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JOURS DE MARCHÉ

J'aime la Normandie. Je l'aime autant, je crois, que la Bourgogne, où j'ai encore passé quelques jours cette année, vers la fin de la belle saison. La Normandie est moins crue. Elle n'étale pas, comme la Bourgogne, de vastes plaines rapiécées. Les domaines, grands et pelits, y sont bordés de haies vives. C'est le règne de la verdure.

Les roules normandes sont blanches et propres ; elles résonnent bien sous les sabots des chevaux. Je me rappelle nos promenades matinales, et comme la campagne était heureuse et tranquille. Les fermes étaient bien à leur place, et les toits de chaume coiffaient si justement les maisons ! Et, tout autour, les pommiers gardaient entre eux leurs distances, contents d'être où ils étaient. Entre une mai-

son et une haie, la plaine s'échappait soudain jusqu'à l'horizon. On apercevait des bandes de vaches blanches. Un cheval encore jeune, mais mal peigné et trop gros, avait l'air d'un vieux cheval, parce qu'il se laissait aller, ne prenait aucun soin de sa personne, et restait des heures entières sur ses quatre jambes, la tète basse, triste et ballonné.

On s'était proposé un but. Il faut toujours avoir un but. On allait au marché d'un petit chef-lieu de canton où, toutes les semaines, il se vendait des grains et du beurre, et, par la même occasion, des volailles, des articles de Paris, des mouchoirs et de l'étoffe de couleur pour des robes d'été.

Après m'être arrêté d'un air compétent devant deux poules noires, après les avoir reçues des mains de la vieille paysanne , qui m'invitait à les soupeser, après les avoir soulevées avec une certaine crainte, car elles avaient chacune un bec acéré, je finis par les acheter par timidité, non sans avoir marchandé un peu, par acquit de conscience. Assez embarrassé de mon acquisition, j'emportai ces poules dans la voiture, où elles furent installées dans le coflre, avec quelques salades,

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