ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les kystes tubo-ovariens sont relativement rares, en effet, Robinson écrivait : «Ils sont au nombre de trois pour trois cents ovariotomies : Winkel n’en a trouvé que deux pour cinq cents autopsies. » Olshausen sur trois : . cents ovariotomies, en rencontre trois, dont un bilatéral. Notre maître, le professeur Tédenat, au cours de nombreuses ovariotomies, pratiquées par lui, a réuni sept ou huit cas de kystes tubo-ovariens. Enfin, Legueu, après avoir rassemblé tous les cas publiés, les qualifie de véri table trouvaille opératoire. »
« Ces kystes s’observent généralement entre trente et quarante ans, plus souvent à droite, qu'à gauche», a écrit Legueu. Cependant, en compulsant les observations connues il nous semble qu'ils peuvent survenir à une époque quelconque de la vie génitale et siéger indifféremment à droite ou à gauche; on cite quelques observations de kystes bilatéraux, mais elles sont rares.
Le volume de ces kystes est habituellement peu considérable, variant de celui d’une noix à celui d’une tête de fœtus, mais il en est aussi de plus gros el on cite le cas d’Hildebrandt qui traita un kyste contenant quinze litres et ayant le volume d’un utérus à terme.
Les annexes utérines forment une masse unilatérale, recouverte d'adhérences, quelquefois très étendues, mais le plus souvent peu nombreuses. On peut quelquefois
cr — 17 — reconnaître la trompe plus ou moins dilatée qui vient s’accoler et se fusionner à la poche ovarique kystique, plus ou moins volumineuse, L'ovaire, surtout lorsqu'il est poly ou scléro-kystique (Obs. I, IV, V), peut être parfaitement différencié, mais dans bien des cas, il est complètement méconnaissable. -
L'ensemble a été comparé comme forme, à une cornue, le col ou goulot, serait représenté par la partie interne de la trompe et la panse correspondrait au kyste de l'ovaire, continuant la portion externe de la trompe, sans ligne de démarcation dans la plupart des cas. On a décrit aussi une partie intermédiaire, renflée en forme de manchon, qui servirait de trait d'union entre la trompe el l'ovaire et les ferait communiquer grâce à sa cavité (Kaltschker). Ce segment intermédiaire a été dénommé par Pfannenstiel «pyocèle péritubaire. »
Pour la clarté de notre description nous étudierons successivement :
l° Le col formé par la trompe:
2?" La panse formée par l'ovaire ;
3 La parlie intermédiaire,
l° Si nous examinons la trompéen partant de la corne utérine jusqu'au moment où elle se confond avec le kyste ovarique, nous voyons qu’elle se présente à nous, suivant le cas, sous plusieurs aspects ; peu dilatée parfois mais aussi souvent distendue en sacto-salpinæ (1). Cette dilatation porte en général sur les deux Liers externes de la trompe et se trouve à son maximum au niveau du pavillon, d'où un aspect sacciforme ou ampullaire. Sur
(1) À Marlin, propose de nommer ainsi foule collection tubaire,
-quelle que soit la nature du liquide.
DEA Les
les quelques centimètres restant, près de la corne utérine, la trompe a à peu près conservé sa grosseur normale, mais y présente une dureté plus grande. Son diamètre augmente peu à peu vers sa partie externe et la trompe. … allongée, bosselée, sinueuse, prend souvent un aspect boudiné avec plis et sillons, déterminés par des adhérences ou quelquefois par une véritable torsion (Obs. V). La dilatation se fait parfois progressivement et les transitions sont presque insensibles.
Le pavillon tubaire ne peut-être reconnu de l'extérieur de la tumeur: certains autears’ont parlé d’un sillon ou d'unetrace de cicatrice, séparant le pavillon de l'ovaire, mais ce ne sont point là des cas Asie on puisse donner une portée générale.
Cette portion dilatée de la trompe possède des dimen- . sions variant de celles du pouce, à celles d'un œuf de poule ; la couleur en est légèrement rosée, lorsque la dilalation n’est point exagérée, mais devient blanc bleuâtre dans le cas contraire,
Microscopiquement, le péritoine entourant la trompe est épaissi, avec des fausses membranes, la trompe est plus ou moins altérée, à parois amincies, à différents degrés, suivant la dilatation, qu'elle a eu à subir. Quant à sa musculature on peut la trouver intacle ou transformée en tissu fibreux. On reconnaît des lésions de salpingite, tantôt interstitielle, diffuse, banale et de faible intensité (obs. I. IV. V); les plis sont conservés, l'épithélium a disparu ou s’est peu altéré et présente des cellules à cils vibratiles, quelquefois la muqueuse est lisse, à cellules cylindriques, ou bien on trouve des végétations venant cloisonner la lumière de la trompe. Tantôtles parois sont simplement amincies et non enflammées (obs. IL. VE. VIT). L'ostium utérinum peut ou non rester perméable,
rad sil est perméable le liquide s'écoule dans l'utérus, lorsque la pression de la poche est trop forte, il y à ainsi une soupape de Sürelé, qui empêche la distension exagérée el l'accroissement du kyste.
Il. A la portion tubaire, fait suite une portion globulaire, constituée par le kyste lui-même et aussi par le pavillon de la trompe, qui est venu faire corps avec le kyste, sans solution de continuité apparente extérieurerement. Son volume varie de celui d’une amande verte (obs. [), à celui d’une tête, en passant par celui des denx poings (obs. VIT). Sa surface régulièrement sphérique en général, est parfois bosselée, d'où la comparaison avecun petit sac de noix. On y rencontre des fausses membranes qui, en régularisant son contour l’unissent le plus souvent aux organes voisins. La coloration générale est blanche, “avec des bandes sombres formées par le trajet des vaisseaux.
Pratiquons une coupe dans cette poche, il nous sera d’abord permis de reconnaître ses deux parties constituantes,. une tubaire, une ovarienne, communiquant par un orifice nel. Cet orifice arrondi ou ovalaire varie de trois millimètres à un centimètre de diamètre suivant le volume de la tumeur. Rien extérieurement ne faisait pressentir son existence, l'examen à travers la poche est donc nécéssaire.
Cet orifice ne siège point à l'union de la trompe et de l'ovaire, il est intra-tubaire et correspond à l'ostium abdominal. Le pavillon de la trompe se reconnaît du reste facilement sur la paroi de la poche, à sa couche musculaire et aux franges, dontest bordé l'orifice tubaire. Suivant une comparaison aussi élégante qu'imagée, de notre maître, le professeur Tédenat, elles donnent au
Er
pavillon l'aspect d'une anémome de mer. Ces franges peuvent être libres et flotter (obs. IV), mais en général, elles adhèrent aux parois kystiques, et forment un relief plus où moins sensible suivant leur épaisseur.
D'après ces considérations, on voit aisément que la communication tubo-ovarienne s'est faite par l'extrémité : de latrompe. Dans certains cas pourtant loritice s’est creusé latéralement dans la paroi tubaire ; cette disposition décrite par Runge et Thoma est exceptionnelle.
La partie ovarienne du kyste peut être uniou pluriloculée (obs. I, IT, IV, V.), quelquefois aussi scléro-
kystique (obs. 1) et papillaire à végétations endo-kystiques comme dans les observations VTet VII. Mais iei on a à faire à un processus spécial et il y a eu évidemment perforalion néoplasique de la cloison tubo-ovarienne et greffe dans la trompe.
La paroi kystique est mince, plus transparente à sa partie supérieure, qu'à l’inférieure, elle présente à la coupe deux couches ; une externe conjonctivo-élastique, une interne à épithélium cubique en certains points, caliciforme en d’autres ; on trouve parfois entre elles, une couche moyenne cellulo-vasculaire.
Le contenu du kyste est variable : quelquefois visqueux, coloré en jaune, rappelant le liquide des kystes mucoïdes (obs. IV, VE. VIT), d'autres fois, fluide et brunâtre, comme s'il y avait eu des hémorragies anciennes, on peut du reste y retrouver des hématies (Obs. 1 et Il). Dans une des observations rapportées par nous, le contenu fut trouvé séro-purulent, trouble, mélangé de grumeaux, on l'aurait pris facilement pour du pus d’abcès froid {obs. IF). On a rencontré rarement des kystes à contenu hématique, Gottschalk et Schramm en ont décrit
quelques cas.
se
11° Comme l'a montré notre description, c'est en général, la partie ovarienne renflée, qui est la plus volumineuse ; dans certains cas au contraire, on se trouve en présence, comme dans un cas cité par Kotschau, d'un petit kyste de l'ovaire, communiquant avec une volumineuse collection tubaire. Dans d’autres faits, ce n’est ni la trompe, ni l'ovaire, qui forment la partie la plus dila- tée, mais une sorte de segment intermédiaire, sorte de pyocèle enkysté. On le dissocie facilement à l'œil nu de la trompe et de l'ovaire, dont le séparentdes sillons nets ; la trompe paraît serrée au niveau de son pavillon et l'ovaire est richement recouvert d’adhérences. Cette poche présente généralement en arrière un point faible et il arrive souvent dans ces cas, de percer la poche, lors. de sa décortication. La poche incisée laisse voir l'orifice abdominal de la trompe avec ses franges ampullaires libres ou adhérentes et du côté de l'ovaire une communication, ou quelquefois aussi une séparation nette. Le contenu de cette poche ne présente rien qui puisse le différencier de la description donnée à propos du liquide de la cavité kystique ovarienne. :
Ces kystes tubo-ovariens sont réunis à Futérus par un pédicule, constitué par le ligament utéro-ovarien, la trompe elle-même et le ligament large, pédicule contenant des vaisseaux artériels et veineux. Ce pédicule peut ne pas exister, on a alors un kyste ovarien enclavé dans le ligament large ou bien un kyste du parovarium (cas de Von Ott.)
Comme nous l'avons souvent dit, au cours de notre description, il existe des adhérences réunissant la tumeur aux organes voisins et parce fait même il est aisé de comprendre que l’ablation en est quelquefois rendue -malaisée.
Med) ie