UN MOLTESSARIF HOMME DE LETTRES
calembour médiocre. Une de ses tragédies était intitulée Patrie, et comme il n'y a pas, dans la lingue turque, d'équivalent à ce mot, l'auteur ilul emprunter au persan le vocable vatkan.
— Comment voulez-vous que nous restions en Europe? dit Fuad, après dîner, chez l'ambassadeur de Russie. Nous n'avons qu'un mot pour désigner notre pays; et ce mot, c'est : Va-t'en!
Kicmal a vécu à Paris pendant de longues années. Il écrivait alors des articles emi semblèrent suspects au gouvernement impérial. C'est ce qui explique la médiocrité de sa carrière et la lenteur de son avancement. Avec moins d'indépendance el de vivacité d'esprit, il aurait pu devenir, tout comme un autre, ambassadeur, ministre, grand-vizir. Il gouverne les Cliiotes, tandis que de grosses tètes, solennelles et vides, président aux délibérations du divan. Et puis, sa littérature a effarouché ses compatriotes. Elle l'a rendu célèbre et redouté, populaire et légèrement suspect d'hérésie. Quelques ulémas racontent avec mystère qu'il a été républicain dans sa jeunesse. Comme il n'y a pas de Bastille en Turquie, la Sublime Porte a exilé cet homme de lettres dans l'Archipel, et, dit-on, essaye par tous les moyens de le réduire au silence. Louis XIV pensionnait les écrivains, et abaissait sa morgue royale jusqu'à les prier de vouloir bien se donner la peine d'écrire. Si j'en crois les mauvaises langues.
3 BOUTES -D'ASIE
Kiémal-Bey reçoit une pension pour interrompf la rédaction de son Histoire de l'empire ottoman Voilà comment les ministres de Sa Hautes* encouragent l'essor des lettres '.
L'insupportable déiilédefonclionnaires, saluan gravement en portant leur main droite à leur pieds, U leurs lèvres et à leur front! Kiémal-Be se consolait comme il pouvait, en nous parlai de Sarah Berakardt et en nous demandant dt nouvelles du président Carnot. Dans un co ridor, tout près de la salle où nous causions, ( avait disposé un « buffet », où un maître d'hôl en turban avait étalé diverses boissons avec i rare éclectisme et un respect très louable d différentes religions. Les fils du Propbète tro vaient là une grande abondance d'ean claire, sirops, d'orangeade, de citronnade et de sorbe : Quelques bouteilles de Champagne avaient é mises de côté pour les très hauts dignilain cette liqueur étant permise, depuis que le chei ul-islam a déclaré qu'elle n'était pas du « vin mais un « produit pharmaceutique ». On prése lait aux giaours delà bière, du raki, et d'auti boissons fermentées. Son Excellence voulut bî nous offrir quelques bocks.
L'Orient est le pays de tous les contrastes, t sortir dn konalt d'un moutessarif homme de 1
t. Kiémal-Bey est mort- depuis le voyage de l'auteur.