‹ Sur les routes d'AsieChapitre 30 sur 71 · UNE NUIT DU BAMAZAN · texte numérisé non relu

UNE NUIT DU BAMAZAN

fois dans le steppe natal, fument en écoutant des récils, cl méprisent la race infidèle, derrière le quai de pierre qu'ils ont laissé construire, les hautes maisons qui empiètent sur leur domaine, toute l'orgueilleuse façade de civilisai ion pratique qui leur masque la vue de l'Occident menaçant.

Ces pensées devenaient plus précises a mesure que je m'enfonçais dans les rues noires et montautes du vieux Smyrne. Des flaques d'eau, entre les pavés, miroitaient. Des gens passaient, portant des lanternes, frôlant les murs comme des fantômes, et disparaissaient par des porles basses. Bientôt, je n'entendis plus le bruit des hàns, autour du konak. Dans les ruelles désertes, les maisons de bois, avec leurs balcons abandonnés el leurs fenêtres grillées, avaient l'air d'être Uttettes, aveugles, mortes. Le vent faisait un bruit léger dans des feuillages de clématites en fleur, et des fontaines, par moments, chuchotaient sous les brandies endormies des platanes. Perdu dans l'inextricable dédale de cette kasbah, et nullement soucieux de continuer ma roule jusqu'au sommet du mont Pagus, je redescendis vers une mosquée, dont les lampions achevaient de s'éteindre. Le croissant de la lune était clair dans l'azur limpide et argentait la pointe effilée d'un minaret au-dessus de la galerie ajourée d'où la cantiléne du muezzin, plusieurs fois par jour

appelle, des quatre points de l'horizon, les fidèles à la prière. La natte de paille tressée, qui servait à fermer la porte de la mosquée, était roulée jusqu'aux deux tiers de la hauteur des montants; et, dans un carré de lumière, sous des lampes de cuivre suspendues aux voûtes, je vis une dizaine de Turcs, prosternés à plat ventre, sur des tapis. Parfois, ils se relevaient, les bras croisés sur la poitrine, et marmottaient des paroles que je ne comprenais pas. Un homme en turban blanc était debout dans une espèce de chaire et psalmodiait, sur un ton nasillard et suraigu, des formules monotones. Quand il avaitfini sa phrase, brusquement les fidèles rctombaient à terre, tous ensemble, avec un bruit sourd de mains qui s'aplatissent. Leurs pieds nus et rugueux s'alignaient parmi les jolis dessins de^ tapis, et leurs lèvres, ens'ouvrant pour murmurer des oraisons, faisaient remuer leurs longues barbes.

J'errais encore au milieu des maisons endor-— mies, lorsque la pâleur bleue du matin effac* lentement les étoiles. Au moment où l'orient empourprait la crête des collines et dorait les? murs ébréchés du château vénitien qui étreint I»cime du Pagus, je vis, près des arches d'un petit pont à moitié écroulé, trois chameaux et un chamelier, qui se reposaient les pieds dans l'eau. Sur la berge boueuse, parmi les cailloux et les joncs,

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