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ces
zolie
précision les devoirs d'hospitalité que la 1o religieuse imposait aux dames do Babylone, les rites sacrés du temple de Mylitta. Sous les lugubres réverbères qui clignotent, el donnent aux impasses de ce faubourg un aspect de coupo- ;orge, les vieilles juives viennent chuchoter i
oreille de l'étranger des paroles si engageante: el si inquiétantes qu'on ne peut se défendre d'une tentation et d'un frisson. Les appels se pressent, obsédants et barbares, dans la bouche édenlée de
is affreuses mégères : Zolie, zolie, moussiou! is voir! pas cer! un talari! Zolie Arménienne !
\lie Grecque! Et, dans les yeux qui luisent, dans le rire mauvais de ces réprouvées, on aperçoit, en même temps que l'impatience du gain, la joie de livrer à des matelots avinés, à des lords congestionnés, à des Prudliommcs en goguette, à tous les Perrichons qui rôdent là-bas, en quête du paradis de Mahomet, les jeunes chrétiennes qui ont eu le tort de ne pas faire assez d'économies pour payer leur loyer. Il est inutile d'ajouter que, si l'on propose une surenchère, ces mères vigilantes, non moins sensées que M"" Cardinal, permettent volontiers à leurs propres filles de se préparer à un mariage honnête en arrondissant convenablement leur dot.
L'autre marché, plus accessible celui-là aux familles verlueuses, c'est le bazar ou, comme on dit là-bas, le Icharchi, vaste et bruyante cité (
trafic, propice au bavardage et à la flânerie, chère aux artistes curieux d'impressions rares et aux bourgeois avides de bibelots. Dans ces ruelles tortueuses, parmi les chameaux accroupis qui balancent la tète d'un air résigné do bonnes bètes ou qui marchent d'un pas mélancolique, posant le pied avec précaution sur les pavés pointus, on se disirait un instant des soucis moroses en regardant les petites achoppes, creuses et conliguës comme les alvéoles d'une ruche, la face bronzée des marchands, l'étalage des couleurs joyeuses, un gueux dépenaillé qui rôde, une boutique étrangement enluminée qui resplendit dans la fraîcheur humide, sous le jour qui passe à travers les planches disjointes des auvents. Ce pays est un rendez-vous de toutes les langues, un raccourci de la tour de Babel. On entend, de tous les côtés, des appellations câlines et pressantes ; Kyrie ! Kyrie ! Signor ! Signor ! Moussiou !.. Maussiou!.. Et le voyageur, un peu abasourdi par cette abondance de choses jolies à voir et ce vacarme de supplications désagréables à entendre, cède aux tentations dont il est entouré et assiégé; il s'assied de guerre lasse, près d'une boutique; il engage, par gestes, une conversation incohérente avec le marchand, vieillard vénérable et barbu; un cafedji, qui semble sortir de terre, lui apporte une tasse de café turc; le marchand, avec un aimable sourire, l'encourage à boire, et, au
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besoin, lui tend le bouquin J'ambre d'un narghilé ; l'étranger, pris au piège, se grise de couleur locale ; il songe aux contes des Mille et une Nuits ; il pense aux féeries de Bagdad ; il est sur le point de se croire grand-vizir ou calife. C'est le moment de faire reluire à ses yeux toute la boutique. On décroche les babouches pailletées, les écbarpes brodées de Heurs, les tissus de Brousse, les fez ornés d'un gland de soie, les défroques soulacbées d'argent et d'or, les panoplies de vieux pistolets et de sabres rouilles. On déroule le chatoiement velouté des tapis. L'Européen, en achevant sa dernière gorgée de café, se laisse ensorceler par le charme d'un beau rêve. Fou de pittoresque, il voit, dans son salon, bien loin, pays des brumes, l'admiration jalouse de ses amis quand il rapportera ces merveilles. Sa maison prendra l'aspect d'un sérail : partout des yatagans, des pistolets incrustés d'argent, des poignards de Damas, des tapis de BokLara, des tentures de Karamanie! Lui-même se contemple dans un nuage d'aromates, chaussé de babouches, coiffé d'un fez, comme un pacha, comme un émir, comme un sultan! Et, si cet Européen n'est pas un homme tout à fait grave, les étoffes transparentes surtout l'attirent et le fascinent : il entrevoit, à travers la trame diaphane, toutes ces dames du harem... Oh! cette gaze si légère, si complaisante, quel cadeau, quelle idéale surprise,
quel présent irrésistible!... Tandis que le client, ainsi alléché, se réjouit el hésite, voilà que des gens qui ont l'air de passer là par hasard viennent s'asseoir auprès de lui, et lui disent, avec des mines affectueuses :
— Donne affaire, iu sais, moussiou. Ça pas cher. limiii lapis, houu lapis.
À la (in, après avoir interrogé sa conscience, visité sa bourse, consulté ses nouveaux amis, le voyageur permet aux interprètes complaisants qui l'entourent de héler un portefaix. Et, sur les épaules du pauvre homme, dont les jambe* s'arc-boutenl comme deux piliers fléchissants, on empile, à la hâte, une cargaison de lurquerie, capable de satisfaire les plus forcenés lecteurs A'Aziyadé. L'acheteur, tout en vidant le fond de son porte- monnaie, demande ordinairement le nom du riche marchand qu'il vienl de quitter pour retourner en son lointain pays, Déception. Il croyait avoir affaire à un Turc authentique, à un Mohammed, un ismaïl ou un Mouslapha. Il découvre que ses piastres ont tinté dans la main d'un Isaac, d'un lîohor ou d'un Abraham. Les juifs du bazar de Smyrnc, surtout depuis que l'antisémitisme est à la mode, se donnent volontiers pour des Osmanlis afin de mieux tromperies touristes naïfs. Telle, la belle Fatma, juive du trottoir de Tuais, se disait la fille du eheik M oluunmed-ben- Mohammed, el