V. Ûvîde, Meta
et de chercher le fameux temple qu'Erostrate a brûlé, et que M. Wood, sujet anglais, a lâché de
rendre au jour.
Un bon Grec, qui rodait dans la montagne, et qui s'obstinait à y chercher la fortune sans l'v trouver, comprit un beau jour qu'il ferait mieux d'allcudre les voyageurs à la descente du train, que de les guetter au coin d'un bois. Il se fit aubergiste. Les Anglais furent indulgents pour sa cuisine un peu trop pittoresque; el, d'ici peu, 1' « hôtel du Cayslre » deviendra sans doute « un établissement de premier ordre », cher à Joanue et à Baîdcker. Sur le quai du débarcadère, l'hôtelier d'Éphèse attend ses clients, le sourire aux lèvres. Deux ou trois garçons, encore un peu frustes, tendent aux nouveaux venus la carte de leur patron. On y lit, au-dessus d'un prospectus écrit en plusieurs langues, le mot Karj)ousi, qui veut dire Melon. C'est le nom de l'aubergiste; il le mérite bien, car la vie sédentaire et nourrissante qu'il mène depuis plusieurs années l'a si fort épaissi qu'il ressemble, non plus aux grêles Athéniens, minces comme des guêpes et amis des cigales, mais à ces Silènes ventrus et drôles, que les artistes île Rhodes modelaient pour amuser les petits enfants. Karpousi lient à la disposition du public plusieurs chambres, dont les lits sont malheureusement livrés aux bêles; il a des ânes nombreux, qui portent patiemment les
les roseaux à poignée, et déçu par un étrange mirage, il se mit à les embrasser furieusement. Il soupirait si fort que sou souffle, entrant flans le creux des cannes sèches, en tira des sons mélodieux. Pan s'assit alors sur l'herbe, et taillant sept tuyaux d'inégale longueur, inventa la première flûte, qu'il laissa dans la caverne d'Éplièse, désormais sacrée. Cet instrument avait, au dire des prêtres d'Artémis, une vertu magique : il renseignait les liancés sur les mérites de leurs fiancées. Quand une jeune fille pure entrait dans la grotte, la flûte jouait toute seule une musique agréable, comme si le dieu Pan se fût mis à chanter d'amour en voyant sa nymphe retrouvée. Si au contraire la jeune tille avait commis quelque péché, la llùte soupirait sur un ton d'élégie et de reproche. Comme les vierges d'Eplièse n'osaient pas s'exposer k cette épreuve, nul ne contredisait les récits des prêtres *.
Comment s'étonner que des gens si riches, si heureux, si instruits, aient fait mauvais accueil à l'apôtre Paul? Que leur voulait ce .Tuif errant, cet illuminé de réunion publique, ce salutiste morose qui logeait dans un vilain faubourg parmi les lisserands et les foulons , et qui appelait autour de lui les matelots du port, les esclaves, les portefaix, gens de pauvre esprit et de mau-
I. V. Ac:hillo Talius, Histoire des mnours fie Clitophon et de
UN SÉJOUR A THALLES 203
vaise mine? Ce trouble-fête avait dit : « La divinité n'a rien de commun avec l'or, l'argent, la pierre, avec les sculptures que produisent l'art et l'imagination des hommes. » Or, comme beaucoup croyaient eu lui, les uns par naïveté, les autres par dilettantisme ou par l'effet d'une certaine mode, les marchands d'objets de sainteté eurent peur d'être obligés de fermer boutique. Ces commerçants inquiets ameutèrent leurs ouvriers, qui cherchèrent partout le prédicateur pour le battre, et, ne pouvant l'atteindre, rouèrent de coups deux de ses disciples, au nom de la grande déesse Arlémis '.
D'ÂyasouIouck à Aïdin-Guzel-Hissar, ou, si l'on aime mieux, d'Ëphèse à Traites, le chemin de fer traverse une campagne fertile et des villages qui, vus de loin, semblent prospères. Dans les baraquements et les bâtisses improvisées des stations, toujours le même public : des villageois grecs, qui marchent gauchement, les pieds flottants dans des souliers trop larges et les jambes embarrassées dans des braies de lustrine; puis, des zeybecks montagnards, moitié laboureurs, moitié brigands, des juifs sales cl timides, quelques Anglais en casque de liège, et une collection des mendiants les [dus horribles et les plus lépreux vus. Un de ces misérables.
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. Ces deuï Riitlliuureuses
sLari(ue {Actes des apôtres, XIX, 20).
s'appelaient Caiu
arrronpi I« long du mur de la gare de Deimiendjik, n'avait plus l'apparence d'un homme; sa lele êeor- • -lu '■■', où il n'y avait plus de nez ni d'oreilles, où lentement un peu de vie clignotait dans les yeux mi-clos, n'était qu'une boule saignante de chair mine a nu. Le soleil dardait de chauds rayons, COIUme des flèches, sur celte charogne vivante, et îl y avait une épouvantable ironie dans celle fêle de la lumière et du printemps où pourrissait, au milieu de la joie des choses, ce débris d'homme. lit le malheureux tenait à la vie, puisque sa plainte obstinée implorait, de la pitié des pas- Hjirils, quelques paras.
La train, après avoir cheminé dans une voie encaissée entre deux parois montagneuses, où les rochers blancs percent la végétation îles lenlisqiM'S, longe une petite vallée qu'enjambe de sa double rangée d'arcades, un aqueduc romain si bien placé que Poussin n'aurait pu le voir sans désirer do le peindre. Puis, on s'enfonce dans la noirceur d'un long tunnel; et lorsqu'on revient au jour, le décor s'élargit; de riches plaines s'étalent, luiilrs regorgeantes de jeunes pousses et de verdures neuves... C'est l'ouverture de la vallée du Méandre. Les terres opulentes s'allongent à pii If <\r vue. Les champs de blé, d'orge, d'avoine sont d'un beau vert lustré, et parmi les épis la brisa fraîche éveille de rapides frissons. Dans les Chemina étroits qui bordent la voie, on aperçoit,