UN SÉJOUR A TR.ALLES
inlre les fouillées, des Turcs qui trottinent sur des ânes. Ils ont l'air tranquilles et heureux. Les
villages de Têkéli, de Kara-Bounar, enfouissent leurs petites maisons Lasses dans un fouillis de verdure où les pommiers sont blancs, où les arbres de Judée sont roses. L'herbe drue, très caressante, dans la lumière qui la fait chatoyer tomme du velours, les eaux qui courent et jasent, les prairies toutes vermeilles de coquelicots écarlates, les vergers qu'empourprent les luryes Heurs des grenadiers, l'ombre des platanes, le feuillage pâle des oliviers, les lents attelages fle bœufs qui traînent pesamment, sur les roules, des chars de forme antique, font penser à la douce vie que Ton devait mener ici, dans la campagne pleine de villas et de fermes, sous un ciel souriunt, près des cités prochaines où il était aisé de trouver un théâtre, des bains publics, des courtisanes, dos mîmes et des rhéteurs. On comprend '[le les Barbares nomades, paresseux et pillards, venus d'étape en étape, du fond des plaiues caspiennes ou des hautes vallées de l'Ëuphrate se soient arrêtés là, qu'ils y aient pris, tant bien que mal, des habitudes de travail, et que ces cavaliers aient fait souche de laboureurs.
Trois arcades de pierre rousse, encore debout sur une acropole, et découpant dans l'ouverturo large de leurs baies cintrées, trois grands mor-
'■■ .■■!■-. d'azur. A mi-côle, un amas pressé de maisons de bois, dont les toitures grises ressemblent aux vagues d'une mer immobile, et d'où jaillissent, de place en place, les grandes flèches blanches et eftilées des minarets. C'est Tralles, disent les Hellènes t:l les antiquaires. C'est Aïclin, disent les Turcs.
Sur le quai de la station, où le train dégoriiï un flot d'hommes et de femmes bariolés et vociférants, j'aperçois Manoli qui circule sans trop d'embarras, un bissac sur une épaule, un fusil sur l'autre, et qui s'arrête respectueusement devant un chapeau haut de forme, un tube authentique. noir, superbe, tout vernissé par l'éclatant soleil, et dominant la populace des fez ottomans.
— Moussiou, me dit le bon vieillard, en nie montrant le porteur de ce couvre-chef, le seigneur que vous voyez ici est Comnène le médecin, celui pour qui Votre Noblesse a une lettre de recommandation.
Plusieurs amis de Smyrne m'avaient, en eflel. donné une liasse de lettres pour les hommes hospitaliers que je devais rencontrer sur les routes d'Asie. Je remis au médecin Comnène l'épitre qui lui était adressée. Il la déplia, la lut, et je vis son visage blond s'éclairer d'un cordial sourire.
- — Katôs orisaté (soyez le bienvenu), me dit-il, eu levant son chapeau.
A partir de ce moment, j'étais, dans Tralles la