture à vingt sous. Quelquefois nous attrapions un véhicule assez convenable. Souvent ce n'était qu'un break très usagé et que traînaient deux bêtes inélégantes. A peine étaiton monté dedans qu'on voyait passer un char-à-bancs magnifique, dont le conducteur criait ua Un franc pour les courses! » Et le pis était que notre pauvre petit break ne se remplissait pas. Il s'arrêtait à tous les carrefours. Une personne en cheveux, peut-être la femme du cocher, debout sur le marchepied de derrière la voiture, glapissait des appels désespérés. Ce n'est que sur le Cours-la-Reine que l'on trottait un peu franchement, avec un frémissement assez glorieux de petites clochettes.

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