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LES DANGERS DE LA TABLE

il vit un petit trou noir et sanglant, une espèce d'antre où s'embusquaient de redoutables ptomaïnes.

Le principal ornement du dessert fut un superbe Saint-Honoré. Et à nouveau M. Tréguer crut voir défiler devant lui les hygiénistes les plus célèbres, qui lui parlèrent avec une grande autorité des propriétés toxiques du blanc d'œuf.

M. ïréguer s'était figuré qu'en buvant énormément il diluerait et noierait tous ces poisons. Il n'avait sur la toxicologie que des lumières incomplètes. Il n'en avait entrevu que certains aspects fugitifs et efirayants. Il but donc tant qu'il put du vin allongé d'eau minérale, car il y avait de l'eau minérale dans les carafes ; on le lui avait assuré... Mais il eut le désagrément de voir M. Belarthur lui-même porter à son nez le goulot de la carafe et dire au maître d'hôtel :

— Est-ce bien de l'eau minérale ? Elle sent comme l'eau du puits ! »

Et le maître d'hôtel dut avouer que la caisse d'eau minérale n'étant pas arrivée le matin, on avait dû mettre de l'eau de puits dans les carafes.

— D'ailleurs, dit M. Belarlhur, notre eau n'est pas beaucoup plus malsaine que cette eau minérale, que ma femme s'entête à faire venir de la ville et qu'on falsifie certainement là-bas...

Deux heures après, M, Tréguer, sortant du château, s'arrêta devant le pharmacien du village. Il n'avait pas encore mal, mais il sentait qu'il allait être incommodé. Il demanda un contre-poison ou un vomitif. Il est probable que le pharmacien se trompa, car M. Tréguer s'alita dès la ville prochaine et fut malade pendant trois jours et trois nuits. Il est rétabli maintenant et il mange de tout. Il se porte d'ailleurs assez mal.

SOllVEMUS DES CAMPS

J'appartiens à l'arme de la cavalerie, la plus considérée de toutes les armes, parce qu'elle est la plus redoutable, principalement en temps Je paix.

Vous me direz ce que vous voudrez : un cheval vigoureux, dont les jambes de derrière sont armées au sabot d'un fer solide, est capable de faire de rudes blessures.

Les chevaux ne s'exercent pas en temps ordinaire contre les hommes de l'active, parce que ceux-ci leur sont nécessaires pour ramasser leur crottin, leur frotter le poil, leur curer les pieds et leur servir leurs repas. Mais les périodes d'instruction sont une occasion toute trouvée pour expérimenter les coups de pied sur les territoriaux et les réservistes.

Au courant de ces us, j'évitais avec soin le voisinage des chevaux, et je restais constamment à deux ou trois cents pas de l'écurie principalement aux heures du pansage, où je m'abritais dans quelque cantine.

Un jour, pourtant, on m'invita à me rendre au manège, et l'on me présenta un jeune cheval assez volumineux, que l'on nommait, je ne sais pourquoi, Alcibiade.

Je parvins à m'installer à califourchon sur le dos d'Alcibiade, et tout alla bien tant que nous restâmes sans bouger au milieu du manège, dans la calme attitude d'Etienne Marcel, prévôt des marchands.

Mais l'officier qui nous instruisait eut l'idée funeste de commander :

— Marchez !

A partir de ce moment, mes souvenirs se brouillent un peu.

Il est probable qu'ayant perdu l'habitude du cheval pour contracter celle du cycle, je fis malgré moi le mouvement coutumier, élevant alternativement les genoux de chaque côté de la selle, ce qui eut pour résultat de labourer d'éperons indiscrets les flancs d'Alcibiade.

La plus ignoble conquête n'attendait que

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