‹ Sur les routes d'AsieChapitre 47 sur 71 · MOINES ARMÉNIENS · texte numérisé non relu

MOINES ARMÉNIENS

traînards, on entre sans peine dans les idées évanouies et les sentiments éphémères qui ont ébloui de rêves et agité de haine ou d'amour, l'esprit instable cl le cœur changeant des hommes.

Nous ne voulions pas quitter cette ville grecque, juive, arménienne, turque, où nos fantaisies quotidiennes évoquaient (les rêves bigarrés. Au sortir du ghetto, du Tchifoul-Makallâ, où les juifs en longue robe rayée, les juives en veste courte et en jupe de cotonnade, baragouinaient les barbarismes de leur dialecte espagnol, la tiédeur de l'après-midi était douce, dans le jardin des Pères arméniens de l'ordre de Mékhitar. Les orangers embaumaient de leurs corolles cette retraite avenante. On était en paix, loin du monde, dans une bonne odeur de solitude et de recueillement...

Le Père supérieur est venu à nous, les mains tendues; ses lentes sandales font un bruit léger dans les allées, et son froc de laine brune est serré à la taille par un large ceinturon où sonne un trousseau d'énormes clefs. Il nous a souri dans sa barbe noire ; il est allé, silencieusement, cueillir pour nous des bouquets de plantes qui sentent bon. El maintenant, devant un bassin d'eau vive où chante un mince jet d'eau, nous fumons les narghilés du couvent. Un autre moine est venu; puis un ami des moines, un notable de la colonie

±±*. SES LES »GCTÏ5 BASŒ.

zrmïsâ*Bi&- El dcss v<£&. tous les cinq, aspirant, sax» 9k4 «Ere. la fumée fraîche et grisante do toomi^kL L>.ub parfume* clapotait dans les carafes de crïsiïaL et. nsalrré moi, je songeais à ces vers, d'ailleurs ED^liôcre*. de Lamartine :

Quand, ta mûa açprocfeuil 4* tes lèvres mi-closes Le laTa de jasmin, rêim d'cc effile.

Ta bouche en aspirani le 4nu parfum des roses, Fait monniL^r ]*eaa lîêde an fond da narghilé;

Quand Le noa^e aiîé qoi flotte et le caresse D'odorantes Tapeurs commence à renirrer, Que les songe* lointains d'amour et de jeunesse >acent pour nous dans l'air que ta fiais respirer

Ces Arméniens polyglottes, dont la congrégation est bien connue des orientalistes pour ses savants travaux ', sont venus, si loin de Vienne où est leur maison mère, afin d'enseigner le français, l'allemand, l'italien, le turc aux petits enfants d'Aïdin. Ils sont heureux et s:ais, dans cet exil et dans ce cloître. ?ïous leur parlons de leur pays, de la pauvre Arménie, du peuple sans patrie, dont le sol natal est partagé entre trois conquérants, dont les colonies sont encore plus dispersées que

1. La congrégation des Mékhitaristes de Vienne a entrepris de publier une description de tous les manuscrits arméniens possédés par les bibliothèques européennes. V. JacobusDashian, Catalog der armenischen Handschriften in der K. K. Hofbibliothek zu Wien. — P. Grégoris D r Kalemkiar, Catalog der armenischen Handschriften in der K. K. Hof. und Staatsbiôliothek zu Mûnchen, Wien, 1893.

Page 1