‹ Sur les grands cheminsChapitre 43 sur 66 · I-A PKLOUSK · texte numérisé non relu

I-A PKLOUSK

départ, sur un point de la pelouse où la foule était nnoins grande. A ce moment on voyait bien la figure des jockeys en renom, la face rude de Rolfe, le visage romain, aux yeux ardents, aux joues creusées, du fameux Dodge. Parfois c'était Fred Archer lui-même, qui avait traversé le détroit et offrait à nos regards ses traits célèbres.

Plus tard, le sportsman ayant vaincu en moi le joueur, je n'hésitai pas à me payer le pavillon. Mais Jules préférait pouvoir jouer quatre francs de plus, et restait sur la pelouse... A Chantilly, il n'y avait pas de tribunes à cent sous, et nous n'avions que le choix entre les places les plus humbles et l'inabordable pesage. Du moins, pendant l'intervalle des courses, pouvait-on s'approcher tout contre la grille de cet Eden à vingt francs et contempler les chevaux que l'on promenait dans le paddock.

...Bossette, dans le handicap, nous parut avoir une chance de premier ordre. Elle avait couru l'avant-veille à Auteuil, en steeple.

Elle n'avait pas suivi le train, et nous flairions une manœuvre. Aussi Jules avait-il mis quarante sous sur la jument. Il avait trouvé chez un petit bookmaker la cote inespérée de vingt contre un. Il était venu me rejoindre et m'avait mis au courant de ses opérations. Puis il me ramena auprès des piquets pour surveiller son bookmaker. 11 y en avait quelquefois qui disparaissaient. Le fait était assez rare... Mais il se produisit ce jour-là. Jules ne retrouva plus son donneur. Il l'avait vu tout au bout d'un rang... Et maintenant le rang se terminait par un autre litsman... Affolé — car un coup de cloche annonçait l'entrée des chevaux sur la piste — Jules courait à droite et à gauche...

— Il faut absolument que je rejoue Bossette, parce que, si elle arrivait, ce serait trop épouvantable...

Il ne la trouva qu'à une cote un peu moins forte, et mit trois francs à seize, de façon à toucher au moins autant... Or, Bossette gagna, et Jules fut navré. Les quarante-huit francs qu'il toucha le consola à peine.

— S'il n'avait pas fichu le camp, j'avais quatre-vingt-huit francs de bénéfice.

LA PELOUSE 2lil

— Non, puisque lu n'as fait ton second pari que pour l'indemniser de la perte du premier.

— J'aurais fait le second pari en tout état de cause... Bossette était sûre de gagner.

...Evidemment, Bossette était sûre de la victoire, comme tous les chevaux qui viennent de gagner. Dans tous les éléments qui déterminent la conviction des pronostiqueurs, il n'y en a pas un qui vaille le fait accompli.

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