AVARES SPÉCIALISÉS
résoudre à s'achefer un chapeau neuf que lorsque son melon de feutre gris devient littéralement un oi)jet de dégoût pour son entourage.
Je connais une vieille dame qui habite dans un hôtel très confortable, et qui a quatre ou cinq chevaux dans son écurie. Elle fait sortir ses chevaux le moins possible, de peur de les user, ou crainte qu'ils ne mangent trop pour réparer leurs forces. Cette vieille dame, très généreuse à d'autres égards, passe son temps dans le Métro, et voyage même en seconde classe. Ce n'est pas par plaisir, car elle prétend qu'elle a trop chaud dans les trains souterrains et qu'elle éprouve une peine infinie à monter les escaliers des stations.
Tous ces gens-là ne sont pas des maniaques ni des fous. Ils ont simplement une évaluation spéciale des avantages de ce monde. Le monsieur au vieux chapeau estime qu'on peut dépenser chaque jour trente ou quarante francs à chacun de ses repas, mais que lïntérêt d'avoir sur la tête un chapeau convenable ne vaut pas la dépense d'un louis.
En somme, ils ne sont pas des anormaux, ils n'ont pas une àme difTércnte de la nôtre. Ils calculent autrement que nous, voilà tout.