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SOUVENIRS DES CAMPS

ce sig-Qal pour ruer, se cabrer, et faire des sauts de mouton, dans le but évident de rendre ma position intenable. Je compris ses intentions, et, avec une promptitude remarquable, je mis dos à terre sur le sable du manège.

Cet accident fut Toccasion de divers quolibets. On prétendit que je n'étais pas un vrai dragon, et que je méritais tout au plus de servir dans les biffins.

Je sus prouver aux malveillants de quels exploits équestres j'étais encore capable.

Il y a, au 112^ dragons, un cheval bai-brun nommé Cadmus, qui, à son arrivée au régiment — en 1879 — passait déjà pour indomptable. Et il n'avait que quatre ans à cette époque.

Je montai Cadmus et même, dédaignant les éperons ordinaires, j'adoptai les fameux éperons système Cash, dont beaucoup de bons cavaliers hésitent à se servir.

A partir de ce moment, je consacrai au travail de manège tous les instants que je pus dérober à la cantine.

J'aimais beaucoup, en effet, la cantine, ce modeste restaurant militaire, où l'on mange

de bonne cuisine, servie sans apparat, où l'on tutoie les garçons, comme sous la Régence, où ils vous tutoient, eux aussi, comme sous la Terreur.

J'ai surtout remarqué la façon rapide dont les sommeliers font le service des vins.

Quand vous commandez un litre ou une chopine, un garçon va à la pompe à vin, en remplit une bouteille qu'il a prise au hasard, près du comptoir.

Aussi les observateurs superficiels peuventils croire, à l'inspection de ces bouteilles, que les ordres des clients n'ont pas été fidèlement exécutés.

Ainsi, le jour de mon arrivée, j'entendis mon voisin de gauche demander un litre de vin gris.

Le garçon lui apporta une bouteille, où se lisait l'étiquette : Gomme .

Un brigadier en bourgeron s'assit à ma droite et, frappant la table d'un poing impapatient :

— Un litre de vin gris !

On vint, l'instant d'après, déposer près de lui, un litre où se lisait en lettres vertes : Sirop de citron.

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