‹ Sur les routes d'AsieChapitre 29 sur 71 · UNE NUIT DU RAMAZAN · texte numérisé non relu

UNE NUIT DU RAMAZAN

des paroles sonores et graves. De temps en temps, l'un d'eux s'interrompait :

— ■ Tchoudfouk! Bir hahvéht (Petit, un café!) Un entant au teint pâle, en robe rayée et veste rose, courait aux fourneaux où brillaient les ustensiles de cuivre du cafedji, versait, dans une tasse, un peu de café noir et épais qu'il saupoudrai! d'une pincée de sucre, mettait la tasse dans un petit étui de filigrane et offrait le tout do !a main droite en étendant sa main gauche sur sa poitrine, en signe de dévouement.

— Tchoudjouk! Bir atech! (Petit, du feu!) Un autre enfant accourait, tenant une espèce de cassolette en fer battu, où brûlait dans la cendre chaude un charbon ardent. Avec une pince, il prenait la braise et la lendait aux agas, qui, le cou allongé, allumaient leurs cigarettes. Parfois, dans celte foule compacte, des musiciens nomades faisaient chanter et pleurer leurs mandolines. Je vis là quelques exemplaires de la population 1res diverse qui fourmille en Anatolie : des kavas, brodés d'or sur toutes les coutures depuis le bord extrême de la veste jusqu'aux pointes des guêtres, et chargés d'un tel arsenal de pistolets et de couteaux, que leurs ceintures gonflées semblaient près d'éclater; des heys citadins, enveloppés dans de longues robes dont les fleurs peintes et les couleurs tendres allaiont mal avec leurs grandes barbes noires; des zeybecks

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île» montagnes d'ÂIdin, reconnaissables à leurs turbans très hauts et aux braies de toîtes blanchei, très courtes, d'où sortaient leurs jambes niiiis... Parfois, un chanteur s'arrêtait au milieu de la rue et lirait, du fond de sa gorge, quelques notes aiguës en fermant les yeux et en faisant claquer «es pouces contre ses doigts. Quelle nuit île visions lointaines, où apparaissait l'histoire d'une race épique, stérile, si souvent victorieuse ut maintenant vaincue! Cette veillée du ramazan» Mg buveurs de eafé et de sorbets, ces fumeurs i c narghilé, ces chanteurs, ces visages et ces cos * hunes, rien de tout cela n'avait changé depui : des siècles. Le temps n'existe pas pour la cara. varie, qui s'arrête sans souci au bord des source* et ù. l'ombre des arbres. Mais, pendant que leë cavaliers du désert se reposent, près des chameaux accroupis et des chevaux attachés aux= piquets, d'autres tribus ont marché sans repos eU sains Irêve. Elles ont acquis de nouvelles terres. Elles poussent devant elles, comme un troupeau débandé, les peuples oisifs qui traînent sur les mutes; elles les réduisent, sans même qu'ils s'en. aperçoivent, a une sujétion d'où ils voudront prnl èlie sortir un jour, dans un accès de rage et de toile panique. Ce jour-là, il y aura de grands coups de sabre, dos fusillades terribles, des incendies, du sang, des larmes. En attendant ce réveil et ces massacres, les croyants, comme autre-

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