LA IIKSURRECTION DU CHEVAL
aucune connaissance technique ; ce qui nous séduisait, c'était Téclat du vernis, la forme des voitures, le brillant des lanternes ; nous reiiardions cela comme des sauvages éblouis el un peu eiïrayés.
— Ce qui me gêne tlans certaines de ces' voilures sans chevaux, me dit tout à ooup Kobert, c'est que j'y cherche le cheval. Ainsi, regarde ce break là-bas. Il lui manque certainement deux beaux chevaux rouans du Merlerault. Il est élégant d'ailleurs et vraiment d'une grande légèreté.
— Oui, oui, il est d'une légèreté vraiment surprenante ! Il n'y a pas de moteur à l'avant. La caisse est très réduite. Je me demande oîi est le moteur... Pardon, monsieur, quel est le prix de ce hreak ?
Le petit jeune homme blond et bien habillé, qui était sur le pas de la porte, me répondit avec une morgue nonchalante :
— Deux mille six cents, .le regardai Robert...
C'est vraiment pour rien, lui dis-je, avec un air compétent. Mais, demandai-je au petit jeune homme blond, où se trouve donc le moteur?
— Jl n'y a pas de moteur. C'est un break à chevaux...
Nous eûmes alors l'idée de regarder l'enseigne, et nous vîmes que nous étions devant le magasin d'un carrossier.
Je ne pensai pas à ce moment que cet incident pût donner à réfléchir à mon ami Robert. Il cessa, à partir de ce jour, d'avoir l'air de vouloir s'acheter une automobile. Sigismond, un autre de mes amis, m'ayant appris à quelque temps de là qu'il venait d'acquérir une 18-chevaux, et qu'il comptait bien sur moi pour l'accompagner dans ses promenades, d'obscures raisons sentimentales me détachèrent momentanément de Robert pour me rapprocher de Sigismond.
Les personnes qui passent leur vie à tenir des volants de direction ne se doutent pas des douceurs de l'automobile. Et elles ne les connaîtront jamais. Car s'il leur arrive une petite fois de confier la direction à un ami ou à un mécanicien, elles tremblent de peur, elles ne peuvent supporter d'ôtre conduites par un