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LE « NOBLE A UT

Non, je ne brùle pas ce que j'ai adoré... Je prends, je prendrai toujours un grand plaisir à un beau matcli de cyclistes, ou à une belle course scratch, et mon cœur fidèle de spectateur de vélodrome garde un souvenir ardent, vivant, des glorieuses journées de jadis et d'hier.

Mais, déjà à l'époque même où je fréquentais les pistes et oii je n'avais jamais assisté à un combat de boxe, j'avais une admiration lointaine pour ce noble sport. Je lisais tant bien que mal les textes anglais, la Police iiazette, le Mirror of Life, relatant etannon- »-ant les matches; je les lus surtout pendant la période qui précéda la rencontre célèbre de Fitzsimmons — le maigre Bob — et de Jim Corbett. J'ai suivi sur le papier, round par

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round, le fameux combat de Carson City, où Bob triompha de Jim, boxeur plus scientifique, mais moins dur frappeur. Filzsimmons avait louché dix-neuf fois etCorbett, le vaincu, trente-huit fois. En voulez-vous de la précision?

Je vous assure que, malgré mon horreur du mal de mer, j'aurais volontiers fait la traversée pour gagner, dans l'Ouest, cet Etat de Nevada, où Corbett entra dans le ring, afin d'y défendre, selon l'héroïque expression consacrée, « son titre et sa vie ».

Les récents matches de boxe auxquels j'ai assisté n'ont pas, loin de là, diminué mon admiration fervente. Me voilà, désormais, un habitué de ces séances, et je vous assure que cela vaut mieux que d'aller au café.

Les novices même sont très intéressants. Nous n'avons pas besoin, pour nous passionner à la vue d'un combat, de nous trouver en présence d'athlètes de haute valeur. Ce n'est point simplement en considération de leurs performances que nous admirons les hommes,

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mais surtout d'après ce qu'ils font devant nous. Autrement dit, ce que nous voyons d'eux a plus d'intérêt pour nous que ce que nous en savons.

Le style a une importance plus apparente, plus saisissable que dans un match de vélos. Même si ce style est mauvais, il est curieux à voir. En boxe, comme en littérature, le style, c'est l'homme. Il nous révèle la personnalité du combattant, que cette personnalité soit restée intacte et neuve, comme chez le débutant, ou qu'elle ait été modifiée, chez le boxeur accompli, par l'éducation et l'entraînement.

Il faut s'entendre. Je donne ici au mot style son acception la plus large. Ce n'est point simplement une façon d'envoyer des coups de poing, mais une façon de se comporter sur le ring.

Un individu, que nous n'avons jamais vu, se présente dans la lice. Nous examinons rapidement son visage, sa structure. Nous le classons dans une catégorie... Ce « bertillonnisme» instinctif, celte habitude de classer les gens, est très fréquente chez beaucoup de personnes, qui ne s'en rendent même pas compte. Nous cherchons, d'après le regard

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de l'homme, ses cheveux ou sa moustache, à quelle classe sociale il appartient. Quelquefois, ridée rapide que nous nous formons se trouve démentie par un indice, le tatouaire, par exemple, que ce grand garçon, de visage assez distingué, porte sur le gras du bras... Tout ce travail ne se résume pas en des formules précises, en des fiches rigoureusement établies. Les cloisons qui séparent nos casiers de classement sont mobiles ; elles ne sont pas définitives tant que nos impressions sont demeurées intérieures, tant que nous ne les avons pas communiquées à d'autres personnes. A partir de ce moment, nous revenons difficilement sur notre jugement. Il y a aussi des gens qui, même vis-à-vis d'eux-mêmes, gardent cette persévérance têtue dans leur opinion première.

Cependant le combat commence. Etles deux hommes se révèlent peu à peu. Ce n'est plus de leur situation sociale qu'il s'agit. C'est leur âme même qu'ils nous livrent. Ils nous montrent leur hardiesse ou leur timidité, leur duplicité ou leur franchise. Quels renseigne-

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ments dans leurs regards ! Comme nous comprenons, sans l'analyser, leur sourire involontaire ! Ce sourire est rarement joyeux. C'est le plus souvent un inconscient signe de paix destiné à modérer l'adversaire ; ou bien c'est un sourire pour l'assistance, que Ton cherche instinctivement à se concilier.

Evidemment le profane qui assiste à un de ces spectacles peut crier à la barbarie. Il brandira des analhèmes, parlera de la décadence, de la sauvagerie des foules, du Bas- Empire, Et il me traitera, moi, spectateur enthousiaste, d'homme cruel et sanguinaire.

Suis-je vraiment si cruel et si sanguinaire que cela?

Certes, quand deux hommes sont en présence, je souhaite un combat sérieux. J'espère que les coups seront durs... Mais c'est parce que le coup dur est bien appliqué. Et quand un des hommes est « knocked out », si je sens une joie intérieure, c'est que le résultat me semble décisif. Ce n'est pas la joie de la cruauté, cest celle de la certitude.

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Je serais désolé de passer pour un homme cruel, même à mes propres yeux. (J'aurais peur de moi.) Je suis l'adversaire déterminé de la guerre et de la peine de mort. Mais j'ai conscience, en applaudissant un combat de boxe, de me plaire à un sport violent, non à un spectacle barbare. Les coups de poing n'endommagent pas les hommes autant qu'on le croirait. Ce sont des jeux héroïques, mais ce ne sont que des jeux. Avant comme après le combat les boxeurs joignent leurs quatre mains énormes.

Une sensiblerie exagérée fait tort à la bonté véritable, en la ridiculisant, en la discréditant. Le peuple estime justement les gens qui ne sont pas douillets. « Il est dur, celui-là ! », diton avec admiration.

Je me souviens d'un forain qui construisait sa baraque à une fête de village. Un clou lui fit une large estafilade au bras. Il remarqua que sa manche de chemise, relevée, n'avait pas été atteinte, Alors, il sourit : « Y a du bon... La peau, ça se raccommode. »

LA KÉSLRRECTION DU ClfEVAL

Quand mon ami Robert acheta Aminche III, il me fit faire quelques promenades au Bois dans son « araignée », qui n'avait plus l'air d'une araignée depuis qu'on lui avait remplacé ses grandes roues fines par de petites roues trapues, munies de pneumatiques. On avait dû exhausser le siège ; la voiture, ainsi rafistolée, n'était plus très gracieuse. Aminche 111, trotteur honorable, qui avait trotté le kilomètre en « une trente-sept » à Saint-Gloud, ne tenait pas longtemps contre les 14-chevaux fjue nous rencontrons au Bois, Aussi le visage de mon ami Robert était-il sombre. Je sentais que ce vieil adversaire de la locomotion automobile se sentait tristement envahi par les idées nouvelles.

Il n'osa rien me dire tout d'abord ; mais,

quand nous sortions à pied tous les deux, il me conduisait sans avoir l'air de rien devant les gçirages automobiles. Nous regardions les voitures. Il n'entrait jamais pour poser des questions aux vendeurs. Mais il attendait paisiblement que l'idée m'en vînt. Alors, il me suivait dans le magasin, le visage indifférent, et semblait ne pas écouter les renseignements que je demandais. Il tournait la tête et regardait d'un autre côté... Il restait toujours très près de moi et tendait l'oreille avec discrétion.

Un matin, nous étions restés au Bois assez tard avec Aminche III ; nous avions ramené la voiture à l'écurie et nous gagnions lentement la maison. Il était plus de inidi. Mais nous n'étions pas pressés de déjeuner ; en nous arrêtant dans un restaurant du Bois pour laisser souffler le cheval et prendre l'apéritit, nous nous étions un peu trop ouvert l'appétit avec toute une bouteille de porto blanc et une demi-douzaine de brioches. En passant devant un magasin aux environs de l'Etoile, nous fûmes attirés par deux ou trois automobiles somptueuses qui se trouvaient à la montre. Nous n'avions ni l'un ni l'autre

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